Rouge et Or

Mort de Helder Duarte, un «nounours» parti trop vite

Helder Duarte souriait toujours. Il adorait blaguer. Son humour est revenu constamment dans les nombreux hommages rendus jeudi. Alors que sa famille et ses proches étaient réunis à l’hôpital, quelqu’un a même lancé : «O.K., Helder. Arrête de niaiser et lève-toi!»

L’homme de soccer est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi, dans sa maison de Lac-Beauport. Crise cardiaque, 56 ans. Il était fondateur et entraîneur-chef de l’équipe féminine du Rouge et Or de l’Université Laval et directeur technique de l’Association régionale de soccer de Québec. Figure de proue du ballon rond dans la capitale depuis plus de 25 ans.

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Helder Duarte, le baveux devenu gentilhomme - Portrait

«Cet automne, comme chaque année, je lui ai demandé quand il allait moins travailler. Et pour la première fois, il m’a répondu : “Encore une année ou deux et je vais me concentrer seulement sur le Rouge et Or”», se rappelle Marie-Pier Bilodeau, ancienne gardienne étoile devenue son adjointe avec la formation de l’UL.

Bilodeau faisait partie de la garde très rapprochée de Duarte sur la pelouse, avec entre autres Samir Ghrib, qui s’occupe de l’équipe masculine du Rouge et Or, et Nabil Haned, entraîneur spécialiste des gardiens de but.

«J’ai perdu un grand ami de 30 ans, un complice. On tripait soccer du matin au soir», confie Ghrib, de son côté. «On a perdu un gros nounours, un gars apprécié de tous. Helder était un rassembleur qui n’aimait pas la chicane», dit-il encore, à propos de celui qui était l’entraîneur-cadre le plus ancien dans la région.

Gardien et mascotte

Duarte est lui-même un ex-gardien de but, position qu’il a été forcé d’adopter à 16 ans après avoir blessé... le gardien de sa propre équipe. Nouvelle affectation qui collait bien à l’époque à son aversion pour la course.

Né aux Açores, îles portugaises situées dans l’Atlantique, Duarte a déménagé à Sept-Îles avec ses parents alors qu’il avait six mois. Au début des années 1980, un tournoi de soccer à Sainte-Foy, où il reviendra s’installer plus tard, lui permettra de se faire remarquer en marquant un but comme gardien.

De là, il est recruté par les Aigles Bleus de l’Université de Moncton, où il passera sept ans, comme joueur, entraîneur et même mascotte. Il viendra ensuite s’établir à Québec en 1989 et démarrera l’équipe féminine de soccer du Rouge et Or en 1995, grâce à 2000 $ investis de sa poche.

«Dans le vestiaire, sa phrase préférée inscrite au mur était : “Tu ne sais jamais à quel point tu es fort, jusqu’au jour où être fort demeure la seule option.” Je m’en suis inspirée souvent sur le terrain, mais je ne pensais jamais l’utiliser dans ces circonstances-ci», a poursuivi Bilodeau, dans sa discussion avec Le Soleil.

Un «deuxième père»

Il a marqué plus d’une génération de joueurs et surtout de joueuses, qui le voyaient souvent comme un «deuxième père», peut-on lire et entendre un peu partout.

Comme plusieurs des meilleurs éléments de la région, Bilodeau l’a d’abord connu aux sélections régionales, puis au sein du programme soccer-études de l’école secondaire Cardinal-Roy.

Même chose pour l’analyste de soccer à la télé et à la radio Olivier Brett, originaire de Québec, qui a aussi travaillé avec Duarte comme entraîneur.

«La première fois que je l’ai vu, c’est à mon premier camp espoir, à 11 ans, au Séminaire Saint-François. J’en ai un souvenir très clair, parce que Helder portait une casquette bleue de Manchester United et j’étais un grand admirateur de cette équipe.»

«Ce que je retiens de lui, c’est sa constance. Il était toujours là. Difficile de s’imaginer le monde du soccer à Québec sans Helder», résume Brett.

Le pilote du club de football du Rouge et Or, lui, souligne que Duarte ne défendait jamais seulement son équipe ou son sport. «Les matins de Coupe Vanier, Helder m’appelait pour nous souhaiter bonne chance. Pour lui, ce n’était pas juste son équipe ou le soccer qui importait, c’était tout le programme Rouge et Or», explique Glen Constantin, arrivé à l’UL un an après Duarte, en 1996.

Gagnant de deux championnats canadiens universitaires et de plus de 300 victoires en saison extérieure, Duarte était d’ailleurs le deuxième entraîneur le plus ancien chez le Rouge et Or, après Pascal Clément (1992, volleyball masculin).

Brassard noir

En ce moment en pleine saison intérieure, ses joueuses ont décidé de quand même disputer leur match prévu dimanche après-midi, à Trois-Rivières. Elles porteront pour l’occasion un brassard noir et comptent lui rendre un hommage plus élaboré lors de leur prochain match local, le 10 mars.

«J’ai dit aux filles que si elles ne voulaient pas jouer le match de dimanche, on ne le jouerait pas. Qu’on pouvait même ne pas jouer le reste de la saison du tout! Mais elles ont décidé de continuer. C’est ce que Helder aurait voulu. C’est une façon de lui rendre hommage», ajoute Bilodeau, qui s’attend à devoir gérer «un down important» pour elle-même et les joueuses lors du retour à l’entraînement régulier, la semaine prochaine.

Et puisqu’il préférait la rigolade au silence, on a fait une minute d’applaudissement avant un match disputé jeudi après-midi, au stade intérieur de l’UL. Lui qui ne manquait jamais de promouvoir son sport, Duarte avait mercredi invité quelques journalistes à cette rencontre impliquant une équipe de Genève.

Plus que la communauté du soccer et du sport, il laisse surtout dans le deuil sa femme, France Gauthier, et leurs filles de 24 et 17 ans, Amélie et Emanuelle.

Justice et faits divers

Huit heures coincés dans un sentier de motoneige: le couple français raconte

Nadine et Alain* ont fait confiance à leur GPS pour se rendre de Québec au Parc national des Monts-Valin, au Saguenay, un paradis de la raquette.

Lundi en fin d’avant-midi, après environ deux heures et demie de route, le couple de Français — et d’anciens étudiants de l’Université Laval — croyait se rapprocher de sa destination. Mais leur application de géolocalisation MAPS.ME les a dirigés erronément sur le chemin de la ZEC Martin Valin, puis vers gauche dans un sentier de motoneige. 

N’ayant pas remarqué les poteaux bleus et rouges qui délimitent les pistes de motoneige, Nadine et Alain ignoraient qu’ils se trouvaient sur un chemin conçu pour des véhicules qui avancent à l’aide de chenilles et de skis. Ils ont donc roulé sur ce sentier sur près de trois kilomètres, en bavardant dans leur Hyundai Sonata. 

Mais à un moment, la voiture a commencé à s’enliser. «On s’est dit : “Il faut faire demi-tour, parce que là, ça n’a pas l’air bien déneigé”», dit Nadine, 26 ans. 

La manœuvre a échoué. Une roue de la Hyundai s’est coincée dans la neige. Le couple a tenté de dégager la voiture avec des pelles de secours rangées dans le coffre. Mais plus il essayait de pousser, plus la roue s’enfonçait. 

Après trois quarts d’heure d’efforts en vain, Nadine et Alain ont voulu appeler à l’aide à l’accueil du Parc national des Monts-Valin, géré par la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq). Mais leur téléphone cellulaire n’arrivait pas à capter un réseau. 

«On a dû essayer de marcher quelques mètres pour trouver une barre de réseau», dit Nadine. Ils ont fini par en obtenir une, sauf que la connexion avec le parc ne durait pas assez longtemps pour qu’ils puissent entendre une voix humaine. 

Ils ont ensuite réussi à joindre le 9-1-1. Mais la connexion a été interrompue au moins quatre fois. «On avait vraiment du mal à les contacter et eux n’arrivaient pas à nous rappeler», relate Nadine. 

Le couple a continué à marcher et a repéré un coin de forêt dans les bonnes grâces d’une antenne cellulaire. Les mains gelées, se relayant pour tenir le téléphone, ils ont réussi à parler à la Sûreté du Québec (SQ) pendant une dizaine de minutes. 

Remorqueuse enlisée

D’abord, relate Nadine, une remorqueuse leur a été promise. Mais après une heure et quart d’attente à se réchauffer dans la voiture, le couple a appris qu’elle s’était elle aussi enlisée et avait dû faire demi-tour. «C’est là qu’on a appris qu’on était dans un chemin de motoneige.»

Comme le rapportait Le Quotidien, la SQ n’était pas équipée pour sortir le véhicule de sa fâcheuse position. C’est finalement un opérateur du club de motoneige Caribou-Conscrits, aidé d’un bénévole, qui a été appelé à effectuer le dépannage à l’aide d’une surfaceuse de sentier.

Nadine et Alain étaient coincés dans la forêt depuis près de quatre heures et demie quand le club de motoneige a été contacté, vers 16h. La surfaceuse se trouvait près du lac Jalobert.   

«À une vitesse de 10-12 km/h, ça lui a pris trois heures pour se rendre auprès des touristes», a raconté au Quotidien le vice-président du club Caribou-Conscrits, Denis Legendre, qui est resté en contact avec son opérateur de surfaceuse via les ondes radio tout au long de l’opération. 

Après quatre heures dans le bois, un premier motoneigiste d’un club est venu à la rencontre du couple, qui se portait bien dans les circonstances. Ils n’avaient pas de nourriture et avaient faim; toutefois, ils avaient avec eux suffisamment d’eau pour ne pas être déshydratés. Et ils avaient assez d’essence pour que le froid n’envahisse pas l’habitacle. 

Finalement, après environ huit heures d’attente, vers 19h30, la surfaceuse est venue tirer la Hyundai de la neige. Nadine et Alain étaient soulagés de pouvoir enfin sortir de là. 

Ils ne regrettent pas d’avoir renoncé à marcher pour aller chercher de l’aide dans ce secteur inhabité. «Comme on avait le chauffage dans la voiture, on préférait quand même attendre les secours, qui savent vraiment ce qu’ils font», dit Nadine.  

Cette dernière affirme toutefois que la facture a été salée. Le couple a dû payer 1000 $ au club Caribou-Conscrits pour le remorquage.

Avec le recul, Nadine estime qu’elle n’aurait pas dû faire autant confiance à son GPS. «La prochaine fois, dit-elle, on tracera plus la route avant, on va vraiment regarder la route entière avant de s’y rendre, et pas au dernier moment.» 

*Les noms de Nadine et Alain ont été modifiés à leur demande, afin qu’ils puissent garder l’anonymat. 

Arts

Haro sur le spectateur toxique

Il perturbe le déroulement du spectacle en consultant son cellulaire, répète à haute voix les répliques d’une pièce ou les jeux de mots de Fred Pellerin, parle fort au bar pendant un «show» en formule cabaret, parfois en tournant le dos à la scène. Bienvenue dans l’univers du spectateur dit «toxique», une espèce en voie d’expansion dont les comportements inappropriés irritent de plus en plus les artistes et propriétaires de salles.

Jade Bruneau est comédienne, chanteuse et metteure en scène. Au cours des dernières années, elle a participé à la tournée des Belles-sœurs, de Grease et de Demain matin Montréal m’attend. Elle en a rapporté des anecdotes pas toujours glorieuses.

Monde

La petite histoire des grandes gaffes atomiques

Pendant des décennies, le monde craignait une guerre atomique. Sans se douter que la catastrophe pouvait être provoquée par une erreur, une bévue ou une simple négligence. Aller-retour dans le monde de la bêtise nucléaire.

18 septembre 1980. En fin d’après-midi, quelque part au fond de l’Arkansas, deux techniciens effectuent des travaux de routine dans un silo souterrain qui abrite un missile balistique Titan II. Mis en service en 1962, le Titan II constitue un pilier de l’arsenal nucléaire des États-Unis.

Le monstre pèse 154 tonnes. Il fait 27 mètres de long. Sa mise à feu prend 58 secondes. Il peut frapper Moscou, à 9000 kilomètres de distance, en 35 minutes. Surtout, il transporte une ogive nucléaire de neuf mégatonnes. Environ 630 fois la puissance de la bombe larguée sur la ville japonaise d’Hiroshima, en août 1945. 

Soudain, un travailleur échappe un gros outil de métal. L’objet atterrit 28 mètres plus bas. Puis, il rebondit pour aller percer un réservoir du missile. Un nuage de carburant extrêmement volatile commence à se répandre. La situation échappe bientôt à tout contrôle.

Quelques heures plus tard, deux explosions gigantesques pulvérisent le silo. Le couvercle de la structure, qui pèse 740 tonnes, est projeté au loin. Un travailleur est tué. 21 sont grièvement blessés. La tête nucléaire du missile est retrouvée à 100 mètres du lieu de l’explosion. Elle n’a pas explosé. Elle ne s’est même pas fissurée. 1

Bien sûr, on ne fait pas exploser une bombe atomique aussi facilement qu’un vulgaire pétard à la farine. Reste que l’Arkansas l’a échappé belle. L’explosion de la bombe aurait pu dévaster 5 à 10 % de son territoire, incluant une partie de la capitale, Little Rock.

Un croissant de lune atomique

Un incident unique ? Rarissime ? Pas vraiment. Les livres d’histoire nous rappellent que le monde a frôlé la catastrophe lors de la crise des missiles de Cuba, en 1962. Ils oublient d’ajouter que des guerres atomiques ont failli éclater à cause de fausses alertes provoquées par des vols d’oiseaux, un lever de lune ou même le reflet du soleil dans les nuages. 

Dans la nuit du 26 septembre 1983, tous les voyants rouges se mettent soudain à clignoter sur les écrans du centre de contrôle soviétique, en périphérie de Moscou. Selon les données transmises par un satellite, un missile vient d’être lancé depuis la côte Ouest des États-Unis. Les sirènes d’alarme retentissent. 

L’officier responsable, le lieutenant-colonel Stanislav Petrov, connait la procédure. Il demande une confirmation visuelle. Mais les nuages voilent tout. Pire, le système en rajoute. Il détecte désormais cinq missiles qui se dirigent vers l’URSS.2 Petrov dispose alors de quelques minutes pour transmettre les informations à ses supérieurs, qui les feront suivre à Moscou. La riposte sera immédiate. La troisième guerre mondiale va commencer.

«Nous étions en état de choc», expliquera Petrov, dans un docu-fiction réalisé en 2014.3 Impossible de se défiler. Le supérieur immédiat est ivre mort. C’est lui qui doit décider. Autour de lui, ses collègues le regardent d’un air terrifié. Ils pensent tous que la fin du monde est imminente.

«[Petrov] prend le pari fou, contraire à tout ce que lui disent les écrans et les machines, contraire aux ordres et contraire à ce que lui dictent ses sens : les missiles n’existent pas. C’est le système qui est défaillant. […] Si le but des États-Unis était réellement d’en finir avec l’empire soviétique, raisonne-t-il, ce ne sont pas cinq missiles qu’ils auraient envoyés, mais des centaines.»4

Plus tard, beaucoup plus tard, on découvrira que la fausse alerte a été causée par des... rayons de soleil reflétés dans les nuages. Le système les avait confondus avec des missiles. Peu importe. L’incident sera vite oublié. D’abord célébré comme un héros, le colonel Petrov est ensuite blâmé pour avoir négligé d’enregistrer les conversations. Encore plus impardonnable, le «scélérat» n’a pas rempli toute la paperasse réglementaire. Que voulez-vous, le sauvetage d’un monde de fous est un métier bien ingrat... 

La fin du monde, ça ne suffit pas 

Vous aurez compris qu’on ne rigole pas avec la guerre atomique. Au plus fort de la course aux armements, vers 1986, les États-Unis et l’Union soviétique possèdent plus de 70 000 armes atomiques. De quoi rendre une bonne partie de la planète inhabitable. 

Dès la fin des années 40, un plan d’attaque américain, poétiquement baptisé «Demi-Lune», prévoit le lancement de 170 bombes atomiques sur l’Union soviétique. Moscou, la capitale, est visée par huit engins nucléaires, tous plus puissants que la bombe larguée sur Hiroshima.5

Par la suite, la force de frappe américaine ne cesse d’augmenter. Au début des années 70, l’attaque «minimum» consiste à lancer 2000 bombes atomiques sur l’URSS.6 À ne pas confondre avec l’attaque «maximum», qui implique 3000 engins nucléaires. Pour couronner le tout, un dispositif empêche d’arrêter les frappes successives, une fois que la guerre est déclenchée. 

Science

Des vents plus violents?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Ça n’est peut-être qu’une impression, mais il me semble que nous avons de plus en plus d’épisodes de grands vents et qu’ils sont de plus en plus violents. Existe-t-il des statistiques à ce sujet? Et les changements climatiques seraient-ils en cause?» demande Jean-Guy Mercier, de Québec.

Oui, il existe des statistiques là-dessus, notamment sur le site d’Environnement Canada. Pour le simple plaisir d’avoir un exemple concret (et parce que j’ai beaucoup de misère à voir un ensemble de données sans potasser dedans), j’ai fait une petite compilation sur la force des vents au mois de février, telle qu’enregistrée à la station météorologique de l’Université Laval cours des 20 dernières années. Comme le montre le graphique, il est bien difficile d’y voir une tendance à la hausse.

Maison

Le jour se lève pour des panneaux solaires révolutionnaires

WROCLAW — Au soleil ou même à l'ombre, les murs et les fenêtres d'un bâtiment produiront l'électricité dont il a besoin: ce rêve d'écologiste s'incarne dans un projet industriel lancé par une jeune chercheuse et femme d'affaires polonaise.

«Les pérovskites». D'aucuns ont entendu ce nom étrange il y a cinq ans à peine, et pourtant leur propriétés physiques étonnantes sont en passe de révolutionner l'accès à l'énergie solaire pour tous.

Les p'tits cuistots

Fudge aux cerises et chocolat

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours cuisiné. Après la lecture, c’était mon passe-temps préféré. J’adorais manipuler plein d’ingrédients qui allaient donner un résultat savoureux que je pourrais ensuite partager.

À l’âge de 10 ans, ma mère m’a même proposé de préparer quelques soupers. Les lundis et les mardis, j’étais le chef de la cuisine! Je jetais un coup d’œil aux livres de recettes pour trop souvent inventer n’importe quoi! J’ai encore en mémoire certains plats qui n’étaient pas bons du tout! Ma mère m’a alors proposé de choisir deux plats de mon choix, chaque semaine, puis de faire l’épicerie avec moi afin que je puisse avoir tout en main pour réussir les recettes. Mon père, lui, m’a inscrite à des cours de cuisine. On y faisait très souvent des desserts, dont des fudges aux cerises. Vingt-cinq ans plus tard, cette recette est toujours un classique que je refais à l’occasion. 

À l’approche de la Saint-Valentin, je t’offre ce petit secret culinaire qui rend accro quiconque aime le chocolat. Et je dédie cette recette à mes parents qui m’ont toujours encouragé à cuisiner malgré mes créations culinaires douteuses!

Vérification faite

Vérification faite: interdit de boire jusqu’à deux heures après avoir conduit?

L’AFFIRMATION: «J’ai entendu parler à la radio d’un changement dans les lois concernant la conduite automobile et l’alcool. Il semblerait que la loi dit maintenant que l’on doit rester sobre durant deux heures APRÈS avoir conduit. Est-ce seulement une rumeur?» demande Denis Michaud, de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier. On a vérifié.

LES FAITS

Il s’agit effectivement d’une «rumeur», mais elle a quand même un fond de vérité. Dans le Code criminel, l’article 320.14 interdit à quiconque de conduire lorsque ses facultés sont affaiblies par l’alcool ou la drogue, et son alinéa b) parle effectivement l’alcoolémie après la conduite. Il se lit comme suit : 

«sous réserve du paragraphe (5), [une personne commet une infraction si elle] a, dans les deux heures suivant le moment où il a cessé de conduire un moyen de transport, une alcoolémie égale ou supérieure à 80 mg d’alcool par 100 ml de sang [ndlr : c’est le fameux 0,08]».

Dans des documents explicatifs de Justice Canada, on apprend qu’il s’agit d’une nouvelle disposition qui est entrée en vigueur en décembre dernier. Le but visé était d’empêcher ce que les milieux juridiques appelaient la «défense du dernier verre».

«Il arrivait que des gens soufflent à 85 ou 90 mg rendus au poste de police [donc après la conduite, ndlr], mais comme ils avaient bu un ou une couple de verres juste avant de prendre leur auto et que l’alcool prend du temps avant de passer dans le sang, la Couronne ne parvenait pas à prouver qu’ils dépassaient la limite au moment de la conduite», explique l’avocate de la défense Myralie Roussin, du cabinet de Québec Beaudry Roussin Avocats. Mais il est évident, admet Me Roussin, que «ce n’est pas logique de prendre un dernier verre juste avant de partir, ce n’est pas ça, l’esprit de la loi».

«Il n’était pas rare non plus que des gens qui avaient fait un accident viennent dire : «J’ai consommé de l’alcool après l’accident parce que j’étais stressé», et là la poursuite n’était pas capable démontrer qu’ils dépassaient la limite permise au moment où ils conduisaient», ajoute MRoussin.

C’est pour mettre un terme à ce genre de défense que le Code criminel a été changé.

Cependant, ce n’est pas là toute l’histoire : ce nouveau passage de la loi, comme on l’a remarqué, commence par «sous réserve du paragraphe 5». Alors qu’y a-t-il dans ce paragraphe 5? Ceci :

«Nul ne commet l’infraction prévue à l’alinéa [qui parle de la période de 2 heures] si, à la fois :

 a) il a consommé de l’alcool après avoir cessé de conduire le moyen de transport;

 b) il n’avait pas de raison de croire, au moment où il a cessé de conduire le moyen de transport, qu’il aurait à fournir un échantillon d’haleine ou de sang;

 c) sa consommation d’alcool concorde (...) avec une alcoolémie inférieure à 80 mg d’alcool par 100 ml de sang lors de la conduite.»

Il faut vraiment que ces trois conditions soient réunies pour se soustraire à l’alinéa b), dit Me Roussin.

Mais cela signifie essentiellement que non, une personne qui boit modérément ou pas du tout lors un souper chez des amis n’a pas besoin, une fois revenue chez elle, d’attendre deux heures avant de se verser un généreux night cap (ou même deux). Cependant, quelqu’un qui ferait un accrochage proche de sa résidence et qui irait attendre les policiers chez lui en s’ouvrant une bière ne pourrait pas invoquer le paragraphe 5, parce que l’accrochage implique qu’un test d’haleine pourrait s’en venir. De même, si cette même personne avait un taux d’alcoolémie très élevé (disons 200 mg), le paragraphe 5 ne lui serait d’aucune aide parce que la bière ouverte après son retour à la maison ne peut pas expliquer à elle seule son taux de 0,200.

LE VERDICT

Faux. Il y a bien un passage du Code criminel qui parle de «deux heures suivant le moment où [l’on] a cessé de conduire», mais il n’interdit pas de boire une fois arrivé chez soi. Il vise surtout à éliminer la défense du dernier verre et un autre passage exclut explicitement les gens qui n’ont pas conduit en état d’ébriété et qui arrivent chez eux sans encombre.

Justice et faits divers

Bissonnette à l’ombre pour 40 ans

Quarante ans. C’est la période «juste et raisonnable» que le tireur de la Grande Mosquée Alexandre Bissonnette devra passer derrière les barreaux avant de pouvoir faire une demande de libération conditionnelle, tranche le juge François Huot de la Cour supérieure, qui réécrit au passage la disposition législative sur les peines consécutives. Quarante ans. C’est aussi un chiffre qui plonge la communauté musulmane dans le désarroi.

Après plus de cinq heures de lecture, dans une ambiance souvent tendue et émotive, le juge François Huot prononce finalement le chiffre tant attendu.

Bissonnette, 29 ans, vêtu d’un veston bleu et d’une chemise blanche, n’aura que peu de réactions. Durant la lecture, il avait fréquemment cherché des yeux ses parents, assis en première rangée.

Les quelque 80 survivants, veuves et enfants des victimes, encaissent le coup, le visage crispé. Cette décision est bien loin de leur espoir que le tueur ne puisse jamais revenir en société.

Les parents du tueur quittent rapidement le palais de justice.

Bissonnette, étudiant en sciences politiques à l’Université Laval, a plaidé coupable en mars aux six meurtres prémédités de Ibrahima Barry, Mamadou Tannou Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzedine Soufiane et Aboubaker Thabti, des pères de famille rassemblés pour la prière du soir au Centre culturel islamique de Québec.

Bissonnette a aussi reconnu sa culpabilité à des accusations de tentative de meurtre sur 40 autres fidèles, dont 4 enfants.

Avec son acte de violence insensée, Alexandre Bissonnette cherchait la gloire. Le juge François Huot lui confirme que son nom ne sera pas oublié, «mais pour les mauvaises raisons».

D’un ton ferme, le juge a conclu en souhaitant à Bissonnette de «se reconstruire» en prison afin de pouvoir, peut-être, finir ses jours en liberté. «Mais surtout, surtout, pour regagner cette part d’humanité et de dignité que vous avez laissée derrière vous, ce dimanche 29 janvier 2017, à la Grande Mosquée de Québec.»

La dignité, même pour les meurtriers

Le Parlement canadien, mené par les conservateurs, est allé trop loin en 2011, affirme le juge Huot, en adoptant l’article de loi sur le cumul des périodes d’inadmissibilité à la libération conditionnelle, une disposition qui anéantit l’espoir de sortir de prison et porte atteinte à la dignité humaine. Cet article, dans sa forme actuelle, est inconstitutionnel, considère le juge, et doit être réécrit.

Le juge Huot ne remet pas en question l’essence même de la disposition, qui vise à mieux sanctionner un délinquant coupable de meurtres multiples et à lui imposer un «juste dû». Mais dans l’application, les juges doivent pouvoir imposer des peines consécutives pour des meurtres au premier degré à l’extérieur des blocs de 25 ans prévus par la loi, afin de s’adapter aux caractéristiques des délinquants et aux circonstances des crimes.

Le juge Huot évalue que Bissonnette, condamné à la prison à vie, devrait purger une période de 15 années supplémentaires après ses premiers 25 ans pour meurtre au premier degré. Bissonnette sera donc âgé de 67 ans lorsqu’il pourra présenter une première demande de libération.

La suggestion de la Couronne de 150 ans est clairement déraisonnable, dit le juge, car elle dépasse, et de beaucoup, l’espérance de vie. Tout comme celle de la défense (25 ans) qui ne tient pas suffisamment compte du nombre de victimes.

L’impact de la santé mentale

Pour en arriver à un chiffre de 40 ans, le juge Huot a pondéré plusieurs facteurs aggravants, comme la grande préméditation et le caractère raciste des crimes ainsi que le fait de viser un lieu de culte. Il a aussi soupesé plusieurs facteurs atténuants, en particulier les troubles de santé mentale de l’accusé, dépressif, anxieux et suicidaire une grande partie de sa vie.

Ce dernier point a pesé lourd dans la balance. «Il serait à la fois disproportionné, cruel et contraire aux valeurs de justice et de compassion de la société canadienne de priver un individu ayant éprouvé des problèmes de santé mentale depuis son adolescence de tout espoir de recouvrer un jour sa liberté, ne serait-ce que pour quelques années, et ce, quelque abominables qu’aient pu être ses crimes», conclut le juge.

Malgré l’horreur de son crime, Alexandre Bissonnette ne saurait être comparé à un tueur en série ou à un tueur à gages, ajoute le juge Huot. «Deux minutes à peine de son existence auront suffi à le faire basculer dans le camp des assassins, sans autre gratification que celle d’avoir eu le “moment de gloire” qu’il convoitait tant.»

Descriptions douloureuses

Dans son jugement qui tient sur 246 pages — à simple interligne —, le juge fait des descriptions détaillées et graphiques des tragiques événements. Plusieurs femmes de victimes pleurent pendant que le juge narre les assassinats de leurs maris. La fille d’Azzedine Soufiane, l’épicier qui s’était courageusement opposé au tireur, doit sortir quelques minutes, submergée par les sanglots.

Le juge François Huot a retenu de multiples morceaux des témoignages des veuves et des enfants des victimes ainsi que des survivants, qui ont défilé devant lui le printemps dernier. «Ce jour-là, moi aussi, je suis morte», avait dit la veuve d’Azzedine Soufiane. Le juge Huot affirme, en levant les yeux de son jugement, qu’il n’est pas près d’oublier les mots de la fille de 14 ans de M. Soufiane. «Un témoignage à fendre l’âme», commente le juge.

Cette «tuerie innommable» a affligé le pays tout entier, souligne le juge Huot, mais a aussi entraîné «une déchirure de notre tissu social». «Du jour au lendemain, peur et méfiance s’emparèrent d’une bonne partie de notre population, note le juge. Québec a sombré temporairement dans un sentiment de honte, de crainte et de suspicion.»

Chronique

«Comment tu vas mon bébé?»

CHRONIQUE / — Comment tu vas mon bébé?

— Bébé?

— Bébé?

— Bébé?

Les textos de Sarah Benoit sont restés sans réponse le vendredi 11 janvier, son chum lui avait dit qu’il avait un contrat à l’extérieur, qu’il arriverait tard ce soir-là. Mais Sarah craignait le pire. «Il n’allait pas bien du tout. Le jeudi, il a pleuré dans mes bras, il a dit : “Je m’excuse…” Il pleurait, il manquait de souffle.»

Sarah avait trouvé une gardienne pour la fin de semaine, pour faire garder leurs quatre enfants, pour qu’il puisse se reposer. «Les vacances de Noël, ça l’avait brûlé. Il me disait : “Je suis tellement fatigué…”»

Sarah avait demandé du répit au CLSC, pour elle et son chum, elle n’en avait pas eu. «Moi aussi c’était difficile, je le suivais là-dedans.»

Elle en a maintenant. 

«Maintenant qu’il est trop tard…»

Une amie était venue chez elle le vendredi soir en attendant que son chum revienne. «Je lui disais que j’étais inquiète, elle me disait qu’il devait être correct, elle essayait de me rassurer. Il nous avait dit qu’il n’y avait pas beaucoup de réseau où il allait. Mais un moment donné, je n’en pouvais plus d’attendre. J’ai appelé le 9-1-1.»

Les recherches ont commencé tout de suite. 

Son chum avait son plan. «Il m’avait dit que le contrat avançait moins rapidement que prévu mais qu’il pensait être bon pour finir avant la fin de la semaine. Il me disait que c’était payant, que ça lui aurait donné 5000 $. Après les Fêtes, c’était bienvenu. J’aurais peut-être dû poser plus de questions, mais c’était quand même plausible.»

Son chum n’avait pas de contrat à l’extérieur, il était dans un motel à Beauport.

Il avait loué la chambre 24 pour la semaine.

«Il était plâtrier. Il avait déjà fait un contrat là, dans une chambre de ce même motel où il y avait eu un meurtre… Ça l’avait marqué. Ça lui avait rappelé sa sœur, elle avait été assassinée. Ça faisait une couple d’années qu’il ne filait pas. Il avait des hauts et des bas, mais les bas étaient toujours plus bas.»

Il ne voyait plus comment remonter.

Le samedi matin, les policiers sont venus frapper à la porte de la maison.

«Ils ont été extraordinaires. Ils étaient vraiment désolés. Ils sont restés trois heures avec moi, le temps que quelqu’un prenne le relais.»

Elle tente de rester forte pour les enfants.

En mai, son chum était parti et était revenu. Elle avait réussi à le convaincre de consulter un médecin de famille.

«Il ne lui avait pas tout dit, il n’était pas capable. Il m’avait demandé d’y aller avec lui, mais le médecin n’a pas voulu. Il lui avait juste dit qu’il était angoissé. Elle ne lui a pas demandé s’il avait des idées noires.»

Sarah ne savait plus à quelle porte frapper. «J’étais rendue à penser à un plan pour le faire soigner de force…»

Sarah a connu son chum il y a plusieurs années, chacun avait déjà un enfant d’une autre union, ils ont décidé d’en avoir ensemble. Ils en ont eu trois, qui ont quatre ans et demi, deux ans et demi et 18 mois.

Et plus de papa.

En arrêt de travail, Sarah se retrouve seule avec les enfants, dans une maison dans laquelle ils venaient juste d’emménager. «On a déménagé en octobre. Il nous a placés ici avant... Et là, je ne sais pas comment je vais faire pour garder la maison, pour préserver la qualité de vie des enfants.»

Son chum n’a jamais voulu prendre une assurance-vie. «Dès que j’ai été enceinte la première fois, je lui ai demandé et il a toujours refusé. Il disait que ça ne servait à rien, que ça coûtait cher. J’étais même prête à faire les paiements pour lui quand je travaillais, mais même ça, il ne voulait pas.»

Il n’a pas non plus pris d’assurance sur l’hypothèque. «De toute façon, quand c’est un suicide, ce n’est pas couvert pendant les 12 premiers mois. Et il y a des compagnies où c’est 24 mois.»

Tout ce qu’elle a, c’est quelques mots griffonnés au motel. «Je laisse ma part de l’hypothèque et tout ce qu’il y a dans la maison à Sarah Benoit.»

Mais ça ne règle rien.

Sarah se sent incapable de retourner travailler tout de suite, elle aimerait pouvoir se sortir la tête de l’eau et, surtout, ne pas perdre son toit. «S’il avait eu une assurance-vie, je pourrais au moins avoir ça de moins à me préoccuper. J’aurais de l’argent pour la maison, pour les enfants.»

Elle aimerait surtout qu’ils aient encore un père.

Sarah se demandera toujours si elle aurait pu faire plus, ou mieux. Elle se demandera toujours ce qui serait arrivé s’il avait eu de l’aide.

Le suicide, quel qu’il soit, laisse un trou rempli de «si».

*Si vous voulez aider Sarah et ses enfants : www.gofundme.com/aidons-sarah-a-soutenir-sa-famille

**Si vous n’êtes plus capable de remonter : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)