Balados

Tire le coyote: sans filtre [BALADO]

Benoit Pinette a beau s’être donné un nom d’artiste, Tire le coyote, cet espace créatif se voulait quand même le plus authentique possible, l’endroit où il allait être le plus transparent, sans filtre. Et c’est souvent son honnête fragilité qui charme son public.

Au début, ça devait être qu’un mini album, comme un cadeau pour lui-même. Finalement, les albums se suivent, comme les tournées, et mêmes les prix, comme un Félix pour meilleur album folk ou le prix de Parolier de l’année remis par la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec.

«J’étais content particulièrement du prix de parolier parce que c’est ce que je m’efforce de faire depuis longtemps. J’ai rushé plus pour écrire Désherbage, admet l’auteur-compositeur-interprète. J’aime avoir de beaux textes quand j’écoute une chanson.»

L’artiste de Limoilou a aussi vu l’impact d’un passage à une émission comme Tout le monde en parle. «Tout d’un coup j’existais! J’avais déjà un public, mais ça m’a permis d’aller chercher un public moins mélomane.» Il joue cette partie du jeu médiatique, mais en refuse d’autres, comme lorsqu’on lui demande de parler de ses enfants ou de ses voyages, plutôt que de sa musique. «Peut-être que c’est la différence entre l’artiste et la personnalité publique et ça m’intéresse moins», réfléchit-il à voix haute.

Balados

Martin Bureau: créateur de troubles [BALADO]

Même s’il fait du cinéma documentaire, des installations publiques, des œuvres multimédias, de la peinture et des pochettes d’albums, Martin Bureau dira qu’il réfléchit sur le monde.

«J’ai longtemps pensé que j’étais peintre, raconte le Bleuet d’origine. Puis j’ai commencé à faire des films, donc je suis devenu peintre-cinéaste. Puis artiste multidisciplinaire. À force de créer, je me suis rendu compte que mon premier métier, en amont, c’était de réfléchir. Ce qui me passionnait le plus finalement dans tout ça c’était de comprendre le monde et le réfléchir.»

Il y a souvent quelque chose qui fait «bang!» dans les œuvres de Martin Bureau. «Il y a beaucoup d’explosions dans mes œuvres, rigole-t-il. C’est une belle métaphore de perte de sens et il y a de beaux mouvements en peinture là-dedans.»

Feu ou pas, les sujets eux-mêmes sont souvent explosifs, comme les murs de Jérusalem ou les courses de stock-car. «J’aime me mettre dans un contexte de terrain trouble.» Néanmoins, même si son travail «est affirmatif», et qu’il «passe beaucoup d’opinions dans [son] travail», l’artiste insiste qu’il ne critique pas les gens individuellement, mais bien des choix de société.

Une de ses peintures les plus connues représente le parlement de Québec en feu. Une toile qu’il voulait donner au parlement, un don que l’institution a accepté – et expose. «C’est complètement baveux, souligne Martin Bureau. Face aux enjeux de collusion et de corruption, ma manière de répondre la plus efficace c’est avec l’art.»

Sports

Les maîtres du pickleball

Il a déjà été l’un des piliers du racquetball, à Québec. Quelques années se sont ajoutées au compteur de la vie depuis, mais Jean-Serge Lafleur reste aussi passionné par le sport. À la fin du mois d’août, il s’envolera pour l’Europe afin de participer à la première présentation des Internationaux de France de pickleball.

Ou encore, comme le disent si bien les cousins, pour prendre part au «French Open». Il s’est inscrit à l’épreuve de double chez les 60-65 ans avec son bon ami Joël Gilles, ancien professionnel de racquetball, au Québec, qui est retourné vivre dans son pays d’origine il y a plus de 15 ans. Le sport permet aussi ce genre de retrouvailles amicales!

«On n’avait pas fait notre tournoi de racquetball en double à 35 ans, alors on se reprend. Ça ne m’intéressait pas de jouer en simple, mais quand j’ai vu qu’il y avait la catégorie en double, j’ai pensé à Joël. Je vais me rendre là-bas deux semaines avant le tournoi, on va pratiquer ensemble, on a même réquisitionné un pro de tennis pour nous donner des conseils», raconte le sportif de Beaupré.

La compétition disputée à Fayence, dans le Var (un département français dans la région de Provence-Alpes-Côte d’Azur) était un prétexte pour parler de pickleball, sport qui prend de l’essor. Le jeune Club de pickleball Côte-de-Beaupré compte déjà 65 membres, qui profitent d’installations à l’extérieur comme à l’intérieur.

Le journaliste et le photographe du Soleil ont d’ailleurs eu droit à une leçon, dans les deux sens du terme, avec Jean-Serge Lafleur et ses complices du jour, Roch Racine, Pierre St-Jacques, Bruno Fortin et Rolland Gadbois, l’administrateur du club en question.

«On fait ça pour s’amuser. Je ne connaissais pas ça, mais je l’ai essayé et je l’ai adopté. Moi, avant, je faisais du vélo, c’est moins dangereux et ça me garde tout aussi en forme. Du sport où tu ne fais pas d’effort, ça n’existe pas», explique M. Racine, notre partenaire de jeu pour l’essai.

Le pickleball est un sport qui ne requiert pas de puissance ou de vitesse. Il est un dérivé des sports traditionnels de raquette, comme le tennis, le racquetball et le badminton, terrain sur lequel il est généralement pratiqué. Sa balle en plastique est trouée et ne rebondit pas jusqu’à vous, il faut aller à sa rencontre.

«Il s’agit du sport le plus en effervescence aux États-Unis. Il se pratique à tous les âges, il est très populaire chez les personnes plus âgées. C’est facile de frapper la balle, de l’attraper. Il faut la laisser tomber au sol sur les deux premiers coups, c’est pour ça que le jeu est plus lent et pas trop dur sur les articulations. Ça prend une bonne technique, par contre», explique Jean-Serge Lafleur, qui a «importé» ce sport sur la Côte-de-Beaupré après l’avoir découvert en Floride, il y a une dizaine d’années.

Nouveaux terrains

La récente époque où les joueurs de pickleball de son coin pouvaient n’utiliser qu’un seul terrain à raison d’une heure et demie par semaine, à Saint-Ferréol-les-Neiges, est révolue. Ses compagnons et lui ont réussi à convaincre le conseil municipal de Beaupré d’offrir des terrains pour le pratiquer. Le parc des Goélands de Beaupré sera bientôt doté de quatre nouveaux terrains de pickleball.

«Il y a eu un boum dans le racquetball à la fin des années 80, il y avait plein de monde qui jouait. Je vois la même chose avec le pickleball, sauf qu’un terrain ne coûte pas 100 000 $ comme c’était le cas pour un court», mentionne celui qui a déjà affronté trois champions du monde de racquetball, à l’époque.

On avait l’impression de se mesurer à un champion, ce vendredi après-midi, au Centre multifonctionnel de Beaupré, qui a ouvert ses portes en 2016.

«On oublie souvent de parler des bienfaits de l’activité physique. Nous avons un membre de tous près de 70 ans qui a perdu 35 livres en jouant au pickleball. C’est un sport qui fait bouger les gens, qui peut être pratiqué pour le plaisir. Et les plus compétitifs peuvent aussi y trouver leur compte», dit celui qui préfère les matchs de double à ceux de simple. Encore plus lorsque le niveau de jeu l’amène à se dépasser.

«Pendant 18 ans, j’ai joué au racquetball tous les jours. J’ai retrouvé le même plaisir avec le pickleball. Quand tu marches, tu penses, quand tu remontes la gondole en ski, tu penses. Au pickleball, tu ne penses à rien d’autre que de frapper la balle», ajoute Jean-Serge Lafleur en riant.

Chronique

En direct des îles: l'histoire qu'on raconte trop peu

CHRONIQUE / 1822, Isaac Coffin, premier seigneur des Îles-de-la-Madeleine, envoie une lettre à l’Angleterre. Il veut vendre l’archipel aux Américains.

Une trentaine d’années après en avoir obtenu la concession, l’amiral calcule que son investissement ne lui rapporte rien, ses tentatives de mettre un terme au carnage du morse ont totalement échoué, tout comme la monnaie qu’il y a introduite en 1815, le Magdalen Island Token, frappé d’un phoque d’un côté, d’une morue de l’autre.

C’est aujourd’hui une des pièces les plus prisées au monde.

Raynald Cyr ouvre devant moi un cartable où il conserve précieusement celles qu’ils possèdent, il les a achetées un peu partout, jusqu’en Chine. «J’en ai vu circuler sur les sites. En bon état, ça peut valoir jusqu’à 11 000 $.» Lui les achète pour les ramener d’où elles viennent.

Comme la lettre de Coffin, qu’il retire avec précaution d’une enveloppe. «Je suis allé l’acheter dans un encan aux États-Unis.»

Coffin a dû attendre deux ans avant de recevoir la réponse de l’Angleterre, qui refusait d’accéder à sa demande. Il revint à la charge quatre ans plus tard en tentant de les annexer à la Nouvelle-Écosse.

En vain. Les Îles allaient demeurer québécoises.

D’aussi loin qu’il se souvienne, il a toujours été fasciné par l’histoire de ses Îles, il collectionne tous les bouquins qu’il trouve. Il me montre à l’intérieur de l’un d’eux la photo de Pierre Elliott Trudeau, prise l’été suivant la Crise d’octobre, en train de prendre un bain de soleil sur la plage de La Bluff.

Il en sort un autre, Chez les Madelinots, écrit en 1920 par Marie Victorin.

Ils sont une poignée de passionnés comme lui à rapailler dans leurs temps libres des fragments d’histoire de l’archipel, des objets surtout, qui permettent de remonter le temps, de mieux comprendre le passé.

Raynald s’intéresse particulièrement aux morses, qu’on appelle aussi vaches de mer à partir du terme anglais seacow. «Ma première défense, je l’ai eue en cadeau en 1996 par un pêcheur de pétoncles qui l’avait ramassée avec sa drag.» Depuis, il amasse tout ce qui a trait aux morses, il possède une impressionnante collection qu’il expose, faute de mieux, dans son bureau où il vend des assurances. 

Il rêve d’un musée.

Il n’est pas le seul, Jean-Simon Richard aimerait aussi que tout le monde puisse voir ce qu’il conserve chez lui, des objets qu’il a trouvés en se promenant le long des plages ou en effectuant des plongées sous-marines autour des Îles. Au début du mois, il a trouvé sa plus grosse défense jusqu’ici.

Jean-Simon, 27 ans, a commencé à farfouiller avec son père. «J’étais tout petit, il me prenait sur ses épaules pour aller marcher sur les plages. Parfois, on trouvait des défenses de morses, ça me fascinait. Mon intérêt part de là.» Ils ont aussi d’autres objets liés à la chasse aux morses, entre autres des vestiges de l’huilerie où les bêtes étaient abattues et où on faisait fondre leur lucrative graisse. 

En 2014, il a rédigé un rapport qu’il a fait parvenir au ministère de la Culture, dans lequel il détaille ses trouvailles. Le site qu’il décrit a été exploité par Richard Gridley, officier militaire qui aurait combattu aux côtés de Wolfe sur les Plaines en 1759, avant de venir s’établir aux Îles pour y exploiter les ressources.

La colonie est toute jeune, à peine une quinzaine d’années.

Quelques années après la Grande déportation, il embauche 22 Acadiens, qui doivent d’ailleurs signer une Déclaration d’allégeance à la Reine d’Angleterre. «Les documents sont signés avec des “X”, les gens ne savaient pas écrire.» Ils savaient chasser le morse par contre, c’est pourquoi ils ont été embauchés.

Jean-Simon a retrouvé plusieurs balles de mousquet, certaines intactes, d’autres aplaties. «Celles-là ont tué.» Il a retrouvé aussi différents objets qu’il a patiemment identifiés, parfois avec l’aide d’archéologues ou en consultant différents documents sur Internet. «Pour la paumelle de voilier, il m’a fallu un an.»

Il a aussi trouvé des traces d’activité humaine depuis aussi loin que 6000 à 8000 ans, des pointes de flèches typiques de l’époque paléoindienne, ce qui confirme que les autochtones venaient y chasser depuis longtemps. Il a trouvé des pierres qu’on ne retrouve pas aux Îles, également des pièces de monnaie européenne, la plus ancienne est un demi-sol Louis XV datant de 1722.

Quand il plonge, il lui arrive aussi de tomber sur les vestiges d’une épave, les Îles sont le deuxième plus grand cimetière marin en Amérique du Nord, entre 700 et 1000 bateaux s’y seraient échoués au fil des siècles.

Avec, dans leurs cales, des fragments d’histoire.

Il y a quelques années, il a déniché le squelette complet d’un jeune morse, qu’il a remonté lui-même, un gigantesque casse-tête grandeur nature. Nul doute que ses études en médecine vétérinaire à Ste-Hyacinthe ont aidé, il vient d’obtenir son diplôme. Il a aussi fait dater une défense au Carbone 14 à l’Université Laval.

Elle a 3345 ans.

Il conserve ses artéfacts précieusement chez sa mère, il a converti le salon en salle d’exposition.

Le morse «remonté» est au sous-sol.

«Quand je vois un objet en me promenant sur la plage ou en faisant une plongée, je le ramasse pour ne pas que la mer le prenne, ou encore des touristes, qui l’emmèneraient à l’extérieur des Îles. Je fais ça pour que ça reste aux Îles et pour qu’éventuellement ça soit mis en valeur. Le but, c’est d’exposer ça quelque part le plus tôt possible.»

Et pas juste pour la visite.

Il cherche une solution avec les autres collectionneurs. «On se rencontre une fois de temps en temps. On se questionne tout le monde ensemble sur l’avenir de nos collections personnelles. Il n’y a pas encore de projet concret, mais on réfléchit à une solution pour que ce soit mis en valeur.»

À bon entendeur.

C’est de transmission de mémoire dont il est question ici. «Quand mon père est décédé subitement il y a deux ans d’un cancer, ça m’a fait réfléchir. Tout ce que je sais, tout ce qu’on sait, il ne faudrait pas que ce soit perdu…»

Balados

Anne-Marie Olivier : tête chercheuse de sens [BALADO]

L’auteure et comédienne Anne-Marie Olivier aime s’inspirer de la vie des gens. «Travailler avec des histoires vraies, c’est d’aller à la rencontre de cette extraordinaire complexité qu’est celle de l’être humain.»

Une manière de combler sa «soif de vérité», mais aussi d’être près des gens. «J’ai des collègues qui disent qu’il faut se foutre du public pour être complètement libre. Je suis complètement en désaccord avec eux. On doit faire du théâtre pour le monde. Ce n’est pas élitiste, on doit parler à tout le monde.» Selon Anne-Marie Olivier, l’art sert à digérer le monde, même le plus difficile à digérer.

«J’aime voir le côté utilitaire [du théâtre], ajoute-t-elle. Qu’est-ce que j’amène à la société en étant artiste? C’est un endroit de rencontres et d’échanges intellectuels et émotionnels. J’aime le théâtre qui nous transforme.» Le public semble partager cette vision, alors que le Trident affiche les meilleurs taux d’occupation de son histoire depuis qu’elle en a pris la direction artistique. 

Anne-Marie Olivier aimerait que tous les jeunes puissent toucher aux arts et à la philosophie, dès l’école primaire, afin de stimuler la créativité. «C’est vraiment l’idée de se servir du plein potentiel de son cerveau et de trouver des solutions à nos problèmes.» Selon elle, devant les changements et les défis qui attendent l’humanité, nous allons avoir besoin de notre créativité pour nous en sortir.

La Capitale

Coup d’œil sur l’édifice Gérard-D.-Lévesque avant le début du chantier [VIDÉO + PHOTOS]

Un énorme chantier patrimonial débutera en janvier 2020 afin de restaurer complètement l’ancien palais de justice de Québec et actuel ministère des Finances. Le Soleil a visité ces lieux méconnus du public, question de bien mesurer l’ampleur de la tâche.

Situé à deux pas du Château Frontenac, l’édifice Gérard-D.-Lévesque se fond dans le paysage historique du Vieux-Québec. Sa construction, en 1887, avait coûté 940 000 $. Aujourd’hui, le coût de sa restauration de fond en comble n’a pas encore été établi, mais il dépassera à coup sûr les 50 millions $.

Science

Génétique: les Inuits du Québec uniques au monde

Si les Inuits du Nunavik partagent leur culture avec les autres Inuits du monde, leurs gènes sont une autre paire de manches, selon une étude de l’Université McGill parue lundi. L’analyse du génome de 170 Inuits du Grand Nord québécois suggère qu’ils seraient génétiquement distincts des Inuits du Groenland, formant un groupe unique au monde à cet égard.

«Nos résultats montrent que les Inuits du Nunavik sont une population très homogène. […] Hormis quelques cas de mélange récents avec des Européens, les Inuits du Nunavik ne partagent presque pas d’ancêtres avec d’autres populations contemporaines et sont distincts des autres populations indigènes de l’Arctique, incluant les Inuits du Groenland», lit-on dans l’article qui vient de paraître dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Dirigée par les chercheurs de McGill Sirui Zhou et Guy Rouleau, la recherche a consisté à lire le génome de 170 Inuits du Nunavik et à le comparer à celui d’autres populations de l’Arctique. 

De manière générale, ceux que l’on nomme «Inuits» de nos jours sont les descendants des «Thuléens», des chasseurs de baleines originaires de l’Alaska qui ont commencé à essaimer dans tout le Grand Nord il y a environ 1000 ans, et qui se sont rendus jusqu’au Groenland. Ce faisant, ils ont complètement remplacé une population qui était déjà présente, les «Dorsétiens», qui chassaient les petits mammifères marins, mais pas les baleines, et qui sont aujourd’hui disparus. Les Thuléens ont migré en plusieurs vagues successives et leur arrivée dans le nord du Québec remonte à il y a 700 à 800 ans, d’après l’Institut culturel Avataq.

Cependant, M. Rouleau et son équipe ont trouvé que même si leur culture est la même, les Inuits du Nunavik sont beaucoup moins apparentés qu’on pourrait le penser, génétiquement parlant, aux autres Inuits du monde. Ce sont les Inuits du Groenland et des Yupiks de Sibérie qui sont leurs plus proches parents, mais le lien de parenté remonterait à plus de 10 000 ans.

En fait, ils sont plus proches des «Paléo-Eskimos» (les Dorsétiens et d’autres avant eux) que des Thuléens, selon le communiqué de presse de McGill. L’article des PNAS est muet sur ce qui a pu se passer, et il n’a pas été possible de s’entretenir avec M. Rouleau au moment d’écrire ces lignes, mais on peut imaginer que les Dorsétiens du Québec n’ont pas été remplacés par les Thuléens, mais qu’ils auraient plutôt été assimilés.

Quoi qu’il en soit, les chercheurs ont par ailleurs identifié des variantes génétiques chez les Inuits du Nunavik qui suggèrent une adaptation à une diète riche en graisses — les autres populations inuites du monde montrent elles aussi le même genre d’adaptation. Ceux du Québec montrent toutefois d’autres variantes génétiques qui les rendent plus vulnérables aux anévrismes intracrâniens, une déformation d’artères du cerveau qui peut avoir de très graves conséquences.

La Capitale

Qui a tué Blanche Garneau?

Le corps de Blanche Garneau, 21 ans, a été retrouvé au Parc Victoria le 28 juillet 1920, il y aura 100 ans l’an prochain. Les derniers acteurs et témoins qui auraient pu éclairer le mystère sont aujourd’hui disparus. À moins que surgisse une confession quelque part dans des archives familiales, on ne saura jamais la vérité sur ce qui fut une des plus retentissantes histoires des annales judiciaires de Québec.

Une explosive théorie du complot voulait que les auteurs du viol et du meurtre aient été des fils de députés que les autorités politiques et judiciaires ont voulu protéger.

Cette thèse fut répercutée par des journaux, publications et œuvres de fiction qui n’ont rien à envier aux «fake news» et réseaux sociaux d’aujourd’hui. Cette thèse courait encore dans les années 70.

Le journal montréalais ultramontain (religieux) Le Franc Parleur avait à l’époque distribué un pamphlet vitriolique dans la basse-ville de Québec intitulé «La non vengée».

On y évoquait un «Club des Vampires» fréquenté par de jeunes hommes de la haute qui y attiraient des jeunes femmes pour en abuser.

L’histoire était invraisemblable, mais a longtemps nourri la perception d’un cover up politique et d’une justice à deux vitesse. Une pour les élites de la haute-ville et une autre pour les classes ouvrières et miséreuses de la basse-ville résignées à leur sort, en bon catholiques.

Ces disparités sociales ne sont cependant pas la seule explication à la résonance de cette histoire.

Des avocats et politiciens ont utilisé l’affaire Garneau à des fins partisanes.

Pour un, l’avocat nationaliste Armand Lavergne, ennemi acharné du premier ministre Louis-Alexandre Taschereau, ne se privait pas de colporter les rumeurs de corruption sur son adversaire.

Me Lavergne représentait alors un bûcheron qui fut accusé du meurtre de Blanche Garneau et avait intérêt à détourner l’attention vers d’autres suspects.

Il a aussi représenté l’éditeur de The Axe, un torchon publié à Montréal qui avait mis en cause deux députés libéraux.

Excédé, Taschereau fit voter une loi pour alourdir la peine de prison de l’éditeur et déclencha une Commission royale d’enquête qui blanchira tout le monde. Cette réaction intempestive ajoutera aux rumeurs.

Déjà que le double statut de Taschereau comme premier ministre et procureur général de la province ouvrait la porte aux spéculations.

Une telle proximité du politique et du judiciaire nous paraîtrait impensable aujourd’hui. Sauf une fois au chalet, dans l’affaire SNC-Lavallin.

Lorsqu’il a quitté la vie publique dans les années 70, le vénérable député Maurice Bellemare, alors doyen de l’Assemblée Nationale, mettra en garde les jeunes qui veulent se lancer en politique : «Éloignez-vous des femmes! Qu’on se souvienne de l’Affaire Blanche Garneau».

L’auteur Réal Bertrand rapporte la déclaration dans son ouvrage documentaire Qui a tué Blanche Garneau?

Balados

Richard Therrien: le «vrai» enfant de la télé [BALADO]

Quand il était jeune, regarder la télévision était une obsession pour Richard Therrien, plus important que jouer dehors ou même avec des amis. «J’étais un enfant un peu particulier», dit-il. Pas surprenant que son rêve était de travailler pour TV Hebdo.

Même s’il vit maintenant son rêve en chroniquant la télé au Soleil, dans l'ensemble des journaux de Groupe Capitales Médias, ainsi qu'au 98,5 FM, ça reste un travail, nuance-t-il. «C’est pas vrai que les gens écoutent la télé avec un carnet de notes [comme moi]. La chronique, il faut l’écrire. Je fais des entrevues, je vais sur des tournages», explique le journaliste.

Il y a un paradoxe autour du petit écran, souligne Richard Therrien. «C’est l’art le plus rassembleur, mais aussi le plus sous-estimé. Il y a des gens qui se vantent de ne pas regarder la télé. C’est sûr qu’il y a de la mauvaise télé, mais il se fait aussi du mauvais cinéma, de mauvais livres, du mauvais théâtre.» Se vante-t-on de ne pas lire pour autant?

Cet amour pour la télévision comporte son lot de défis, comme les divulgâcheurs, un «cauchemar» pour le chroniqueur. Comment analyser une œuvre sans parler d’importantes décisions scénaristiques? «C’est complexe», s’exclame le chroniqueur. S’il comprend le principe, les gens doivent aussi, selon lui, se responsabiliser. Pourquoi, après tout, lire un texte sur une série si on a peur d’en apprendre trop? C’est jouer avec le feu!

Actualités

Dans la peau d'une mascotte [VIDÉO+PHOTOS]

Champion, Badaboum, Bubusse : qui se cache réellement derrière ces peluches colossales? Des étudiants, des professionnels, des gens de tout acabit, visiblement mordus de ce métier teinté de transpiration.

Je suis attendue à 12h30 dans la loge des mascottes, le garage d’une maison de la route des Rivières à Lévis, à proximité de l’Exposition Internationale d’Autos de Lévis.

Il fait chaud, déjà. Le soleil tape fort.

Je rejoins Cathy Lanouette, directrice de Créations Animation Mascottes, et sa brigade de sept animateurs dont les noms seront tus. L’anonymat est une des premières règles déontologiques du métier. Aussitôt le costume enfilé, l’humain disparait. Il ne reste que Chevi des Chevaliers de Lévis, Nitro du Festidrag ou Alpha de l’Hôtel le Concorde Québec.

C’est ce qui plaît d’ailleurs à celui derrière Puce du Marché Jean-Talon, qui travaille depuis près de deux ans comme animateur. «Je suis timide, mais quand tu enfiles le costume, l’imagination embarque instantanément. Je tripe ben raide. On peut avoir du fun avec les gens sans leur jaser.»

Le personnage que j’incarnerai au plaisir des amateurs de voitures est Pato. Un sympathique canard qui ne possède pas la faculté du langage, comme toutes les mascottes d’ailleurs.

Plusieurs étapes sont nécessaires pour devenir Pato. On ajuste les gros souliers, les cerceaux de corps pour les rondeurs, puis la mentonnière pour s’assurer que la tête reste en place. On m’attife ensuite de la combinaison blanche, le tout, sur une grande feuille de papier disposée sur le sol, pour s’assurer que la peluche demeure intacte. Le prix de confection d’un pareil costume chez Créations Animation Mascottes : entre 5000 et 6000 $. Pas question de faire des taches inutiles sur Pato.

On ajoute finalement la tête du canard. Étonnement, son intérieur sent bon le détergent à lessive. Cathy Lanouette m’informe qu’elle a été trempée pendant plusieurs heures dans l’eau savonneuse, puis séchée par plusieurs ventilateurs dans une pièce déshumidifiée. Tous les costumes sont soumis au même traitement. L’hygiène est primordiale chez Créations Animation Mascottes.

Mon cœur pompe, je vois des étoiles, j’ai chaud, et je n’ai pas encore mis le pied dehors.

+

Vérification faite

Vérification faite: moins d’insectes qu’avant?

L’AFFIRMATION: «Depuis quelques années, je retrouve beaucoup moins d’insectes dans ma piscine qu’il y a 10 ans. Et c’est encore plus marqué cette année : par exemple, je n’ai vu aucun bourdon [ou peut-être un] jusqu’à maintenant. Est-ce circonstanciel? On dit que non dans les médias, que le déclin est réel et dramatique, mais est-ce une fake news?» demande Philippe Boulanger, de Lévis.

LES FAITS

C’est surtout depuis 2017 que les médias parlent (beaucoup) d’un déclin massif et généralisé des insectes, dans la foulée d’une étude allemande qui avait conclu que la biomasse des insectes (soit le poids total de tous les insectes réunis) avait chuté de pas moins de 76 % dans les aires protégées d’Allemagne en moins de 30 ans. D’autres travaux du même genre ont par la suite été publiés. L’automne dernier, par exemple, une étude parue dans les PNAS indiquait que des pièges à insectes installés dans la forêt tropicale de Porto Rico avaient capturé en 2012 entre 4 à 8 fois moins d’insectes (en poids), voire 10 à 60 fois moins selon le type de piège, que les mêmes trappes posées aux mêmes endroits en 1976. Et une revue de littérature publiée ce printemps a également conclu qu’à l’échelle planétaire, la biomasse des insectes diminuait d’environ 2,5 % par année en moyenne.

Bref, il existe bel et bien des données légitimes et très inquiétantes au sujet du sort de la faune à six pattes. Mais il y a quelques petits (et gros) points à faire ressortir, ici.

D’abord, la couverture médiatique de ces études a adopté un ton totalement apocalyptique. Certains ont même évoqué la «disparition des insectes d’ici un siècle», ce que des entomologistes ont décrit comme une grossière exagération.

Ensuite, et par-dessus tout, les données dont on dispose sur les populations d’insectes ont beau être très sombres, elles n’en demeurent pas moins aussi très, très fragmentaires. «Je pense qu’il y a trop peu de données scientifiques fiables, largement réparties géographiquement, et poursuivies à terme assez long pour conclure au déclin généralisé des insectes», estime le chercheur en entomologie de l’Université Laval Conrad Cloutier. Le coordonnateur de la collection d’insectes de l’Université de Montréal, Étienne Normandin, est du même avis, et nombre d’autres entomologistes dans le monde ont lancé le même message au cours des derniers mois : les chiffres qu’on a sont alarmants, mais très insuffisants.

D’abord, il y a trop de régions du globe où l’abondance des insectes n’a pas été étudiée, ou si peu — la revue de litté publiée au printemps, par exemple, n’a recensé qu’une seule étude pour toute l’Australie et une seule pour la Chine. Ensuite, il y a beaucoup trop d’espèces d’insectes pour lesquelles on n’a pas de données : on ne connaît qu’environ 20 % du nombre estimé des espèces d’insectes sur Terre.

«L’argent de la recherche en entomologie est concentré dans des secteurs névralgiques où les insectes peuvent avoir un gros impact, comme la foresterie et l’agriculture. C’est normal, parce que les ravageurs peuvent causer des pertes économiques qui se chiffrent en milliards de dollars», dit M. Normandin, mais cela laisse aussi de grands «trous» dans le portrait d’ensemble des populations d’insectes.

En outre, poursuit-il, si le déclin est absolument indéniable dans le cas de nombreuses espèces, cela ne signifie pas que celles-ci laissent un espace vide derrière elles. «Ce qui arrive, c’est qu’on observe une homogénéisation des espèces d’insectes. Par exemple, j’ai fait une étude sur les espèces d’abeilles présentes en ville, et il y en a une poignée qui sont très bien adaptées. Même quand on regarde les milieux qui sont juste légèrement urbanisés, ces espèces-là réussissent très bien. Mais les espèces qui sont plus spécialisées ou moins adaptables, elles, on les perd», dit-il. Du point de vue de la biomasse, donc, la disparition d’une espèce n’implique pas que la somme des insectes «pèse» moins qu’avant. (Même si ça reste quand même une perte de diversité, évidemment.)

Un mot, pour finir, au sujet des bourdons, puisque M. Boulanger s’en sert comme d’un «indicateur», pour ainsi dire. «C’est au moins la cinquième personne qui me mentionne ça [l’absence des bourdons] cette année, alors il s’est peut-être produit quelque chose», dit M. Normandin. Il est possible, avance-t-il, que le printemps froid que nous avons connu soit en cause.

Mais voilà, M. Cloutier, qui vit lui aussi sur la Rive-Sud de Québec, mais en campagne, n’a pas l’impression d’avoir vu moins de bourdons qu’à l’accoutumée cette année. Si M. Boulanger voit de moins en moins de bourdons (et d’autres insectes) dans sa piscine depuis 10 ans, c’est peut-être plutôt parce que Lévis se développe à vitesse grand V, propose le chercheur. On peut imaginer, dit-il, qu’il y a 10 ans le quartier de M. Boulanger était proche de zones agricoles ou assez «sauvages» propices aux insectes, qui atterrissaient alors nombreux dans les piscines. Mais à mesure que la ville s’est développée, ces secteurs ont été urbanisés, si bien que les zones plus favorables aux insectes sont désormais plus loin du terrain de M. Boulanger.

Plus généralement, la situation des bourdons s’apparente à celle des autres insectes : nous avons des données qui prouvent le déclin de quelques espèces, et même qui suggèrent un déclin généralisé, mais on est encore loin d’en avoir la preuve, dit M. Cloutier.

LE VERDICT

Pas clair. Une bonne partie des données dont on dispose suggèrent qu’il y a effectivement un déclin des insectes, mais elles ne sont pas assez abondantes et solides pour le prouver de manière convaincante. Peut-être que cela viendra un jour, mais on n’est pas rendu là.

Chronique

Le vent qui a emporté Imagine Dragons

CHRONIQUE / Le groupe Kongos avait commencé à faire rouler son rock sur les Plaines lorsque le Festival a reçu vers 19h30 l’appel de WeatherOps, une entreprise de pointe dans la gestion des données météo. La firme basée sur le campus de l’Université de l’Oklahoma à Norman informe le Festival qu’un fort vent du sud-ouest pousse vers Québec une violente cellule orageuse. Les premiers courriels à cet effet étaient entrés à l’heure du souper, mais la menace se précisait.

Une mise en garde similaire avait été faite lors du spectacle de Mariah Carey, mais le vent venait ce soir-là du nord et l’orage avait dévié devant Québec.

En ce soir de Dragons, on attend l’orage vers 22h30 ou 23h, suivi de 75 minutes de pluies fortes. 

Pour un spectacle prévu à 21h30, c’est encore jouable, même s’il y a désormais un risque que le rappel soit compromis.

Le directeur de la production, Patrick Martin prévient la directrice Anne Hudon et Samantha McKinley des communications.  

À eux trois, ils forment ce soir-là la cellule de crise. Ils ont pleine autorité pour interrompre un spectacle, l’annuler ou évacuer un site.

Les assureurs du Festival ne donnent pas de «paramètres» en cette matière. Ils laissent à l’organisation la gestion du risque.

Le Festival vient d’entrer en «veille». 

À LIRE AUSSI: Chaos entourant l'évacuation des Plaines

Au centre de contrôle dans un autobus derrière la scène, Patrick Martin suit les «tableaux de bord» avec les infos météo en direct et les images des caméras. 

Un capteur installé au sommet de la grande scène transmet toutes les 30 secondes les relevés sur la force du vent, «le pire ennemi» du Festival. 

Les organisateurs de grands événements ont tous en mémoire la catastrophe du Indiana State Fair, le 13 août 2011.

Des rafales à l’approche d’un violent orage avaient provoqué l’effondrement de la scène, faisant 7 morts et 58 blessés. «Ce fut une prise de conscience», confie M. Martin.

Le vent pourrait aussi emporter des pièces d’équipement et blesser des artistes ou des spectateurs.  

Les scènes sont des installations temporaires ancrées avec des ballasts et des haubans. Elles n’ont pas la solidité d’un vrai immeuble. 

Les toiles et écrans protecteurs agissent comme les voiles d’un voilier. Plus il y a de voilures, plus il y a de prise pour le vent et de risque.

La scène des Plaines est plus grande depuis une dizaine d’années, ce qui augmente le risque.

Kongos a quitté la scène, remplacé par Bishop Briggs. Dans les coulisses, on a déjà prévenu Imagine Dragons : Québec n’y échappera pas.

Vers 21h05, on avise les spectateurs qu’une veille d’orage violent est en vigueur et que le Festival suit la chose de près. On ne parle pas encore d’annulation, mais il suffit de voir la couleur du ciel pour comprendre ce qui s’en vient.

Imagine Dragons insiste pour commencer à jouer et montera sur scène 15 minutes avant l’heure prévue. Le groupe sait que son spectacle va être interrompu, mais fonce. 

À VOIR: La courte prestation d'Imagine Dragons en vidéo

Il aura le temps de deux chansons, explosives, avant que la station transmette une lecture de vent à 70 km/h.   

Le plan d’urgence est clair : à 70 km/h, on arrête le spectacle, on abaisse les écrans géants et on relève les éclairages de scène pour éviter un balancement et une fréquence pouvant mettre en danger la structure. 

Le spectacle est mis en pause, mais le pire est à venir. 

La rafale fatale sera enregistrée à 21h35 : 90 km/h. Plus forte que les premières prévisions de WeatherOps.  

Dans la cellule de crise, Patrick Martin fait sa recommandation. La nouvelle dg, peu familière encore avec les opérations, ne discute pas. L’ordre d’évacuation est donné.  

Que l’artiste soit la tête d’affiche n’influence pas la décision. 

***

Outre le vent, on craint aussi la foudre. Elle est tombée sur le Manège pendant l’opération de montage. «Ça peut arriver», sait M. Martin. 

Le plan prévoit que si la foudre tombe dans un rayon de 10 kilomètres, le spectacle doit être interrompu. À 5 km, on pourrait décider d’évacuer et à 3 km, ça devient impératif.

Le Festival se garde ici une petite marge de manœuvre. Avec des ados ou de jeunes adultes capables de bouger vite, on sera un peu plus patients. On le sera moins s’il y a beaucoup de jeunes enfants. La décision appartient alors à la cellule de crise. 

Le Festival veut désormais éviter l’erreur des Foo Fighters. «On avait évacué trop tard», affirme M. Martin.    

«Quand on avait évacué, la foudre était déjà au-dessus de nos têtes. On avait étiré la sauce. On avait été un peu téméraires. C’est l’erreur qu’on n’a pas faite cette fois-ci».

Le plan d’évacuation des Plaines n’avait jamais été testé avant samedi, rapporte M. Martin. Ce plan vise à vider le site en 20 minutes. 

L’objectif n’a pas été atteint samedi soir. Il a fallu 45 minutes, selon des témoins. Des secteurs ont été vidés en 10 minutes, mais pour d’autres, ce fut plus long.

Il y a eu des ratés de communication avec le personnel sur le site, confie M. Martin. Il faudra améliorer ça.  

Le message n’était pas clair non plus pour tous les spectateurs. En donnant l’ordre d’évacuer, il aurait fallu préciser que le spectacle était annulé, ce qui aurait évité que certains restent au cas où.  

Une fois l’ordre d’évacuation donné, il n’y a plus de retour en arrière possible. 

Réadmettre tous les spectateurs impliquerait des contrôles et des fouilles qui auraient pris 1h30 à 2h, évalue M. Martin. Sans compter le délai causé par l’orage. 

Cela aurait mené à une fin de spectacle en milieu de nuit, avec l’impact du bruit et du temps supplémentaire des policiers, chauffeurs du RTC, employés de la Ville, etc. La Ville de Québec est tolérante, mais il y a des limites. 

***

Les délais d’évacuation ont exposé les spectateurs de Imagine Dragons et des Foo Fighters à un risque, convient Patrick Martin. Il y avait encore des milliers de spectateurs sur le site pendant que soufflait la bourrasque et que la foudre menaçait. 

Le risque zéro n’existe pas, rappelle M. Martin. Il a raison. Il faut chaque fois évaluer quel niveau de risque est acceptable par le public.  

Si on convient que le vent et la foudre pouvaient être dangereux, on ne peut pas reprocher au Festival d’avoir pris la décision d’annuler. 

***

Aurait-il été possible d’ouvrir davantage de clôtures pour évacuer plus vite? On a envie de penser que oui. Il y a cependant des contraintes physiques : falaise au sud; citadelle à l’est; immeubles au nord.

Voyant l’orage venir, aurait-il été possible d’inverser les spectacles de Imagine Dragons et de Bishop Briggs? Inverser aurait été difficile et dangereux, analyse M. Martin. Il aurait fallu démonter les équipements de Briggs et les remonter en catastrophe. 

Annuler le spectacle de Briggs pour faire commencer plus tôt celui des Dragons aurait cependant été faisable. Cela fera partie des réflexions du Festival lors du grand débriefing de l’automne. 

Sans doute y aurait-il eu des retardataires déçus d’être arrivés trop tard. Mais cela aurait mieux valu que de décevoir les 82 000 spectateurs déjà présents. 

Science

Les «aimants» à moustiques

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Il y a longtemps que je me pose cette question : pourquoi certaines personnes se font piquer sans cesse par des maringouins et d'autres pas du tout, ou presque ? Il suffit que je sorte quelques minutes dans mon jardin et, déjà, j’ai quelques piqûres, alors que mon conjoint, lui, les maringouins lui tournent autour mais ne le piquent jamais. Nous avons fait une petite recherche sur le sujet mais n’avons pas trouvé grand-chose de concret», demande Sophie Lemarier, de Gatineau.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les moustiques ne se nourrissent pas de sang, en général. Leur appareil buccal est plutôt fait pour aspirer la sève des plantes et le nectar des fleurs. Oui oui, comme les jolis papillons, les sympathiques abeilles, les pucerons mignons et tant d’autres espèces dont les noms ne sont jamais maudits avec autant de régularité et de hargne.

La différence, c’est que chez le maringouin, la femelle a besoin d’une diète riche en protéines pour fabriquer ses œufs, et c’est dans ce but qu’elle suce le sang des autres animaux. Ce ne sont pas tous les moustiques qui «s’intéressent» aux humains, remarquez bien, mais sur les 52 espèces présentes au Québec, une trentaine nous piquent, selon le site de la Société d’entomologie du Québec [http://bit.ly/2JINXUy]. Alors on peut dire qu’on fait «notre grosse part», mettons…

C’est par une série d’indices que les moustiques femelles trouvent leur chemin jusqu’à nous, d’après la SEQ et un (excellent) résumé paru récemment sur le site de l’Office for Science and Society (OSS) de l’Université McGill [http://bit.ly/2xKZPA0]. Les mouvements et la forme du corps en feraient partie, de même que la traînée de gaz carbonique (CO2) que nous laissons derrière nous en respirant. La peau et la sueur contiennent également des composés, notamment des acides lactiques, qui attirent les moustiques — lesquels sont aussi sensibles à la chaleur de notre corps. C’est par les antennes que la femelle perçoit ces odeurs.

(Précisons ici que les antennes des moustiques mâles ne sont pas équipées pour détecter nos odeurs, mais plutôt pour entendre les battements d’ailes des femelles et capter leurs phéromones, en vue de l’accouplement.)

Mais cela ne répond pas vraiment à la question de Mme Lemarier : tout le monde exhale du CO2, tout le monde sue (encore que pas tous également, mais bon), tout le monde émet de la chaleur. Alors pourquoi certaines personnes seraient plus «tentantes» pour les maringouins ?

Ça n’est pas encore compris de manière précise et complète. Il faut dire que la «recette» de l’odeur humaine est faite de plus de 300 composés différents, ce qui ne simplifie rien. Mais la génétique semble être impliquée. Dans une étude récente [http://bit.ly/2XHwJfi], des chercheurs ont conçu une cage à moustiques menant à un tunnel en «Y». Au bout de chacune des deux branches du «Y» se trouvait un endroit où un humain pouvait glisser la main (protégée par un moustiquaire), et une quarantaine de paires de jumeaux ont accepté de se prêter au jeu. Pendant qu’un jumeau se plaçait la main dans une branche du «Y», l’autre faisait pareil dans l’autre branche, afin de voir si les moustiques allaient préférer l’un ou l’autre.

Résultats : les jumeaux identiques (qui ont exactement les mêmes gènes) attiraient les piqueurs de manière assez égale alors que pour les jumeaux fraternels (qui ne sont pas plus «pareils» que des frères et sœurs), les moustiques montraient souvent une préférence claire et constante pour un des deux. L’étude a conclu qu’environ 67 % de la différence était génétique.

L’article ne dit pas quels gènes sont impliqués, cependant, ni par quels mécanismes ils peuvent attirer les moustiques, à part en influençant notre odeur corporelle. Mais dans un commentaire à son sujet [http://bit.ly/2xJvEcr], le chercheur britannique Tim Spector, qui n’avait pas participé à cette étude, propose deux mécanismes possibles. D’abord, il confirme que des recherches (dont les siennes) ont montré que la génétique a un effet sur nos odeurs — en tout cas, celle de nos aisselles. Il est donc bien possible que certaines personnes possèdent des variantes de gènes qui rendent leurs senteurs plus ou moins attirantes pour les maringouins.

Et ensuite, d’autres gènes ont une influence sur la flore bactérienne qui vit sur notre peau et qui «sont aussi responsables d’une bonne partie de nos odeurs. Même en se lavant les mains, nous ne sommes pas capables de nous en débarrasser», écrit M. Spector. Ce qui fait donc une deuxième manière dont les gènes peuvent nous transformer en aimants à moustiques (ou en repoussoirs, pour les chanceux).

Mentionnons une dernière chose, pour finir : non seulement y a-t-il plusieurs facteurs humains qui sont impliqués, mais ce que nous appelons «moustiques» recouvre en fait des dizaines d’espèces différentes (juste au Québec, parce qu’il y en a 3000 dans le monde) qui ne sont pas toutes attirées exactement par les mêmes choses, même si certaines se recoupent. Certaines ignorent complètement les humains, et parmi la trentaine qui nous piquent, toutes n’ont pas les mêmes comportements et préférences. Comme l’écrit Ada McVean, de l’OSS, certaines espèces de moustiques sont plus actives le soir, d’autres pendant le jour, d’autres en début de saison, d’autres quelques semaines plus tard, etc. Et, ajoute M. Spector, il y en a qui sont plus attirées par l’odeur de nos mains et de nos pieds, et il y en a qui préfèrent d’autres parties de notre corps.

Bref, cela ajoute une couche de complexité supplémentaire à l’histoire : selon le moment de la journée ou de l’été, et selon les espèces de moustiques présentes, les «aimants» ne seront pas forcément toujours les mêmes.

Balados

Virginie Larivière: la quête d’un monde plus juste [BALADO]

Certaines personnes l’appellent encore «la petite Virginie». Probablement des personnes nées avant 1980. Il faut dire, son combat a marqué les esprits.

En 1992, du haut de ses 13 ans, Virginie Larivière se lance dans une lutte contre la violence à la télévision. Une sorte de réaction après le viol et le meurtre de sa jeune sœur. Un désir de diminuer la violence du monde. Elle pensait toucher que son école secondaire, mais ses actions l’ont mené d’un océan à l’autre et à rencontrer le premier ministre du Canada de l’époque, Brian Mulroney. Tout le pays en parlait.

Science

D’où vient l’habitude de pointer du doigt?

Quand vous montrez quelque chose du doigt, est-ce que votre index pointe directement vers l’objet en question ? Il y a de bonnes chances que non, que votre index pointe à côté de la «cible», et ce n’est pas simplement parce que vous manquez de «visou». Ce serait plutôt parce que vous avez pris cette habitude en tentant de toucher des objets quand vous étiez bébé, et non en voulant montrer leur position, d’après une étude parue mercredi dans revue savante Science Advances.

«Dans toutes les cultures humaines qui ont été étudiées, les nourrissons commencent à montrer du doigt vers l’âge de 9 à 14 mois, typiquement. (...Et pourtant) nous ne savons presque rien des origines de ce comportement», écrivent les trois auteurs de l’article, dirigés par la chercheuse en psychologie Cathal O’Madagain, de l’Institut Max Planck, en Allemagne.

Par le passé, des scientifiques ont suggéré plusieurs hypothèses : par exemple, cela pouvait simplement découler du fait que les enfants voient leurs parents montrer des choses du doigt et les imitent. Mais s’il ne s’agissait que d’imitation, soulignent M. O’Madagain et ses collègues, de grandes différences entre les cultures auraient forcément fini par apparaître. Or ce n’est pas le cas : toutes les cultures pointent à peu près à l’identique.

D’autres ont avancé que cela pouvait provenir de l’habitude qu’ont les bébés d’étirer le bras pour attraper quelque chose. Mais les différences entre prendre et pointer — main ouverte dans un cas et fermée (hormis l’index) dans l’autre, intention d’informer absente dans un cas et présente dans l’autre, etc. — sont trop importantes pour que l’un mène à l’autre, estiment les auteurs de l’étude de Science Advances.

Habitude de toucher

Eux croient plutôt que ce comportement vient de l’habitude de toucher, souvent avec l’index, qu’ont les bébés. Pour le savoir, ils ont fait trois expériences. Dans l’une d’elle, 55 personnes d’âges différents (18 mois, 3 ans, 6 ans et adultes) ont été filmées en train de pointer une série d’objets à 1,5 mètre d’elles. En analysant ensuite la direction que montrait l’index sur des images arrêtées, le trio d’auteurs a réalisé qu’elle n’était pas particulièrement juste : même chez les adultes, elle s’écartait typiquement de 10 à 20 degrés de la «cible». C’était plutôt l’axe entre l’œil et le bout de l’index qui pointait le plus précisément vers l’objet, ne s’en écartant que de 1 à 10 degrés.

C’est là, selon M. O’Madagain et ses collègues, un indice montrant clairement que c’est le fait de toucher qui mène à pointer.

Les auteurs ont fait deux autres expériences (l’une sur l’angle du poignet selon l’emplacement d’une cible à pointer sur une boîte, et l’autre sur l’interprétation d’image montrant une personne qui pouvait être en train de montrer ou sur le point de toucher des objets), qui ont corroboré l’hypothèse du toucher.

Le passage du toucher au pointage viendrait de la «ritualisation» du geste, un peu comme l’habitude de lever les mains chez les enfants humains et primates.

«Un nourrisson va commencer par lever ses mains pour tenter de grimper, littéralement, à sa mère. Le voyant faire, la mère va le prendre au lieu de le laisser grimper tout seul. L’enfant finit par réaliser qu’il n’a qu’à lever les bras pour que sa mère le prenne, et le comportement de lever les mains est acquis», écrivent-ils. Le même genre de «ritualisation» pourrait expliquer que le toucher mène au pointage.

Santé

Vous dormez depuis 20 minutes? Réveillez-vous! Maintenant, rendormez-vous!

MONTRÉAL — On dit que Léonard de Vinci, Thomas Edison et Nikola Tesla le faisaient. Il semblerait maintenant que des dirigeants de Silicon Valley, toujours désireux d’extraire le plus grand nombre possible d’heures de leur journée, ont décidé de les imiter.

Composé en parts égales d’un engouement pour tout ce qui pourrait permettre de stimuler la productivité et de récits personnels convaincants, mais sans la moindre preuve scientifique, le sommeil polyphasique consiste à remplacer une bonne nuit de sommeil par plusieurs siestes éparpillées pendant la journée.

Un organisme américain, la Polyphasic Society, précise sur son site internet que cette façon de dormir peut prendre plusieurs formes, qu’il s’agisse d’un bloc de sommeil de 90 minutes à six heures suivi de siestes, ou encore uniquement de siestes de 20 minutes réparties pour totaliser deux ou trois heures de sommeil par jour.

«Ça démontre qu’il n’y a pas de science derrière ça. C’est de l’essai-erreur», a lancé le docteur Roger Godbout, le directeur du Laboratoire et de la Clinique du sommeil de l’Hôpital en santé mentale Rivière-des-Prairies

Les adeptes de la technique prétendent qu’elle permet de maximiser le temps consacré au sommeil paradoxal et au sommeil lent profond, qui sont selon eux les deux phases du sommeil les plus importantes - et même les deux seules dont on aurait réellement besoin.

«Ça n’a jamais été documenté, a ajouté M. Godbout. Les gens pour qui le sommeil polyphasique fonctionne bien ne doivent pas être si nombreux que ça.»

Pas nouveau

L’intérêt envers le sommeil polyphasique n’a rien de nouveau, dit-il, et on s’y intéresse au moins depuis les années 1960.

La pratique est très répandue parmi les navigateurs qui effectuent de longues traversées en solitaire. Puisqu’il leur faut habituellement une vingtaine de minutes pour franchir la distance qui les sépare de l’horizon, c’est l’intervalle à laquelle ils n’ont d’autre choix que de se réveiller pour aller vérifier si un obstacle ne s’est pas matérialisé sur leur chemin.

Les navigateurs complètent toutefois souvent leur périple complètement épuisés et parfois même déprimés. Pas seulement en raison de leur régime de sommeil, la solitude prolongée y est aussi pour quelque chose, «mais comme tout sommeil polyphasique en général, ce n’est vraiment pas idéal», a estimé le docteur Godbout.

«Ce sont des trucs pour s’adapter à une situation, mais ça ne veut pas dire que c’est l’idéal, a-t-il ajouté. L’idéal, d’après moi, c’est un sommeil qui est au mieux monophasique, au pire biphasique.»

À ce sujet, on raconte qu’au Moyen-Âge les gens allaient au lit très tôt, puis se réveillaient pendant quelques heures avant de retourner se coucher. La période d’éveil qui interrompait ce sommeil «biphasique» en pleine nuit pouvait être consacrée à raviver le feu pour réchauffer l’habitation ou encore à aller vérifier que les animaux allaient bien.

Plusieurs personnes âgées finissent également par adopter un sommeil biphasique et s’en tirent très bien.

«Ma défunte belle-mère se réveillait la nuit, elle partait une sauce à spaghetti et elle allait se recoucher, a confié M. Godbout. Elle fonctionnait très bien pendant la journée et son esprit était très ‘sharp’.»

Les animaux aussi

Le docteur Godbout n’en démord pas: le sommeil doit être consécutif et tous les stades de sommeil doivent être présents. Plus on a été réveillé longtemps, plus on devra dormir longtemps.

«C’est démontré aussi que notre performance le lendemain n’est pas bonne dès qu’on fragmente le sommeil, a-t-il dit. On sait qu’au-delà de 17 heures d’éveil consécutif, il faut dormir, autrement on commence à faire des erreurs plus ou moins graves.»

Ce que ça prend, précise-t-il, c’est une continuité, ce qu’on appelle «l’homéostasie». Les humains ne sont d’ailleurs pas les seuls à avoir un sommeil monophasique, puisque plusieurs animaux le font aussi.

De plus, le sommeil que l’on obtient pendant la journée - au moment où notre température corporelle est élevée, que notre corps sécrète du cortisol, que de multiples fonctions sont actives - n’est pas un «bon» sommeil, et cela a été démontré chez les travailleurs par poste, selon le docteur Godbout: «Quand on dort le jour, ce n’est pas pareil».

On peut donc en conclure que les siestes diurnes des dormeurs polyphasiques ne génèrent pas un sommeil de qualité.

Un sommeil monophasique ne suffit donc pas: il faut aussi qu’il survienne au bon moment, la nuit, puisque le sommeil de jour «n’est pas aussi bon, n’est pas aussi efficace, ne remplit pas aussi bien ses fonctions».

«Ceux qui font la promotion du sommeil polyphasique, en disant qu’ils font des siestes de 20, 30 ou 40 minutes pendant la journée, je voudrais bien pouvoir les enregistrer toute la journée pendant plusieurs semaines, a conclu le docteur Godbout. Je suis convaincu que je trouverais du sommeil beaucoup plus long, plus souvent. Je trouverais probablement des gens qui s’y acclimatent plus facilement, mais je suis convaincu qu’ils performent moins bien que s’ils dormaient une nuit complète de sommeil.

«Il y a une espèce de désir de performance de montrer qu’on ne dort pas beaucoup, ou par petits bouts, ou qu’on est ‘toffe’, mais je pense que c’est de la...»

Santé

Est-ce que le sexe ralentit la maladie de Parkinson?

MONTRÉAL — Une vie sexuelle active est associée à une incapacité moins importante, à une meilleure qualité de vie et à une progression de la maladie plus lente chez les hommes qui présentent les premiers symptômes de la maladie de Parkinson, selon une nouvelle étude.

L’étude portait sur 355 sujets (228 hommes et 117 femmes) souffrant de la maladie de Parkinson. Parmi les hommes qui étaient actifs sexuellement, les chercheurs ont constaté des taux plus faibles d’apathie, de dépression et de problèmes de mémoire ou d’attention, ainsi qu’une fatigue moins importante.

Aucune association du genre n’a été mesurée chez les femmes, possiblement parce que l’étude comptait moins de participantes que de participants.

Des chercheurs européens affirment dans le European Journal of Neurology qu’il s’agit de la «première étude prospective longitudinale» à constater une telle association. Ils estiment que cela devrait inciter les spécialistes à interroger périodiquement leurs patients au sujet de leur vie sexuelle.

Une preuve?

«On pourrait se dire voilà, c’est une “preuve” que si on [promeut] les activités sexuelles régulières on va diminuer la maladie de Parkinson, mais ce n’est pas ça que l’étude démontre, a commenté le professeur Louis-Éric Trudeau, du département de pharmacologie et physiologie de l’Université de Montréal. Ce qu’on peut en tirer pour l’instant, c’est que parmi les patients qui ont une forme de maladie de Parkinson moins forte, qui ont des symptômes moins importants, ces gens-là ont globalement une activité sexuelle plus régulière, donc ce sont des gens qui ont un meilleur état de santé.»

D’autant plus, rappelle-t-il, que les participants à cette étude qui avaient une activité sexuelle plus régulière avaient également un niveau de médicamentation pour la maladie de Parkinson plus bas, «ce qui nous indique aussi qu’ils sont dans un état de maladie moins sévère».

Il faudrait donc voir le tout par l’autre bout de la lunette : les sujets ne doivent pas nécessairement leur meilleure santé à leur activité sexuelle; ils doivent possiblement leur activité sexuelle à leur meilleure santé.

À moins que...

«On ne peut pas exclure que ces gens-là depuis le début ce sont des gens qui ont une activité sexuelle plus régulière et que ça les a protégés dès le début, et là finalement ils ont une maladie de Parkinson qui est moins sévère, a rappelé M. Trudeau. Ça aussi c’est possible techniquement, mais cette étude ne permet pas de le dire.»

Une telle possibilité s’insérerait bien dans la littérature générale qui montre qu’une activité physique régulière aide à minimiser les symptômes de la maladie de Parkinson; et dans l’activité physique, on peut inclure l’activité sexuelle, poursuit-il.

«Mais évidemment, ce qui a été démontré dans l’amélioration des symptômes de la maladie de Parkinson, ça prend une activité physique très vigoureuse et qu’on fait très régulièrement pour des durées quand même substantielles, a-t-il conclu. Un petit dix ou quinze minutes ici et là, ce n’est pas suffisant.»

Vérification faite

Vérification faite: non, on ne «mange» pas une carte de crédit par semaine...

L’affirmation «Chaque personne ingère en moyenne environ 5 grammes de plastique par semaine ­[...­soit] l’équivalent d’une carte de crédit», lit-on dans un rapport récent du World Wildlife Fund (WWF), une organisation environnementaliste internationale. L’idée d’avaler une carte de crédit par semaine a manifestement marqué les esprits, puisque ce rapport a joui d’une couverture médiatique mondiale. Alors, voyons de quoi il retourne.

Les faits

Le rapport en question, No Plastic in Nature : Assessing Plastic Ingestion From Nature to People [http://bit.ly/327Vwf] est basé sur une étude commanditée par le WWF et faite par deux chercheurs de l’Université de Newcastle, en Australie. Ceux-ci ont passé la littérature scientifique en revue afin d’évaluer les quantités de plastiques qui se trouvent dans l’eau potable, le poisson, le sel, etc., et que nous avalerions donc en mangeant. Mais de l’aveu des chercheurs eux-mêmes, il reste encore de grands «trous» dans ce secteur de recherche qu’ils ont dû «boucher» par des hypothèses et des extrapolations. En outre, leur travail n’a pas encore été publié dans une revue savante et les détails méthodologiques ne seront pas dévoilés avant publication. Il y a donc, pour l’instant, un gros point d’interrogation au-dessus de leurs calculs.

Cependant, à en juger par ce qui a été révélé, il y a deux choses qui clochent dans ces résultats. La première, note le chimiste de l’Université Laval Normand Voyer, c’est que les chercheurs de Newcastle semblent avoir retenu des valeurs extrêmes de contamination au plastique. Ils se sont par exemple basés sur une étude menée à Dongguan [http://bit.ly/2XrlbBG], une ville chinoise très polluée. Ils citent également une étude qui conclut que la contamination des mollusques au microplastique est «minime» et «bien moindre que celle découlant des fibres textiles que l’on ingère quand on prend un repas à la maison» [http://bit.ly/2XP9WlT], mais le rapport du WWF place quand même les fruits de mer au deuxième rang des sources de contamination, avec 180 particules avalées par semaine — la première source, et de loin, étant l’eau potable à 1770 particules, pour un total hebdomadaire de près de 2000.

Notons tout de même qu’une autre étude récente est arrivée à des chiffres semblables, mais en comptant les particules (surtout des fibres textiles) que l’on respire [http://bit.ly/2Xq8X7w] — que le document du WWF considère comme une quantité négligeable, mais passons.

La deuxième chose qui cloche, c’est que même en imaginant un scénario du pire qui se rendrait jusqu’à l’absurde, il est impossible de se rendre à 5 grammes de plastique par semaine avec les chiffres du rapport du WWF. Celui-ci compte en effet les particules de 0 à 1 millimètre de diamètre. Alors supposons qu’absolument tous ces petits morceaux aient le volume maximal considéré par le rapport, soit 1 mm3. C’est totalement impossible puisque les études citées par le WWF indiquent que plus de 90 % des particules dans l’eau potable font moins de 0,1 mm de diamètre, mais «mettons que», comme on dit. Imaginons aussi que tout ce plastique est d’un type pas mal plus dense que la moyenne, à 1,3 gramme par cm3. Même dans ce scénario, qui exagère énormément le poids du plastique ingéré, on obtient : 2000 particules/semaine x 1 mm3/particule x 0,0013 g/mm3 = 2,6 grammes par semaine, et non 5 grammes. (M. Voyer m’a confirmé la validité du calcul.)

Il est possible que des «détails méthodologiques» encore non révélés viennent éventuellement changer la donne. Mais comme le rapport du WWF tient déjà compte de la principale source d’exposition aux microplastiques, soit l’eau potable, et comme mon calcul présume que toutes les particules font 1 mm³ (ce qui multiplie par au moins 1000 le volume des 90 % d’entre elles qui font moins de 0,1 mm de côté), on voit très mal comment on peut se rendre jusqu’à 5 grammes par semaine.

À l’heure d’écrire ces lignes, le chercheur principal derrière l’étude commandée par le WWF, Dr Thava Palanisami, n’avait pas répondu à un courriel du Soleil.

Verdict

A priori très douteux. On ne pourra être certain de rien avant la publication du fin détail méthodologique, mais sur la base des chiffres publiés dans le rapport du WWF, l’ingestion de microplastiques ne peut tout simplement pas atteindre «une carte de crédit [5 g] par semaine», ni même s’en approcher. Cela ne signifie pas que la pollution au plastique n’est pas un problème, mais simplement qu’on n’en ingère pas tant que ça.

+

DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d’un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique «Vérification faite» prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n’aime pas les fausses nouvelles.

Monde

La marche sur Rome du «capitaine» Salvini

On le présente comme le futur premier ministre de l’Italie. Le nouvel homme fort de l’Europe. À 46 ans, le «capitaine» Matteo Salvini atteint des sommets de popularité. Portrait d’un caméléon politique qui ne craint plus d’être comparé au fasciste Benito Mussolini.

Depuis le début de sa carrière politique, Matteo Salvini a subi plus de métamorphoses et de transformations que le lapin d’un grand magicien. Il était communiste? Le voilà campé à l’autre bout de l’échiquier politique, du côté de la droite dure. Il était pro-européen? Désormais, Monsieur dénonce l’Europe et ses politiques budgétaires, qu’il surnomme «la cage». «Nous devons en sortir», répète-t-il sans arrêt.1

Festival d'été

11 perles à découvrir en 11 jours au FEQ

Au-delà des têtes d’affiche qui sont attendues sur la grande scène des plaines d’Abraham, le Festival d’été de Québec (FEQ) demeure un lieu de découvertes pour les mélomanes en tous genres. Alors que le coup d’envoi de 11 jours de musique sera donné ce jeudi, les programmateurs Louis Bellavance et Arnaud Cordier nous suggèrent 11 perles plus méconnues qu’ils ont incluses dans leur grille.

LES CHOIX DE LOUIS BELLAVANCE

Chronique

De machiniste à maraîchère

CHRONIQUE / Au fil des dernières saisons, Cindy Pomerleau, une machiniste de 38 ans, s’est métamorphosée en maraîchère. Elle a quitté l’usine où elle travaillait depuis 15 ans. Elle a troqué la machine à commande numérique pour la grelinette, le motoculteur, les binettes et les filets afin de produire — sept jours sur sept — des légumes sans pesticide et sans herbicide à Sainte-Claire de Bellechasse.

Cindy Pomerleau avait besoin de changement dans sa vie professionnelle. «J’étais tannée de mon milieu de travail, d’être enfermée cinq jours par semaine et de ne voir la lumière du jour qu’à travers le petit «châssis» de l’usine. Je me disais : «C... que je serais bien dehors!»» 

Comme bien des hommes et des femmes à un moment de leur vie, deux questions lui revenaient en tête : Qu’est-ce que je peux faire d’autre? Qu’est-ce que j’aimerais faire d’autre?

Son chum, Simon Comtois, couvreur entrepreneur, lui a fourni une partie de la réponse en réalisant un de ses rêves à lui : acquérir une cabane à sucre. Il a suggéré à sa compagne de faire la transformation du sirop d’érable.

Quelques heures de formation et elle relevait le défi de l’amoureux. Beurre d’érable, bonbons, cornets, vinaigrette, etc., ont d’abord été testés auprès des amis et de la famille avant qu’elle ne mette une pancarte sur le bord de la route, au 385, route Bégin, pour inviter les passants à acheter les produits de «La Cabane Comtois».

C’est bien bon le sirop d’érable et tout ce qu’on peut en tirer, mais ça ne comble pas le désir de Cindy Pomerleau de changer de job pour ne plus passer 40 heures devant une machine à confectionner des moules.

Le jour où elle a entendu le populaire jardinier-maraîcher Jean-Martin Fortier dire qu’une ferme maraîchère d’un hectare pouvait être rentable, il s’est produit un déclic chez elle. «Je triperais avoir ça». 

Elle a alors vu d’un autre œil le lopin de terre près de la cabane à sucre. Elle a réalisé son potentiel. 

Elle a visité les jardins La Grelinette de Jean-Martin Fortier, à Saint-Armand, ainsi que les Jardins d’Inverness. Elle a suivi un peu de formation. Et petit à petit, rang par rang, elle a lancé les «Jardins des Abénakis». 

Six jardins de 100 par 70 pieds qu’elle cultive avec l’aide de son conjoint pour les «gros travaux» et de sa mère Carmelle, retraitée, qui accueille les clients et donne aussi un coup de main à sa fille pour les semis et le sarclage.

Chronique

Pourquoi a-t-on choisi un tunnel?

CHRONIQUE / Comment le ministère des Transports en est-il venu à choisir un grand tunnel plutôt qu’un pont interrives ou une combinaison d’un pont, d’une jetée et d’un tunnel dans le chenal Sud pour la traversée Québec-Lévis?

Une dizaine de scénarios ont été envisagés avant de retenir celui d’un tunnel sous la pointe de l’Île d’Orléans sans sortie sur l’île. 

«Préserver l’île était immensément important», a insisté le ministre des Transports François Bonnardel en point de presse. Il n’était pas question dit-il de «bull­dozer l’île» avec des entrées à six voies. Ça aurait été «impensable».

On comprend que ce critère de la protection de l’île a pesé lourd dans la décision du ministère. Ce ne fut cependant pas le seul élément pris en compte. 

Le ministère n’a pas voulu décliner la liste des scénarios étudiés, mais on peut facilement en déduire plusieurs : un grand pont entre les deux rives avec une sortie à la pointe de l’île; un tunnel interrives avec une sortie sur l’île; un pont sur le chenal nord avec autoroute menant à un second pont sur le chenal sud; un pont sur le chenal nord avec autoroute et un tunnel sous le chenal sud; une jetée sur le chenal nord plutôt qu’un pont, etc. 

Ces scénarios de «solution immobilière», pour reprendre les mots du ministère, ont été analysés sur la base de 39 critères techniques, économiques, d’impact environnemental et d’effet sur le transport et la circulation.

Le Ministère refuse de rendre publics les résultats obtenus pour chacun des scénarios ni le classement qui en résulte. 

On comprend que le scénario d’un tunnel sans sortie sur l’île a dû obtenir les meilleures cotes puisque c’est celui qui a été retenu. Mais ça reste à voir.

Le Ministère refuse de rendre publique la pondération qu’il a attribuée à chacun des critères. On peut penser que tous n’ont pas valeur égale. 

Cette pondération peut tout changer et il aurait été intéressant de la connaître pour mieux comprendre le choix qui a été fait. À défaut, nous voici contraints à un (autre) acte de foi. 

Une des explications tient peut-être au caractère approximatif des évaluations sur certains critères. Celui de la fluidité de la circulation par exemple. 

Les modélisations de l’impact d’un troisième lien sur la circulation actuelle aux ponts et sur les autoroutes des deux rives n’est pas complétée. Ça ira à l’an prochain. Il en va de même pour les coûts, ce qui n’est quand même pas un détail. 

Faute d’informations suffisantes, il est difficile de juger de la ­«rigueur» avec laquelle les 39 critères du ministère des Transports ont servi au choix du tunnel. La liste donne une bonne idée de la complexité de ce genre de décision. 

Voici ces critères d’évaluation avec quelques mots d’explication. 

Critères techniques 

  • Pentes longitudinales (profils). La pente des autoroutes et des accès aux ouvrages ne doit pas dépasser 4 % ou 4,5 %. Au-delà de cette pente, la vitesse des véhicules lourds est affectée, ce qui peut forcer l’ajout d’une voie supplémentaire à droite pour les véhicules qui peinent à monter. 
  • Tracé en plan: Le critère réfère à la longueur de l’ouvrage. Cette longueur dépend des obstacles à franchir et du dénivelé. On parle ici d’environ 10 km. La longueur a une impact direct sur les coûts. Le «tracé en plan» réfère aussi aux courbes. Lorsqu’elles sont très prononcées, la visibilité (et la vitesse) s’en trouve réduite. 
  • Intégration des tracés et des profils: Une combinaison des deux critères précédents. On voudra éviter d’avoir une courbe dans une pente. Il fallait en voir la faisabilité pour chaque scénario de lieu et de mode de traversée.
  • Viabilité hivernale: La fermeture simultanée des deux ponts l’hiver dernier pour cause de verglas a rappelé les risques associés à l’hiver. Un tunnel n’est pas exposé au même risque. 
  • Activités sismiques et potentiel de liquéfaction des sols (chenal nord): La préoccupation vaut autant pour un tunnel que pour les piles d’un pont ou une jetée. 
  • Vulnérabilité aux changements climatiques: Le réchauffement climatique va provoquer une montée du niveau de l’eau dans le golf et le fleuve. Une jetée y serait plus vulnérable qu’un tunnel ou un pont en altitude.
  • Sécurité publique: Il fallait s’assurer de l’accès pour les véhicules d’urgence (pompiers, police, ambulances). D’autres enjeux de sécurité publique sont aussi pris en compte. 
  • Intégration des services publics: On vérifie si l’ouvrage peut contribuer au passage de services d’utilité publique (électricité, câble, téléphone, fils électriques). L’hypothèse d’enfouir les lignes d’Hydro qui traversent l’île d’Orléans a été écartée il y a quelques jours en raison des coûts trop élevés.

Critères de transport et circulation

  • Fluidité de la circulation: Quel sera l’impact du lien sur la fluidité (ou la congestion)? Le travail de modélisation de la circulation est en cours. 
  • Circulation accrue sur l’île d’Orléans: Le critère parle de lui-même. Un accès direct à l’île par un pont autoroutier ou un tunnel risquerait d’accroître la circulation sur l’île.
  • Vitesse praticable sécuritaire: La vitesse est influencée par les contraintes physiques déjà mentionnées 
  • Sécurité routière: On analyse ici les enjeux de signalisation, gestion des barrières et sens de circulation si opportun, zones tampons, caméras de surveillance, vitesse et visibilité, etc. 
  • Raccordement au réseau routier: Comme il s’agit d’un lien autoroutier, il fallait pouvoir le relier à des autoroutes. On ne «déverse» pas une autoroute sur des voies municipales. 
  • Temps de parcours: Le choix du mode de traversée a-t-il une influence sur le temps de déplacement? 
  • Transport de matières dangereuses: Les véhicules transportant des matières dangereuses ne peuvent emprunter un tunnel. Cela représente environ 6 % des véhicules lourds sur les ponts actuels. 
  • Transport actif (chenal nord): Un pont ou une jetée sur le chenal nord permet d’y aménager une piste cyclable ou lien piéton, ce qui est impossible en tunnel. 
  • Voie navigable (chenal sud): L’obligation de maintenir la circulation maritime dans le chenal sud imposait des contraintes de hauteur pour un pont. 
  • Temps de parcours pour le transport en commun: Comment et par où raccorder les circuits d’autobus de la Rive-Sud au troisième lien? Avec quel impact sur les temps de parcours? Pour la rive la Rive-Nord, on sait que la connexion se fera à D’Estimauville.

Critères relatifs à l’environnement

  • Impacts directs et indirects sur le milieu naturel: Toutes les solutions affectent d’une façon ou d’une autre des milieux «naturels» : piles d’un pont, jetée, trémie de tunnel et voies d’accès. Il fallait évaluer leur impact respectif. 
  • Sites archéologiques connus ou potentiels: Les mots parlent d’eux-mêmes. 
  • Qualité de l’air: Impact lors des travaux et des opérations. 
  • Gestion des déblais: Un tunnel implique à première vue une gestion importante de déblais. 
  • Zones de sensibilité sonore: Un nouvel accès autoroutier entre le fleuve et l’autoroute 20 va passer à proximité de secteurs résidentiels. Les impacts sont-ils similaires ou différents selon les scénarios?
  • Étalement urbain (Rive-Nord et Rive-Sud): Un pont ou un tunnel aurait-il un impact différent sur l’étalement urbain? Pas à première vue, mais ça mérite analyse. 
  • Étalement urbain (île d’Orléans): Une sortie d’autoroute sur l’île y ajouterait une pression immobilière et une forme d’étalement urbain.
  • Patrimoine bâti ou immatériel identifié ou à statut particulier: L’enjeu patrimonial est manifestement plus important sur l’île que dans les voies d’accès des rives nord et sud. 
  • Terres agricoles: Il y a des terres agricoles sur l’île, la Rive-Sud et la Côte-de-Beaupré. Un pont ou un tunnel affecte-t-il les terres agricoles de façon différente? C’est à voir. 
  • Vues paysagères (chenal nord): Un pont affecte davantage le paysage qu’un tunnel. Pour le meilleur ou pour le pire. Ça va dépendre des goûts et de la qualité architecturale du pont. Difficile d’en juger sans avoir vu de dessins. 
  • Vues paysagères (chenal sud): Idem.
  • Acceptabilité sociale du projet pour la population de l’île d’Orléans: Peu d’acceptabilité pour un lien qui aurait impliqué une sortie d’autoroute sur l’île. On ne semble pas s’être posé la question de l’acceptabilité sociale des autres scénarios.

Critères économiques

  • Coûts capitaux: Un tunnel et ses accès coûtent-ils moins cher qu’un pont? Le ministère a peut-être des réponses, mais pas nous. 
  • Acquisitions de terrains et bâtiments: Un scénario implique-t-il davantage d’achats ou d’expropriations qu’un autre? Il nous faudrait des plans plus précis pour juger.
  • Coûts d’entretien et d’exploitation: Moins de peinture pour un tunnel, mais plus de ventilation. Il faudra voir les chiffres comparatifs.
  • Récréotourisme: Un pont ou un tunnel favorise-t-il davantage l’industrie récréotouristique?
  • Économie portuaire: Quelle différence entre pont et tunnel pour les activités du port? Outre l’interdiction des matières dangereuse dans un tunnel.
  • Échéancier de réalisation: Est-il plus rapide de construire un pont ou un tunnel? 
  • Phasage: Le chantier d’un pont ou un tunnel affecte-t-il davantage la circulation sur les autoroutes?
  • Mise en service du nouveau pont de l’île d’Orléans: Quel impact le scénario a-t-il sur la date de livraison d’un nouveau lien pour l’île d’Orléans? 
  • Maintien de la circulation maritime: Le chantier aura-t-il un impact sur la circulation maritime?

Actualités

Fuite de données chez Desjardins: le cauchemar d’une victime de vol d’identité

Trois-Rivières — La fuite de données rendue publique par Desjardins la semaine dernière n’a guère surpris Martin (on taira son vrai nom, à sa demande). Celui qui travaille au service informatique d’une entreprise de la région a lui-même été victime d’un vol d’identité, il y a quelques mois, alors que son propre compte Desjardins a été piraté. Une mésaventure qu’il associe avec la nouvelle de la semaine dernière et qui lui cause encore bien des maux de tête.

Il y a un an, alors qu’il magasine une nouvelle hypothèque, Martin décide de changer d’institution financière pour ses opérations courantes. Il ne gardera que quelques centaines de dollars dans son compte Desjardins pour des transactions en cours. Comme son activité chez Desjardins diminue, il perd graduellement l’habitude d’aller consulter son compte en ligne. Il déménage au cours de la même période et fait suivre son courrier par Postes Canada.

Sylvain St-Laurent

Vincent était un gagnant

CHRONIQUE / Il s’appelait Vincent Robichaud. Un beau grand jeune homme qui avait tout pour réussir. Et qui réussissait. Il avait 22 ans. Il était originaire de Chelsea.

J’ai fouillé nos archives. Nous n’avons jamais écrit sur lui auparavant.

Affaires

Duvaltex: un textile beauceron révolutionnaire

Un matériau entièrement recyclable et biodégradable a été créé par l’entreprise beauceronne Duvaltex : un précurseur mondial dans l’industrie du textile.

«On vient de lancer un produit révolutionnaire, c’est un textile 100 % polyester recyclé et biodégradable. Nous sommes les seuls au monde à avoir cette technologie», détaille fièrement le président et chef de la direction de Duvaltex, Alain Duval. Adieu le plastique! En 1200 jours, 91 % du matériau disparaît dans l’environnement sans laisser de trace. Cette nouvelle technologie, Clean Impact Textiles, a été conçue avec des partenaires. 

«Aujourd’hui, les technologies sont créées dans un écosystème où les gens collaborent à travers le monde pour régler des problèmes majeurs», souligne M. Duval.

Duvaltex est une entreprise familiale québécoise bien connue dans l’industrie du textile. Avec son siège social à Québec et ses entreprises de fabrication en Beauce, elle a près de 300 employés. 

«Nous sommes un leader en Amérique du Nord. Nous fabriquons des tissus d’ameublement pour les bureaux, les hôtels, les restaurants, bref tout ce qui est commercial», explique Alain Duval. Depuis plus de 20 ans, Duvaltex souhaite se démarquer grâce à ses produits de développement durable. 

Prix d’innovation

La semaine dernière, l’entreprise était à Chicago, où elle a reçu le prix d’innovation du magazine Interior Design pour son nouveau matériau. 

«Cette nouvelle collection innovante de textiles de Duvaltex promet non seulement de transformer l’avenir des spécifications textiles durables, mais également de réduire considérablement l’impact des textiles en polyester sur la biosphère avec un tout nouveau modèle de recyclage et d’élimination en fin de vie», peut-on lire sur le site du magazine spécialisé en design intérieur. Pour Alain Duval, le développement durable et l’environnement sont au cœur des préoccupations de l’entreprise. «On a créé des produits recyclés, mais sans impact à la fin de leur cycle de vie», détaille-t-il. 

C’est en ajoutant un biocatalyseur que la biodégradation du textile est possible. «Cela permet la digestion anaérobique dans les sites d’enfouissement et les usines de traitement des eaux usées», peut-on lire sur le site Web de Duvaltex. Contrairement au polyester standard qui a un taux de dégradation de 6 %, ce nouveau polyester a un taux de 91 %.

L’innovation au cœur de l’entreprise

Concevoir de nouveaux produits est au centre des préoccupations de Duvaltex. «Toutes les entreprises doivent être à jour dans les technologies. Nous voulons nous démarquer pour faire une différence au Québec et à l’international», souligne Alain Duval. Cette entreprise souhaite devenir un pionnier dans l’industrie du textile grâce à sa méthode unique de fabrication. «Nous ne sommes pas dans le textile traditionnel, nous sommes dans un mode de pensée différente», indique-t-il. 

Avec beaucoup d’avenir, l’entreprise souhaite se tourner vers l’Europe. «C’est une grande aventure. Nous allons avoir un rôle important là-bas», explique Alain Duval. Le 20 juin prochain, l’entreprise participera à la foire internationale en matière d’innovations et de technologies manufacturières ITMA 2019 à Barcelone. Elle va s’informer sur de nouvelles façons pour améliorer ses produits à l’aide des avancées technologiques présentées. Son but : innover. 

La Capitale

Un pêcheur attrape un imposant esturgeon au Vieux-Port de Québec [VIDÉOS]

Après un dur combat, un homme qui pêchait au Vieux-Port de Québec a réussi à sortir du fleuve Saint-Laurent un imposant esturgeon, lundi soir.

Vers 20h30, Rémi Clairet, 26 ans, a mis son avant-dernier appât au bout de sa canne à pêche. En une heure, il avait déjà pêché quatre barbottes et n’espérait plus attraper grand-chose. 

Il discutait avec un passant depuis un moment quand il a eu l’impression que son hameçon s’était coincé dans le fond de l’eau. Mais sa canne a commencé à bouger, puis le moulinet s’est presque déroulé au complet. 

Ne disposant que d’un équipement conçu pour les petits poissons, M. Clairet a mis une demi-heure avant de réussir à remonter le poisson à la surface. «J’ai crié en disant «c’est bien un esturgeon!»» , raconte-t-il.

Le pêcheur a dû descendre dans le fleuve par une échelle pour aller chercher l’esturgeon d’environ 1,2 m et 45 kg (environ 100 lb), selon l’estimation du pêcheur. 

«Trop pesant»

«Au moment où j’ai posé la main dessus, il s’est débattu, le fil a cassé et j’ai réussi à le garder dans la main par la branchie, raconte Rémi Clairet. Et là, j’ai pris quasiment un quart d’heure à remonter l’échelle parce qu’il était beaucoup trop pesant. D’une main, je n’y arrivais pas». 

Des passants lui ont donné un coup de main pour remonter l’échelle. Et, de peine et de misère, Rémi Clairet est parvenu à revenir sur le quai avec le gros poisson, lâchant un grand «wow» satisfaction. 

Après avoir immortalisé sa prise sur photo, M. Clairet a remis le poisson à l’eau. 

M. Clairet, un habitué de la pêche dans le Vieux-Québec, taquine souvent le poisson au bassin Louise, au quai Louis-Jolliet ou au port de Québec. Il pêche habituellement de la barbotte et du doré. Mais lundi soir, c’était un grand moment pour ce géologue amoureux de la pêche. 

«J’ai tremblé pendant deux heures après, dit M. Clairet. Je suis un pêcheur régulier, mais je n’ai jamais pris un gros poisson comme ça».

Monde

Les fantômes de Tchernobyl

La catastrophe nucléaire de Tchernobyl n’a pas fini de hanter le monde. Une télé-série choc de la chaine HBO bat des records d’audience. Plusieurs enquêtes viennent de revisiter le désastre. Trois décennies plus tard, le mot «Tchernobyl» résonne encore comme un avertissement.

Il est autour de minuit, le 26 avril 1986, lorsque débute un exercice de routine sur le réacteur no 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine. Le plus grave accident nucléaire de l’histoire va bientôt se produire. Récit de trois jours qui vont irradier le monde...

SAMEDI 26 AVRIL 1986

00h Une affaire de routine

Le «test» veut seulement vérifier le système de secours en cas de panne d’électricité. Le directeur, Viktor Brukhanov, n’a pas été prévenu. À quoi bon? Tout sera fini dans quelques minutes.

Sauf que dès le début, le réacteur géant ne réagit pas comme prévu. Son activité tombe proche de zéro. Pour le stabiliser, il faut retirer du noyau 203 des 211 barres de graphite qui contrôlent la réaction nucléaire.

Dans son livre «Midnight in Tchernobyl», le journaliste Adam Higginbotham compare le réacteur à un pistolet chargé dont le chien vient d’être relevé. Va-t-on oser peser sur la gâchette? (1)

1h23 «La guerre atomique est commencée»

Malgré les signes inquiétants, Anatoli Diatlov, (2) le vice-ingénieur en chef, ordonne de continuer. Fatale erreur. En l’espace de quelques secondes, le réacteur échappe à tout contrôle. À l’intérieur, la température atteint 4650 °C, un peu moins que celle qui règne à la surface du Soleil.

À 1h24, une énorme explosion secoue la centrale. Le KGB évaluera sa puissance à «au moins» quatre fois celle de la bombe larguée sur Hiroshima. Dans les bâtiments, les employés sont projetés contre les murs. Plusieurs techniciens pensent que la guerre atomique avec les États-Unis vient de commencer!

2h Une lumière bleutée… et mortelle

Les premiers pompiers dépêchés sur les lieux n’ont pas la moindre idée de ce qui les attend. Ils n’ont même pas de combinaison anti radiation. En plus, les débris de l’explosion se comportent de manière étrange. Quand on les asperge d’eau, ils brûlent davantage! 

Quelques employés s’approchent du lieu l’explosion. Ils n’en reviennent pas. Le réacteur n’existe plus! Son couvercle de 1200 tonnes a été soulevé dans les airs. Il est retombé en causant des dommages considérables.

Vision d’horreur. Dans les ruines fumantes, une immense colonne de lumière bleutée s’élève tout droit dans la nuit, à l’infini. Les experts décrivent le phénomène comme «l’ionisation radioactive de l’air». (3) La preuve que le coeur du réacteur se consume désormais à l’air libre!

En quelques secondes, les deux braves employés absorbent une dose mortelle de radiation. Dans 10 jours, ils seront morts.

+

Affaires

Wwoofing: voyager de ferme en ferme

Après des années de dur labeur, l’italien Vittorio Zamuner, issu de l’immigration post-Deuxième Guerre mondiale, s’achète un terrain à Neuville. Dix hectares pour 600 $. C’était en 1968. Un demi-siècle plus tard, c’est son petit-fils, instructeur de plongée sous-marine, qui a pris la relève. Aujourd’hui, il accueille des volontaires de partout dans le monde sur sa ferme presque autosuffisante de 100 hectares.

Bienvenue dans l’univers du wwoofing.

Vêtu d’une salopette et de bottes de caoutchouc, Maxim Iskander est fier de montrer le terrain qu’il habite depuis 2012. Assistant-enseignant à l’École de foresterie de Duchesnay l’hiver, puis agriculteur l’été, il accueille des bénévoles de différentes nationalités pour l’aider dans ses tâches quotidiennes. C’est la troisième année qu’avec sa femme, Tiana Ramaroson, ils rencontrent des voyageurs par le biais de WWOOFING et Workaway : des plateformes Web payantes où des volontaires et des hôtes peuvent s’inscrire. En échange d’heures de travail, les bénévoles sont logés et nourris. 

De génération en génération

Les deux pieds dans la boue, Maxim raconte l’histoire de sa terre familiale. Son grand-père, Vittorio Zamuner, est arrivé au Québec dans les années 50. «Il vient d’une famille d’agriculteurs, mais en arrivant ici, il a travaillé comme maçon. Il a épargné et s’est acheté une petite demeure. Dans le temps ça ne valait rien, maintenant ce n’est plus achetable», explique-t-il.

Son grand-père prenait tellement bien soin de son jardin, qu’il était bien connu dans la région. «Il y avait des autobus qui arrêtaient pour voir les fleurs sur le terrain de mon grand-père», s’esclaffe-t-il. Au fil des années, sa famille a acquis d’autres terrains, totalisant 100 hectares. «Il y avait presque juste des Italiens sur la rue», souligne-t-il, en pointant les différentes maisons qui appartenaient à son oncle, sa tante et des amis de la famille. 

Un parcours unique 

Avant de s’installer à Neuville, Maxim a grandi en Égypte. Chaque été il revenait au Québec visiter ses grands-parents. Lors de ses études à l’Université Laval, il a rencontré Tiana. Ensemble, ils ont fait le tour du monde, lui en tant qu’instructeur de plongée, elle en tant que traductrice. En 2012, ils se sont lancés dans une nouvelle aventure : l’agriculture. 

Ils ont vite réalisé l’ampleur du travail. «Cela semblait interminable. On commençait à six heures du matin et on finissait à neuf heures le soir», indique-t-il. Un ami qui avait expérimenté le travail en ferme à l’international leur a suggéré de s’inscrire à Wwoofing et Workaway. «On n’est pas assez gros pour avoir des employés parce que la plupart des récoltes ont les garde pour nous. Le fait d’avoir des volontaires nous aide énormément», explique-t-il. Même constat pour Tiana. «À nous deux ça allait, mais avec les enfants en bas âge, on avait besoin de renfort», confie-t-elle.

Un apprentissage

Chaque année, ils reçoivent des tonnes de demandes. Comme leur ferme est petite, ils en refusent 80 %. «Je les choisis en fonction de l’envie d’apprendre. Il y a des gens qui font le travail juste pour le faire. Et souvent ils le bâclent, et je dois le reprendre», déplore-t-il. Cependant, pour Maxim et Tiana la majorité des expériences ont été positives. «On s’est fait des amis partout dans le monde allant de l’Israël, à l’Allemagne et l’Écosse», se réjouit Tiana. Ils accueillent près de 10 volontaires par été, qui restent de trois à quatre semaines.

Voyager autrement

Au moment du passage du Soleil, à la mi-mai, Germain Maillet était à sa deuxième semaine en tant que volontaire à la ferme. Cette expérience en milieu rural lui permet de découvrir une vie culturelle différente. «Je suis immergé dans la vie québécoise», constate ce Français. Ses tâches au quotidien : fendre, couper le bois, s’occuper du potager, du compost et des poules. «Je travaille cinq jours par semaine et cinq heures par jour. La fin de semaine, je vais en ville ou je fais du trek», explique-t-il. En plus d’adorer cette façon de voyager, cela lui permet d’économiser. «Je ne sais pas si je serais venu au Québec si je n’avais pas eu l’occasion d’avoir une place où rester», réplique celui qui en est à sa première expérience. Après son séjour avec Maxim et Tiana, il espère trouver une autre ferme pour poursuivre son voyage. 

Cette petite ferme coquette, qui tire son revenu principal dans le bois de chauffage, fait aussi pousser des légumes qui lui sont bien uniques. «On plante beaucoup de légumes italiens, du radicchio, des betteraves rustiques de variétés italiennes», explique Maxim. Avec l’aide des volontaires, cette famille espère devenir autosuffisante, une façon d’honorer les grands-parents de Maxim. «Ils étaient autosuffisants, ils mangeaient tout ce qu’ils faisaient, et ils ont fait leur vin toute leur vie», souligne-t-il. Aujourd’hui, Tiana et Maxim sont fiers de dire que 70 % de ce qu’ils mangent provient de leur travail acharné et de celui des voyageurs qu’ils accueillent l’été. 

Chronique

Québec selon Dominique Brown

CHRONIQUE / S’il se présente un jour à la mairie, ses adversaires devront se lever de bonne heure. Lui était debout depuis 2h du matin, au jour pluvieux de notre rencontre. Cette routine lui permet de s’entraîner et de commencer à réfléchir avant tout le monde.

T-shirt et casquette, sourire engageant, ce «X» de 41 ans, père de cinq enfants, est une des histoires à succès de Québec. 

Natif de Cap-Rouge, il a «toujours été très amoureux» de Québec qu’il ne quittera jamais, dit-il, même si la logique des affaires aurait pu le mener ailleurs.

Le nom de Dominique Brown surgit chaque fois qu’on s’intéresse aux éventuels successeurs à la mairie de Québec.

«C’est extrêmement flatteur», dit-il. Il ne dit pas non. Je me suis assuré que j’avais bien compris : il ne ferme pas la porte. 

Régis Labeaume fut le premier à l’envisager. Le futur maire de Québec, prenait-il plaisir à dire en le présentant.

M. Brown dirigeait alors Beenox, une des entreprises de Saint-Roch ayant contribué à mettre Québec sur la carte du jeu vidéo. 

L’essor de Chocolats Favoris et son rôle de dragon à la télé ont depuis ajouté à sa notoriété.

Un parti provincial l’avait approché à l’époque. Il ne veut pas dire lequel. C’est la seule question qu’il déclinera en une heure et demie d’entretien. Depuis, pas d’autres demandes.

Il trouve «admirable» le travail de tous les élus, mais croit que «le municipal [lui] ressemble plus». «J’aime être dans l’action; voir des résultats immédiats.»

«Il y a des gens plus qualifiés que moi», perçoit-il. «Je ne sais pas si j’ai la bonne personnalité. Je suis excessivement émotif.» Qu’il se rassure, on en a vu d’autres.

On sent qu’il a déjà réfléchi à tout ça. Il a conversé en privé avec plusieurs premiers ministres. Il sait «les implications» et ce que ce métier demande de «don de soi». «L’humain ne l’a pas facile; la famille écope beaucoup.»

Davantage encore pour un «intense, à la limite trop intense», comme il sait l’être. «Je suis excessivement focus. Si j’ai une idée, je ne lâche pas le morceau. Je vais finir par y arriver.»

Sauf que Dominique Brown a l’habitude de «mener un projet à la fois». La politique exige d’être sur tous les fronts en même temps.

«Je prends tout personnel», prévient-il. «Si on parle en mal de Chocolats Favoris, on parle en mal de moi. Si un client n’est pas satisfait, ça vient me chercher. J’ai de la misère à décrocher.»

«Si tu es maire, comment tu fais pour décrocher?» s’inquiète-t-il. 

Il se sent une responsabilité envers ses 1500 employés et les clients. «Ça m’oblige au succès.»

«Quand tu es maire ou premier ministre, c’est pire. Tu as un mandat de toute la population. Tu dois livrer.»

Il faut faire de la politique «pour les bonnes raisons. Avoir la conviction que c’est la bonne chose pour les citoyens. Être convaincu qu’on peut apporter quelque chose et que la ville va en sortir grandie».

Dominique Brown a signé ce printemps avec d’autres acteurs publics une lettre d’appui au projet de transport structurant. «Ça fait partie du futur de Québec. On a besoin de ça.»

Mais il ne prend pas l’autobus. «Trop compliqué», explique-t-il. Il habite Montcalm, travaille dans le parc Armand-Viau, a «beaucoup de lifts» à donner à ses cinq enfants (1 an 1/2 à 15 ans). 

Il se dit «très casanier, très routinier». Sort peu et va peu au resto. Un contrepoids à sa «job extrême».

Québec est une «belle grosseur de ville», évalue-t-il, avec une «bonne balance» entre qualités de vie professionnelle et personnelle. 

Lui qui vise à doubler chaque année les affaires de son entreprise, il ne pense pas qu’une ville doive avoir un «objectif de croissance». «Si on fait bien le travail, la croissance suivra.»

«Le premier indicateur de performance d’une ville doit être la qualité de vie», croit M. Brown. 

Celle de Québec tient à la «facilité de déplacement», à «l’accès à la nature et à la facilité de sortir de la ville. L’accès au fleuve est une grande richesse». 

Quand il va courir sur la promenade Samuel-De Champlain, il mesure la différence avec Montréal où les berges sont encombrées.

Il ne changerait «rien de radical» à ce qu’est Québec, mais pense que la ville peut faire plus.

Il imagine des quartiers avec chacun sa «personnalité» et un «thème très fort». Il y a trop de quartiers «sans personnalité avec des maisons en rangée et pas d’arbres», déplore-t-il.

Il aime Montcalm. La proximité des gens qui marchent, se parlent d’une galerie à l’autre, courent vers les Plaines. 

Mais le «Montcalm, quartier des arts, je ne le sens pas». Il rêve à plus fou. Il imagine des toits-jardins communautaires reliés par des passerelles aériennes et dont la production serait vendue rue Cartier. «Ce serait super.»

Il aime l’idée du «chaos organisé». «Quand on laisse le monde lousse, on peut créer de bonnes choses. Il faut laisser libre-cours à l’artiste.»

Au début des années 2010, il avait planché à la demande de la Ville sur un projet de «technoculture» dans Saint-Roch. 

Robert Lepage lui avait fait remarquer qu’au «centre de tout quartier, il y a toujours un bar». 

Brown voyait le sien au jardin de Saint-Roch. Une place publique en fait, avec des terrasses et des «food trucks» comme «lieu de maillage» pour les technos du quartier. 

Il imaginait autour de grands écrans aux façades des immeubles pour y projeter des créations artistiques locales. 

Plusieurs y avaient vu un Times Square, mais il lui rejetait ce modèle qu’il trouvait trop commercial. 

Le projet n’a pas eu de suite. Il ignore pourquoi. Peut-être les coûts, suggère-t-il. «J’ai trouvé ça dommage», mais il refuse de faire son «gérant d’estrade».

Il ne peut dire si le projet aurait la «même adhésion aujourd’hui».

La réalité est que cette vision de place animée s’est concrétisée de l’autre côté de Charest, rue du Parvis. Les écrans en moins. 

«Les politiciens qui m’intéressent ont une vision», dit-il. «Quand tu ne sais pas où tu vas, tous les chemins y mènent.» Il cite de mémoire. 

Ce devait être Henry Kissinger, ex-secrétaire d’État américain : Quand on ne sait pas où l’on va, tous les chemins mènent nulle part.

«Le rôle le plus important c’est de dire où on s’en va.» Être une «locomotive» et avoir la «force de garder le cap». 

Il admire pour cela le maire Labeaume. «Il a très, très bien fait. Il a dit : “Je veux aller par là”. Il nous a mis sur la carte.» Impossible d’ignorer Québec, sinon, «le maire va vous attendre dans le détour».

Mais il ne suffit pas d’une vision. «Bien communiquer est aussi important.» Expliquer le pourquoi des décisions pour aller «chercher l’adhésion», car «jamais personne ne réussit tout seul». 

«La pire affaire, c’est le surplace. C’est mieux d’essayer quelque chose.» Au risque de déplaire.

Il vit bien avec l’adversité dans un contexte d’affaires. «C’est moi qui vais subir les conséquences», mais le «vivre publiquement», il est moins sûr. 

«Tout ce que tu fais, tes erreurs sont scrutées, tu te fais mal quotidiennement, à la radio, dans les journaux, dans ta famille.»

Tu ne fais pas de politique «pour le salaire», a-t-il compris. «Il faut être investi d’une mission personnelle.»

«Personne n’est mieux placé que les élus pour bien comprendre les enjeux», perçoit-il. «Je leur fais confiance. Je suis peut-être naïf.»

Je l’ai laissé dire, mais ma confiance a été ébranlée par plusieurs grands projets ces dernières années. Vous savez lesquels. 

Dominique Brown ne «carbure pas» au concept «d’amélioration continue» et estime ne «pas être très bon dans les opérations». 

«Les gens s’occupent du présent; moi, je m’occupe du futur.» Il s’assure de donner à ses collaborateurs «des outils pour réussir». 

L’histoire a fait grand bruit cet hiver lorsqu’il a pris place au comptoir d’un de ses commerces pour remplacer un employé manquant. Il vit lui aussi la rareté de la main-d’œuvre. 

Il est plus difficile de faire venir des employés de Montréal que de l’étranger, a-t-il constaté. 

Il prévoit que Québec aura besoin de plus d’immigrants et trouve qu’on «envoie des drôles de messages». Celui de la CAQ en campagne électorale et celui des ratés administratifs.

Il raconte avoir recruté cet hiver une spécialiste française du commerce électronique déjà installée à Québec. Elle a quitté son emploi pour accepter celui chez Chocolats Favoris.

Les formalités pour changer le permis de travail devaient prendre deux semaines. Il en a fallu douze, pendant lesquelles il était interdit de l’employer. On a fini par la renvoyer en France. «Un drame humain», dit-il. «Elle avait une vie ici.»

Les immigrants viennent peu à Québec parce qu’il y a peu d’immigrants et il y a peu d’immigrants parce qu’ils viennent peu, note-t-il.

Comme la vieille pub de saucisses : plus de gens en mangent parce que plus fraîches; plus fraîches parce que plus de gens en mangent. 

Il faut mieux accueillir les immigrants et leurs familles. Les aider à se bâtir un «nouveau réseau social», croit-il.

Le siège social de Chocolats Favoris (100-120 employés) reflète l’homogénéité de Québec. 

Une «faiblesse» qui freine les progrès en Ontario et au Canada, note le patron. Manque d’anglais et de diversité culturelle.

«Tout le monde mange du chocolat et de la crème glacée, mais pas de la même façon.» Et pas le même jour. 

Au Québec, c’est beaucoup à Pâques et à Noël, mais moins ailleurs. Il faut une sensibilité culturelle pour adapter les modèles d’affaires.

Il pose lui-même la question : «Quelle est la meilleure façon de contribuer à la ville?» puis y répond. «Je contribue économiquement.»

Il a doté la ville d’un nouveau siège social et ses 46 chocolateries «redonnent à la communauté». «C’est important d’avoir un impact social», croit-il. 

C’est quoi le plan? C’est quoi l’après Beenox et Chocolats Favoris, lui demande-t-on à chaque entrevue. 

Il sait qu’il y aura un après Chocolats Favoris, mais n’est pas pressé. «J’ai encore à donner.» Pour la suite, «je n’ai pas de plan de vie».

Si lui n’en a pas, d’autres pourraient vouloir lui en trouver un.

Affaires

Une «crise» du céleri

Le prix du céleri a subi une augmentation «phénoménale» depuis l’hiver : de trois à quatre fois plus élevé que la «normale», selon le distributeur Hector Larivée. Pour Maurice Doyon, agroéconomiste de l’Université Laval, il s’agit d’une «simple question d’offre et de demande».

Si la caisse de 24 céleris se vend normalement à une quinzaine de dollars, selon Pascal Lecault, président et propriétaire des Jardins Vegibecs à Oka, elle aurait atteint les 140 $, cet hiver. Les chaînes de supermarchés suivent la tendance tarifaire et donc haussent les prix.