Guylaine Dumont est heureuse dans son rôle d’assistante à l’entraîneur Ian Poulin-Beaulieu chez les Élans de Garneau.

Guylaine Dumont: d'écoute, de doute et d’instinct

Autant Guylaine Dumont a pris beaucoup de place sur un terrain de volleyball comme joueuse, autant elle se montre aujourd’hui discrète en bordure des lignes dans son rôle d’entraîneuse. Nouvelle adjointe chez les Élans du Cégep Garneau, l’olympienne ne dit pas non à l’idée d’un jour devenir coach en chef. Mais seulement dans une formule de copilotage qui épouserait sa philosophie d’écoute et de partage, ce dont elle a trop manqué durant sa carrière d’athlète.

Reconnue comme l’une des plus grandes joueuses de volleyball canadiennes de l’histoire, Guylaine Dumont a fait partie du programme de l’équipe nationale durant une quinzaine d’années, a joué dans les rangs professionnels en Italie et au Japon et détient 12 titres de championne canadienne.

Mais c’est à la fin de sa carrière, revenue d’une retraite de trois ans et sur le sable du volleyball de plage qu’elle a connu son heure de gloire dans l’œil public. En 2004, avec une coéquipière de 14 ans sa cadette, Dumont, alors âgée de 36 ans, a décroché une cinquième position aux Jeux olympiques d’Athènes. Résultat à ce jour encore jamais surpassé par un duo de Canadiennes sous les cinq anneaux.

«Je suis bien dans mon rôle d’assistante», sourit celle qui retrouve après plus de 32 ans le vert des Élans, la couleur de ses yeux. La jeune Guylaine a joué pour Garneau à 19 ans, alors que son patron et actuel entraîneur-chef, Ian Poulin-Beaulieu... n’était même pas né!

Après six ans comme bras droit de Julien Paquette, parti au printemps dernier, Poulin-Beaulieu vient de prendre la barre de l’équipe. Il a 30 ans et l’autre adjointe, Mariane Demers-Ménard, aussi une ancienne des Élans tout juste retraitée, 21. Alors à 51 ans, Dumont a l’âge total des deux autres!

Dumont et Poulin-Beaulieu se sont connus il y a cinq ans, à l’Université Laval. Elle était entraîneuse adjointe avec le Rouge et Or et lui encore étudiant. «Comme j’étais souvent à l’université, j’ai suivi un cours en intervention sportive. Il était dans ma classe, je l’ai adoré! Je coachais aussi sa sœur [Audrey Poulin-Beaulieu]», explique-t-elle.

«J’aime beaucoup sa philosophie de coaching vraiment centrée sur l’athlète», poursuit-elle. «Il donne des responsabilités et de l’autonomie aux athlètes. Ça va carrément avec la philosophie que j’ai développée au fil des années à travers mes expériences personnelles et thérapeutiques.»

Repartir de zéro

Car son «vrai boulot» est celui de thérapeute en relation d’aide, formation acquise avant son retour jusqu’aux JO de 2004. Profession où Dumont adopte «une approche non directive créatrice», souligne-t-elle, tout ce que quelques entraîneurs abusifs lui ont nié durant tant d’années.

Guylaine Dumont

Après une jeunesse sous le joug d’un père violent, puis la disparition de sa sœur cadette à l’adolescence retrouvée morte neuf ans plus tard, les abus verbaux de l’entraîneur de l’équipe canadienne Mike Burchuk, qui la dirigera sur trois périodes distinctes, sont venus à bout de tout ce que la jeune femme gardait encore de confiance en elle.

Il est donc ensuite devenu impératif pour elle de ne pas reproduire ce modèle d’entraîneur très dominateur et punitif. Elle s’est plutôt inspirée de l’empathie d’une France Vigneault, pour qui elle a évolué au sein du Rouge et Or de l’Université Laval, d’un Lorne Sawula, de l’équipe nationale, ou de ses entraîneurs sur le circuit pro italien à l’époque.

«Non directif ne veut pas dire laisser aller. Ça prend un bon cadre», précise celle qui admet avoir dû négocier avec sa propre intransigeance d’athlète à succès devenue entraîneuse. Encore aujourd’hui, elle confie vivre «de l’impatience, de la frustration».

«On prépare un plan de match et, crime! , elles ne l’appliquent pas!» cite Dumont en exemple. «Si tu te laisses envahir par ta frustration et ton impatience, ça se peut que tu pètes une coche. Mais si tu sais que c’est ta faiblesse, tu peux travailler dessus.»

Elle y travaille depuis au moins 20 ans. D’abord comme athlète, puis comme thérapeute et plus récemment comme coach.
Garneau et Laval sont loin d’avoir été les seuls à profiter de ses conseils d’experte. La grande dame de Saint-Antoine-de-Tilly a commencé au Cégep St. Lawrence, puis devait prendre la troupe du Cégep Lévis-Lauzon en charge avant de se tourner vers l’universitaire. Cette année-là, le Rouge et Or a gagné son seul titre québécois en sept ans, d’ailleurs dernier en lice, avant de finir troisième au championnat canadien.

Un peu de mini-volley

Pour mieux concilier famille, travail et volley, Dumont est ensuite allée coacher à l’école secondaire Pamphile-Lemay, à Sainte-Croix, près de chez elle, avant de diriger un peu de mini-volley pour sa deuxième fille, l’an passé.

Cloé vient de faire son entrée au secondaire. Et voilà maman qui donne aussi un coup de main à l’école de l’Aubier, à Saint-Romuald, en compagnie d’un autre ancien du Rouge et Or, Yan Lagrandeur, directeur adjoint de l’école et dont la fille est en deuxième secondaire.

Dumont adopte la même approche dans son bureau de thérapeute que sur un terrain de volley. «Le client ou l’athlète a tout en lui pour me donner la réponse, à moi de l’aider en lui posant les bonnes questions. À travers mon travail de thérapeute, j’ai développé beaucoup d’écoute», dit-elle, estimant Poulin-Beaulieu aussi très ouvert à ses observations et ses propositions.

«J’aime beaucoup travailler au plan individuel avec les athlètes. C’est ce que je fais dans ma job. Je ne voudrais pas être coach en chef toute seule, je ne me sens pas apte à faire ça. Mais si on m’offrait du co-coaching, ça, j’y penserais», affirme-t-elle, s’inspirant de sa coéquipière des JO de 2004 Annie Martin, qui pilote cette année l’équipe féminine de l’Université de Sherbrooke en duo avec Annie Lévesque, une nouveauté.

La passion ne manque pas ni les habiletés tactiques et techniques à enseigner. «Je suis encore capable de voir ce qui se passe», assure-t-elle, dans une rare tentative d’autocongratulation.

«Mais j’ai plus envie de donner confiance aux filles et leur faire comprendre qu’elles sont capables de le faire par elles-mêmes. Qu’elles n’ont pas besoin de l’extérieur pour avoir la bonne réponse, qu’il faut que tu sois bien avec toi-même pour trouver cet instinct-là», résume celle qui a passé une trop grande partie de sa carrière à chercher cette certitude dans les yeux d’un entraîneur.

Douter jusqu’au Panthéon

Comme quoi l’ombre côtoie toujours la lumière, Dumont a senti le doute remonter en elle lors de sa récente intronisation au Temple de la renommée du Panthéon des sports du Québec, en même temps que Guy Hemmings, Joanie Rochette, Denis Savard et feu Maurice Filion.

«Sur le tapis rouge, il y avait 20, 25 olympiens, des médaillés, de grands joueurs de hockey. Je me suis demandé ce que je faisais là, je n’ai pas gagné de médaille! Il y avait même la marathonienne Jacqueline Gareau, elle fait partie de mes héros. C’était impressionnant de voir ça!» raconte celle qui était déjà membre des Temples de la renommée de Volleyball Canada (2016) et de Volleyball Québec (2008).

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Sport’Aide, son bébé

Près de 20 ans que l’idée mûrissait dans sa tête et dans son ordinateur. Ne sachant pas elle-même vers qui se tourner quand elle a été confrontée à un entraîneur abusif, Guylaine Dumont voulait depuis longtemps «créer un organisme pour venir en aide aux athlètes qui vivaient des difficultés dans le sport».

Avec Sylvain Croteau, directeur général de l’organisme, et la professeure de l’Université Laval Sylvie Parent, l’athlète devenue thérapeute en relation d’aide et entraîneuse a fondé Sport’Aide, il y a quelques années. La ligne téléphonique 1 833 211-AIDE (2433) est maintenant en activité, pour appel ou texto, ainsi que l’adresse courriel aide@sportaide.ca.

«On veut que ces jeunes-là se sentent soutenus. On ajoute aussi les gens autour, les parents, familles, entraîneurs et bénévoles qui observent des choses dysfonctionnelles. Avant, ça n’existait pas! Maintenant, il y a des intervenants qui cherchent à étendre ce genre de service au Canada au complet», soutient celle qui en fait la promotion à travers des conférences auprès de clubs sportifs, de dirigeants de ligues, d’associations d’entraîneurs ou d’arbitres, etc.

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Deux dignes héritières

Quand deux olympiens font des enfants, les chances de produire des athlètes de haut niveau sont fortes. Guylaine Dumont et Gregor Jelonek ont deux filles de 18 et 12 ans, Gabrielle et Cloé. Dumont est une grande joueuse de volleyball et Jelonek est ce patineur de vitesse sur longue piste devenu entraîneur de l’équipe canadienne.

«Les deux ont la passion du patin, mais Cloé moins que Gabrielle. Gabrielle préfère clairement le patin depuis qu’elle est toute petite et aussi le soccer. Elle a joué jusqu’au niveau AAA, mais a ensuite choisi de se concentrer sur le patin», dit la maman à propos de son aînée, concurrente au Championnat du monde junior de longue piste l’hiver dernier.

«Cloé fait aussi les deux, soccer et patin, mais en plus un peu de volleyball», la branche maternelle. Elle l’a coachée au mini-volley au primaire et avec l’arrivée du duo mère-fille dans le gymnase de l’école secondaire de l’Aubier, on a réussi à former pas moins de trois équipes de benjamines (sec. 1-2), cet automne. «Ce n’est pas parce que je coache, mais je crois que ma fille a fait pas mal de publicité...»