Sylvain St-Laurent

Vincent était un gagnant

CHRONIQUE / Il s’appelait Vincent Robichaud. Un beau grand jeune homme qui avait tout pour réussir. Et qui réussissait. Il avait 22 ans. Il était originaire de Chelsea.

J’ai fouillé nos archives. Nous n’avons jamais écrit sur lui auparavant.

Affaires

Duvaltex: un textile beauceron révolutionnaire

Un matériau entièrement recyclable et biodégradable a été créé par l’entreprise beauceronne Duvaltex : un précurseur mondial dans l’industrie du textile.

«On vient de lancer un produit révolutionnaire, c’est un textile 100 % polyester recyclé et biodégradable. Nous sommes les seuls au monde à avoir cette technologie», détaille fièrement le président et chef de la direction de Duvaltex, Alain Duval. Adieu le plastique! En 1200 jours, 91 % du matériau disparaît dans l’environnement sans laisser de trace. Cette nouvelle technologie, Clean Impact Textiles, a été conçue avec des partenaires. 

«Aujourd’hui, les technologies sont créées dans un écosystème où les gens collaborent à travers le monde pour régler des problèmes majeurs», souligne M. Duval.

Duvaltex est une entreprise familiale québécoise bien connue dans l’industrie du textile. Avec son siège social à Québec et ses entreprises de fabrication en Beauce, elle a près de 300 employés. 

«Nous sommes un leader en Amérique du Nord. Nous fabriquons des tissus d’ameublement pour les bureaux, les hôtels, les restaurants, bref tout ce qui est commercial», explique Alain Duval. Depuis plus de 20 ans, Duvaltex souhaite se démarquer grâce à ses produits de développement durable. 

Prix d’innovation

La semaine dernière, l’entreprise était à Chicago, où elle a reçu le prix d’innovation du magazine Interior Design pour son nouveau matériau. 

«Cette nouvelle collection innovante de textiles de Duvaltex promet non seulement de transformer l’avenir des spécifications textiles durables, mais également de réduire considérablement l’impact des textiles en polyester sur la biosphère avec un tout nouveau modèle de recyclage et d’élimination en fin de vie», peut-on lire sur le site du magazine spécialisé en design intérieur. Pour Alain Duval, le développement durable et l’environnement sont au cœur des préoccupations de l’entreprise. «On a créé des produits recyclés, mais sans impact à la fin de leur cycle de vie», détaille-t-il. 

C’est en ajoutant un biocatalyseur que la biodégradation du textile est possible. «Cela permet la digestion anaérobique dans les sites d’enfouissement et les usines de traitement des eaux usées», peut-on lire sur le site Web de Duvaltex. Contrairement au polyester standard qui a un taux de dégradation de 6 %, ce nouveau polyester a un taux de 91 %.

L’innovation au cœur de l’entreprise

Concevoir de nouveaux produits est au centre des préoccupations de Duvaltex. «Toutes les entreprises doivent être à jour dans les technologies. Nous voulons nous démarquer pour faire une différence au Québec et à l’international», souligne Alain Duval. Cette entreprise souhaite devenir un pionnier dans l’industrie du textile grâce à sa méthode unique de fabrication. «Nous ne sommes pas dans le textile traditionnel, nous sommes dans un mode de pensée différente», indique-t-il. 

Avec beaucoup d’avenir, l’entreprise souhaite se tourner vers l’Europe. «C’est une grande aventure. Nous allons avoir un rôle important là-bas», explique Alain Duval. Le 20 juin prochain, l’entreprise participera à la foire internationale en matière d’innovations et de technologies manufacturières ITMA 2019 à Barcelone. Elle va s’informer sur de nouvelles façons pour améliorer ses produits à l’aide des avancées technologiques présentées. Son but : innover. 

La Capitale

Un pêcheur attrape un imposant esturgeon au Vieux-Port de Québec [VIDÉOS]

Après un dur combat, un homme qui pêchait au Vieux-Port de Québec a réussi à sortir du fleuve Saint-Laurent un imposant esturgeon, lundi soir.

Vers 20h30, Rémi Clairet, 26 ans, a mis son avant-dernier appât au bout de sa canne à pêche. En une heure, il avait déjà pêché quatre barbottes et n’espérait plus attraper grand-chose. 

Il discutait avec un passant depuis un moment quand il a eu l’impression que son hameçon s’était coincé dans le fond de l’eau. Mais sa canne a commencé à bouger, puis le moulinet s’est presque déroulé au complet. 

Ne disposant que d’un équipement conçu pour les petits poissons, M. Clairet a mis une demi-heure avant de réussir à remonter le poisson à la surface. «J’ai crié en disant «c’est bien un esturgeon!»» , raconte-t-il.

Le pêcheur a dû descendre dans le fleuve par une échelle pour aller chercher l’esturgeon d’environ 1,2 m et 45 kg (environ 100 lb), selon l’estimation du pêcheur. 

«Trop pesant»

«Au moment où j’ai posé la main dessus, il s’est débattu, le fil a cassé et j’ai réussi à le garder dans la main par la branchie, raconte Rémi Clairet. Et là, j’ai pris quasiment un quart d’heure à remonter l’échelle parce qu’il était beaucoup trop pesant. D’une main, je n’y arrivais pas». 

Des passants lui ont donné un coup de main pour remonter l’échelle. Et, de peine et de misère, Rémi Clairet est parvenu à revenir sur le quai avec le gros poisson, lâchant un grand «wow» satisfaction. 

Après avoir immortalisé sa prise sur photo, M. Clairet a remis le poisson à l’eau. 

M. Clairet, un habitué de la pêche dans le Vieux-Québec, taquine souvent le poisson au bassin Louise, au quai Louis-Jolliet ou au port de Québec. Il pêche habituellement de la barbotte et du doré. Mais lundi soir, c’était un grand moment pour ce géologue amoureux de la pêche. 

«J’ai tremblé pendant deux heures après, dit M. Clairet. Je suis un pêcheur régulier, mais je n’ai jamais pris un gros poisson comme ça».

Monde

Les fantômes de Tchernobyl

La catastrophe nucléaire de Tchernobyl n’a pas fini de hanter le monde. Une télé-série choc de la chaine HBO bat des records d’audience. Plusieurs enquêtes viennent de revisiter le désastre. Trois décennies plus tard, le mot «Tchernobyl» résonne encore comme un avertissement.

Il est autour de minuit, le 26 avril 1986, lorsque débute un exercice de routine sur le réacteur no 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine. Le plus grave accident nucléaire de l’histoire va bientôt se produire. Récit de trois jours qui vont irradier le monde...

SAMEDI 26 AVRIL 1986

00h Une affaire de routine

Le «test» veut seulement vérifier le système de secours en cas de panne d’électricité. Le directeur, Viktor Brukhanov, n’a pas été prévenu. À quoi bon? Tout sera fini dans quelques minutes.

Sauf que dès le début, le réacteur géant ne réagit pas comme prévu. Son activité tombe proche de zéro. Pour le stabiliser, il faut retirer du noyau 203 des 211 barres de graphite qui contrôlent la réaction nucléaire.

Dans son livre «Midnight in Tchernobyl», le journaliste Adam Higginbotham compare le réacteur à un pistolet chargé dont le chien vient d’être relevé. Va-t-on oser peser sur la gâchette? (1)

1h23 «La guerre atomique est commencée»

Malgré les signes inquiétants, Anatoli Diatlov, (2) le vice-ingénieur en chef, ordonne de continuer. Fatale erreur. En l’espace de quelques secondes, le réacteur échappe à tout contrôle. À l’intérieur, la température atteint 4650 °C, un peu moins que celle qui règne à la surface du Soleil.

À 1h24, une énorme explosion secoue la centrale. Le KGB évaluera sa puissance à «au moins» quatre fois celle de la bombe larguée sur Hiroshima. Dans les bâtiments, les employés sont projetés contre les murs. Plusieurs techniciens pensent que la guerre atomique avec les États-Unis vient de commencer!

2h Une lumière bleutée… et mortelle

Les premiers pompiers dépêchés sur les lieux n’ont pas la moindre idée de ce qui les attend. Ils n’ont même pas de combinaison anti radiation. En plus, les débris de l’explosion se comportent de manière étrange. Quand on les asperge d’eau, ils brûlent davantage! 

Quelques employés s’approchent du lieu l’explosion. Ils n’en reviennent pas. Le réacteur n’existe plus! Son couvercle de 1200 tonnes a été soulevé dans les airs. Il est retombé en causant des dommages considérables.

Vision d’horreur. Dans les ruines fumantes, une immense colonne de lumière bleutée s’élève tout droit dans la nuit, à l’infini. Les experts décrivent le phénomène comme «l’ionisation radioactive de l’air». (3) La preuve que le coeur du réacteur se consume désormais à l’air libre!

En quelques secondes, les deux braves employés absorbent une dose mortelle de radiation. Dans 10 jours, ils seront morts.

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Affaires

Wwoofing: voyager de ferme en ferme

Après des années de dur labeur, l’italien Vittorio Zamuner, issu de l’immigration post-Deuxième Guerre mondiale, s’achète un terrain à Neuville. Dix hectares pour 600 $. C’était en 1968. Un demi-siècle plus tard, c’est son petit-fils, instructeur de plongée sous-marine, qui a pris la relève. Aujourd’hui, il accueille des volontaires de partout dans le monde sur sa ferme presque autosuffisante de 100 hectares.

Bienvenue dans l’univers du wwoofing.

Vêtu d’une salopette et de bottes de caoutchouc, Maxim Iskander est fier de montrer le terrain qu’il habite depuis 2012. Assistant-enseignant à l’École de foresterie de Duchesnay l’hiver, puis agriculteur l’été, il accueille des bénévoles de différentes nationalités pour l’aider dans ses tâches quotidiennes. C’est la troisième année qu’avec sa femme, Tiana Ramaroson, ils rencontrent des voyageurs par le biais de WWOOFING et Workaway : des plateformes Web payantes où des volontaires et des hôtes peuvent s’inscrire. En échange d’heures de travail, les bénévoles sont logés et nourris. 

De génération en génération

Les deux pieds dans la boue, Maxim raconte l’histoire de sa terre familiale. Son grand-père, Vittorio Zamuner, est arrivé au Québec dans les années 50. «Il vient d’une famille d’agriculteurs, mais en arrivant ici, il a travaillé comme maçon. Il a épargné et s’est acheté une petite demeure. Dans le temps ça ne valait rien, maintenant ce n’est plus achetable», explique-t-il.

Son grand-père prenait tellement bien soin de son jardin, qu’il était bien connu dans la région. «Il y avait des autobus qui arrêtaient pour voir les fleurs sur le terrain de mon grand-père», s’esclaffe-t-il. Au fil des années, sa famille a acquis d’autres terrains, totalisant 100 hectares. «Il y avait presque juste des Italiens sur la rue», souligne-t-il, en pointant les différentes maisons qui appartenaient à son oncle, sa tante et des amis de la famille. 

Un parcours unique 

Avant de s’installer à Neuville, Maxim a grandi en Égypte. Chaque été il revenait au Québec visiter ses grands-parents. Lors de ses études à l’Université Laval, il a rencontré Tiana. Ensemble, ils ont fait le tour du monde, lui en tant qu’instructeur de plongée, elle en tant que traductrice. En 2012, ils se sont lancés dans une nouvelle aventure : l’agriculture. 

Ils ont vite réalisé l’ampleur du travail. «Cela semblait interminable. On commençait à six heures du matin et on finissait à neuf heures le soir», indique-t-il. Un ami qui avait expérimenté le travail en ferme à l’international leur a suggéré de s’inscrire à Wwoofing et Workaway. «On n’est pas assez gros pour avoir des employés parce que la plupart des récoltes ont les garde pour nous. Le fait d’avoir des volontaires nous aide énormément», explique-t-il. Même constat pour Tiana. «À nous deux ça allait, mais avec les enfants en bas âge, on avait besoin de renfort», confie-t-elle.

Un apprentissage

Chaque année, ils reçoivent des tonnes de demandes. Comme leur ferme est petite, ils en refusent 80 %. «Je les choisis en fonction de l’envie d’apprendre. Il y a des gens qui font le travail juste pour le faire. Et souvent ils le bâclent, et je dois le reprendre», déplore-t-il. Cependant, pour Maxim et Tiana la majorité des expériences ont été positives. «On s’est fait des amis partout dans le monde allant de l’Israël, à l’Allemagne et l’Écosse», se réjouit Tiana. Ils accueillent près de 10 volontaires par été, qui restent de trois à quatre semaines.

Voyager autrement

Au moment du passage du Soleil, à la mi-mai, Germain Maillet était à sa deuxième semaine en tant que volontaire à la ferme. Cette expérience en milieu rural lui permet de découvrir une vie culturelle différente. «Je suis immergé dans la vie québécoise», constate ce Français. Ses tâches au quotidien : fendre, couper le bois, s’occuper du potager, du compost et des poules. «Je travaille cinq jours par semaine et cinq heures par jour. La fin de semaine, je vais en ville ou je fais du trek», explique-t-il. En plus d’adorer cette façon de voyager, cela lui permet d’économiser. «Je ne sais pas si je serais venu au Québec si je n’avais pas eu l’occasion d’avoir une place où rester», réplique celui qui en est à sa première expérience. Après son séjour avec Maxim et Tiana, il espère trouver une autre ferme pour poursuivre son voyage. 

Cette petite ferme coquette, qui tire son revenu principal dans le bois de chauffage, fait aussi pousser des légumes qui lui sont bien uniques. «On plante beaucoup de légumes italiens, du radicchio, des betteraves rustiques de variétés italiennes», explique Maxim. Avec l’aide des volontaires, cette famille espère devenir autosuffisante, une façon d’honorer les grands-parents de Maxim. «Ils étaient autosuffisants, ils mangeaient tout ce qu’ils faisaient, et ils ont fait leur vin toute leur vie», souligne-t-il. Aujourd’hui, Tiana et Maxim sont fiers de dire que 70 % de ce qu’ils mangent provient de leur travail acharné et de celui des voyageurs qu’ils accueillent l’été. 

Chronique

Québec selon Dominique Brown

CHRONIQUE / S’il se présente un jour à la mairie, ses adversaires devront se lever de bonne heure. Lui était debout depuis 2h du matin, au jour pluvieux de notre rencontre. Cette routine lui permet de s’entraîner et de commencer à réfléchir avant tout le monde.

T-shirt et casquette, sourire engageant, ce «X» de 41 ans, père de cinq enfants, est une des histoires à succès de Québec. 

Natif de Cap-Rouge, il a «toujours été très amoureux» de Québec qu’il ne quittera jamais, dit-il, même si la logique des affaires aurait pu le mener ailleurs.

Le nom de Dominique Brown surgit chaque fois qu’on s’intéresse aux éventuels successeurs à la mairie de Québec.

«C’est extrêmement flatteur», dit-il. Il ne dit pas non. Je me suis assuré que j’avais bien compris : il ne ferme pas la porte. 

Régis Labeaume fut le premier à l’envisager. Le futur maire de Québec, prenait-il plaisir à dire en le présentant.

M. Brown dirigeait alors Beenox, une des entreprises de Saint-Roch ayant contribué à mettre Québec sur la carte du jeu vidéo. 

L’essor de Chocolats Favoris et son rôle de dragon à la télé ont depuis ajouté à sa notoriété.

Un parti provincial l’avait approché à l’époque. Il ne veut pas dire lequel. C’est la seule question qu’il déclinera en une heure et demie d’entretien. Depuis, pas d’autres demandes.

Il trouve «admirable» le travail de tous les élus, mais croit que «le municipal [lui] ressemble plus». «J’aime être dans l’action; voir des résultats immédiats.»

«Il y a des gens plus qualifiés que moi», perçoit-il. «Je ne sais pas si j’ai la bonne personnalité. Je suis excessivement émotif.» Qu’il se rassure, on en a vu d’autres.

On sent qu’il a déjà réfléchi à tout ça. Il a conversé en privé avec plusieurs premiers ministres. Il sait «les implications» et ce que ce métier demande de «don de soi». «L’humain ne l’a pas facile; la famille écope beaucoup.»

Davantage encore pour un «intense, à la limite trop intense», comme il sait l’être. «Je suis excessivement focus. Si j’ai une idée, je ne lâche pas le morceau. Je vais finir par y arriver.»

Sauf que Dominique Brown a l’habitude de «mener un projet à la fois». La politique exige d’être sur tous les fronts en même temps.

«Je prends tout personnel», prévient-il. «Si on parle en mal de Chocolats Favoris, on parle en mal de moi. Si un client n’est pas satisfait, ça vient me chercher. J’ai de la misère à décrocher.»

«Si tu es maire, comment tu fais pour décrocher?» s’inquiète-t-il. 

Il se sent une responsabilité envers ses 1500 employés et les clients. «Ça m’oblige au succès.»

«Quand tu es maire ou premier ministre, c’est pire. Tu as un mandat de toute la population. Tu dois livrer.»

Il faut faire de la politique «pour les bonnes raisons. Avoir la conviction que c’est la bonne chose pour les citoyens. Être convaincu qu’on peut apporter quelque chose et que la ville va en sortir grandie».

Dominique Brown a signé ce printemps avec d’autres acteurs publics une lettre d’appui au projet de transport structurant. «Ça fait partie du futur de Québec. On a besoin de ça.»

Mais il ne prend pas l’autobus. «Trop compliqué», explique-t-il. Il habite Montcalm, travaille dans le parc Armand-Viau, a «beaucoup de lifts» à donner à ses cinq enfants (1 an 1/2 à 15 ans). 

Il se dit «très casanier, très routinier». Sort peu et va peu au resto. Un contrepoids à sa «job extrême».

Québec est une «belle grosseur de ville», évalue-t-il, avec une «bonne balance» entre qualités de vie professionnelle et personnelle. 

Lui qui vise à doubler chaque année les affaires de son entreprise, il ne pense pas qu’une ville doive avoir un «objectif de croissance». «Si on fait bien le travail, la croissance suivra.»

«Le premier indicateur de performance d’une ville doit être la qualité de vie», croit M. Brown. 

Celle de Québec tient à la «facilité de déplacement», à «l’accès à la nature et à la facilité de sortir de la ville. L’accès au fleuve est une grande richesse». 

Quand il va courir sur la promenade Samuel-De Champlain, il mesure la différence avec Montréal où les berges sont encombrées.

Il ne changerait «rien de radical» à ce qu’est Québec, mais pense que la ville peut faire plus.

Il imagine des quartiers avec chacun sa «personnalité» et un «thème très fort». Il y a trop de quartiers «sans personnalité avec des maisons en rangée et pas d’arbres», déplore-t-il.

Il aime Montcalm. La proximité des gens qui marchent, se parlent d’une galerie à l’autre, courent vers les Plaines. 

Mais le «Montcalm, quartier des arts, je ne le sens pas». Il rêve à plus fou. Il imagine des toits-jardins communautaires reliés par des passerelles aériennes et dont la production serait vendue rue Cartier. «Ce serait super.»

Il aime l’idée du «chaos organisé». «Quand on laisse le monde lousse, on peut créer de bonnes choses. Il faut laisser libre-cours à l’artiste.»

Au début des années 2010, il avait planché à la demande de la Ville sur un projet de «technoculture» dans Saint-Roch. 

Robert Lepage lui avait fait remarquer qu’au «centre de tout quartier, il y a toujours un bar». 

Brown voyait le sien au jardin de Saint-Roch. Une place publique en fait, avec des terrasses et des «food trucks» comme «lieu de maillage» pour les technos du quartier. 

Il imaginait autour de grands écrans aux façades des immeubles pour y projeter des créations artistiques locales. 

Plusieurs y avaient vu un Times Square, mais il lui rejetait ce modèle qu’il trouvait trop commercial. 

Le projet n’a pas eu de suite. Il ignore pourquoi. Peut-être les coûts, suggère-t-il. «J’ai trouvé ça dommage», mais il refuse de faire son «gérant d’estrade».

Il ne peut dire si le projet aurait la «même adhésion aujourd’hui».

La réalité est que cette vision de place animée s’est concrétisée de l’autre côté de Charest, rue du Parvis. Les écrans en moins. 

«Les politiciens qui m’intéressent ont une vision», dit-il. «Quand tu ne sais pas où tu vas, tous les chemins y mènent.» Il cite de mémoire. 

Ce devait être Henry Kissinger, ex-secrétaire d’État américain : Quand on ne sait pas où l’on va, tous les chemins mènent nulle part.

«Le rôle le plus important c’est de dire où on s’en va.» Être une «locomotive» et avoir la «force de garder le cap». 

Il admire pour cela le maire Labeaume. «Il a très, très bien fait. Il a dit : “Je veux aller par là”. Il nous a mis sur la carte.» Impossible d’ignorer Québec, sinon, «le maire va vous attendre dans le détour».

Mais il ne suffit pas d’une vision. «Bien communiquer est aussi important.» Expliquer le pourquoi des décisions pour aller «chercher l’adhésion», car «jamais personne ne réussit tout seul». 

«La pire affaire, c’est le surplace. C’est mieux d’essayer quelque chose.» Au risque de déplaire.

Il vit bien avec l’adversité dans un contexte d’affaires. «C’est moi qui vais subir les conséquences», mais le «vivre publiquement», il est moins sûr. 

«Tout ce que tu fais, tes erreurs sont scrutées, tu te fais mal quotidiennement, à la radio, dans les journaux, dans ta famille.»

Tu ne fais pas de politique «pour le salaire», a-t-il compris. «Il faut être investi d’une mission personnelle.»

«Personne n’est mieux placé que les élus pour bien comprendre les enjeux», perçoit-il. «Je leur fais confiance. Je suis peut-être naïf.»

Je l’ai laissé dire, mais ma confiance a été ébranlée par plusieurs grands projets ces dernières années. Vous savez lesquels. 

Dominique Brown ne «carbure pas» au concept «d’amélioration continue» et estime ne «pas être très bon dans les opérations». 

«Les gens s’occupent du présent; moi, je m’occupe du futur.» Il s’assure de donner à ses collaborateurs «des outils pour réussir». 

L’histoire a fait grand bruit cet hiver lorsqu’il a pris place au comptoir d’un de ses commerces pour remplacer un employé manquant. Il vit lui aussi la rareté de la main-d’œuvre. 

Il est plus difficile de faire venir des employés de Montréal que de l’étranger, a-t-il constaté. 

Il prévoit que Québec aura besoin de plus d’immigrants et trouve qu’on «envoie des drôles de messages». Celui de la CAQ en campagne électorale et celui des ratés administratifs.

Il raconte avoir recruté cet hiver une spécialiste française du commerce électronique déjà installée à Québec. Elle a quitté son emploi pour accepter celui chez Chocolats Favoris.

Les formalités pour changer le permis de travail devaient prendre deux semaines. Il en a fallu douze, pendant lesquelles il était interdit de l’employer. On a fini par la renvoyer en France. «Un drame humain», dit-il. «Elle avait une vie ici.»

Les immigrants viennent peu à Québec parce qu’il y a peu d’immigrants et il y a peu d’immigrants parce qu’ils viennent peu, note-t-il.

Comme la vieille pub de saucisses : plus de gens en mangent parce que plus fraîches; plus fraîches parce que plus de gens en mangent. 

Il faut mieux accueillir les immigrants et leurs familles. Les aider à se bâtir un «nouveau réseau social», croit-il.

Le siège social de Chocolats Favoris (100-120 employés) reflète l’homogénéité de Québec. 

Une «faiblesse» qui freine les progrès en Ontario et au Canada, note le patron. Manque d’anglais et de diversité culturelle.

«Tout le monde mange du chocolat et de la crème glacée, mais pas de la même façon.» Et pas le même jour. 

Au Québec, c’est beaucoup à Pâques et à Noël, mais moins ailleurs. Il faut une sensibilité culturelle pour adapter les modèles d’affaires.

Il pose lui-même la question : «Quelle est la meilleure façon de contribuer à la ville?» puis y répond. «Je contribue économiquement.»

Il a doté la ville d’un nouveau siège social et ses 46 chocolateries «redonnent à la communauté». «C’est important d’avoir un impact social», croit-il. 

C’est quoi le plan? C’est quoi l’après Beenox et Chocolats Favoris, lui demande-t-on à chaque entrevue. 

Il sait qu’il y aura un après Chocolats Favoris, mais n’est pas pressé. «J’ai encore à donner.» Pour la suite, «je n’ai pas de plan de vie».

Si lui n’en a pas, d’autres pourraient vouloir lui en trouver un.

Affaires

Une «crise» du céleri

Le prix du céleri a subi une augmentation «phénoménale» depuis l’hiver : de trois à quatre fois plus élevé que la «normale», selon le distributeur Hector Larivée. Pour Maurice Doyon, agroéconomiste de l’Université Laval, il s’agit d’une «simple question d’offre et de demande».

Si la caisse de 24 céleris se vend normalement à une quinzaine de dollars, selon Pascal Lecault, président et propriétaire des Jardins Vegibecs à Oka, elle aurait atteint les 140 $, cet hiver. Les chaînes de supermarchés suivent la tendance tarifaire et donc haussent les prix.

Alimentation

La meilleure pâtissière au monde bannit chocolat et café, rationne le sucre et célèbre... le vinaigre !

PARIS - Fruits sublimés au vinaigre, très peu sucrés et pas du tout «instagrammables» : la Française Jessica Préalpato n’a pas osé faire goûter à son père pâtissier ses desserts, qui viennent d’être désignés les meilleurs au monde.

«Il ne comprendrait pas du tout ce que je fais», confie celle qui à 32 ans vient d’être élue «meilleure pâtissière du monde» mardi par le World’s 50 Best Restaurants.

En ce moment à la carte du restaurant trois étoiles Plaza Athénée à Paris, où elle officie depuis 2015 comme cheffe pâtissière: fraises avec des bourgeons de sapin ou «tout rhubarbe» - fermentée, grillée, pochée, rôtie et crue pour un côté croustillant.

On n’aurait pas le réflexe de prendre en photo ces créations visuellement brutes qui dévoilent un goût extrêmement fin et pur.

Ils s’inscrivent dans le concept de «naturalité» (une cuisine au plus près du produit naturel) défendu par le chef Alain Ducasse, qui devient pour Jessica Préalpato la «Desséralité», titre du livre dans lequel elle propose les recettes de 50 desserts créés au Plaza Athénée.

Citron-algues, orge maltée-bière givrée-houblon, topinambour-vanille bourbon-truffe ou cerises-olives-vinaigrette... «On bouscule les gens», dit en riant la pâtissière originaire de Mont-de-Marsan (Sud-Ouest).

Enlever crème et mousse 

«J’aime beaucoup mettre des vinaigres, des vinaigrettes, tous les styles de cuisson, différentes façons de sublimer le produit».

Certains confrères la critiquent pour le dressage qu’ils jugent pas assez sophistiqué pour un palace, parfois des clients se disent «déçus», raconte Jessica Préalpato, une des rarissimes femmes cheffes dans un trois étoiles.

Il y a quatre ans, Alain Ducasse l’a fait pleurer en refusant de goûter l’un de ses premiers desserts à base de fruits.

«Je vois pourquoi maintenant: j’ai travaillé comme une pâtissière l’aurait fait. Il y avait beaucoup de mousse, de crème, une glace, une tuile. Pour lui, ce n’étaient pas des choses très importantes pour le dessert».

«J’ai tout enlevé (...) et aujourd’hui j’ai beaucoup de mal à faire des desserts à base de chocolat ou de café parce que ce n’est pas une matière qu’on peut déposer dans l’assiette», poursuit-elle.

Ses desserts sont poussés sur l’amertume et l’acidité, elle utilise le sucre comme le sel en cuisine: pour assaisonner.

«Je comprends les clients qui n’aiment pas», dit-elle.

Blessée au début par des retours négatifs, elle s’y est habituée. Et se dit «étonnée» par son palmarès: «Jamais je n’aurais parié que ces pâtisseries allaient être mises à l’honneur. C’est énorme pour moi».

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Justice et faits divers

Six balados-thriller pour l’été

Notre journaliste judiciaire Isabelle Mathieu, lévisienne, marche tous les matins et tous les soirs entre la gare fluviale des traversiers et le palais de justice de Québec. Avec, dans les oreilles, des balados qui racontent des crimes, des disparitions, des enquêtes journalistiques menées au Québec, ailleurs au Canada et aux États-Unis. Voici ses suggestions, à temps pour la route des vacances. Et bienvenue dans un univers où la dépendance croit avec l’écoute!

Serial (États-Unis)

Mon préféré! La première saison de Serial date de l’automne 2014, mais n’a rien perdu de sa pertinence et de son impact. La journaliste Sarah Koenig nous raconte l’histoire d’Adnan Syed, jeune homme condamné en 1999 à Baltimore pour le meurtre de sa copine, Hae Min Lee. Le rythme est haletant, l’enrobage sonore efficace et le ton de Koenig absolument parfait. La journaliste ne cache rien de ses questionnements, de ses hésitations. Adnan peut-il avoir commis ce crime abject? Le processus journalistique devient aussi intéressant que les résultats de l’enquête. Je n’ai pas écouté la saison 2 de Serial, qui explore la vie d’un soldat américain, emprisonné cinq ans par les talibans. Par contre, j’ai dévoré la saison 3, qui se déroule au palais de justice de Cleveland. L’équipe de Sarah Koenig a obtenu la permission d’enregistrer absolument partout : en salle d’audience, dans les corridors, dans les ascenseurs, dans les bureaux d’avocats. Le résultat donne un portrait troublant et fascinant de la justice américaine, par ses causes «ordinaires». Pour écouter, c'est ici.