Affaires

52 620 $ net pour une «vie décente» pour une famille à Québec

Une famille de quatre personnes (deux adultes et deux enfants fréquentant un CPE) a besoin d’un revenu après impôts et déductions de 52 620 $ pour avoir une «vie décente» à Québec, c’est-à-dire pour combler ses besoins de base et arriver se payer une activité sportive ou un café une fois de temps en temps.

C’est une des nombreuses données publiées jeudi par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) dans une note rédigée par le chercheur Philippe Hurteau. Pour une personne monoparentale avec un enfant, ce sont 34 255 $ qui sont nécessaires et pour une personne seule, 25 082 $.

Cinéma

La Bolduc, la turluteuse du peuple ***

CRITIQUE / Mary Travers, alias La Bolduc, a été la pionnière de la chanson folklorique québécoise, la première femme à s’imposer en musique populaire, dans les années 1920 et 1930. À l’image de personnages historiques plus grands que nature, comme Maurice Richard et Louis Cyr, la chansonnière à turlute méritait aussi de voir sa vie portée au grand écran, ne serait-ce que pour sa contribution, involontaire il est vrai, à la cause féministe.

Car, sans jamais s’être considérée comme une porte-étendard de la cause, Mary Travers s’est imposée dans un monde d’hommes, à une époque où la place de la femme était davantage devant un fourneau que derrière un micro.

Sports

Six tragédies sportives qui ont marqué l'histoire

L'accident impliquant l'autocar des Broncos d'Humboldt au cours de la fin de semaine rappelle à la mémoire d'autres tragédies sportives ayant marqué l'histoire récente. En 2011, les amateurs de hockey du monde entier avaient été ébranlés par celle qui a coûté la vie aux 37 membres de l'équipe du Lokomotiv de Yaroslavl, dont l'ancien des Remparts Gennady Churilov.

L'appareil russe Yak-42 venait à peine de décoller de l'aéroport de Yaroslavl lorsque celui-ci s'est écrasé dans la Volga, emportant les 45 personnes qui étaient à son bord, dont les 36 entraîneurs, joueurs et employés du Lokomotiv de Yaroslavl. 

Outre Churilov, un autre ex-joueur de la LHJMQ, Sergei Ostapchuk (Huskies de Rouyn-Noranda), ainsi que les anciens de la LNH Pavol Demitra, Jan Marek, Ruslan Salei et le Canadien Brad McCrimmon ont tous perdu la vie dans l'accident.

Affaires

Endettement : «Nous avons étiré l’élastique du crédit»

En 1980, le taux d’endettement des ménages était de 66 % à travers la province. Puis 150 % en 2011. Et finalement, aujourd’hui, il dépasse les 170 %. En d’autres mots, cela signifie qu’un ménage doit 1,70 $ pour chaque dollar de revenu disponible.

«C’est un peu comme une grosse balloune qui ne cesse de gonfler», illustre Martin Poirier, associé au sein de la firme comptable Lemieux Nolet. Et qu’arrive-t-il lorsqu’une balloune est rendue trop grosse?

Au fil des dernières décennies, le pourcentage d’endettement des familles a toujours (ou presque) été en croissance alors que la formule de calcul est demeurée la même. Le prix des maisons a grimpé, les moyens de financements se sont multipliés.

Aujourd’hui, même l’achat d’un outil ou d’un voyage peut être financé sur plusieurs mois ou des années avec un taux d’intérêt relativement intéressant. On peut également financer sa voiture sur 84 mois ou une roulotte sur 25 ans. Du crédit, il en pleut.

«Plusieurs économistes vont dire que cette situation est épouvantable, d’autres non. Certains affirment que l’endettement est soutenu par la hausse de l’immobilier. Il ne faut pas oublier que cela fait 20 ans que les taux hypothécaires sont historiquement bas. Cela donne un pouvoir d’achat plus élevé aux consommateurs lorsqu’ils achètent une maison», rappelle M. Poirier.

«Là, on semble être reparti vers une remontée des taux d’intérêt. On voit que les prix des maisons fléchissent dans certaines régions. Maintenant, si on augmente les taux d’intérêt de 2 %, il y a des gens qui ne seront plus en mesure de respecter leurs engagements financiers. Plusieurs sont passablement déjà accotés», s’inquiète-t-il, comme plusieurs de ses confrères avec qui Le Soleil a discuté au cours des derniers mois.

Dossiers d’insolvabilité

L’an dernier, le nombre de dossiers d’insolvabilité - propositions et faillites - déposé par des consommateurs au Québec a atteint 41 670. Une diminution de 3,1 %. «C’est comparable aux données de 2008 [année du début de la crise financière]. Pourtant l’économie va bien depuis 2010», indique M. Poirier.

Dans la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches, le scénario est bien différent de celui de la province. Selon des données du Bureau du surintendant des faillites, 5139 dossiers ont été traités, comparativement à 4864 en 2016. Il s’agit d’un bond de 5,65 %.

«Qu’est-ce qui fait aujourd’hui que les gens ont de grosses voitures, qu’ils voyagent, qu’ils ont une grande maison et qu’ils consomment beaucoup d’objets électroniques? Le taux de 170 % reflète la situation. Les gens consomment à crédit. Ils vont chercher ailleurs la capacité qu’ils n’ont pas dans leur budget courant. Un jour, cela va avoir une fin. C’est n’est pas pour rien que le taux de faillite à augmenter depuis 30 ans», fait valoir M. Poirier.

Il est également possible de dresser un parallèle entre la quantité de dossiers d’insolvabilité et le nombre de saisies de propriétés au cours des dernières années.

Environnement

Où sont passés les oiseaux?

Quand l’ornithologue amateur de Québec Jean Piuze a commencé à sillonner Lotbinière, à la fin des années 60, pour faire des relevés des populations d’oiseaux, il observait autour d’une centaine de goglus des prés par année. Puis, entre 1987 et 2006, en empruntant toujours le même parcours et en arrêtant toujours aux mêmes endroits, il n’en croisait plus que 29 par année, en moyenne. Et depuis 2007, ce nombre est tombé à… cinq.

Et le goglu n’est pas le seul à disparaître. «C’est à peu près toutes les espèces d’oiseaux champêtres [NDLR qui nichent dans nos régions agricoles] qui ont diminué de façon importante. On ne le voit pas nécessairement d’une année à l’autre, mais, quand on regarde les chiffres sur une décennie ou plus, on le voit très clairement», dit M. Piuze, qui participe depuis longtemps au Relevé des oiseaux nicheurs (RON) du Québec — soit une série de parcours prédéterminés d’une quarantaine de kilomètres comportant une cinquantaine d’arrêts, toujours les mêmes, où des ornithologues notent chaque année les oiseaux qu’ils voient ou (surtout) entendent.

En fait, voit-on sur le site du RON, le goglu des prés n’est même pas l’espèce la plus mal en point. À l’échelle du Québec, elle a perdu «seulement» 88 % de sa population entre 1970 et 2015, alors que l’alouette hausse-col et l’hirondelle de rivage, par exemple, ont vu leurs nombres s’écraser de 97 et 98 %, respectivement. Au total, les 28 espèces spécialisées dans les milieux agricoles qui nichent au Québec ont perdu environ les deux tiers de leurs populations, en moyenne, depuis 1970, et rien n’indique que la chute est sur le point de s’arrêter.

C’est à un point tel, d’ailleurs, que le fédéral a ajouté quatre de ces espèces à sa liste d’espèces protégées, en novembre dernier — voir le tableau.

À qui la faute?

Alors, à qui la faute? Comme l’hécatombe s’observe dans tous les autres pays occidentaux et que les oiseaux vivant ailleurs qu’en campagne (villes, forêts, milieux humides, mer, etc.) se portent assez bien dans l’ensemble, les soupçons se portent spontanément sur les pesticides. Et il est vrai qu’une partie du blâme leur revient, que ce soit parce qu’ils empoisonnent directement des oiseaux ou parce qu’ils éliminent les insectes qui leur servent de nourriture.

Mais les pesticides ne sont rien de plus qu’«un facteur parmi d’autres», avertit Stéphane Lamoureux, biologiste pour le Regroupement Québec Oiseaux et co-auteurs d’un rapport publié en 2014 sur la disparition des oiseaux champêtres au Québec. «L’intensification et plusieurs changements dans les pratiques agricoles y sont pour beaucoup, explique-t-il. [… Par exemple, les pâturages sont d’excellents habitats pour beaucoup d’oiseaux champêtres, mais], au tournant des années 80, on s’est retrouvé avec un surplus de lait au Québec, ce qui a amené beaucoup d’agriculteurs à abandonner la production laitière et à se tourner vers les grandes cultures.» Combiné au fait que les fermes laitières et d’élevages toujours en activité gardent maintenant leurs animaux à l’intérieur plutôt que dehors, on trouve de nos jours 80 % moins de pâturage qu’il y a quelques décennies.

Beaucoup d’anciennes fermes laitières se sont ensuite tournées vers les grandes cultures comme le maïs et le soya, qui sont beaucoup moins accueillantes pour les oiseaux. «La plupart des espèces agricoles nichent dans du foin d’environ 75 cm de haut, mais les champs de maïs n’offrent pas le même genre de camouflage, on peut facilement se promener entre les rangées, dit M. Lamoureux. Et de toute manière, quand les oiseaux arrivent du sud, au printemps, les champs de maïs sont nus, à la terre, alors les oiseaux ne peuvent pas faire leur nid là.»

Science

Yoshua Bengio, l'informaticien qui veut le bien de l’humanité

Malgré les craintes que plusieurs ont envers son domaine de recherche, l’informaticien Yoshua Bengio, directeur de l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal, est convaincu que l’intelligence artificielle peut éventuellement améliorer grandement la vie de l’être humain. À condition de ne jamais perdre de vue l’aspect moral de cette science, une vision dont lui et ses acolytes ont presque fait un mantra.

Sommité mondiale en matière d’intelligence artificielle, M. Bengio était au Musée de la civilisation, jeudi, pour y prononcer une conférence à l’invitation de la Commission de l’éthique en science et en technologie et de la Faculté de philosophie de l’Université Laval. De la publicité ciblée aux robots tueurs, le scientifique a lui aussi des craintes à propos de l’intelligence artificielle, mais aussi beaucoup d’espoir de croissance économique, d’amélioration des soins de santé, de l’éducation, de la justice et de la mobilité et même de la fin du «travail comme esclavage».

D’entrée de jeu, M. Bengio a déclaré qu’il ne partageait pas les craintes du regretté Stephen Hawking ou du pdg de Tesla Motors, Elon Musk, envers une éventuelle «supra-intelligence», des ordinateurs qui deviendraient plus puissants que l’être humain et prendraient le contrôle sur l’humanité. «C’est logique d’avoir des craintes, mais celles-ci ne sont pas fondées. Elles ne correspondent pas à ce que je connais de l’intelligence artificielle. De plus, on ne sait pas du tout si l’intelligence artificielle va un jour rejoindre l’homme, c’est de la futurologie, de la science-fiction», a-t-il expliqué durant sa conférence.

Pour lui, l’intelligence artificielle doit ultimement viser le bien-être de tous, promouvoir la justice, éliminer la discrimination, promouvoir la pensée critique et nous prémunir contre la propagande et la manipulation.

Peur des robots tueurs

M. Bengio s’inquiète cependant du fait que ces craintes détournent les humains des vraies menaces à plus court terme que sont, par exemple, les robots tueurs et la publicité ciblée. «Les robots tueurs n’ont rien à voir avec [le film] Terminator, mais on est presque rendus là. Ça, ce n’est pas de la science-fiction. Les drones existent, ils sont de plus en plus petits, la reconnaissance faciale existe, les drones militaires armés existent et on sait que plusieurs agences militaires travaillent sur le fait de combiner la reconnaissance des visages avec les drones pour obtenir des robots tueurs», a-t-il élaboré en entrevue avec Le Soleil.

C’est pour cette raison que M. Bengio et des collègues ont signé plusieurs lettres afin que les pays du monde s’unissent pour interdire les armes autonomes. «On veut éviter une nouvelle course aux armements comme avec le nucléaire. Tuer quelqu’un est une décision grave qui ne devrait jamais être prise sans l’intervention d’un être humain», indique celui qui est conscient que certains pays refuseraient de signer un tel traité. «On sait déjà que les États-Unis et la Chine ne voudront pas signer, mais ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire de traité. Par exemple, les États-Unis n’ont pas signé le traité sur les mines antipersonnel, mais les compagnies américaines ont commencé à arrêter d’en fabriquer parce que c’est devenu immoral.»

Fin de l’«esclavage»

Et malgré les possibilités que plusieurs emplois deviennent obsolètes parce que les humains y seraient remplacés par l’intelligence artificielle, M. Bengio voit un aspect positif dans la possibilité de voir un jour disparaître ce qu’il qualifie de «travail comme esclavage». «Les économistes pensent que de 30 % à 50 % des emplois pourraient être touchés d’ici 10 ans. Les emplois qui impliquent un contact humain, comme les professeurs, les infirmières, les éducateurs, seront moins touchés, comme les informaticiens et les ingénieurs, bien sûr. Mais est-ce vraiment une mauvaise chose que des emplois routiniers, dangereux, pénibles, répétitifs, plates, soient faits par des machines?» indique-t-il en ajoutant qu’il faudra cependant penser aux travailleurs en milieu de carrière qui perdront leur emploi en améliorant le filet social.

«Il faudra une approche scientifique et objective pour évaluer les variantes de revenu minimal garanti, tout ça dans le but de rétablir l’équilibre. Et ce sont les citoyens qui devront choisir des gouvernements qui vont accepter de redistribuer la richesse. Car les gouvernements ne vont intervenir que si les citoyens leur demandent», poursuit-il, conscient que l’intelligence artificielle pourrait mener à une certaine concentration de la richesse par la formation de «quasi-monopoles» comme Google pour les moteurs de recherche, Amazon pour la vente au détail et Facebook pour les réseaux sociaux.

Yoshua Bengio est cependant encouragé par le fait que plusieurs spécialistes de l’intelligence artificielle des quatre coins du monde soient attirés par Montréal et l’approche humaniste de ses chercheurs. «On attire les scientifiques qui veulent être associés au côté positif de la Force plutôt qu’au côté sombre. C’est pour cela qu’il faut continuer de porter à l’extérieur la voix du Canada, qui doit jouer un rôle de leader moral mondial en matière d’intelligence artificielle.»

Éducation

Place aux Carrés jaunes dans les écoles

À l’école secondaire, Célestine Uhde en a ras-le-bol de ne pas pouvoir porter des camisoles à bretelles spaghettis, de shorts plus courts que la mi-cuisse et de leggings sans un chandail qui recouvre les fesses.

Avec d’autres élèves de l’école Joseph-François-Perrault, elle a lancé Les Carrés jaunes, un mouvement féministe qui ambitionne de réformer les codes vestimentaires «sexistes» des écoles secondaires de Québec et gagne de plus en plus d’adeptes sur les réseaux sociaux.

Depuis une semaine, de nombreux élèves de cette école du quartier Saint-Jean-Baptiste portent le carré jaune qui rappelle le carré rouge du printemps érable. Des élèves d’autres secteurs de la capitale ont commencé à les imiter dans les corridors de leurs écoles et à envoyer des photos de leurs carrés jaunes sur les pages Facebook et Instagram du mouvement. 

Les Carrés jaunes accusent les écoles de maintenir des codes vestimentaires «sexistes» dont l’application «est beaucoup plus sévère pour les filles» que pour les gars, explique Célestine, 15 ans, qui est présidente de l’école Joseph-François-Perrault. Elles en ont aussi assez que ces interdictions conduisent à des expulsions de cours ou d’autres sanctions. 

«Le fait qu’on ne puisse pas s’habiller comme on le souhaite, tandis que la mode des gars, elle, est autorisée, ça brime certaines personnes», ajoute l’élève de quatrième secondaire. 

Plus précisément, les Carrés jaunes souhaitent pouvoir porter des shorts qui cachent les fesses, mais pas les cuisses; des leggings sans un chandail qui recouvre les fesses; des camisoles à bretelles spaghettis; et des chandails qui laissent voir les épaules et le dos. 

Les élèves veulent aussi que le chandail et le pantalon ne soient plus obligés de se superposer, ce qui permettrait de laisser une partie de ventre à découvert. Elles revendiquent également le droit de ne pas porter de brassières ou de laisser paraître les bretelles du soutien-gorge. 

Elles sont tout de même en faveur du maintien de certains interdits. «Nous n’aurions pas le droit de voir les sous-vêtements, ni pour les filles, ni pour les gars. Nous n’aurions pas le droit aux décolletés trop plongeants ni aux camisoles échancrées sur les côtés. Nous n’aurions pas le droit non plus de laisser voir le bas des fesses», précisent les Carrés jaunes sur leur page Facebook. 

«La femme à cacher»

Pour les Carrés jaunes, le code vestimentaire des écoles secondaires obéit à la logique de la «femme à cacher», une façon de ne pas éveiller le désir sexuel des jeunes hommes et de les déconcentrer en classe. Mais en interdisant aux adolescentes de montrer certaines parties de leurs corps, les codes vestimentaires contribuent à leur hypersexualisation, croit Célestine. 

«S’il y a des parties du corps de la femme, comme par exemple les seins, le ventre ou les jambes, qui sont sexualisées, c’est parce qu’elles sont cachées. Elles sont rendues taboues par la société. Tandis qu’au départ, il n’y a pas grand-chose de plus érotique dans une cuisse que dans un abdo de gars», dit-elle. 

La démarche des Carrés jaunes s’inscrit aussi dans la lutte contre la culture du viol, par le biais du phénomène du slut shaming (intimidation des salopes), fait valoir Célestine. Cette expression féministe décrit une forme d’intimidation où les femmes qui ont des comportements jugés trop ouvertement sexuels ou provocants sont stigmatisées ou culpabilisées.

Par extension, les agressions sexuelles deviennent en quelque sorte légitimes, car les «salopes» ont contribué à exciter les hommes. «C’est normal qu’elle se fasse violer, il a des hormones!» illustre Célestine. 

Polémique

Sur la page Facebook du mouvement, la polémique est bien amorcée et prend parfois une tangente agressive. Un commentateur traite les Carrés jaunes de «féministes extrémistes» et les accuse de vouloir «transformer la gente féminine en salope de premiere classe, les femmes devrait pouvoir shabiller comme elle le veulent certe pas comme une prostitué [sic]», écrit un internaute. 

Plus nuancé, un garçon explique que le code vestimentaire «a beaucoup plus d’effets négatifs sur les filles que sur les gars». Mais il refuse de porter le carré jaune, car il estime que les affiches du mouvement à l’école dépeignent le personnel et la direction de l’école «comme des sexistes, pro culture du viol qui [ne] vivent que pour brimer la liberté des filles». 

Il n’a pas été possible de joindre la direction de l’école Joseph-François Perreault lundi soir. Selon Célestine, celle-ci a déjà manifesté une certaine ouverture aux revendications du mouvement. La bretelle spaghetti et les shorts plus courts que la mi-cuisse pourraient être permises dès l’an prochain, indique la présidente de l’école. 

«On a la chance d’avoir une direction déjà ouverte à notre mouvement, dit Célestine [...]. Je sais que ce n’est pas de même dans d’autres écoles de la ville de Québec.»

Sur la page Facebook des Carrés jaunes, des élèves d’autres écoles de Québec organisent aussi la résistance. Une adepte du mouvement de l’école secondaire La Courvilloise, dans Beauport, indique par exemple que des élèves portent des chandails courts ou une camisole pour «passer un message» même si elles risquent des retenues.

D’autres songent aussi à élargir le mouvement des Carrés jaunes hors de la capitale, notamment à Montréal. 

Politique

Liste des candidats à la prochaine élection provinciale dans la grande région de Québec

Les électeurs seront appelés à se prononcer lors de la prochaine élection générale québécoise, à l’automne. Voici une liste à jour des candidats des principaux partis à l’Assemblée nationale, qui brigueront un mandat dans les circonscriptions électorales de la grande région de Québec, le 1er octobre.

CHARLESBOURG

Monde

15 ans de guerre en Irak en 10 temps

Il y a 15 ans, le 20 mars 2003, les États-Unis et leurs alliés britanniques envahissaient l’Irak. Un événement dont l’impact est encore ressenti aujourd’hui. À la veille de l’invasion, un sondage ABC révélait que 80% des citoyens américains croyaient que la guerre allait être terminée en quelques mois. 5484 jours plus tard, elle dure encore…

16 MARS 2003 

«Nous allons être accueillis en libérateurs» — Dick Cheney, vice-président des États-Unis

À la veille de l’invasion, l’administration de George W. Bush possède tellement de solutions, qu’elle craint presque de manquer de problèmes! Ceux qui émettent des doutes sont accusés de manquer de patriotisme. Les Américains et leurs alliés se moquent des généraux, qui voudraient deux ou trois fois plus de soldats. Ils ridiculisent la France et les Nations unies, qui remettent en question la présence d’armes de destruction massive en Irak. Pourquoi s’inquiéter? Ils seront accueillis en libérateurs (1). Un mois avant l’invasion, l’Office de reconstruction et d’aide humanitaire (ORHA), qui doit planifier l’après-guerre, compte seulement une poignée d’employés.

Au moment où la guerre est déclenchée, une blague résume bien l’arrogance des Bush, Cheney et cie. 

Q. Comment tu arrêtes un tank irakien qui avance?

R. Tu tires sur le gars qui le pousse…

Chronique

Un dernier scotch

CHRONIQUE / — Gilles, est-ce que tu offres une bière à tes chums?

— Non.

Les chums sont restés l’air bête.

— On va boire du scotch.

C’est Colette qui est restée un peu bête, elle ne se rappelait pas la dernière fois où son Gilles avait bu ça. «Je ne savais pas si je devais lui en servir un, dans son état.»

Gilles était sur ses derniers milles. Le cancer, encore lui.

Les quatre chums étaient venus faire leurs adieux à leur ami, ils ont bu leur scotch en se comptant des histoires de vieux chums. Quand ils étaient au cours classique et qu’ils allaient refaire le monde à la taverne.

Sur la 3e, pas loin du collège Saint-Jean-Eudes, qui était à Limoilou.

C’est dans ce temps-là, d’ailleurs, que Colette a rencontré Gilles Fillion. Au début des années 60. Les gars se sont revus en mai 2013 pour les 50 ans de leur graduation, ils se sont retrouvés comme si c’était hier. 

Le 6 septembre, Gilles était à l’urgence. Il a su un mois plus tard qu’il était condamné, le pancréas. Jusque-là, rien de bien nouveau, sachant qu’une personne sur trois va apprendre à un moment donné dans sa vie qu’elle a un cancer.

Plus de 200 Canadiens en meurent chaque jour.

Sauf que les chums de Gilles, qu’ils ont toujours appelé Fil, ont décidé qu’il ne se morfondrait pas dans son coin à attendre la fin. C’est l’ami Gillis, de son surnom, qui a eu l’idée de se retrouver à la brasserie comme dans le bon vieux temps. 

Ils étaient cinq au premier lunch.

Le mot s’est passé, ils se sont rapidement retrouvés une quinzaine autour de la table, un mercredi sur deux. Ils ont baptisé leur bande de joyeux lurons, les disciples de Vénus, l’idée est venue de Gillis. 

Fil n’a pas manqué un rendez-vous. Même s’il avait de la misère à se traîner, il était là, comme un seul homme, avec la gang. Colette venait le conduire et le chercher trois heures plus tard, elle allait dîner avec une amie pas loin, au cas où il arriverait quelque chose. Fil commandait, ne touchait pas à son assiette.

Il prenait une couple de bières.

Et il a vécu plus, et plus longtemps, que les médecins avaient prévu. «Il a été avec nous pendant 21 mois, s’étonne encore Colette. Pendant qu’il était avec ses chums, il ne pensait pas à la maladie. Je suis certaine que c’est ça qui a fait une différence.»

Au moins autant que la chimio.

Fil a vu une ultime fois ses chums le 21 mai 2015, il a bu son dernier scotch. Il est décédé cinq jours plus tard, peu après minuit, Colette et ses trois enfants à ses côtés. Sa mort aurait pu sonner le glas des disciples de Vénus. Juste avant de partir, il a fait un ultime souhait. «Que votre amitié perdure».

Il a été exaucé.