Après avoir travaillé 15 ans dans une usine comme machiniste, Cindy Pomerleau cultive maintenant des légumes dans ses jardins et dans sa serre de Sainte-Claire de Bellechasse.

De machiniste à maraîchère

CHRONIQUE / Au fil des dernières saisons, Cindy Pomerleau, une machiniste de 38 ans, s’est métamorphosée en maraîchère. Elle a quitté l’usine où elle travaillait depuis 15 ans. Elle a troqué la machine à commande numérique pour la grelinette, le motoculteur, les binettes et les filets afin de produire — sept jours sur sept — des légumes sans pesticide et sans herbicide à Sainte-Claire de Bellechasse.

Cindy Pomerleau avait besoin de changement dans sa vie professionnelle. «J’étais tannée de mon milieu de travail, d’être enfermée cinq jours par semaine et de ne voir la lumière du jour qu’à travers le petit «châssis» de l’usine. Je me disais : «C... que je serais bien dehors!»» 

Comme bien des hommes et des femmes à un moment de leur vie, deux questions lui revenaient en tête : Qu’est-ce que je peux faire d’autre? Qu’est-ce que j’aimerais faire d’autre?

Son chum, Simon Comtois, couvreur entrepreneur, lui a fourni une partie de la réponse en réalisant un de ses rêves à lui : acquérir une cabane à sucre. Il a suggéré à sa compagne de faire la transformation du sirop d’érable.

Quelques heures de formation et elle relevait le défi de l’amoureux. Beurre d’érable, bonbons, cornets, vinaigrette, etc., ont d’abord été testés auprès des amis et de la famille avant qu’elle ne mette une pancarte sur le bord de la route, au 385, route Bégin, pour inviter les passants à acheter les produits de «La Cabane Comtois».

C’est bien bon le sirop d’érable et tout ce qu’on peut en tirer, mais ça ne comble pas le désir de Cindy Pomerleau de changer de job pour ne plus passer 40 heures devant une machine à confectionner des moules.

Le jour où elle a entendu le populaire jardinier-maraîcher Jean-Martin Fortier dire qu’une ferme maraîchère d’un hectare pouvait être rentable, il s’est produit un déclic chez elle. «Je triperais avoir ça». 

Elle a alors vu d’un autre œil le lopin de terre près de la cabane à sucre. Elle a réalisé son potentiel. 

Elle a visité les jardins La Grelinette de Jean-Martin Fortier, à Saint-Armand, ainsi que les Jardins d’Inverness. Elle a suivi un peu de formation. Et petit à petit, rang par rang, elle a lancé les «Jardins des Abénakis». 

Six jardins de 100 par 70 pieds qu’elle cultive avec l’aide de son conjoint pour les «gros travaux» et de sa mère Carmelle, retraitée, qui accueille les clients et donne aussi un coup de main à sa fille pour les semis et le sarclage.

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Bon temps pour semer

Les deux pieds dans la terre dès 6h du matin, Cindy Pomerleau voit enfin la lumière du jour et respire le bon air. Les jours de pluie, elle travaille dans sa serre.

Il y a des journées où elle ne vend pas pour 30 $, mais d’autres sont meilleures et elle se dit qu’un marché existe pour ses légumes et que le timing est bon pour elle. 

«Avec tout ce que les gens lisent et entendent sur les pesticides et les produits chimiques, ils sont à la recherche de bons produits frais.» 

Les Jardins Abénakis n’ont pas la certification biologique — la propriétaire n’a pas entrepris les démarches pour l’obtenir —, mais elle assure qu’elle cultive sans pesticide, sans herbicide et sans engrais chimique. «Il n’y a pas de 20-20 ici».

À sa grande joie, les clients de l’été dernier se pointent à nouveau chez elle avec le retour de la belle saison pour acheter laitue, kale, radis, épinard, asperge, courgette et tout ce qui suivra sur ses étals au cours des prochaines semaines (haricot, carotte, brocoli, aubergine, ail, tomate, patate grelot, cerise de terre, citrouille). 

«C’est ma récompense, ces retrouvailles. Les clients me disent : enfin on va avoir vos bons légumes». 

Et des œufs aussi, puisqu’il y a également des poules pondeuses chez les Pomerleau-Comtois. L’ancienne machiniste fait aussi des centaines de petits pots de salsa, de ketchup aux fruits et de relish de courgettes. 

Sur Facebook, les clients peuvent savoir ce qui est disponible aux Jardins des Abénakis les jours d’ouverture. Ce n’est pas comme à l’épicerie où une panoplie de produits sont en vente en tout temps.

Il faut suivre le rythme de la nature pour s’approvisionner aux Jardins. Les haricots ne sont pas prêts le 1er juin. Il faut attendre la récolte et patienter pour pouvoir apprécier toute la saveur des légumes fraîchement cueillis.

Pour guider ses clients, la jardinière songe à confectionner un tableau pour suivre l’évolution des récoltes. «Il faut apprendre ou réapprendre aux gens à consommer local, mais aussi à utiliser les produits du moment.»

Les nombreuses heures de travail, les essais, les erreurs (elle a raté ses aubergines l’an dernier et les corbeaux ont malmené ses haricots) ne font pas peur à l’énergique femme. «C’est moi le boss.» Après Dame nature. 

Les revenus en moins ne l’effraient pas, du moins pour le moment. «J’ai pas le temps de faire rien d’autre de toute façon.» 

Suivre la même routine que tout le monde, gagner plus pour consommer ou acheter une voiture neuve ne figure pas dans ses priorités.

Cindy Pomerleau a pris le risque de changer de boulot et de se lancer dans la transformation des produits de l’érable et dans la production de légumes. «Au pire, si ça ne fonctionne pas, je retournerai machiniste. Les emplois ne manquent pas.»

Pour l’instant, elle se sent mieux aux champs qu’à l’usine.

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L'INSTINCT AU JARDIN

«Tu l’as ou tu l’as pas». Réussir un jardin, c’est quelque chose «d’instinctif», selon Cindy Pomerleau. 

À part quelques séances de formation les fins de semaine, la propriétaire des Jardins des Abénakis n’a pas suivi de cours de formation professionnelle ou collégiale avant de se lancer dans la production et la vente — à petite échelle — de légumes. 

Elle a vécu sur une ferme laitière jusqu’à l’âge de 12 ans et sa mère semait un jardin près de la maison. Ce qu’elle a fait à son tour, aussitôt qu’elle a acquis une maison et un terrain.

«À un moment donné, je sais que je devrai demander l’aide d’un agronome ou d’un autre professionnel».

Pour l’instant, lors de questionnements sur ses cultures ou de difficultés, elle se fie encore au livre écrit par le jardinier-maraîcher Jean-Martin Fortier, encore plus connu des Québécois depuis la diffusion de l’émission documentaire Les Fermiers, sur la chaîne Unis TV.

Celle-ci raconte, pour une deuxième année, l’expérience de Fortier et d’autres jeunes à la Ferme des Quatre-Temps, une ferme bio expérimentale d’Hemmingford qui jouit du soutien financier d’André Desmarais.

Des fermiers d’expérience ou en herbe comme elle échangent aussi des informations et des conseils sur Internet. L’été dernier, la culture de ses cerises de terre lui posait problème. Cindy Pomerleau a trouvé explication et solution de cette façon. 

L’ancienne machiniste a pu se lancer dans l’aventure des Jardins des Abénakis avec ses économies, l’aide de son chum et l’héritage de son père.

Et dire que le paternel avait vendu sa ferme, notamment parce qu’il n’avait pas de relève. Brigitte Breton