Les spiritueux sont les produits les plus recherchés par les consommateurs. De 19,2 millions $ en 2013-2014, les ventes ont grimpé à 37,9 millions $.

Explosion des produits québécois à la SAQ

Depuis cinq ans, sur les tablettes de la Société des alcools du Québec (SAQ), les ventes des produits québécois ont explosé, passant de 36,3 millions $ à 61,8 millions $. Un bond de 70 %. Comme quoi l’engouement pour le «made in Québec» ne s’essouffle pas.

C’est sans surprise les spiritueux, entre autres les gins, qui sont les produits les plus recherchés par les consommateurs. De 19,2 millions $ en 2013-2014, les ventes ont grimpé à 37,9 millions $. 

La catégorie regroupant les alcools de petits fruits et d’érable, les hydromels et les bières a également tiré son épingle du jeu. De 1,7 million $, les clients ont acheté pour 5,1 millions $ lors de l’exercice financier 2017-2018. Une augmentation de 200 %.

«Durant des années, nous avons entendu dire que c’était difficile pour les producteurs québécois à la SAQ. La société d’État a maintenant changé de cap. Elle met beaucoup plus l’accent sur les produits du Québec. C’est plus facile de vendre dans les succursales. Il faut simplement avoir un spiritueux de qualité», avance Franck Sergerie, le radiologiste et distillateur propriétaire de Vice & Vertu.

Son entreprise basée à Saint-Augustin-de-Desmaures est entre autres productrice de gin. Sa première cuvée a été baptisée BeOrigin. Et un autre gin est présentement en analyse par des responsables de la SAQ, mais motus et bouche cousue sur sa recette. Si tout se déroule selon les plans du patron, le nouveau produit devrait être commercialisé d’ici la fin de l’été. Il espère également produire prochainement sa première vodka à base de grains locaux.

C’est seulement depuis novembre dernier que BeOrigin est offert à la SAQ. Et M. Sergerie peine à répondre à la demande, avoue-t-il humblement. «Les gens sont fiers d’acheter québécois et il y a encore de la place pour la croissance.»

Vice & Vertu livre en moyenne 2400 bouteilles de 750 ml par mois à la SAQ. 

Comme plusieurs autres fabricants, l’homme d’affaires espère que le gouvernement autorisera rapidement la vente de spiritueux sur le lieu de production. Actuellement, au Québec, seule la SAQ peut vendre ou acheter des spiritueux, contrairement à d’autres industries, comme le vin. 

Depuis 2013-2014, toujours selon les données de la SAQ, le marché des cidres québécois est passé de 10,8 millions $ à 9,2 millions $, soit une baisse de 15 %. Il s’agit d’ailleurs de la seule catégorie d’alcool à enregistrer une diminution constante des ventes depuis cinq ans.

Pour les vins du Québec, les recettes ont grimpé, entre 2014 et 2018, de 4,6 millions $ à 9,6 millions $.

«La SAQ met beaucoup plus l’accent sur les produits du Québec. C’est plus facile de vendre dans les succursales. Il faut simplement avoir un spiritueux de qualité», avance Franck Sergerie, le radiologiste et distillateur propriétaire de Vice & Vertu.

Vers une saturation

Selon l’un des cofondateurs de la Distillerie du St. Laurent, Joël Pelletier, les consommateurs adoptent de plus en plus les spiritueux québécois. L’entrepreneur craint toutefois une saturation du marché du gin en raison de l’explosion du nombre de joueurs dans le milieu.

«En août 2015, lorsque nous avons débuté à la SAQ, il nous a fallu environ six mois avant de voir nos produits sur les tablettes. À ce moment-là, il y avait environ cinq gins produits au Québec. Maintenant, il y en a une vingtaine. Cela pousse comme des champignons. Il y a vraiment une explosion de la microdistillation à travers la province», affirme M. Pelletier, concédant que la société d’État a «bien ajusté son offre» au cours des dernières années afin de répondre à la demande. «Aujourd’hui, lorsqu’on souhaite introduire un produit à la SAQ, [...] nous avons une réponse assez rapide», poursuit-il.

Outre au Québec, le gin St. Laurent est vendu en France, en Suisse, en Nouvelle-Écosse, au Danemark, en Ontario et en Allemagne. La compagnie produit des gins, mais également du whisky (Moonshine St. Laurent) et un spiritueux à base d’érable (Acerum).

M. Pelletier ne cache pas que l’augmentation du nombre de producteurs québécois a eu des impacts sur le marché. 

«On commence à observer une saturation au niveau des gins parce que c’est un produit qui est plus simple à produire que du whisky. Cela ne nécessite pas de vieillissement en baril de chêne. Cela fait en sorte qu’il y a une stagnation des ventes pour plusieurs. Les distilleries qui ne vont pas diversifier leur marché, elles vont avoir plus de difficultés. [...] Un jour, il va y avoir une limite à l’espace tablette», note-t-il. 

Ce dernier estime que le whisky sera le prochain marché en forte demande dans la province. Comme Vice & Vertu, la Distillerie du St. Laurent espère pouvoir vendre ses produits dans son commerce.

«La vente sur place va aider certains producteurs. Le problème, c’est que pour l’instant, ce qui est en discussion, c’est que notre produit soit vendu le même prix qu’à la SAQ et avec les mêmes marges. Cela signifie qu’on va payer pour des employés qui vont vendre notre produit, mais on va quand même devoir payer la pleine majoration à la SAQ. Cela n’a pas de sens. Si on vend sur place, il serait raisonnable d’avoir le pourcentage des revenus pour la mise en marché», conclut-il.

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Aujourd’hui, des sections «Origine Québec» sont visibles dans 390 des 405 succursales du réseau de la SAQ.

MOUSSER LE TERROIR

Afin d’augmenter la visibilité des produits québécois, depuis novembre 2013, la Société des alcools du Québec (SAQ) a mis sur pied un plan d’action pour mettre en valeur les boissons alcooliques artisanales. En lien avec cette mesure, en 2014, le nouvel affichage «Origine Québec» est apparu dans les succursales de la province. Il s’agit d’un espace spécialement désigné pour les vins d’ici. «C’est en bâtissant notre partenariat avec les producteurs que nous avons amélioré nos manières de faire», indique Mathieu Gaudreault, porte-parole à la SAQ. 

«Il y a eu un changement de mentalité au Québec. On l’observe dans l’achat des boissons alcooliques, mais également dans d’autres secteurs comme l’alimentation. L’achat local prend beaucoup plus de place», poursuit-il. Aujourd’hui, des sections «Origine Québec» sont visibles dans 390 des 405 succursales du réseau de la SAQ. «Il faut offrir des produits intéressants. Les artisans québécois s’adaptent au goût. On le voit depuis des années, les boissons alcooliques avec un haut taux de sucre résiduel sont moins populaires», poursuit-il. 

Afin de continuer à mousser les produits du terroir, la SAQ prévoit entre autres cette année offrir de la formation à ses employés chez des vignerons et des cidriculteurs d’ici, mettre en valeur des producteurs dans ses magazines et intégrer certains produits à son programme promotionnel.