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La Capitale

Le Soleil et Coop Zone créent un programme de stages en journalisme

Le Soleil est extrêmement fier d’annoncer la création d’un nouveau programme de stages d’été en journalisme, en partenariat avec Coop Zone.

À titre de nouvelle coopérative, Le Soleil a l’intention de jouer un rôle encore plus actif dans sa communauté, y compris de travailler avec ses institutions au développement d’une relève forte en journalisme.

Car oui, nous croyons profondément que nos sociétés ont besoin d’un journalisme de proximité de qualité, au service du bien collectif. C’est sur cette base que nous avons décidé de reprendre les destinées du Soleil et de travailler à lui construire un avenir.

Le programme de stages Le Soleil/Coop Zone permettra dès l’été prochain à trois étudiants de l’Université Laval de vivre pendant 12 semaines la réalité quotidienne d’une salle rédaction. Ils seront supervisés par notre journaliste judiciaire Isabelle Mathieu, qui a elle-même fait ses premiers pas au Soleil dans le cadre d’un stage d’été en 1996.

«À 20 ans, je mettais les pieds dans ce qui allait devenir chez moi, une maison que je n’ai jamais eu le goût de quitter, évoque Isabelle Mathieu. Avec le stage, j’ai appris rapidement la vraie vie de journaliste, avec ses casse-tête, son adrénaline, sa fatigue, son bonheur.»

La création de ces stages rémunérés est le résultat d’un partenariat entre Le Soleil et Coop Zone, qui a accepté de s’engager pour les trois prochaines années dans le financement de ce programme à hauteur de 125 000 $, par l’entremise de son Fonds de développement coopératif.

«Pour Coop Zone, ce projet prend racine dans nos valeurs et nos principes, explique son directeur général Yves Kogovsek. Nous croyons en la prise en charge et la mise en commun au bénéfice de nos membres et de la communauté. Par ce geste, nous souhaitons non seulement supporter la Coop Le Soleil, mais également assurer le rayonnement de nos étudiants et de notre institution, l’Université Laval.»

Ce nouveau programme est destiné aux étudiants inscrits au premier ou au deuxième cycle au Département d’information et de communication de l’Université Laval, qui appuie ce projet.

Contexte professionnel

Les stages permettront aux étudiants d’enrichir leur expérience et de développer leur talent dans un contexte professionnel, où ils auront à trouver des sujets, couvrir des événements, fouiller des histoires, qui seront publiées sur toutes nos plateformes, dans divers formats. 

Les stagiaires pourront s’initier à toutes les facettes de la production des versions papier et numériques, participer aux réunions d’équipe, et travailler en collaboration avec nos journalistes. Ils profiteront aussi d’une formation au fonctionnement et à l’esprit d’une coopérative de solidarité.

«Ce projet de stages Le Soleil/Coop Zone est une excellente nouvelle pour les étudiants en journalisme de l’Université Laval! Découvrir la vie d’une rédaction comme celle du Soleil entouré de professionnels de calibre est une occasion unique pour celles et ceux qui rêvent de pratiquer un jour le métier. J’y vois là un tremplin formidable pour la relève», estime Thierry Watine, professeur de journalisme au Département d’information et de communication de l’Université Laval.

Les candidats intéressés doivent faire parvenir au Soleil d’ici le 20 mars une lettre de motivation, un CV et quelques exemples de textes ou reportages diffusés dans la dernière année.

Les dossiers seront évalués par un comité composé de représentants du Soleil et de nos partenaires, sous la supervision de Valérie Gaudreau. Un groupe sera convoqué pour des tests et une entrevue. Les trois élus seront annoncés début avril et les stages s’amorceront le 18 mai.

Pour soumettre une candidature, ou pour toutes questions concernant ces stages, contactez Linda Tardif à ltardif@lesoleil.com

Justice et faits divers

Incursion dans la justice plus accueillante

Annie* entre précipitamment dans la salle d’audience. Elle est en retard. «Mettez-vous à votre aise, madame!», répond le juge, souriant.

Un mardi après-midi sur deux, l’ambiance se fait plus détendue dans la salle 2.07 du palais de justice de Québec. Le décor ne change pas. Les procureurs, greffier, huissier et juge portent leur toge noire. Mais il y a un je-ne-sais-quoi de plus accueillant dans le ton, dans le rythme, pour que les participants du programme Accès Justice Santé Mentale (PAJ-SM) se sentent à l’aise.

Le PAJ-SM, cette voie parallèle à la justice criminelle, existe dans une douzaine de districts judiciaires au Québec. À Québec, depuis la mi-octobre, 22 accusés ont intégré le programme. Une quinzaine d’autres sont préadmis et commenceront leur cheminement bientôt. 

Ils n’ont pas tous un diagnostic, mais pour chacun d’entre eux, un problème de santé mentale est en lien direct avec leur criminalité. Souvent, la toxicomanie vient alourdir le portrait. Ils vivent dans les portes tournantes de la justice : arrestation, courte détention, nouvelle arrestation.

Lorsque l’accusé s’engage dans le programme, pour une durée d’au moins 12 mois, il se fixe des objectifs. Se rendre à ses rendez-vous médicaux. Chercher un logement stable. Diminuer sa consommation d’alcool. Chaque cas est unique.

S’il s’engage à fond et s’il atteint ses buts, la Couronne demandera, dans 95 % des cas, un retrait des accusations. S’il quitte ou s’il est exclu du programme, le dossier judiciaire retourne sur la voie régulière, avec souvent de la détention en bout de piste.

Michel* est accusé de voies de fait ayant causé des lésions. Depuis environ cinq ans, il souffre de schizophrénie, une maladie provoquée par sa consommation de stupéfiants, dit-il.

À sa première séance de PAJ-SM, en décembre, Michel reconnaît le juge Sébastien Proulx, qui a été son avocat, au bureau de l’aide juridique. «Je suis content de vous revoir», glisse Michel.

Michel veut arrêter de boire et de prendre de la drogue. Il veut aussi se trouver un emploi, un logement et s’éloigner de ses amis consommateurs. «Pour moi, c’est quelque chose de gros [intégrer le programme], dit Michel. Je ne suis plus capable de faire du temps...»

Deux mois plus tard, Valérie Bergeron, la travailleuse sociale qui agit comme «agent-pivot» pour le CIUSSS, témoigne que pour l’instant, Michel suit bien ses objectifs. Il fait ses suivis médicaux et a intégré un appartement avec un colocataire. «Ça se passe relativement bien, dit Mme Bergeron. Il veut retourner sur le milieu du travail. Ce sera à travailler dans les prochaines semaines.»

Michel est sobre et pense être capable de le rester, même sans thérapie. Il accepte d’être soumis à des tests de dépistage de drogue.

Depuis son entrée au programme à la fin novembre, Annie* a arrêté complètement de prendre des amphétamines et a réduit sa consommation d’alcool.

Annie a décidé de se prendre un logement avec sa mère. «Pour l’instant, ce serait mieux, dit-elle. J’ai peur que si je me trouve un logement près d’ici [le centre-ville de Québec], je vais retomber dans la consommation. Oui, c’est dur, mais je suis bien partie depuis trois mois!»

La procureure de la Couronne Me Julie Roy écoute le récit de l’accusée. Elle n’a pas de question. «Je veux juste féliciter madame, elle a l’air tellement mieux!»

Annie reviendra devant la cour dans un mois. Ce sera à nouveau le juge Mario Tremblay qui l’accueillera. «Cool», commente-t-elle. «Moi aussi, je trouve ça cool, lui assure le juge Tremblay. On garde le cap, on essaie de rester solide.»

Le juge Jean Asselin, qui complète le trio des juges assignés au PAJ-SM, a rencontré Alice* en décembre.

La jeune femme d’environ 20 ans a vécu dans la rue et a de lourds problèmes de consommation de drogue.

Le juge Asselin lui demande la permission de la tutoyer. Il lui offre de rester assise pour témoigner.

Alice raconte ses efforts pour arrêter de consommer. Elle réalise qu’elle a enfin de l’argent dans ses poches. Le juge lui soumet qu’elle pourra acheter un cadeau de Noël à sa mère, avec qui elle vient de renouer contact. La mère était d’ailleurs présente en salle d’audience.

Toute une équipe à l’œuvre

L’audition devant le juge, ce n’est que la partie visible de l’iceberg. 

Toute la semaine, «l’agent-pivot» du CIUSSS garde le contact avec les participants. Elle les aide à trouver les soins appropriés, les oriente dans leur recherche d’emploi ou de logement, fournit des billets d’autobus. 

La petite équipe de procureurs de la Couronne étudie les dossiers d’accusés à admettre au programme. On communique avec les victimes des crimes pour les informer du cheminement particulier du dossier. Le procureur a le dernier mot, mais le processus se veut respectueux des victimes.

Les avocats de la défense identifient des clients qui auraient besoin de cet accompagnement beaucoup plus que d’une énième visite en prison.

Les intervenants du PAJ-SM gardent aussi un œil sur ce qui se passe au programme IMPAC, qui poursuit sensiblement le même but à la cour municipale de Québec. Certains participants du PAJ-SM sont déjà suivis à IMPAC puisqu’ils ont commis des infractions qui relèvent de la cour municipale. Les programmes vont en général s’allier l’un à l’autre pour éviter les dédoublements.

Avant l’audition devant le juge, tout le monde se réunit au palais de justice, sans le participant, pour discuter des progrès ou des reculs de chacun.

L’atout du programme PAJ-SM, c’est sa souplesse, explique Me Sébastien Bergeron-Guyard, adjoint au procureur-chef à Québec. Si un participant commet un écart, au lieu d’y aller avec une accusation supplémentaire de bris de condition, il sera plutôt ramené rapidement devant la cour.

*Prénoms fictifs

Chronique

L’ex-prof qui a déchanté

CHRONIQUE / «Une pierre dans une forêt : tout grandit, bouge, évolue, pas elle, elle s’enfonce un peu plus chaque jour.» Alexandre Poulin décrit l’école.

Je vous ai déjà parlé d’Alexandre en mai 2015, la chronique s’appelait «Le prof qui a triché», elle revient d’ailleurs à l’occasion dans les réseaux sociaux. Alexandre, qui a été prof de français en secondaire 5, racontait avoir modifié la note d’un élève pour qu’il n’échoue pas, ses parents se battaient en cour pour ne pas avoir sa garde.

L’élève s’est rendu à la maîtrise, il lui a écrit pour lui dire merci, lui a confié que, sans ça, il aurait décroché.

Entretemps, Alexandre a laissé l’enseignement pour se consacrer à sa carrière d’auteur-compositeur-interprète, mais il n’a jamais cessé de s’intéresser à l’école. Sa chanson L’Écrivain raconte comment un prof peut changer la vie d’un élève en faisant comprendre à l’élève qu’il a le pouvoir de le faire.

Et c’est comme ça que, un peu malgré lui, Alexandre s’est mis à recevoir tout plein de confidences de professeurs, d’élèves, de parents qui avaient le goût de lui raconter de belles histoires, et de moins belles.

Et il voyait bien que ça n’allait pas.

Il s’en doutait déjà, mais il a pu prendre la mesure des problèmes et mettre le doigt sur ce qu’il considère comme étant le principal écueil. «Notre système est le même qu’il y a 30 ans, il n’a pas évolué alors que la société, elle, a beaucoup changé, m’a-t-il expliqué mercredi en entrevue. On a un des systèmes d’éducation les plus malades, on est encore dans le même moule et on veut que tous les enfants entrent dedans.»

L’éducation ne doit pas se limiter à l’instruction. «L’objectif de l’école, ça devrait être de faire de grands humains.»

Il l’a compris au tout début de sa carrière de chanteur, quand il a été porte-parole de la Coalition des travailleurs de rue de Sherbrooke et qu’il allait rencontrer les jeunes. «J’ai pu discuter avec eux, avec cette faune spéciale, qui est passée à travers le filet. Et j’ai pu constater que la majorité avait décroché, parfois très tôt.»

Rendus là, «on les ramasse trop tard. C’est à l’école qu’il faut intervenir. Ce ne sont souvent pas des cancres, mais ils ne cadrent pas dans le modèle.»

Il n’y a pas de place pour eux.

Alexandre a donc décidé de s’en mêler. «J’ai encore énormément d’amis qui sont profs qui me racontent ce qui se passe. Je ne peux pas être témoin de ça, avoir reçu autant de témoignages et ne pas m’en mêler. L’entrée de ma fille à la maternelle a été la goutte qui a fait déborder le vase…»

Sa petite est entrée à l’école à l’automne, elle a la chance d’avoir une enseignante dévouée qui fait les choses autrement.

Ça ne devrait pas être une chance.

Il s’est vidé le cœur sur Facebook, dans un long cri du cœur rédigé dans le cadre de la Semaine de la persévérance scolaire, c’est là où il compare l’école à une pierre qui s’enfonce. «Avec l’arrivée de ma fille en maternelle cette année, j’ai un malaise de plus en plus profond devant ce système scolaire enfoncé dans une vision passéiste et dont la structure inadaptée ne permet ni aux enseignants d’offrir le meilleur d’eux-mêmes, ni aux enfants qui grandissent dans leur classe de s’épanouir pleinement.»

Le père a déchanté.

«À ceux qui me répondront que c’est aux parents d’apprendre tout ça à leurs enfants, je leur répondrai : je suis tellement d’accord! Mais tous ces enfants qui grandissent avec des parents dysfonctionnels qui les écrasent au lieu de les élever, on en fait quoi? On les traite de “p’tits crisses” en souhaitant qu’ils décrochent? Et tous ceux qui ne cadrent pas dans le fameux moule inflexible de l’apprentissage constipé, ils n’ont pas droit, eux aussi, de continuer de s’épanouir entre les murs d’une école?»

Il n’a pas les réponses, il veut lancer le débat.

Il est de ceux qui voyaient d’un bon œil le Lab-École, en se disant que l’occasion était belle de revoir le système. «Tout sur le contenant, rien sur le contenu. C’est fou quand même. Et je ne jette pas la pierre au Lab-École : il n’a jamais été question dans ses objectifs de toucher au programme. La preuve : dans ses 12 priorités, vestiaires fonctionnels et corridors dégagés arrivent avant la connaissance de soi.

D’ailleurs, en discutant récemment sur un plateau avec une élue du Parti libéral, je lui faisais cette réflexion au sujet du Lab-École et de l’absence de révolution du système. Elle m’a répondu que c’était justement cet environnement qui allait donner envie aux profs de s’adapter, de faire évoluer leur enseignement. J’ai failli perdre connaissance. Les profs sont déjà exténués, dévalorisés, sous-payés, et on va encore leur mettre sur les épaules la responsabilité de s’adapter aux couleurs de la tapisserie?»

Il en a fait une chanson qui vient tout juste de sortir, La mauvaise éducation, où il rêve d’une école qui fait de bons humains.

Pas des décrocheurs.

Mais il reste confiant «pour vrai» que la chose soit possible, il le sent quand il donne des conférences à des futurs profs à l’université. «Ils ont la chienne, mais ils sont motivants et motivés», m’a-t-il confié. 

Et dans un système qui piétine, les profs pédalent. Alexandre ne compte plus les enseignants qui lui ont raconté ce qu’ils faisaient, au-delà des heures pour lesquelles ils sont payés, pour faire une différence. «Et il y a même parfois un frein à l’interne. Je l’ai vécu quand j’étais prof et que je faisais un gala où je donnais des petits Bouddha pour encourager les jeunes. Il y a des collègues qui me disaient : “Ce n’est pas ta job de faire ça, ta job, c’est d’enseigner le français.” Mais pour moi, c’était justement ça, ma job, de bâtir des humains, des estimes de soi.»

Actualités

Natation, OD, véganisme: le parcours atypique de PH Caron-Cantin

Qui est Pascal-Hugo Caron-Cantin? Un ancien nageur du Rouge et Or? Un ancien candidat d’Occupation double? Un auteur de livres pour enfants? Un animateur de baladodiffusion? Un auteur d’un livre de recettes véganes? Il est tout ça, mais surtout «quelqu’un qui veut participer à une discussion» sur l’avenir de notre société.

Pascal-Hugo, dit PH, espère qu’elle se consacrera à l’utilisation des ressources dans le but de respecter davantage l’environnement et les animaux.

«Ce qui m’a le plus convaincu de devenir végane c’est l’impact environnemental que peut avoir l’élevage et c’est terrible… C’est pire que le transport», lance l’homme de 29 ans rencontré dans un café du quartier Saint-Roch, un dimanche matin. Le gaillard raconte qu’il a été initié au véganisme lors de son passage à Occupation Double par Jessie Nadeau, devenue sa copine. 

«Nous étions à Bali et on a mangé un burrito végane et c’était délicieux. Elle m’avait expliqué tout l’impact environnemental de la production de viande, raconte PH. Elle m’a dit : “est-ce que ton plaisir gustatif qui dure 15 minutes est plus important que l’impact à long terme que cela peut avoir sur l’environnement et les animaux et ta santé?” Ça m’a fait réfléchir. Mais j’ai attendu de revenir au Québec pour faire mes propres recherches.»

Depuis, les deux ont lancé le livre de recettes Végane mais pas plate. 

«L’objectif du livre de recettes, mais aussi du concept végane mais pas plate, c’est de montrer au monde quels sont les enjeux et d’offrir des recettes faciles, bonnes et pas trop éloignées de ce qu’ils ont connu».

Conscient de toute la polarisation entourant le véganisme, PH ne souhaite pas faire la morale à ceux qui mangent de la viande, car il comprend pourquoi certains sont réfractaires à changer leurs habitudes.

«[L’alimentation] touche profondément les valeurs des gens. Si tu te fais dire du jour au lendemain que le ragout de boulettes de ta grand-mère que tu as mangé toute ta vie et qui est rattaché à des souvenirs, c’est du meurtre, tu ne vas pas le prendre!» dit-il en expliquant toute la place qu’a pris l’alimentation dans les traditions au Québec. 

Le cas Joe Beef et la désobéissance civile 

Les véganes ont fait les manchettes ces derniers mois, notamment en raison d’une manifestation chez Joe Beef, un restaurant de Montréal. Des activistes ont débarqué à l’heure du souper dans l’établissement pour sensibiliser la clientèle.

L’intervention d’une dizaine de minutes a fait énormément réagir dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Même s’il n’aurait pas participé à ce genre d’intervention, PH estime que ce geste de «désobéissance civile» a peut-être ouvert la voie à un changement dans les mentalités.

À la suite de la manifestation, certains médias ont invité le chef cuisinier végane Jean-Philippe Cyr sur leur plateau. Une tribune idéale pour que ce dernier fasse la promotion des avantages du véganisme. «Mais ça, il ne l’aurait pas eu si les activistes n’avaient rien fait chez Joe Beef […] S’il n’y a pas d’activisme, la roue ne peut pas commencer à tourner. »

Désormais, il croit que la nourriture végane s’implantera de plus en plus dans le marché de l’alimentation. «La Cage aux sports vient de sortir des ailes de chou-fleur, c’est le repère des viandeux. Pourquoi? Parce qu’il y a une demande et on n’a jamais autant parlé de véganisme que dans les derniers mois.»

Télé

Notre bulletin télé de mi-saison

Mis à part pour mon coup de cœur Léo et la confirmation de qualité des Pays d’en haut, les variétés et les séries documentaires supplantent la fiction cet hiver. En direct de l’univers et Les enfants de la télé ne s’essoufflent pas, ce qui est un exploit. Le crime, lui, ne paie peut-être pas, mais il captive et passionne, dans la fiction comme dans la réalité.

LÉO, 9,5/10, TVA

Fabien Cloutier frappe fort avec cette comédie, dont on savoure chaque réplique. Le monde rural vu par sa lorgnette est cru, oui, mais surtout attachant et vrai. Le dramaturge ne rit pas d’eux, mais avec eux, sans dissimuler leurs travers, oh non. Aucun personnage n’est inutile, surtout pas les collègues de Léo chez Dubeau Gâteaux. La deuxième saison, qui commençait cette semaine à TVA, est encore meilleure que la première. Le diffuseur n’avait pas eu une aussi bonne comédie depuis Les beaux malaises.

Chronique

Comment Bonhomme s’est relevé

CHRONIQUE / Dans le grand igloo gonflable dressé au bord de l’eau, Bonhomme exécute ses pas de danse sur l’air qui nous est familier.

C’est le 30 janvier, mais dehors il fait + 4 °C sous le soleil et il n’y a pas de neige sur le gazon de la Eastern Promenade de Portland, au Maine, en cette veille du premier Carnaval Maine. 

Le reportage de la NBC-Boston monte un bulldozer qui étend la neige arrivée par camion dans la pente prévue pour les glissades.

Tout un contraste avec le Carnaval de Québec dont le lancement quelques jours plus tard s’est fait en pleine tempête, forçant à déneiger les sites dans la nuit du lendemain.

Cette neige fait partie de la magie et de l’expérience de Québec. 

Portland n’en fait pas de secret. Elle s’est inspirée de notre carnaval pour relancer sa fête d’hiver après 100 ans d’absence. Les communiqués de presse et reportages font tous mention de Québec.

Portland a beau être une ville d’hiver, elle ne contrôle pas plus que nous la météo.

Qu’à cela ne tienne, Bonhomme prend la parole après son tour de danse : «Fellow winter lovers», lance-t-il de sa voix caverneuse. Il a été invité avec la directrice Mélanie Raymond à donner le coup d’envoi aux festivités.

L’événement est modeste. Deux petits jours seulement. Rien de la tradition et de l’ampleur de notre carnaval. Mais pour Québec, c’est une occasion de visibilité et d’attirer des touristes à cinq heures de route. 

C’est le genre d’échanges et de partenariats que le Carnaval souhaite développer. 

Bonhomme avait toujours voyagé, mais «il y a eu un creux. On veut repartir ça», explique Serge Ferland, membre du conseil d’administration. 

C’est un des mandats que s’est donné la nouvelle direction du Carnaval de Québec qui a pris les commandes en 2015 après une année catastrophique. Cette année-là, le Carnaval a déclaré un déficit d’opération de 620 000 $ sur un budget d’environ 9 millions $. Pire peut-être, les citoyens de Québec avaient déserté la fête. Assistance en baisse du tiers par rapport à l’édition précédente. Un deuxième déficit de cette ampleur en trois ans.

«Le cash flow à zéro… Pas de possibilité d’opérer», se souvient le pdg P.-Michel Bouchard, qui est alors entré en scène. 

Il fallait attendre les subventions pour faire rentrer les employés et les payer ensuite à temps et demi pour rattraper le retard.

Le Carnaval arrivait au bout du rouleau. 

Essoufflé, il avait besoin d’un nouveau coup de barre, comme cela avait été nécessaire à d’autres époques. 

Les événements «populaires» sont par nature tributaires des modes, des nouveaux courants, finissent par s’user ou voir vieillir leur clientèle. Cela force périodiquement à se remettre en question et se réinventer. 

C’est ce que le Carnaval de Québec s’est attelé à faire. 

Cinq ans plus tard, on en mesure les résultats. 

«Le Carnaval est dans une grande forme. Est en santé financièrement et au niveau de la programmation», se réjouit Mme Raymond. 

Le public et le plaisir sont de retour; le premier défilé de la fin de semaine a obtenu partout des éloges, après des débuts (très) difficiles l’an dernier; les commanditaires qui s’étaient éloignés reviennent cogner à la porte, observe M. Bouchard. «Quand le produit est plus beau, le commanditaire est intéressé à s’afficher». 

Pour couronner cette remontée, le Carnaval est ces jours-ci parmi les meneurs d’un vote populaire sur le site du USA Today pour déterminer le meilleur festival en Amérique du Nord. Le public vote sur le site du journal. 

Qu’a donc fait le Carnaval pour ainsi renverser la vapeur depuis 2015? Il a fait ceci :

1- On a réduit ses dépenses administratives et amélioré «l’efficacité des ressources humaines»; a réduit de 50 à 38 du nombre de permanents; on a fidélisé ses employés en leur offrant du travail à l’année dans les ateliers du Carnaval grâce à des contrats externes, etc.

2- On a augmenté les dépenses de programmation tout en conservant le même budget total (autour de 9 millions $). Le budget des défilés et activités est ainsi passé de 2,2 millions $ en 2016 à 3,5 millions $ en 2020. Une hausse de 60 %. On a ainsi consacré 800 000 $ en 2019 pour la nouvelle mouture des défilés de nuit. C’est 600 000 $ cette année, certaines dépenses de fabrication n’ayant besoin d’être renouvelées. 

3- On a stabilisé la part des subventions gouvernementales entre 30 % et 33 % du budget total annuel. L’année 2019 a fait exception avec une proportion de 38 % en subventions (dont une partie venant de programmes normés), ce qui a permis la relance des défilés et l’ouverture de nouveaux sites. 

4- Le Carnaval est «sorti» des Plaines. «C’était significatif. Les Québécois nous ont vus revenir en ville», note M. Bouchard. Les commerçants et partenaires aussi, ajoute Mme Raymond. 

5- On a relancé les «événements partenaires» hors des sites officiels notamment dans des artères commerciales. 

Lévis, l’avenue Maguire, la 3e Avenue, le Petit-Champlain, Maizerets, les bars, etc. C’est parfois «plus simple que d’aller au centre-ville» et «on crée des fiertés de quartier», note Mme Raymond.

6- Pour diversifier (et accroître) ses revenus, on s’est mis à offrir son expertise pour gérer d’autres événements (ex : les Fêtes de la Nouvelle-France) ou pour fabriquer des décors : musées, Méga Parc des Galeries de la Capitale, Festival de la magie, ComediHa!, etc. 

7- On a fait le «ménage» dans les traditions pour ne conserver que celles offraient un bon rapport succès/effort, si on peut dire. 

Les duchesses ont ainsi été remerciées. La vente de la bougie, qui coûtait aussi cher à organiser que les revenus qu’on en tirait, a été abandonnée pour ne conserver que la vente de l’effigie, ce qui évitait de doubler les efforts de vente et de promotion. 

8- On a décidé de ramener les jeunes par une programmation, des sites et des communications adaptées à la nouvelle génération. 

9- On s’est mis à l’abri des coups durs et aléas météo en se ménageant une «réserve» de 1 million $ dans son budget. Ça donne aussi le «cash flow pour opérer comme du monde», note M. Bouchard. Ce n’est «pas un million qu’on contemple dans notre compte de banque; c’est une liberté opérationnelle», précise Mme Raymond.

10- Un OBNL n’est pas là pour faire des surplus, mais s’il y en a, on s’est engagé à les réinvestir dans la programmation. 

Les quatre dernières éditions ont fait des surplus équivalents à environ 250 000 $, soit 2,5 % du budget. C’est bien, mais relativement peu. «Il suffit d’une tempête de neige pour faire fondre le surplus», prévient M. Ferland.

Innover comporte aussi des risques. On l’a vu l’an dernier. 

«Ça peut arriver qu’on se retrompe encore», prévient M. Bouchard. «On n’est pas à l’abri», insiste Mme Raymond. L’important est de se relever. 

Actualités

Des parents ripostent aux écrans

Sébastien Gaudreault a perdu patience. Une autre chicane venait d’éclater entre les garçons à propos de la sélection des vidéos sur YouTube : «C’était à mon tour de choisir!»; «non, c’est à moi!»; «ah, c’est toujours toi qui commences!»

Mais cette fois, le père de Raphaël, 9 ans, de Zachari, 7 ans, et le beau-père de Gael, 8 ans, a atteint la limite de sa tolérance. Et il a décidé d’instaurer une nouvelle règle. «Les écrans, c’est fini la semaine! a-t-il annoncé aux garçons. Pis si ça marche pas, je les crisse aux vidanges!»

Le sevrage a été décrété à la fin août, après deux semaines de vacances en famille, au Saguenay et en Gaspésie. Au parc national Forillon, en particulier, Sébastien avait été frappé par le calme des enfants. Ils jouaient, couraient, lisaient des bandes dessinées et se laissaient fasciner par la nature. 

Mais en rentrant à la maison, dans le quartier Limoilou, à Québec, les garçons ont repris leur obsession pour Netflix, YouTube et les jeux vidéo sur le cellulaire. «Ils ont sauté sur les écrans et ils ont recommencé à se picosser!» dit Sébastien. 

Le manège allait recommencer. Les enfants qui réclament sans cesse du temps d’écran. Papa qui cède et en profite pour s’offrir un moment de paix, mais se sent coupable d’avoir des zombies dans le salon. «Ça ne ressemble pas à la vie que je veux avoir avec les enfants», s’est dit Sébastien. 

Et c’est là qu’il a décidé de bannir les écrans du lundi matin au vendredi en fin d’après-midi — et de réduire de 75 % le temps d’écran la fin de semaine.

Cette semaine, Sébastien Gaudreault a suivi avec intérêt le forum sur l’utilisation des écrans et la santé des jeunes, organisé par le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant. Et il est curieux de voir ce qui en ressortira. Mais comme de nombreux parents québécois, il a déjà entamé sa révolte contre les écrans. 

Il est loin d’être le seul. À Québec, la famille Bureau a adopté la politique du «zéro-écran» pour ses filles de 4 et 7 ans, sauf pour un spécial Passe-Partout aux deux semaines. À Shawinigan, les garçons de 9 mois et 3 ans de la famille L’Heureux n’ont accès aux écrans que pour les appels FaceTime. À Longueuil, la famille Caron a largué la télé et permet à ses enfants de 9 et 6 ans de regarder le iPad juste le samedi et le dimanche matin. «Sinon aucun écran pendant la semaine, même pour les parents!» précise la maman, Émélie Corriveau. 

Chacun à leur façon, ces parents refusent que les écrans accaparent la vie de leurs enfants. Et leur crainte se comprend en cette ère de boulimie numérique. 

Au Canada, moins de 15 % des enfants d’âge préscolaire respectent les lignes directrices nationales de temps d’écran, soit de 60 minutes maximum par jour pour les enfants de moins de six ans et aucun temps d’écran pour ceux qui ont moins de deux ans. Les adolescents (13 à 18 ans), eux, passent en moyenne 9h par jour devant un écran. 

Le sketch du dernier Bye-Bye sur les ados qui ne vivent que pour jouer à Fortnite dans le sous-sol devient une réalité pour un nombre croissant de jeunes Québécois. Le nombre d’accros aux écrans identifiés dans les centres de réadaptation en dépendance du Québec a été presque six fois plus élevé en 2019 qu’en 2013. 

Régime sec?

Mais le risque de dépendance aux écrans justifie-t-il un régime sec? Thierry Karsenti est professeur à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le numérique en éducation. Pour un mémoire qu’il a déposé au forum du ministre Carmant, il a recensé avec ses collaborateurs plus de 13 000 études portant sur les impacts des écrans sur la santé des jeunes.

De cette abondante littérature scientifique, les chercheurs ont retenu quatre principaux impacts négatifs des écrans : la prise de poids, la faible envie de faire de l’activité physique, les troubles psychologiques comme la dépression et le manque de sommeil. 

Le problème, souligne M. Karsenti, c’est que l’écrasante majorité des études portent sur des corrélations. Or, les corrélations identifient des liens entre des variables — le temps d’écran et l’obésité, par exemple —, mais elles n’établissent pas de lien de cause à effet.

«Est-ce que le fait d’offrir un téléphone cellulaire à un adolescent le rendra automatiquement obèse? Est-ce que regarder Netflix enlève réellement le goût de faire de l’activité physique? Est-ce qu’aller sur les réseaux sociaux rend automatiquement plus dépressif?» écrit Thierry Karsenti dans son mémoire. 

Joint au téléphone, M. Karsenti croit que le forum pourrait avoir l’effet pervers de «diaboliser» les écrans, alors que la science est loin d’établir qu’ils bousillent le bien-être des jeunes. Un éditorial l’an dernier dans la prestigieuse revue scientifique Nature lui donne raison, citant une vaste étude qui montre que le temps d’écran a un effet si minime (0,4 %) sur le bien-être des jeunes qu’il n’a presque aucune valeur. 

«En fait, manger régulièrement des pommes de terre était presque aussi négativement associé au bien-être que l’utilisation de la technologie», relevait la revue scientifique avec une pointe de sarcasme.

Alors, difficile de trancher. Est-ce que la famille Garant-Métivier à Lévis est trop ou assez tolérante avec un maximum de 2h par jour d’écran pour ses deux ados (et une interdiction pendant les repas et une heure avant le dodo)? 

Est-ce que la famille Marcil-Tremblay à Québec est suffisamment stricte avec une demi-heure de télé par jour entre 17h et 17h30? Et a-t-elle raison d’être «plus lousse les matins de fin de semaine, pour la télé et autres écrans, mais toujours avec contrôle parental étroit» ?

Actualités

Il y a 100 ans, Aurore l’enfant martyre

Le 12 février, il y aura 100 ans que la petite Aurore Gagnon, de Sainte-Philomène de Fortierville, est morte à la suite des mauvais traitements infligés par sa belle-mère, Marie-Anne Houde. Le jour de cette triste commémoration, la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse tiendra encore des audiences pour comprendre pourquoi une fillette de Granby a connu un sort analogue en 2019. Près d’un siècle sépare Aurore et «Tililly» mais leurs histoires comportent des éléments communs malgré l’évolution des lois et des méthodes éducatives.

Lorsqu’il a lancé en mai la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, le premier ministre François Legault a souhaité qu’il y ait un «avant et un après-Granby».

En 2119, parlera-t-on encore de Tililly comme on le fait aujourd’hui d’Aurore, 100 ans après son décès? 

Les deux fillettes étaient sensiblement du même âge. La première était âgée de 10 ans. La seconde, de 7. 

Aurore a été battue violemment. À coup de manche de hache ou de fourche. Elle a été brûlée un peu partout sur le corps avec un tisonnier rougi. Elle a été privée de nourriture, de vêtements adéquats, de lit et de draps, en plus de devoir avaler de la «lessi», un produit de nettoyage contenant de la soude caustique ou de la potasse. 

Deux vies écourtées à la suite de maltraitance physique et psychologique au sein de leur milieu familial. Deux décès tragiques et inconcevables qui ont choqué et bouleversé le Québec à un siècle d’intervalle.

Existe-t-il d’autres points communs aux deux enfants?

Jean Labbé, un pédiatre retraité du Centre hospitalier de l’Université Laval, cofondateur en 1976 de la première clinique de protection des enfants à Québec, et auteur de «La maltraitance des enfants en Occident. Une histoire d’hier à aujourd’hui», s’est bien sûr intéressé de près à l’histoire d’Aurore, l’enfant martyre, qui a marqué plusieurs générations de Québécois.

Le nom d’Aurore Gagnon figure dans le répertoire du patrimoine culturel du Québec. 

Le professeur émérite de la Faculté de médecine de l’Université Laval a fouillé dans les Archives nationales du Québec et scruté toute la littérature qu’il a pu trouver à son sujet. Lors du 75e anniversaire de la mort d’Aurore, il avait d’ailleurs publié un texte sur son histoire dans la revue Le Clinicien.

M. Labbé se montre d’abord réticent à établir des points communs entre les fillettes de Fortierville et de Granby parce qu’on ne connaît pas encore l’histoire complète et véritable de la petite victime de l’Estrie. «Des enquêtes sont toujours en cours et aucun procès n’a encore eu lieu».

M. Labbé se prête donc prudemment à l’exercice à partir des éléments exposés jusqu’à maintenant dans les médias. Le pédiatre passionné d’histoire nous fait part également des changements législatifs et de l’évolution des pratiques éducatives depuis 1920.

Plusieurs pensent connaître l’histoire de la petite Aurore. Le médecin constate toutefois que celle-ci s’est éloignée des faits avec le temps. Étant donné qu’elle a inspiré une pièce de théâtre (dès 1921), des romans, des livres et des films (en noir et blanc et en couleurs), des mythes entourent l’histoire d’Aurore Gagnon, rapporte M. Labbé.

À partir de ses lectures et recherches, il en fait d’ailleurs une recension qu’il nous transmet par courriel. Dans le lot des «inventions» : que Marie-Anne Houde a contribué au décès de la mère d’Aurore, ainsi qu’à celui de son premier mari et qu’elle était folle. Certes, l’avocat de Marie-Anne Houde a plaidé l’aliénation mentale mais sans succès. Elle a été déclarée coupable de meurtre. Selon certains, le père d’Aurore, Télesphore, était un bon père trompé par sa deuxième femme. En vérité, il battait lui aussi sauvagement son enfant. Il a été reconnu coupable d’homicide involontaire et condamné à la prison à vie. 

Quant à Aurore, il est faux de raconter qu’elle avait rapporté à une voisine, au curé et aux policiers les sévices qu’elle subissait à la maison.

Éric Veillette, auteur de L’affaire Aurore Gagnon, publié en 2015, constate lui aussi que l’histoire de l’enfant martyre s’écarte parfois de la réalité. Des gens portent foi davantage à un film et à un roman qu’à son livre qui retrace le procès de Marie-Anne Houde, à partir du dossier judiciaire conservé aux Archives nationales du Canada, à Ottawa. «On me dit que je me trompe». Dans les salons du livre, des lecteurs lui ont même reproché que son bouquin ne colle pas à ce qu’ils ont vu au cinéma.

M. Veillette reconnaît cependant que les images marquent. Il confie qu’en prenant connaissance des transcriptions sténographiques du procès de la marâtre, des séquences d’un film en noir et blanc sur Aurore défilaient dans sa tête.

Musique

Rage Against the Machine au FEQ

Le Festival d’été de Québec a dévoilé une exclusivité québécoise pour sa prochaine édition : Rage Against the Machine. Le groupe-pionnier de fusion rap métal sera sur les Plaines d’Abraham le 18 juillet.

Le quatuor militant s’est reformé l’automne dernier après presque 20 ans de séparation, marquée par la collaboration des musiciens avec le regretté Chris Cornell (Audioslave), puis avec Chuck D de Public Enemy et B Real de Cypress Hill (Prophets of Rage). Cette fois, c’est bel et bien la formation originale qui revisitera ses albums mythiques : le premier éponyme, Evil Empire et The Battle of Los Angeles.

Nous, les humains

Ce qui capte votre attention

CHRONIQUE / Les patrons de RDS ont dû déboucher le mousseux en voyant les chiffres. Dimanche soir, plus de 1 643 000 téléspectateurs ont syntonisé la chaîne sportive pour regarder le Super Bowl, un record.

C’était un mouvement de masse épatant dans le monde télévisuel québécois. Par rapport à l’an dernier, c’est 661 000 Québécois de plus qui ont visionné la finale de la NFL. 

Évidemment, ces nouveaux téléspectateurs ne se sont pas découvert une passion soudaine pour le football américain. Non, ils voulaient voir notre héros local, Laurent Duvernay-Tardif, soulever le trophée Vince-Lombardi avec les Chiefs de Kansas City. Et ils ont été comblés. 

Dans les médias, on a parlé de l’effet «Laurent Duvernay-Tardif» sur les cotes d’écoute de RDS. Mais à titre de chroniqueur sur le comportement humain, permettez-moi aussi de souligner qu’il s’agit là d’une démonstration éclatante de la force de l’«égoïsme implicite», cette tendance qu’on a à préférer ce qu’on associe à nous-mêmes. 

Soyez honnêtes, qu’est-ce que vous regardez en premier quand quelqu’un fait circuler une photo de groupe dans une fête? Si vous êtes comme la plupart des gens, votre regard se porte automatiquement sur vous et votre mèche de travers. 

C’est un cliché, mais c’est souvent vrai pareil : ce qui intéresse les gens le plus, c’est eux-mêmes. Et par là, je ne veux pas juste dire votre «moi-moi», mais aussi votre «moi collectif», celui qui vibre quand un Québécois gagne un Super Bowl pour la première fois de l’histoire.

Bien sûr, on peut se désoler de ce nombrilisme et se dire qu’on devrait être capables de s’intéresser à autre chose que soi. Je suis bien d’accord. Mais l’égoïsme implicite est la plupart du temps inconscient. Il émoustille notre attention sans trop qu’on le sache. 

Dans son livre Pré-Suasion : Le pouvoir de l’influence commence avant qu’on ait prononcé le premier mot (2016), le psychologue social Robert Cialdini en recense plusieurs exemples fascinants. 

Des chercheurs ont par exemple montré que des personnes qui apprennent qu’elles ont le même prénom, sont nées le même jour ou sont venues au monde au même endroit ont tendance à s’apprécier davantage, ce qui les incite ensuite à s’entraider et à coopérer plus souvent. Même chose pour les clients potentiels à un programme de remise en forme physique : s’ils apprennent que leur moniteur est né le même jour qu’eux, ils sont plus enclins à s’inscrire.

De manière plus inquiétante, des chercheurs ont montré que les jeunes femmes sont deux fois plus susceptibles de devenir «amies» sur Facebook avec un homme qui les contacte s’il affirme être né le même jour qu’elles. Une étude a montré que, dans les pays en voie de développement, les entreprises ont plus de chances d’obtenir un prêt sur un site de microfinancement si les entrepreneurs ont les mêmes initiales que les employés qui accordent la somme... 

Les as du marketing n’hésitent pas à titiller notre nombrilisme. Dès 2011 en Australie, et par la suite un peu partout dans le monde, y compris au Canada, Coca-Cola a lancé sa campagne publicitaire «Partagez un Coke». Sur ses bouteilles, la compagnie a échangé son logo emblématique pour les prénoms plus populaires du pays concerné. Au Québec, le logo était par exemple substitué par Alexandre, Brigitte, Christian ou Josée.

La campagne a connu un succès monstre. Après 11 ans de pertes, Coca-Cola a réussi en 2014 à redresser ses ventes sur son principal marché, les États-Unis. 

Ce que ça signifie pour vous? Au moins deux choses. 

Comme consommateur, on peut se méfier de notre sensibilité à la personnalisation. Je ne voudrais pas boire plus d’eau gazéifiée sucrée au glucose-fructose parce que le logo de Coke a été remplacé par mon nom sur la bouteille, mais je sais que je pourrais être plus tenté. 

À l’inverse, on a tous avantage à exploiter l’égoïsme implicite quand on cherche à faire plaisir à quelqu’un. Il n’y a rien de plus ennuyant qu’un cadeau dépersonnalisé — un balai à neige, mettons. Oui, c’est pratique. Mais maudit que c’est plate à recevoir... 

Actualités

Armée du Salut au Canada: des placements de plus de 1 milliard $

L’Armée du Salut a évoqué la semaine dernière des difficultés financières pour justifier sa décision de fermer ses deux centres d’hébergement du Vieux-Québec. Une explication que met en doute l’ancien directeur d’école Roger Lessard, qui s’est intéressé aux revenus de l’organisation au Canada. L’an dernier, constate-t-il, le Conseil de direction de l’Armée du Salut du Canada a déclaré des placements à long terme d’une valeur de plus de 1,1 milliard $ et des revenus d’intérêts et de placements s’élevant à plus de 78 millions $. À l’Armée du Salut, on assure que l’Hôtellerie pour hommes et la Maison Charlotte n’étaient «plus viables».

Après avoir lu le reportage du Soleil annonçant la fermeture le 31 juillet de l’Hôtellerie pour hommes et de la Maison Charlotte de l’Armée du Salut, celui qu’on connaît surtout comme un défenseur des victimes de prêtres a écrit aux médias pour leur partager le fruit de ses observations. 

Roger Lessard ne comprend pas comment l’Armée du Salut peut évoquer des difficultés financières pour justifier sa décision de mettre un terme à sa mission d’hébergement dans le Vieux-Québec alors que l’organisme de bienfaisance a déclaré en mars 2019 des placements à long terme de 1 127 163 905 $ et des revenus d’intérêts et de placements de 78 392 521 $, des montants qui apparaissent effectivement aux lignes 4140 et 4580 de la Déclaration de la situation financière de l’organisation, a constaté Le Soleil. 

Selon M. Lessard, en 2009, les placements à long terme de l’Armée du Salut au Canada s’élevaient à environ 4,9 millions $, un montant que nous n’avons pas pu vérifier sur le site de l’Agence du revenu du Canada, les renseignements financiers pour cette année n’y étant plus disponibles. 

En 10 ans, les placements de l’organisme de charité auraient donc plus que doublé, calcule le Thetfordois. «D’année en année, l’Armée du Salut accumule des placements et des revenus de placements et d’intérêts» à partir des dons qu’il reçoit de la population, observe Roger Lessard, selon qui ces sommes «ne sont pas retournées dans la communauté». 

«L’accumulation de sommes faramineuses fait-elle partie de la mission et des valeurs de l’organisme» à but non lucratif? demande M. Lessard, qui croit que l’Armée du Salut du Canada a tout à fait les moyens d’assumer les coûts annuels de 650 000 $ associés aux services d’hébergement de l’organisation dans le Vieux-Québec. 

Au 31 mars 2019, les actifs de l’organisme s’élevaient à 1 258 358 859 $, ses passifs, à 704 024 426 $, ses revenus, à 233 744 991 $, et ses dépenses, à 199 062 955 $.

Installations «non viables»

Nous avons fait part des observations et des interrogations de Roger Lessard au service des communications de l’Armée du Salut, qui nous dit que la «difficile» décision de fermer l’Hôtellerie pour hommes et la Maison Charlotte à Québec, de même que la résidence pour personnes âgées Montclair à Montréal, a été prise «à la lumière d’une évaluation approfondie de nos opérations et selon les recommandations qui nous ont été fournies par un cabinet comptable professionnel». 

«Nous évaluons régulièrement nos opérations à travers le pays et concentrons nos ressources sur les programmes et services qui assurent le plus de valeur aux communautés que nous desservons», indique-t-on. 

«Malheureusement, les deux installations de Québec ne sont plus viables», et la Résidence Montclair de Montréal n’était pas utilisée à pleine capacité, explique l’organisation.

L’Armée du Salut assure que cette décision n’a pas été prise «à la légère», et que ces fermetures «nous permettront de mieux servir la communauté québécoise grâce à nos autres programmes qui fournissent des services alimentaires, des vêtements et des meubles d’occasion, des services d’urgence et d’aide aux sinistrés, ainsi que des services sociaux aux personnes et aux familles dans le besoin». 

«Nous nous engageons à travailler avec des partenaires locaux pour nous assurer que ceux qui en ont besoin continuent de recevoir l’aide au logement dont ils ont besoin», ajoute-t-on.

Gérer de façon «responsable»

L’organisation chrétienne souligne du reste que le Conseil de gestion territorial «veille à superviser la gestion de toutes les ressources financières et immobilières de l’Armée du Salut au Canada». 

«Le conseil d’administration gère les ressources financières de façon responsable et avec diligence afin de s’assurer que nous sommes en mesure de continuer à soutenir les personnes dans le besoin, et ce, partout au pays», indique l’Armée du Salut. Les états financiers de l’organisme, précise-t-on, sont «vérifiés par des professionnels et accessibles en ligne pour le public». 

La semaine dernière, l’Armée du Salut nous avait expliqué qu’elle n’était pas admissible aux subventions du Programme québécois de soutien aux organismes communautaires, sa structure ne répondant pas aux critères. 

«Ça fait plusieurs années qu’on veut avoir ces subventions, mais c’est refusé parce que le conseil [de direction] de l’Armée du Salut est à Toronto. Il y en a un par pays, et le nôtre est à Toronto», nous avait dit la porte-parole de l’organisation pour le Québec, Brigitte St-Germain.

Vérification faite

Vérification faite: des bouts de VIH dans le coronavirus?

L’AFFIRMATION: «J’ai vu sur Facebook un article scientifique qui concluait que le coronavirus chinois avait été produit en laboratoire. Ma première réaction en a été une d’incrédulité totale : une autre théorie du complot! Or, j’ai regardé l’étude et elle semble authentique. Qui plus est, elle dit vraiment que le virus en question possède des séquences provenant du VIH. La conclusion qui s’impose, même si elle n’est pas mentionnée dans l’article, est que ces séquences ont été ajoutées au virus pour qu’il puisse infecter l’humain. C’est difficile à croire, mais je suis troublée par l’apparence d’authenticité de tout cela. Que pensez-vous de cela?» demande Colette Tremblay, de Québec.

LES FAITS

Il y a effectivement une telle étude qui circule sur les réseaux sociaux depuis la semaine dernière. Elle est l’œuvre de chercheurs indiens par ailleurs sérieux qui travaillent pour deux universités prestigieuses de New Delhi. Alors il n’est pas étonnant que Mme Tremblay ait noté une «apparence d’authenticité» : c’est l’authentique travail de chercheurs véritables!

Il est aussi vrai que le texte parle de «séquences d’acides aminés» dans certaines protéines du coronavirus chinois (2019-nCoV) qui ressemblent en tous points à des bouts de protéines du virus de l’immunodéficience humaine (VIH, qui cause le sida). Le texte les désigne comme des «insertions», mais sans indiquer comment elles auraient été «insérées» — il arrive fréquemment que des virus intègrent des bouts du génome d’autres virus sans que l’humain intervienne de quelque manière que ce soit. Mais les auteurs soulignent tout de même plus d’une fois dans leur texte que ces «insertions» peuvent difficilement être le produit du hasard. Ils notent également que ces quatre séquences sont totalement absentes chez les autres coronavirus humains (bien lire «humains», c’est important pour la suite) comme le SRAS. 

À partir de là, il suffit d’un tout petit effort d’imagination pour conclure que le coronavirus chinois a été fabriqué en laboratoire et il y a des gens sur le Web qui, justement, sont capables d’une imagination absolument époustouflante quand il est question de complots. La thèse circule d’ailleurs allègrement sur les réseaux sociaux depuis quelques jours — et il faut avouer que cette étude lui donne vraiment une apparence de crédibilité scientifique. Mais il y a un «mais», ici… et à vrai dire, il y a plusieurs «mais», et de très gros.

D’abord, l’article est paru sur le site de prépublication BioRxiv, qui est un endroit où des chercheurs en sciences de la vie peuvent publier des résultats préliminaires afin d’en discuter entre experts, et ce sans passer par la révision des pairs pratiquée dans les revues savantes. Il n’y a donc pas de «chien de garde» qui supervise ce qui paraît sur BioRxiv, si bien qu’on peut y trouver un peu de tout — des résultats vraiment intéressants comme du gros «n’importe quoi».

Or, il semble justement que les auteurs de cette étude ont gravement erré dans leur interprétation. Dans la section commentaires qui accompagne tout ce qui se publie sur BioRxiv, on peut en effet lire plusieurs critiques majeures qui ont été formulées par d’autres chercheurs, notamment Jason Weir et Jing Hou, de l’Université de Toronto. Essentiellement, ces gens ont comparé les quatre «bouts de protéine» identifiés par l’équipe indienne à des banques de données de protéines virales et ont trouvé qu’elles sont présentes chez de nombreux autres virus — juste pas des coronavirus humains.

«Pour chacune des quatre supposées insertions, j’ai trouvé beaucoup d’espèces de virus, de bactéries et d’autres organismes qui ont exactement les mêmes, m’a écrit M. Weir lors d’un échange de courriels. Ce n’est pas étonnant puisque les séquences d’acides aminés dont il est question ici sont très courtes. Elles sont sans doute apparues plusieurs fois dans l’histoire de la vie. Deux d’entre elles concordent parfaitement avec certaines souches de VIH, mais je soupçonne que ce n’est rien d’autre que du hasard. Le génome des coronavirus mute très rapidement, alors ces courtes séquences sont sans doute apparues de manière aléatoire […] et il n’y a aucune raison de suspecter que ce coronavirus-là a incorporé des bouts de VIH. Les deux autres séquences ne concordaient pas parfaitement avec le VIH, mais je les ai trouvées dans bien d’autres organismes.»

En outre, ajoute M. Weir, une des séquences est présente à l’identique chez un coronavirus qui infecte les chauves-souris, et les trois autres se trouvent également chez ce même virus, bien qu’avec un certain degré de mutation. Comme les coronavirus sont connus pour faire des «aller-retour» entre la chauve-souris et l’espèce humaine, cela en fait une source beaucoup plus probable qu’une recombinaison avec le VIH.

Notons que d’autres ont fait le même exercice que lui, ailleurs sur le Web, et sont arrivés aux mêmes conclusions. Le chercheur en biochimie Dan Samorodnitsky, par exemple, a trouvé que ces séquences-là dans des génomes aussi divers que ceux d’un virus qui infecte des bactéries de type streptocoque, d’un virus du rat, d’un virus du papillome bovin (!) et d’un autre qui paralyse les abeilles. Même son de cloche chez le bioinformaticien Ari Allyn-Feuer, qui n’a lui non plus rien trouvé de suspect (ni même de particulier) dans les séquences identifiées par les chercheurs indiens.

Bref, tout indique que ces derniers ont commis l’erreur de ne chercher ces séquences que parmi les coronavirus humains, ce qui leur a donné la fausse impression que les «insertions» avaient quelque chose de spécial — c’est du moins ce que laissent entendre certains choix de mots dans leur article.

Si cette étude avait dû passer à travers le processus de révision qui mène à la publication dans une revue savante, il y a fort à parier qu’il aurait été rejeté, ou à tout le moins que des corrections majeures y auraient été apportées. D’ailleurs, constatant (et regrettant) que leur article soit utilisé pour alimenter des thèses complotistes, ces chercheurs ont décidé de le retirer de BioRxiv en fin de semaine dernière.

«Ceci est une étude préliminaire, ont-ils écrit. Compte tenu de la gravité de la situation actuelle, elle a été publiée sur BioRxiv aussi vite que possible afin d’avoir des discussions constructives sur l’évolution rapide des coronavirus de type SRAS. Il n’était pas dans nos intentions d’alimenter des théories conspirationnistes et aucune affirmation de la sorte n’est faite ici. […] Afin d’éviter de créer plus de confusion et d’autres interprétations erronées, nous avons décidé de retirer la version actuelle de la prépublication.»

LE VERDICT

Faux. L’étude est authentique, mais l’interprétation qui en est faite sur les réseaux sociaux dépasse largement celle des auteurs. Et encore, ceux-ci semblent eux-mêmes avoir erré en présentant comme «étranges» les similarités somme toute très banales qu’ils ont trouvées avec des protéines du VIH.

Brigitte Breton

Trop jeune pour voir mourir maman?

CHRONIQUE / L’âge ne devrait jamais être un critère pour empêcher un jeune qui le désire d’assister à la mort d’un parent qui a demandé l’aide médicale à mourir et qui souhaite sa présence à ses côtés. Josée Masson, fondatrice et directrice de Deuil-Jeunesse, en a la profonde conviction.

Selon la travailleuse sociale, la mise à l’écart d’un jeune d’un important moment de l’histoire de sa famille peut être plus marquante, plus traumatisante pour lui. «Ce qu’on ne sait pas, s’invente», prévient-elle en entrevue.

«Si on exclut l’enfant, si on ne lui explique pas ce qu’est l’aide médicale à mourir (AMM), il pourra imaginer qu’un médecin va tuer son papa, lui couper la tête, qu’il va vomir son cœur, qu’il y aura du sang partout. Comme dans un film».

Ce que peut imaginer un enfant peut engendrer plus de séquelles que d’être témoin d’une AMM dans le réel, entouré de gens aimés qui le prendront dans leurs bras, le berceront et essuieront ses larmes, soutient Mme Masson.

Elle promet de mener une bataille si des hôpitaux décident que les moins de 14 ans n’ont pas leur place au chevet d’un proche malade qui a décidé de recourir à l’aide médicale à mourir.

Elle est déjà aux aguets. Elle a écrit une lettre à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal pour l’inviter à reconsidérer sa décision d’exclure systématiquement la présence des jeunes de moins de 14 ans lors de l’administration d’une AMM.

Mme Masson veut éviter un retour aux années 60 où les enfants ne pouvaient visiter un proche hospitalisé aux soins intensifs. Elle comprend que certains professionnels peuvent craindre que des jeunes puissent déranger le déroulement des soins. Elle croit cependant possible de prévoir un plan B. «Ce n’est pas parce qu’on craint qu’on doit exclure».

Alain Naud, un médecin du Centre hospitalier universitaire de Québec qui dispense l’AMM, partage son point de vue et interpelle également par lettre les médecins de Sacré-Cœur.

«Votre choix d’exclure d’emblée tous ces jeunes ne repose sur aucune considération médicale, morale, éthique ou clinique. Aucune donnée probante ne supporte cette décision qui n’est certainement pas de nature à éviter les traumatismes et les deuils pathologiques chez les enfants. Bien au contraire», écrit-il.

«Évidemment, personne ne peut être forcé d’assister à une AMM. Mais personne ne devrait être exclu d’emblée, et certainement pas sur le seul critère de l’âge», ajoute le Dr Naud.

Josée Masson explique qu’une partie de son travail consiste à réparer des enfants — des petits et des grands — brisés par des «maladresses d’amour», commises par des adultes qui ont voulu les garder dans la ouate, les protéger en ne disant pas la vérité sur la gravité d’une maladie, en embellissant la mort d’un proche, en faussant l’histoire familiale.

«En mangeant avec nous, les enfants peuvent nous voir nous étouffer. Ils peuvent nous voir mourir dans un accident d’auto alors qu’ils seront sur le siège arrière, impuissants». Ce qui lui fait dire que si des parents veulent éviter à tout prix que leurs enfants soient témoins de leur mort, il faudra qu’ils les enferment dans une chambre.

Deuil-Jeunesse, établi à Québec, se décrit comme un organisme d’interventions professionnelles qui vient en aide aux jeunes et aux familles qui vivent la maladie grave, la disparition ou la mort d’un proche ou des pertes liées à la séparation parentale, l’abandon ou l’adoption. Il compte 27 intervenants à travers le Québec.

L’organisme mise sur la vérité. «On aime nos enfants et on ne les veut pas souffrants. Mais, la mort c’est la mort. Tant qu’on va agir comme si elle n’existait pas, on va avoir de la misère», note la directrice qui préconise de dire les «vraies choses» aux enfants.

L’aide médicale à mourir est une nouvelle réalité depuis quatre ans. Elle s’ajoute aux morts subites, aux homicides, aux accidents mortels et aux suicides auxquels sont confrontés de jeunes enfants et des adolescents.

Une mère, un grand-père, une marraine peuvent souhaiter que le petit Simon et l’ado Clara soient auprès d’eux pour les derniers moments de leur vie.

Pour Josée Masson, ce «deuil planifié» peut s’avérer d’une richesse extraordinaire pour l’enfant. Bien sûr c’est une épreuve et c’est douloureux pour lui. Il ne sera pas moins triste. Mais il pourra dire un vrai «bye» à l’être aimé et «emmagasiner des non-regrets».

Dans sa pratique, la travailleuse sociale en a entendu des enfants regretter et se culpabiliser d’avoir quitté le chevet d’un être cher aux soins palliatifs, pour aller se chercher un chocolat chaud. Pendant ce temps, leur maman ou leur papa est mort. Ils n’ont pu prononcer un dernier «je t’aime».

Selon l’experte, c’est à l’enfant de décider s’il accepte ou non l’invitation bien particulière formulée par le proche en fin de vie. Et aux adultes de bien expliquer les choses, de bien les accompagner.

Elle a déjà prévenu que «ce qu’on ne sait pas s’invente». Mais ce n’est pas tout.

Inutile rivalité

Plusieurs personnes dont un proche a reçu l’AMM témoignent d’un sentiment de plénitude. Mme Masson craint que des enfants se sentent privés d’un beau et intense moment familial s’ils sont tenus à l’écart, hors de l’hôpital ou dans le corridor. «C’était un beau moment, mais pas pour toi. On t’a fait garder».

Un coup dur pour l’estime de soi de certains. Un sentiment d’exclusion qui peut perdurer et alimenter la rivalité entre membres d’une même famille.

Imaginez. Deux ans séparent deux frères. Celui de 14 ans pourra se coller auprès de sa mère en fin de vie, mais pas celui de 12 ans. «Dans 40 ans, après trois verres de vin de trop, un dira à l’autre : tu as eu la chance d’être là, pas moi».

Par ailleurs, n’est-il pas cruel pour un enfant d’entendre un parent lui annoncer qu’il veut devancer sa mort en recourant à l’AMM?

La travailleuse sociale précise que la mort dans ce cas est déjà annoncée puisque la demande d’aide à mourir du parent est autorisée. «Faut que l’enfant sache qu’il n’y a pas de possibilité de guérison et que son parent mourra pareil. Il a décidé de mourir sereinement avec toute sa tête, son corps, en compagnie de lui et d’autres personnes». L’autre scénario possible : papa, maman ou la mamie adorée meurt lorsque l’enfant n’est pas là, lorsqu’il dort la nuit.

C’est toujours déchirant de parler de la mort, surtout avec des enfants. Mme Masson ajoute qu’il est aussi déchirant de voir dépérir et souffrir quelqu’un qu’on aime. C’est déchirant et épuisant.

Elle croit que le parent qui opte pour l’AMM peut expliquer les critères d’éligibilité à l’enfant. Elle suggère de montrer des photos des seringues, de préciser doucement chaque étape de l’intervention, de lui souligner qu’il n’y aura pas de grand cri, à peine un dernier souffle, que le tout se déroulera dans le calme.

Si l’enfant a été invité et choisi d’être présent, il peut vivre ce moment à sa façon, conseille-t-on chez Deuil-Jeunesse. Le jeune peut se tenir loin du lit. Il peut prendre la main de celui ou de celle qui vit ses derniers moments. Il peut tout regarder ou fermer les yeux. Il peut même sortir de la chambre s’il change d’avis au dernier moment.

À l’inverse, rapporte Mme Masson, un enfant dont la présence est souhaitée peut décider de rester à l’écart dans un corridor ou à la maison. Il faut prévoir un accompagnement et respecter son choix. Ce sera le sien et non celui d’un adulte qu’il devra porter toute sa vie.

Dans une même famille, un enfant pourra donc décider d’être présent et un autre non.

Parler de la mort à l’école

C’est après avoir reçu un appel d’une école désemparée que Mme Masson a réalisé que Deuil-Jeunesse devait ajuster ses interventions et ses conférences pour y inclure l’AMM.

Un élève avait éclaté en sanglots dans une classe parce qu’il savait que c’était l’heure prévue du décès de son grand-papa. Il n’avait pas été invité. Il était inconsolable et le personnel de l’école ignorait comment agir. Mme Masson rapporte aussi qu’un enfant qui a assisté à une AMM s’est fait dire de ne pas parler de son expérience à l’école, sous prétexte qu’il y avait déjà assez d’anxiété chez les jeunes. Ils sont tenaces les tabous entourant la mort.

Depuis que l’aide médicale à mourir est permise, la travailleuse sociale assure n’avoir rencontré aucun enfant qui a regretté d’avoir assisté au décès d’un proche de cette façon. «Les jeunes éprouvent bien sûr une grande tristesse, mais aussi une grande sérénité».

La vie continue.

La Capitale

Survivre sans sa voiture à Québec [VIDÉO]

En prenant sa voiture tous les jours, Thérèse Hamel fait partie des usagers de la route qui comptabilisent quelque 2 millions de déplacements quotidiens, à Québec. Pour évaluer sa capacité à adopter un mode de vie plus écologique, elle s’est mise au défi de renoncer à son auto pendant deux mois. Mission accomplie.

Mme Hamel fait partie des quatre ménages de la ville qui se sont soumis à l’expérience Ma vie sans mon auto, un docu-réalité réalisé à l’initiative des organismes Accès transports viables et Ça marche Doc!

«On sait que l’utilisation de l’auto solo ne comporte plus de bénéfices en termes de santé, d’environnement et d’économie. On voulait donc montrer aux ménages que c’est possible de le faire en les accompagnant dans cette expérience», mentionne Isabelle Vaillancourt, rédactrice en chef de la série Ma vie sans mon auto.

Alors que l’auto solo représente toujours la part la plus importante des déplacements dans la Capitale-Nationale (65 %), le projet incitait les participants à opter pour des alternatives comme le transport en commun, l’autopartage, la marche et le vélo.

Science

L'eau pétillante est-elle bonne pour la santé ?

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Pour plusieurs, le début d’une nouvelle année est le moment de prendre de nouvelles résolutions en matière de santé, qu’il s’agisse de manger plus de légumes, de consommer moins de sucre ou de boire plus d’eau.

Il est essentiel de s’hydrater pour s’assurer du bon fonctionnement du corps, telles que la régulation de la température, le transport des nutriments et l’élimination des déchets. L’eau agit même comme lubrifiant et amortisseur de chocs pour les articulations.

Mais même si la plupart des gens savent qu’ils devraient boire plus d’eau, cela peut être un peu ennuyeux. Alors, que dire de l’eau gazeuse comme option pour égayer un peu les choses ? Après tout, l’eau gazeuse est aussi bonne que l’eau normale, n’est-ce pas ?

Pas tout à fait.

Fluides gazeux

L’eau pétillante est obtenue en infusant de l’eau avec du dioxyde de carbone. Cela produit de l’acide carbonique avec un pH faiblement acide (soit entre trois et quatre). Cette sensation agréable dans la bouche que vous ressentez après avoir bu une boisson gazeuse est en fait l’activation chimique des récepteurs de la douleur sur votre langue. Elle réagit à cet acide, lui conférant un goût plus prononcé.

Et voici une partie du problème, car l’acide contenu dans les boissons peut nuire à nos dents.

La couche extérieure de nos dents, l’émail, est la substance la plus dure et la plus minéralisée de l’organisme. Il est composé d’un minéral appelé hydroxyapatite qui contient du calcium et du phosphate, tout comme la salive, principalement composée d’eau.

Il y a généralement un équilibre entre les minéraux des dents et ceux de la salive. La bouche et la salive ont normalement (un pH de six à sept), mais lorsque ce pH tombe en dessous de cinq et demi, les molécules de calcium et de phosphate s’échappent des dents et se mélangent à la salive. Cela peut se produire en raison de l’acide carbonique présent dans les boissons gazeuses.

Mauvais pour les dents ?

Cette déminéralisation crée de minuscules pores dans le minéral de la dent. L’émail commence à se dissoudre. Au début, les pores sont microscopiques et peuvent encore être bouchés en y remettant du calcium ou du phosphate, ou en remplaçant le calcium par du fluorure - c’est ainsi que le fluorure dans le dentifrice agit pour protéger les dents. Mais une fois que la quantité de minéraux perdus atteint un certain niveau, les pores ne peuvent plus être bouchés et le tissu dentaire est perdu pour de bon.

Si les dents sont fréquemment baignées dans l’acide des boissons gazeuses, plus de minéraux peuvent être dissous que réintégrés. Il y a donc plus de risque d’usure ou d’érosion des dents.

Ainsi, bien que l’eau gazeuse ordinaire soit meilleure pour les dents que les sodas aromatisés (diététiques ou ordinaires) qui ont un pH plus faible, l’eau plate est la meilleure - elle a un pH d’environ sept. Soit dit en passant, le club soda n’est pas seulement gazeux, mais il contient aussi des « minéraux » ajoutés pour la saveur. Ceux-ci peuvent inclure du sodium, donc si vous surveillez votre consommation de sel, vous devez également en tenir compte.

Eau pure

Il convient également de souligner que l’eau gazeuse n’est pas un coupe-faim. Malgré ce que vous pouvez lire en ligne, il n’y a pas de preuves scientifiques solides qui suggèrent que boire de l’eau gazeuse vous fera vous sentir plus rassasié ou réduira votre appétit. Oui, le fait de boire de l’eau gazeuse remplira votre estomac (ce qui vous fera probablement roter aussi !), mais elle ne restera pas dans votre estomac plus longtemps que l’eau plate.

François Bourque

Quand le tramway montre ses limites

CHRONIQUE / Trop cher. Trop lent. Peu fiable. Surchargé et incapable de répondre aux besoins des banlieues. Les critiques sur le tramway de Bordeaux s’additionnent.

La pression démographique est forte dans la ville jumelle de Québec. Les déplacements sont en hausse et la rocade (autoroute périphérique), prise d’assaut par le trafic des banlieues éloignées, est devenue une des plus embouteillées au pays. 

Le tramway, qui a été depuis près de 20 ans la fierté de la ville, n’apparaît plus comme la solution. 

Pour lutter contre la congestion, Bordeaux se tourne désormais vers les trains traditionnels et des lignes d’autobus à haut niveau de service en site propre. L’équivalent d’un SRB (service rapide par bus).

Bordeaux prévoit notamment remettre en état le réseau ferroviaire régional, dont plusieurs gares et tronçons étaient à l’abandon. On veut y offrir un service de trains de haute fréquence. 

On parle aussi de développer les transports fluviaux sur la Garonne qui serpente sur une quinzaine de kilomètres à travers la zone urbanisée. 

«L’âge d’or du tramway est passé», a écrit le journaliste Denis Lherm dans un texte paru à la mi-décembre en Une du quotidien Sud Ouest. 

Le journal La Croix fera les mêmes constats quelques jours plus tard : «Bordeaux vers la fin du tout tramway». 

Avec ses 77 km de lignes et 133 stations, le réseau de Bordeaux est le second en France après celui de Paris et un des plus développé en Europe. 

Pour l’anecdote, on aime se souvenir que sa toute première rame a été baptisée en octobre 2002 du nom de «Ville de Québec».

Bordeaux a inauguré le mois dernier sa quatrième ligne de tramway. Probablement la dernière, à en juger par les critiques que soulève chaque nouveau projet d’expansion. 

Des candidats aux prochaines élections municipales de ce printemps promettent même de stopper des prolongements de lignes prévus. «On en a trop fait», perçoivent-ils. 

Ce tramway, «on en voit les limites», explique le collègue Denis Lherm, qui couvre les enjeux de transports depuis nombre d’années. 

Le réseau en étoile avec toutes ses lignes qui convergent vers le centre-ville ne permet pas les déplacements entre les banlieues de deuxième couronne, explique-t-il. 

Pas étonnant que l’auto y reste si populaire et que la rocade de Bordeaux soit de plus en plus encombrée. La frustration des automobilistes aux heures de pointe est sans doute un des éléments pouvant expliquer la colère des gilets jaunes locaux. 

Bordeaux ne regrette pas son tramway. Il a permis de transformer la ville de façon magistrale et le succès d’achalandage est incontestable, bien au-delà de ce qui était prévu. 

Mais ce tramway ne peut visiblement pas répondre aux nouveaux besoins. Ni pour améliorer l’efficacité des déplacements ni pour atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre et de la «transition climatique». 

Lors d’une réflexion publique menée en 2018 sur le thème «Bordeaux 2050», des citoyens ont relancé l’idée d’un métro qu’avait déjà envisagée l’ancien maire Chaban-Delmas dans les années 1990.

Une étude sommaire de Bordeaux Métropole, l’instance politique régionale, a vite conclu qu’un métro était faisable, mais coûterait trop cher. La réponse a calmé le débat, mais n’a pas convaincu tout le monde.

Cela fait penser bien sûr à nos discussions de l’année dernière. Une étude de Systra avait aussi conclu qu’un métro serait trop cher pour les besoins de Québec. 

Vérification faite

Vérification faite: le streaming, aussi polluant que tous les avions du monde?

L'AFFIRMATION: «J’ai entendu aux nouvelles que les émissions de CO2 dues au stockage de données, mais surtout à cause du streaming, sont en passe de dépasser les émissions de CO2 de l’aviation civile au niveau planétaire, et ceci avant même la mise en ligne de la plateforme de Disney! Si ceci est vrai, c’est énorme et il est urgent de conscientiser le public canadien, car la consommation en mode streaming semble prendre de plus en plus de place dans la vie des gens», demande Jacqueline Witschi, de Baie-Saint-Paul.

Voilà qui tombe bien, parce que Marie-Pierre Lapointe, de Québec, a vu récemment sur le site de Radio-Canada une nouvelle parlant de «l’impact environnemental insoutenable de la vidéo et des données sur Internet» et elle se demande s’il vaut la peine d’acheter des compensations pour ces émissions.

Sports

Retour sur 2019: le quiz des sports du Soleil

On tourne la page sur une autre année sportive. Encore une fois, le monde du sport n’a pas pris de pause. Des exploits individuels à la tonne, de belles réussites d’équipe, de l’émotion, des déceptions. Et pour résumer tout cela, Carl Tardif vous propose à nouveau le quiz sportif annuel du Soleil. À vos marques, prêts, partez!

LES DISPARUS (5 points)

Une onde de choc a frappé la communauté sportive, en février, lors du décès d’Helder Duarte, entraîneur-chef de l’équipe féminine du Rouge et Or et pilier du soccer québécois. D’autres personnalités ayant marqué le monde du sport sont aussi disparues. Parmi celles-ci, on pense à Frank Robinson, Scott Sanderson, Bill Buckner, Tyler Skaggs (baseball), à André Boudrias, Red Kelly, Ted Lindsey, Harry Howell (hockey), à Jean Pagé, Guy Émond (médias), à Jacques Rougeau père et King Kong Bundy (lutte), à Bart Starr (football), à la tricheuse du marathon de Boston Rosie Ruiz et plusieurs autres. Associez chaque nom au sport qui l’a fait connaître. Un point par bonne réponse.

1) Ron Fairley

2) Niki Lauda

3) Pernell Whitaker

4) John Havlicek

5) Gene Okerlund

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A) Lutte

B) Boxe

C) Baseball

D) Formule 1

E) Basketball

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Monde

Les années 2010: la grande épidémie de la rage planétaire

Envie de tout casser? Vous n’êtes pas seul. Durant les années 2010, le monde entier est sorti de ses gonds. Portrait d’une épidémie de rage planétaire.

Les années 2010 se terminent avec la vogue du Yoga Rage. À chaque séance, les apprentis «yogis» hurlent leur colère et ils multiplient les doigts d’honneur, sur fond de musique heavy metal.1 Tant pis si le croisement entre le yoga et la rage semble aussi improbable qu’une vision de Donald Trump donnant le biberon à bébé Yoda.

Si le yoga rage ne fonctionne pas, il vous reste toujours la salle de défoulement, un autre loisir qui monte.2 Muni d’une barre à clous, d’une masse ou d’un bâton de baseball, le client est lâché lousse dans une salle où il peut tout casser. Plus il paye, plus on lui fournit d’objets à détruire.

À Los Angeles, l’entreprise Rage Ground offre le forfait overkill, le nec plus ultra du défoulement. Pour la modique somme de 300 $, la distinguée clientèle casse une centaine d’objets, notamment des télévisions, des bouteilles de vin et des imprimantes. Moyennant un léger supplément, elle peut aussi apporter ses propres bidules à démolir.

Faut-il réduire en miettes l’ordinateur qui boguait tout le temps ou la face du Bonhomme Carnaval en cure-dents assemblée par votre ex? Ça dépend de vous. Selon les propriétaires, il arrive que la clientèle pleure de joie au milieu du carnage…3

Actualités

Bienvenue chez vous, au Soleil!

Ensemble, nous écrivons aujourd’hui une page d’histoire du Soleil.

Tout près de 123 ans après sa naissance, alors que s’abattait sur son ancêtre L’Électeur une crise (tiens, tiens…), les artisans, les lecteurs et les partenaires du Soleil prennent un nouveau départ.

Peu y paraît encore (ça viendra assez vite). Mais quelque chose d’assez fondamental vient de changer dans le rapport qui nous lie à l’institution pour laquelle nous travaillons au quotidien. 

J’ose le formuler ainsi: dorénavant, je ne fais pas que travailler au Soleil. Dorénavant, j’en suis aussi le propriétaire. Au même titre que tous mes collègues journalistes, représentants publicitaires, photographes, vidéastes, graphistes, gestionnaires, adjointes administratives, réceptionnistes… 

Autant d’employés qui ont endossé — à l’unanimité! — le projet de reprise du Soleil par ses employés sur le modèle coopératif. Un projet audacieux, innovant, réaliste. Le plus prometteur pour sauver ce quotidien, en a décidé le tribunal.

Le Soleil devient donc une coopérative de solidarité. Il n’appartient plus à un unique propriétaire. Son sort est entre les mains de ses membres. Et d’une certaine façon, plus que jamais, de la communauté: notre coop accueillera à terme des membres de soutien provenant du milieu.

Ça change quoi d’être proprio? Pas mal tout.

En acceptant d’injecter chaque année nous-mêmes une part de nos salaires dans notre média, nous venons affirmer que nous croyons suffisamment à l’importance de notre mission pour la soutenir au même titre que nos partenaires financiers. 

Pas seulement pour sauver des emplois, nos emplois. Mais parce qu’on croit que la voix du Soleil doit continuer de se faire entendre dans un paysage médiatique qui rétrécit comme peau de chagrin, où la diversité est plus que jamais gage d’équilibre pour une société. 

Nous croyons profondément que l’information de qualité, juste, rigoureuse, pertinente et utile à nos vies est un bien commun qu’il nous faut protéger et perpétuer.

Nous croyons plus que jamais que Le Soleil, quelle que soit la plateforme sur laquelle il se décline, demeure un carrefour de prédilection pour permettre à nos partenaires de rejoindre la communauté.

Ce changement de propriété, c’est plus que l’installation d’un nouveau mode de gouvernance, où les employés auront davantage leur mot à dire.

Nous jetons aujourd’hui les bases de la construction d’un nouveau modèle nécessaire pour assurer un avenir au Soleil pour longtemps. Pour ne plus jamais revivre le 19 août 2019.

Ce jour-là, il y a exactement quatre mois, le sol a tremblé sous nos pieds. Pendant un moment, nous nous sommes demandés si nous allions publier de nouveau. Jamais la survie du Soleil, comme des cinq autres quotidiens de notre groupe, n’avait-elle été ainsi compromise. 

L’onde de choc s’est faite ressentir bien au-delà de Québec. Tout à coup, le concept de crise des médias a pris un visage concret, réel. Et j’oserais dire inquiétant.

La moitié des quotidiens québécois rayée de la carte d’un trait? Impensable. Insoutenable.

Nous avons encaissé, nous sommes restés debout. Il n’a jamais été question de baisser les bras, d’attendre un sauveur à la Jeff Bezos (le multimilliardaire qui a injecté des millions pour relancer le Washington Post). 

Le projet coopératif s’est imposé rapidement comme le modèle le plus porteur pour transformer notre organisation et l’équiper pour affronter les défis de demain. Ce projet a pris forme dans des délais insensés. Aujourd’hui, il devient néanmoins réalité. À Québec comme dans les cinq autres régions où la survie du quotidien local (Le Nouvelliste, Le Quotidien, Le Droit, La Voix de l’Est, La Tribune) a aussi été menacée. Des quotidiens avec qui nous allons continuer de «coopérer», pour faire circuler d’autres histoires dans le paysage médiatique, celles de toutes les régions.

Nous les humains

L’année de fou du Pharmachien

CHRONIQUE / En revenant à la maison un après-midi de février, Olivier Bernard et sa blonde, India Desjardins, n’ont pas aperçu leur chien. Ils ont tendu l’oreille. Gustav n’émettait pas un wouf.

Le couple, qui ne peut pas avoir d’enfant et est très attaché à son pitou, l’a cherché partout dans l’appartement. Il n’était nulle part. «On a capoté, on est sorti dehors en hurlant. On a alerté le quartier au complet. On était dans une sorte de folie totale», raconte Olivier.

Le Mag

Outremangeurs anonymes: combattre la «brosse alimentaire» des Fêtes

La bûche de Noël nous fait de l’œil. La tante insiste pour qu’on se serve une deuxième assiette. Le temps des Fêtes est riche en tentations. Or, si la majorité des gens mangent sans s’inquiéter, d’autres voient cette période comme une occasion de retomber dans l’enfer de la «brosse alimentaire». Car entre une «bonne fourchette» et un obsédé de la bouffe, il n’y a parfois qu’un pas. Confidences de trois outremangeuses qui se préparent à affronter un temps dur de l’année.

«Le temps des Fêtes, c’est dur. La bouffe est partout», s’afflige Lucie, qui est devenue membre d’Outremangeurs anonymes il y a huit ans. «Il faut être à l’affût et rester sur nos gardes tout le temps.»

Affaires

Gabriel Gilbert 1927-2019: un ancien propriétaire du Soleil s’éteint

Une figure marquante de l’histoire du journal Le Soleil s’est éteinte, jeudi. L’avocat et homme d’affaires Gabriel Gilbert, qui a dirigé l’entreprise avec son frère Guy de 1967 à 1974, est décédé à l’âge de 92 ans.

Le Soleil a été la propriété de la famille Gilbert durant un quart de siècle, d’abord sous la gouverne d’Oscar Gilbert à partir de 1948, puis sous celle de ses huit enfants. Ce sont plus précisément les frères Gabriel et Guy Gilbert qui ont assumé les postes respectifs de président et vice-président de 1967 jusqu’à la vente de l’entreprise à Jacques Francœur et Unimédia, en 1974. Ils ont entrepris une grande transformation de la publication, dans le sillon de leur père qui en avait fait un média indépendant en 1957.

«Mon père et mon oncle Guy en on fait un journal moderne, non seulement en achetant des nouvelles presses, mais aussi sur le plan des relations avec la rédaction. Le comité de rédaction avait une totale autonomie. Mon père a toujours défendu bec et ongles l’indépendance des journalistes et de la nécessité d’avoir des pare-feu entre la rédaction et les propriétaires, pour éviter l’influence et la collusion», a raconté au Soleil son fils, Bernard Gilbert, directeur général du Diamant. Au chapitre des réalisations marquantes, il y a aussi l’intégration de photographies dans la maquette et le lancement du magazine Perspectives, encarté dans le journal du samedi. 

Un homme engagé

Gabriel Gilbert fut aussi président de La Presse canadienne en 1973 et 1974. Un engagement qui l’a amené à effectuer de nombreux voyages avec des délégations de journalistes, notamment en Russie et en Chine. «Il avait une énorme curiosité pour toutes ces choses-là», se remémore Bernard Gilbert.

Gabriel Gilbert a ensuite pratiqué le droit des affaires et s’est impliqué dans de nombreuses associations, en plus de siéger à plusieurs conseils d’administration. Il a été un membre influent du Cercle universitaire et du Club de la Garnison et a supporté la professionnalisation de l’Orchestre symphonique de Québec sous l’égide de François Bernier. 

«Au-delà d’avoir été un père aimant, c’était aussi un humaniste. Ce qui l’intéressait, c’était la relation avec les gens, la compréhension des autres. Il trouvait important d’écouter avant de prendre des décisions, même s’il était bien capable de trancher quand il fallait le faire. Il a toujours eu une grande ouverture sur les autres», souligne son fils. 

Les funérailles de M. Gilbert se tiendront le vendredi 20 décembre, à 14h, à l’église Saints-Martyrs-Canadiens. La famille sera présente dès 13h pour recevoir les condoléances. Il sera aussi possible de rencontrer la famille de 9h à 11h, vendredi, à la Maison Gomin. 

La Capitale

Gilles Carignan nommé directeur général du «Soleil»

Le nouveau visage du «Soleil» continue de prendre forme. Le tout premier conseil d’administration de la Coopérative de solidarité «Le Soleil», élu mercredi dernier, a nommé Gilles Carignan au poste de directeur général de la nouvelle entité.

Celui qui était jusqu’à présent directeur du contenu numérique de Groupe Capitales Médias s’est dit «animé par le désir de renverser la vapeur, de sortir de l’impasse». «On pense qu’on a des idées intéressantes dans l’équipe qui vont nous permettre de voir la lumière au bout du tunnel rapidement», a-t-il souligné.

Justice et faits divers

Profilage racial à Québec?

Un soir de la mi-novembre, Axel Mbongo marchait sur la rue Saint-Joseph en direction du Café Van Houtte quand une voiture de la police de Québec a tourné le coin de la rue de la Cité et s’est arrêtée près de lui.

La policière, accompagnée d’un collègue, a ouvert la fenêtre et lui a ordonné de marcher sur le trottoir. «Comme d’habitude, on m’a demandé mes papiers d’identité», se souvient M. Mbongo, 28 ans, un ancien athlète de l’équipe d’athlétisme du Rouge et Or qui possède une entreprise d’entretien ménager. Puis, les patrouilleurs l’ont laissé partir. 

Depuis le printemps, Axel Mbongo affirme qu’il s’est fait interpeller plus d’une dizaine de fois par le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) dans le quartier Saint-Roch, où il travaille de soir et de nuit. 

Axel Mbongo dit qu’il aurait pu comprendre que les policiers l’interpellent une ou deux fois parce qu’il aurait éveillé leurs soupçons en se déplaçant seul la nuit dans le quartier. Mais il croit que la fréquence des interpellations — au moins deux fois par mois, estime-t-il — n’aurait jamais été aussi élevée s’il avait été Blanc. 

«Je pense que c’est du profilage racial, dit-il. Ça ne peut être rien d’autre que la couleur de ma peau.»

L’entreprise de M. Mbongo, TVM Service d’Entretien Ménager, fait affaire avec une trentaine de restaurants et de cafés à Québec et à Lévis. Le soir et la nuit, entre 23h et 7h, son équipe de concierges nettoie les cuisines et les salles à dîner en l’absence des clients.

Parfois, quand Axel Mbongo n’a pas assez d’employés, il fait le ménage lui-même. Mais la plupart du temps, il fait la navette d’un resto à l’autre à pied ou en vélo pour superviser le boulot. C’est pendant ces trajets nocturnes qu’il affirme se faire interpeller par les policiers.

Par exemple, le 17 juin, vers 4h du matin, Axel se dirigeait vers un ménage au restaurant Louise Taverne & Bar à vin, sur la rue Saint-Paul, lorsqu’il a été intercepté par deux patrouilleurs. Les policiers lui ont remis une contravention parce que sa bicyclette n’était pas munie d’un feu rouge arrière. Mais M. Mbongo croit que c’était seulement un prétexte pour vérifier ses pièces d’identité. 

Un soir cet été, allègue-t-il, des policiers l’ont interpellé sans motif devant le Ashton sur le boulevard Charest. «Je marchais. Ils étaient de l’autre bord de la rue. Ils ont fait demi-tour! Ils sont venus me voir. Rendu là, je commençais à être écœuré. Ça faisait comme quatre fois. Je leur ai dit : “Est-ce qu’il y a un problème?” Ils m’ont répondu : “On est des policiers, on peut parler aux citoyens”.» Ils lui ont demandé ses papiers. 

Le 6 novembre, Axel Mbongo marchait sur la rue du Parvis. À ce moment, relate-t-il, deux voitures de police se sont arrêtées près de lui, des policiers l’ont arrêté, menotté et embarqué dans une voiture de patrouille. Ils lui ont expliqué que son manteau jaune ressemblait au manteau beige d’un suspect. Ils ont vérifié son identité et l’ont relâché après une quinzaine de minutes. 

Lors de sa dernière interpellation, à la mi-novembre, près du Café Van Houtte, M. Mbongo était en colère. «Je leur ai dit : “Prenez ma photo, affichez-la en grand dans votre bureau chef, et foutez-moi la paix!”»

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Arts

E.T de retour après 37 ans...le temps d'une publicité [VIDÉO]

Figure emblématique du cinéma des années 80, E.T l'extra-terrestre a fait son grand retour le temps d'une publicité pour Comcast, qui a utilisé l'attachante créature de l'espace pour faire la promotion de la marque Xfinity.

La publicité a été diffusée pour la première fois à l'occasion de l'Action de grâce américaine. E.T y retrouve son ami Elliott, interprété une fois de plus par Henry Thomas, désormais âgé de cinquante ans.

Le thème des réunions familiales est omniprésent dans cette publicité, alors qu'on peut y voir Elliott présenter sa petite famille à E.T.

Ce dernier découvre aussi les technologies modernes comme Internet, la réalité virtuelle et les vidéos sur demande. Sans surprise, chacune des inventions que découvre l'extra-terrestre porte le sceau de la compagnie Comcast.

Les amateurs du long-métrage de 1982 auront remarqué quelques clins d'oeil, notamment lorsqu'on voit E.T manger des gâteaux aux bonbons Reese, ou bien quand il s'envole en vélo avec les enfants d'Elliot.

S'il y avait un risque à utiliser une figure emblématique du cinéma à des fins commerciales, les admirateurs peuvent être rassurés de savoir que Steven Spielberg, le créateur d'E.T, a été consulté durant tout le processus créatif. Il était important pour lui que la publicité conserve l'esprit du film original.

Mise en ligne le 28 novembre, la vidéo est rapidement devenue virale dépassant les huit millions de vues sur YouTube.

Vérification faite

Vérification faite: croisières polluantes à l'extrême?

L’AFFIRMATION: «Dans un article paru récemment dans Paris Match [«Tourisme : le raz de marée» ], on lit que les navires de croisière géants carburent au fioul lourd et que “durant l’escale, les moteurs restent allumés pour alimenter l’électricité [… et] émettrai[en]t 10 fois plus de pollution atmosphérique que toutes les voitures européennes réunies”. Vu le nombre croissant de navires de croisière faisant escale à Québec et le refus du directeur du Port de Québec, Mario Girard, d’installer des prises électriques afin de diminuer cette source de pollution atmosphérique, je me demandais si c’était vrai», demande Thérèse Latour, de Québec.

LES FAITS

L’article de Paris Match affirme que c’est la pollution générale (et pas seulement quand ils sont à quai) des navires de Carnival, le plus important croisiériste au monde, qui «émettrait à lui seul 10 fois plus de pollution atmosphérique que toutes les voitures européennes réunies». La source de cette affirmation n’est pas mentionnée, mais il s’agit manifestement d’un rapport de l’ONG écologiste européenne Transport & Environment publié en juin dernier.

Le document trace un portrait très sombre de la pollution des navires de croisière, mais Paris Match en gonfle quand même un peu le propos : il n’y est nulle part écrit que Carnival émettait 10 fois plus de «pollution atmosphérique» que tout le parc automobile européen, mais bien que le croisiériste rejette 10 fois plus d’oxydes de soufre (SOx). Il s’agit, évidemment, d’une forme de pollution de l’air, mais prendre les SOx comme indicateur et les gaz d’échappement des voitures comme point de comparaison est un brin trompeur dans ce cas-ci. Tant en Europe qu’en Amérique du Nord, les normes d’émissions d’oxydes de soufre pour les véhicules sont devenues beaucoup plus sévères depuis 20 ans — mais pas pour les bateaux.

Au Canada par exemple, jusqu’à la fin des années 1990, l’essence contenait autour de 320 parties par million (ppm) de soufre, et la limite légale était de 5000 ppm pour le diesel utilisé dans les voitures. Or de nos jours, ces carburants ne peuvent plus contenir plus de 15 ppm de soufre, et même 12 ppm dans le cas de l’essence à partir du 1er janvier prochain.

Or, les normes pour les navires de croisière n’ont pas évolué aussi rapidement, même si beaucoup de pays sont en train de les resserrer. En eaux internationales, le plafond actuel est de 35 000 ppm. En Europe pour l’année 2017 (sur laquelle portait le rapport de Transport & Environment), certains pays imposaient une norme de 1000 ppm aux croisiéristes, mais d’autres permettaient jusqu’à 15 000. Alors, il est évident que comparer les émissions de SOx des voitures et des navires noircit artificiellement le portrait : d’autres mesures de pollution de l’air, comme les particules en suspension, donneraient des résultats moins spectaculaires. Et il est donc exagéré de présenter les choses comme Paris Match l’a fait.

Cela dit, cependant, il est incontestable que les croisières sont une activité très polluante, toutes proportions gardées. Plusieurs études scientifiques l’ont prouvé, montrant par exemple que la pollution de l’air sur le pont de certains de ces navires atteint (lorsqu’ils sont à quai) des niveaux comparables à des mégalopoles de Chine. D’autres travaux ont démontré que la présence de ces villes flottantes a un effet notable sur la qualité de l’air dans des endroits comme Barcelone, Dubrovnik et Svalbard.

Il faut cependant ajouter ici que ces résultats ne sont pas forcément applicables au cas de Québec, puisque le Canada possède des normes plus sévères qu’ailleurs : 1000 ppm de soufre au maximum, et ce dans un rayon de 200 milles nautiques des côtes. Cela ne signifie pas que l’on ne peut pas en faire davantage — le rapport de Transport & Environment souligne justement que s’il est possible d’éliminer presque complètement le soufre des carburants pour voitures, ça l’est forcément aussi pour les navires de luxe. Cela n’indique pas non plus que le Port de Québec a fait tout ce qu’il pouvait ou devait faire pour réduire la pollution des croisiéristes. C’est au minimum une question légitime, comme l’avait démontré le collègue François Bourque dans une chronique de septembre. Mais cela sort du sujet de cette vérification-ci…

LE VERDICT

Inexact. Il est vrai que l’industrie des croisières est très polluante, mais le rapport d’où vient l’affirmation parlait de 10 fois plus d’oxydes de soufre que le parc européen de véhicules, pas 10 fois plus de «pollution atmosphérique» en général. En outre, ses résultats ne sont pas forcément transposables au cas du Canada, où les règles en vigueur sur le soufre dans les carburants ne sont pas les mêmes qu’en Europe.

La Capitale

Spectacle-bénéfice «Québec, mon amour»: pour que Le Soleil se lève encore [PHOTOS]

Dans une ambiance conviviale, baignée par les notes de huit chanteurs et musiciens de Québec, plus de 600 personnes ont convergé vers L’Impérial, mercredi soir, à l’occasion du spectacle-bénéfice «Québec, mon amour», visant à appuyer Le Soleil dans sa volonté de surmonter la crise qui le secoue et dont le nouveau modèle coopératif pourrait s’avérer la planche de salut.

Dans l’assistance, plusieurs représentants du monde politique, culturel, journalistique, économique et sportif, mais aussi plusieurs lecteurs assidus. Parmi eux, Suzanne Richard, aux premières loges pour assister au show. «Je viens appuyer la continuité du journal et la nouvelle formule [de relance]», lance la dame de Québec, passionnée de politique et de culture.

Pendant plus de deux heures, tout ce beau monde a vu défiler Simon Kearney, Tire le Coyote, Koriass, Pascale Picard, The Lost Fingers, Karim Ouellet, Maude Audet et Liana Bureau. Une des rares fois, peut-être même la première, où autant d’artistes de la capitale, qui pour la plupart continuent à habiter la ville, étaient réunis sur la même scène. 

«Le Soleil a toujours été là pour les artistes de la relève. Les premiers articles de journaux sur moi l’ont été [dans ce journal]. C’est une institution qu’il faut absolument préserver», mentionne Tire le Coyote.

Indispensable

Les maires de Québec et de Lévis comptaient parmi les spectateurs. Chacun a insisté sur l’importance que Le Soleil, fort de ses 123 ans d’histoire, poursuive sa mission. Régis Labeaume croit qu’il serait dangereux que la capitale ne compte plus qu’un seul quotidien. «Ce serait antidémocratique, même si je ne suis pas toujours content de la couverture [de son travail]...» glisse-t-il, d’un ton badin. «Pour l’écosystème de Québec, Le Soleil est indispensable», devait-il ajouter quelques instants plus tard à la foule.

Gilles Lehouillier croit que le projet de coopérative, vers lequel se dirige le quotidien du quartier Saint-Roch, représente une avenue intéressante. Le Journal de Lévis a emprunté cette voie, il y a quelques années, et les résultats sont au rendez-vous, explique-t-il. «Au début, on pensait que ça ne marcherait pas, mais il a survécu. Sinon, la région de Lévis n’aurait pas d’hebdo.»

Dans un texte à saveur poétique, rédigé juste avant le spectacle, la directrice artistique du Trident, Anne-Marie Olivier, a clamé haut et fort son amour pour Québec et Le Soleil. Pour elle, la capitale ne serait pas la même si Le Soleil cessait de l’éclairer. «J’ai besoin de tes penseurs, de tes lanceurs d’alerte, de tes assoiffés de vérité qui font tout pour nous la donner […] Ton éclipse serait extrêmement périlleuse. Québec, prends soin de toi et de ton brillant quotidien.»

Anecdotes

Les maîtres de cérémonie de la soirée, Guillaume Dumas, animateur à ICI Radio-Canada Première, et Catherine-Ève Gadoury, sont retournés dans les archives pour relater quelques faits marquants et autres anecdotes qui ont émaillé l’histoire du journal, dont sa naissance, le 28 décembre 1896, sur les cendres de L’Électeur.

«Le Soleil a été pour moi une école de vie», a déclaré l’animateur qui a passé huit ans dans ce journal, et dont le père (Maurice) a été longtemps l’un des piliers de la section sportive. «Avec les coupes dans les fonds de pension, comme les autres retraités, il ne l’a pas facile. J’aimerais qu’on se batte ensemble pour qu’ils ne perdent pas en plus leur journal.»

L’artiste peintre Jean Gaudreau, qui a payé ses études comme camelot du Soleil, tenait à être présent à la soirée. «Son apport culturel est extraordinaire. C’est un journal qui fait partie de nos vies.»

Une vague d’amour qui, espèrent maintenant les artisans du Soleil, permettra d’insuffler l’énergie nécessaire pour attacher les dernières ficelles du financement. Les prochaines semaines s’annoncent fertiles en émotions. À l’image de cette soirée historique.