Des familles, visiblement ébranlées, sont passées déposer des peluches auprès d'un arbre, en soutien à la famille éprouvée.
Des familles, visiblement ébranlées, sont passées déposer des peluches auprès d'un arbre, en soutien à la famille éprouvée.

Deux enfants retrouvés morts: consternation à Wendake

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
L'heure est à la consternation, à Wendake. Deux jeunes garçons de 2 et 5 ans ont été retrouvés sans vie dans la nuit de samedi à dimanche. «Encore des enfants», s'attristent des voisins. Un homme de 30 ans s’est lui-même livré à la police relativement à cette affaire que les autorités traitent comme un double meurtre.

Un large périmètre a été érigé. Les voitures contournaient la scène lentement et les passagers jettaient un regard curieux vers une résidence de la rue Chef Nicolas-Vincent. 

C'est à cet endroit que s'est joué le drame, pour lequel la Sûreté du Québec a été appelée vers 2h, dimanche. La police de Wendake, qui s’était déplacée sur les lieux, a fait la découverte des petits corps inanimés de deux enfants au cours de la nuit. 

Pour l’instant, la SQ ne s'avance pas sur les causes exactes des décès; une expertise est pratiquée sur les corps, explique Ann Mathieu, porte-parole de la Sûreté du Québec.

Par ailleurs, un suspect est déjà détenu, après s’être présenté de lui-même au poste de police de Québec, près du parc Victoria. Il a été transporté vers un centre hospitalier pour y subir une évaluation globale de son état de santé, précise la sergente Mathieu. 

Dans l'après midi, l'individu a été interrogé par le service des enquêtes des crimes contre la personne, en charge du dossier.

En milieu d'avant-midi dimanche, les experts en identité judiciaire se sont présentés pour faire l’expertise de la scène de crime.

Le suspect s'est rendu lui-même à la centrale de police du parc Victoria.

Une onde de choc pour la communauté

Le lien de l'homme avec les enfants n'est toujours pas connu, mais la police provinciale mentionne qu'il n'est «pas exclu que ce soit un drame familial». 

Une chose est certaine, c'est un drame pour la communauté du village ancestral. Des familles, visiblement ébranlées, sont passées déposer des peluches auprès d'un arbre, en soutien à la famille éprouvée.

Des familles, visiblement ébranlées, sont passées déposer des peluches auprès d'un arbre, en soutien à la famille éprouvée.

«C'est sordide, mais en même temps, c'est difficile à juger. On pourrait dire "c'est épouvantable". C'est vrai, mais on cherche à savoir les causes. Il y a beaucoup de pauvreté, il faut le reconnaître, beaucoup de misère, de peine, le racisme est là, la discrimination», énumère Konrad Sioui, l'actuel Grand chef de Wendake, à la recherche d'un sens à donner aux tristes événements.

De mémoire, le chef Sioui n'a pas souvenir d'une autre histoire semblable au sein de la nation Huronne-Wendate qui vit au nord de la ville de Québec. «Surtout ce qu'on a appris ce matin, que ce sont nos petits enfants qui ont fait l'objet de ce meurtre-là», se désole-t-il. 

«On est tous rassemblés, ça dépasse le fait que ce soit des Hurons-Wendat, des Innus ou des Algonquins, c'est nos enfants».

La famille n'était pas forcément connue de son voisinage, outre le fait que l'un des petits garçons fréquentait le CPE du village, l'autre l'école primaire.

«Ils venaient de Sept-Îles, ils sont déménagés ici dans les derniers mois», raconte Geneviève Rock, une voisine qui demeure non loin.


« On est tous rassemblés, ça dépasse le fait que ce soit des Hurons-Wendat, des Innus ou des Algonquins, c'est nos enfants »
Konrad Sioui, Grand chef de Wendake

Comme plusieurs, elle affirme tout de même avoir vécu un «choc», lorsqu'elle a appris la nouvelle en matinée. «Ça arrive à côté de chez nous et on ne s'en rend même pas compte», réfléchit la femme, elle-même maman de deux fillettes. 

«Encore des enfants», déplore pour sa part un voisin, qui ne connaît pas non plus la famille.

«Je suis fait dur, mais j'ai le coeur tendre. C'est sur que c'est triste, surtout quand c'est des enfants», exprime Donald Verret, un octogénaire qui réside à Wendake depuis sept ans. 

«C'est tellement triste, la mort d'un adulte c'est déjà beaucoup, mais des enfants...», lâche avec émotion Lilly St-Pierre, une dame qui demeure à quelques maisons de la résidence familiale où les corps des garçons ont été retrouvés.

Le drame s'est produit dans une résidence de la rue Chef Nicolas-Vincent.

«Un drame sans nom»

Sur les réseaux sociaux, le nouveau ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, n'a pas tardé à réagir, disant son «coeur de père [...] bouleversé». 

Plus tard, pendant la journée, le monde politique s'est mobilisé pour offrir ses condoléances aux proches des victimes. 

«Des enfants, encore. Ce que nous avons de plus précieux. À eux, à leur mère et à tous ceux qui les aiment et les pleurent aujourd'hui, nous sommes avec vous», s'est prononcée la ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre Geneviève Guilbault, devenue maman pour la seconde fois au début de 2020. 

De son côté, le premier ministre François Legault n'a pas non plus caché sa peine, se disant avoir le «coeur brisé». «C'est tout le Québec qui est bouleversé ce matin devant ce drame sans nom», a-t-il encore écrit sur Twitter. 

En soirée, le maire de la ville de Québec, Régis Labeaume, s'est lui aussi prononcé sur Facebook face aux événements qu'il a qualifiés d'«atroce et insupportable».

«Cette nouvelle, comme humains, parents et voisins nous fend le cœur. Sans présumer de rien, il n'y a que l'existence d'un profond désespoir pour tenter de s'expliquer un tel geste.»

Le drame s'est produit dans une résidence de la rue Chef Nicolas-Vincent.