Le solo de trapèze a suscité les exclamations et quelques palpitations.

«Féria»: au bord du rêve

CRITIQUE / Flip FabriQue signe un nouveau spectacle enchanteur à l’Agora du Port de Québec. «Féria» est enveloppé d’une beauté onirique et étrange, avec une musique très présente et des acrobaties planantes, mais un niveau de virtuosité acrobatique moins soutenu que ce qu’on a pu voir par le passé.

Si la compagnie de cirque de Québec a souvent tablé sur son énergie juvénile, voire sur une certaine folie cosmique, c’est cette fois le filon du rêve qu’elle pousse un peu plus loin. Dans cette mise en scène d’Olivier Normand, on suit un personnage (Hugo Ouellet-Côté) à un banquet de l’autre côté du miroir, pas très loin du pays des merveilles. 

Les bouquets de fleurs s’y multiplient, remplaçant même à certains moments les visages des 13 acrobates, pour les transformer en personnages surréalistes qu’on croirait tirés des tableaux de Magritte.

Autour de la scène, les enfants installés sur des coussins semblent fascinés par ce qui se passe au-dessus de leur tête. Ceux logés sur les côtés doivent souvent tendre le cou pour suivre. Les silhouettes de trois ou quatre jeunes spectateurs plus téméraires, debout devant, se découpaient parfois dans la lumière et créaient un cadre de scène inusité en bordure des acrobaties. 

«Féria» démarre rapidement, les scènes s’enchaînent, tout coule et l’heure passe en un éclair. Les mélodies percussives qu’a concoctés Josué Beaucage pour accompagner les acrobaties volent presque la vedette, tant leur rythme est soutenu.

Étrange fête

Les interprètes surgissent de sous la scène et de sous la table de banquet. L’étrange fête commence, les convives grimpent, roulent, lancent des assiettes, font tourner des tasses sur elles-mêmes. Sauf pour le numéro d’air track, où un grand matelas rebondissant leur permet d’enchaîner les flips et les roulades tous ensemble, et l’impressionnant numéro final de trampoline, ils agissent plutôt en spectateurs, appuyant les solos et les duos acrobatiques par une chorégraphie mouvante, entre la course et la danse.

Les jeux icariens, où un porteur couché sur le dos fait tournoyer un voltigeur, un solo de cerceaux, un solo de trapèze et un duo de main à main romantique suscitent les exclamations et quelques palpitations, mais force est d’admettre qu’on a déjà vu des numéros beaucoup plus exaltants. On pense au numéro de mâts chinois la première année de Crépuscule, au numéro de roue allemande dans l’eau l’an dernier, ou simplement à des numéros de jongleries, de corde à danser ou de main à main qui impliquaient tous les interprètes dans un tourbillonnant délire.

Flip FabriQue pousse cette année un peu plus loin le filon du rêve.

Ça ne veut pas dire pour autant qu’on s’ennuie pendant Féria. Le spectacle démarre rapidement, les scènes s’enchaînent, tout coule et l’heure passe en un éclair. Josué Beaucage, qui a composé la musique, chante en direct sur scène, tout en incarnant un dandy en costume doré, qui semble agir comme maître d’œuvre de ce cauchemar éveillé. Il passe de sa voix de tête (parfois un peu laborieuse le soir de la première) à sa voix de poitrine (mieux maîtrisée), de l’anglais au français, des sifflements aux longues onomatopées guerrières. Les mélodies percussives qu’il a concoctés pour accompagner les acrobaties volent presque la vedette, tant leur rythme est soutenu.

Féria est présenté jusqu’au 2 septembre, du mardi au dimanche, à 20h30, à l’Agora du Port de Québec. L’accès est gratuit, mais les places étant limitées, il faut arriver à l’avance.