Il faut voir la Côte-de-Beaupré d’en haut pour l’admirer pleinement, un effort soutenu pour les mollets.
Il faut voir la Côte-de-Beaupré d’en haut pour l’admirer pleinement, un effort soutenu pour les mollets.

La Côte-de-Beaupré en trois tableaux

HORS-PISTES / Ce n’est pas l’affiche de bois avec son nom gravé dessus qui nous indique qu’on met la roue dans Cap-Tourmente. C’est le paysage. Dans les lisières autour du déploiement de terres agricoles qui se bute au cap de la vieille côte de la Miche, le feuillage des arbres a trouvé ses reflets argentés, tranchant avec le bleu du ciel. 

Les champs touffus font la vague, portés par les vents. Les maisons paraissent soudainement plus petites, comme pour s’ajuster à la majesté du décor.

La route nouvellement pavée passe sous les frondaisons d’un bosquet, puis s’ouvre vers la pointe, le fleuve. Des oiseaux, partout, qui chantent, piaillent; on a envie de les imiter tant c’est beau ici. En tournant vers la droite, passé l’entrée de la Réserve nationale de la faune, la route est à ce point fracassée que la flore y reprend ses droits, faisant des veines de chlorophylle au bitume.

Le pilotage redevient agréable à Saint-Joachim. Peut-être le village le plus triste de la Côte-de-Beaupré. Comme s’il avait abandonné toute velléité de briller devant l’éclat du Cap, ployant aussi sous le regard impérial du mont Sainte-Anne, qui se dresse au nord-ouest.

On le quitte sans y penser. Comme on traverse une ville inconnue la nuit.

Royale avenue

La Côte-de-Beaupré est toute en contraires. Comme si on avait fait s’affronter tout ce que le génie humain peut produire de beau et d’horrible. Le mail zombie du boulevard Sainte-Anne s’oppose aux maisons centenaires, les condos en série au bord du fleuve injuriant à leur tour les caveaux à légumes de l’avenue Royale et ses grands arbres sous lesquels on peut rouler sans trop avoir à se méfier du soleil. Ni du vent, d’ailleurs, dont on est bien abrité entre le Petit Pré, à L’Ange-Gardien, et l’entrée de Sainte-Anne-de-Beaupré.

J’ai parcouru l’avenue Royale au moins mille fois et le charme opère encore. Beauport possède un charme sauvage de village dans la cité. Dès qu’on passe Boischatel, c’est la campagne qui reprend ses droits. Le décor en pente dans lequel sont alignées les vignes à L’Ange-Gardien mérite qu’on ralentisse l’allure : derrière les maisons et les bâtiments, subsistent les fiers défenseurs de ce qui fut le garde-manger de la Nouvelle-France.

Un peu après Château-Richer, on croise une ferme de bœufs Highland. Le toit en taule rouge. J’y ai déjà vu un jeune chevreuil traverser la route devant moi lors d’une sortie au petit matin. On a le sentiment, ici, d’être si loin et pourtant si près de chez soi.

Les semi-remorques vrombissent au bout de la terre, on les voit filer dans l’horizon, le fleuve derrière.

Regarder de haut

Il faut voir la Côte-de-Beaupré d’en haut pour bien l’apprécier, mais ce n’est pas une mince affaire. Surtout pour se hisser vers Saint-Achillée, puis aboutir dans un village au silence oppressant, digne d’un récit d’horreur. Juste à côté, Saint-Ignace offre une vue splendide que l’on obtient cependant au prix d’un lourd tribut, ses pentes étant redoutables. La route menant vers le camping de la plage Fortier est dure, mais ses pourcentages moins prohibitifs, et le retour se fait dans une interminable descente dans laquelle je n’ai freiné qu’une fois dans ma vie, pour m’approcher d’un renard un peu pelé au bord de la route. J’étais tout chose de le voir là : naïf, voire un peu con, comme le Petit Prince.

Mais le plus beau point de vue est depuis la côte Sainte-Anne. Les plus tendres du mollet l’aborderont depuis Beaupré : c’est là que la grimpe est la moins punitive. La route se déroule ensuite en vallons pour plonger vers l’avenue Royale à quelque 20 %. De quoi user vos freins et vos nerfs, mais votre esprit est encore engourdi par le spectacle qui lui a été offert : l’île d’Orléans, majestueuse, les pieds plongés dans une eau qui s’est retirée de la côte pour lui faire un large liséré vert émeraude.

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RAVITO

Mon ami Jeff déplore que je parle peu des casse-croûtes sur mes parcours et me propose chaudement le 3 Saisons, jouxtant le camping Lac-aux-Flambeaux, à Château-Richer. Même village : le nez pâtissier repérera facilement l’odeur des croissants s’échappant de chez Praline et Chocolat. Vous ne regretterez pas un arrêt ici et voudrez y remplir vos poches avant de rentrer. Les Trois Becs, à Beaupré, propose des menus du midi maintes fois testés et approuvés. Si vous avez oublié votre masque, vous ne mourrez pas de faim pour autant : les services au volant abondent sur le boulevard Sainte-Anne juste avant la Basilique.

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David Desjardins est chroniqueur à VéloMag. Il anime aussi la balado Radio Bidon. Chaque semaine, il propose une idée de sortie dans la grande région de Québec. Retrouvez tous ses itinéraires dans la section vélo de notre site.