Julie Fortier croit que les camps «100 % garçons» et «100 % fillettes» sont sexistes et peuvent transmettre aux enfants une vision stéréotypée des intérêts associés à chaque sexe.

Des camps de jour sexistes?

Julie Fortier a reçu un dépliant de camps d’été dans sa boîte postale. Comme elle en cherchait justement un pour son fils qui aura bientôt 6 ans, elle ne l’a pas mis dans le bac à recyclage.

En regardant la brochure de Camp Académie, de Québec, elle a été choquée par la description des camps «100 % garçons» et «100 % fillettes» destinés aux enfants de quatre à six ans. 

La brochure décrit le premier, réservé aux gars, comme un programme «parfait pour toi qui aime les activités au grand air, les activités manuelles et les nouvelles découvertes». Le deuxième, réservé aux filles, est présenté comme un programme «parfait pour toi qui adore la création de bijoux, les bricolages, la confection d’accessoires et de produits de beauté».

«Je peux pas croire qu’on reste encore campés là-dedans», déplore Mme Fortier. «L’idée qu’on attribue encore des loisirs propres à des genres, c’est décourageant».  

Julie Fortier croit que les camps «100 % garçons» et «100 % fillettes» sont sexistes et peuvent transmettre aux enfants une vision stéréotypée des intérêts associés à chaque sexe. Elle ne veut pas que, plus tard, ses fils de deux ans et demi et six ans «trouvent que c’est bizarre d’avoir des filles à leur école qui jouent au hockey et au football».

La brochure de Camp Académie (détail)

La directrice générale de Camp Académie, Chantal Calais, assume pleinement le choix de l’entreprise d’offrir des camps exclusifs à chacun des sexes. «C’est vraiment juste pour répondre à une demande» des enfants et des parents, explique Mme Calais. 

«C’est sûr que nos filles aiment ça jouer dehors et tout ça, ajoute-t-elle. Mais, quand on regarde en général, les filles aiment ça beaucoup, par exemple, faire des créations de bijoux pendant que les garçons aiment ça un peu moins. C’est juste un fait. On a beau dire qu’on est pareils, la nature a fait qu’on a un peu des intérêts différents.»

Peu importe le sexe et les activités, toutefois, les enfants sont toujours encouragés à jouer dehors, précise Mme Calais. 

Le camp «100 % fillettes» était déjà très populaire depuis cinq ans, indique la directrice générale. «Pour faire les choses plus équitables», explique-t-elle, un camp «100 % garçons» a été créé cette année afin d’offrir une contrepartie masculine au camp féminin.

De plus, les camps réservés aux gars ou aux filles ne représentent qu’une fraction des camps offerts par Camp Académie à Québec et un peu partout dans la province, fait remarquer Chantal Calais. Dans tous les autres camps, les activités sont les mêmes pour tous les sexes. 

Après avoir été choquée par l’annonce des camps «100 % gars» et«100 % fillettes», Julie Fortier s’était plainte à Camp Académie.  Mme Calais assure avoir été mise au courant de la plainte. Mais elle dit que Camp Académie n’a pas l’intention de sacrifier ses camps réservés aux gars ou aux filles au nom de la rectitude politique, pour ne pas que les enfants soient «pénalisés». 

«C’est un peu dommage, parfois, qu’on doive être tellement politiquement correct dans les camps», dit Chantal Calais. 

D’autres cas

Camp Académie s’ajoute à plusieurs autres camps qui ont été critiqués pour une programmation jugée sexiste.  

Récemment, par exemple, le Huffington Post Québec rapportait que la programmation 2017 du camp de jour Cache-à-l’eau, à Boucherville, proposait une semaine thématique «Les gars d’un bord, les filles de l’autre». 

Les filles étaient ainsi invitées à se faire les ongles, à danser et à «rester entre filles», tandis que les garçons étaient incités à faire du sport à jouer à des jeux vidéo. 

En 2016, un bulletin de l’Observatoire québécois du loisir intitulé Les stéréotypes sexuels en camp de jour constatait que certains programmes de camps contribuent à accentuer les stéréotypes en offrant des activités destinées aux filles ou aux garçons «en vertu de préférences présumées de l’un et l’autre sexe», décrivait l’organisme, auquel collabore entre autres l’Université du Québec à Trois-Rivières. 

Ces préférences présumées «enferment les filles et les garçons, et plus tard les femmes et les hommes, dans des carcans qui nuisent au plein développement de comportements et à la découverte d’activités et d’intérêts habituellement attribués au sexe opposé», notait l’Observatoire.