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La Capitale

Gilles Carignan nommé directeur général du «Soleil»

Le nouveau visage du «Soleil» continue de prendre forme. Le tout premier conseil d’administration de la Coopérative de solidarité «Le Soleil», élu mercredi dernier, a nommé Gilles Carignan au poste de directeur général de la nouvelle entité.

Celui qui était jusqu’à présent directeur du contenu numérique de Groupe Capitales Médias s’est dit «animé par le désir de renverser la vapeur, de sortir de l’impasse». «On pense qu’on a des idées intéressantes dans l’équipe qui vont nous permettre de voir la lumière au bout du tunnel rapidement», a-t-il souligné.

Justice et faits divers

Profilage racial à Québec?

Un soir de la mi-novembre, Axel Mbongo marchait sur la rue Saint-Joseph en direction du Café Van Houtte quand une voiture de la police de Québec a tourné le coin de la rue de la Cité et s’est arrêtée près de lui.

La policière, accompagnée d’un collègue, a ouvert la fenêtre et lui a ordonné de marcher sur le trottoir. «Comme d’habitude, on m’a demandé mes papiers d’identité», se souvient M. Mbongo, 28 ans, un ancien athlète de l’équipe d’athlétisme du Rouge et Or qui possède une entreprise d’entretien ménager. Puis, les patrouilleurs l’ont laissé partir. 

Depuis le printemps, Axel Mbongo affirme qu’il s’est fait interpeller plus d’une dizaine de fois par le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) dans le quartier Saint-Roch, où il travaille de soir et de nuit. 

Axel Mbongo dit qu’il aurait pu comprendre que les policiers l’interpellent une ou deux fois parce qu’il aurait éveillé leurs soupçons en se déplaçant seul la nuit dans le quartier. Mais il croit que la fréquence des interpellations — au moins deux fois par mois, estime-t-il — n’aurait jamais été aussi élevée s’il avait été Blanc. 

«Je pense que c’est du profilage racial, dit-il. Ça ne peut être rien d’autre que la couleur de ma peau.»

L’entreprise de M. Mbongo, TVM Service d’Entretien Ménager, fait affaire avec une trentaine de restaurants et de cafés à Québec et à Lévis. Le soir et la nuit, entre 23h et 7h, son équipe de concierges nettoie les cuisines et les salles à dîner en l’absence des clients.

Parfois, quand Axel Mbongo n’a pas assez d’employés, il fait le ménage lui-même. Mais la plupart du temps, il fait la navette d’un resto à l’autre à pied ou en vélo pour superviser le boulot. C’est pendant ces trajets nocturnes qu’il affirme se faire interpeller par les policiers.

Par exemple, le 17 juin, vers 4h du matin, Axel se dirigeait vers un ménage au restaurant Louise Taverne & Bar à vin, sur la rue Saint-Paul, lorsqu’il a été intercepté par deux patrouilleurs. Les policiers lui ont remis une contravention parce que sa bicyclette n’était pas munie d’un feu rouge arrière. Mais M. Mbongo croit que c’était seulement un prétexte pour vérifier ses pièces d’identité. 

Un soir cet été, allègue-t-il, des policiers l’ont interpellé sans motif devant le Ashton sur le boulevard Charest. «Je marchais. Ils étaient de l’autre bord de la rue. Ils ont fait demi-tour! Ils sont venus me voir. Rendu là, je commençais à être écœuré. Ça faisait comme quatre fois. Je leur ai dit : “Est-ce qu’il y a un problème?” Ils m’ont répondu : “On est des policiers, on peut parler aux citoyens”.» Ils lui ont demandé ses papiers. 

Le 6 novembre, Axel Mbongo marchait sur la rue du Parvis. À ce moment, relate-t-il, deux voitures de police se sont arrêtées près de lui, des policiers l’ont arrêté, menotté et embarqué dans une voiture de patrouille. Ils lui ont expliqué que son manteau jaune ressemblait au manteau beige d’un suspect. Ils ont vérifié son identité et l’ont relâché après une quinzaine de minutes. 

Lors de sa dernière interpellation, à la mi-novembre, près du Café Van Houtte, M. Mbongo était en colère. «Je leur ai dit : “Prenez ma photo, affichez-la en grand dans votre bureau chef, et foutez-moi la paix!”»

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Arts

E.T de retour après 37 ans...le temps d'une publicité [VIDÉO]

Figure emblématique du cinéma des années 80, E.T l'extra-terrestre a fait son grand retour le temps d'une publicité pour Comcast, qui a utilisé l'attachante créature de l'espace pour faire la promotion de la marque Xfinity.

La publicité a été diffusée pour la première fois à l'occasion de l'Action de grâce américaine. E.T y retrouve son ami Elliott, interprété une fois de plus par Henry Thomas, désormais âgé de cinquante ans.

Le thème des réunions familiales est omniprésent dans cette publicité, alors qu'on peut y voir Elliott présenter sa petite famille à E.T.

Ce dernier découvre aussi les technologies modernes comme Internet, la réalité virtuelle et les vidéos sur demande. Sans surprise, chacune des inventions que découvre l'extra-terrestre porte le sceau de la compagnie Comcast.

Les amateurs du long-métrage de 1982 auront remarqué quelques clins d'oeil, notamment lorsqu'on voit E.T manger des gâteaux aux bonbons Reese, ou bien quand il s'envole en vélo avec les enfants d'Elliot.

S'il y avait un risque à utiliser une figure emblématique du cinéma à des fins commerciales, les admirateurs peuvent être rassurés de savoir que Steven Spielberg, le créateur d'E.T, a été consulté durant tout le processus créatif. Il était important pour lui que la publicité conserve l'esprit du film original.

Mise en ligne le 28 novembre, la vidéo est rapidement devenue virale dépassant les huit millions de vues sur YouTube.

Vérification faite

Vérification faite: croisières polluantes à l'extrême?

L’AFFIRMATION: «Dans un article paru récemment dans Paris Match [«Tourisme : le raz de marée» ], on lit que les navires de croisière géants carburent au fioul lourd et que “durant l’escale, les moteurs restent allumés pour alimenter l’électricité [… et] émettrai[en]t 10 fois plus de pollution atmosphérique que toutes les voitures européennes réunies”. Vu le nombre croissant de navires de croisière faisant escale à Québec et le refus du directeur du Port de Québec, Mario Girard, d’installer des prises électriques afin de diminuer cette source de pollution atmosphérique, je me demandais si c’était vrai», demande Thérèse Latour, de Québec.

LES FAITS

L’article de Paris Match affirme que c’est la pollution générale (et pas seulement quand ils sont à quai) des navires de Carnival, le plus important croisiériste au monde, qui «émettrait à lui seul 10 fois plus de pollution atmosphérique que toutes les voitures européennes réunies». La source de cette affirmation n’est pas mentionnée, mais il s’agit manifestement d’un rapport de l’ONG écologiste européenne Transport & Environment publié en juin dernier.

Le document trace un portrait très sombre de la pollution des navires de croisière, mais Paris Match en gonfle quand même un peu le propos : il n’y est nulle part écrit que Carnival émettait 10 fois plus de «pollution atmosphérique» que tout le parc automobile européen, mais bien que le croisiériste rejette 10 fois plus d’oxydes de soufre (SOx). Il s’agit, évidemment, d’une forme de pollution de l’air, mais prendre les SOx comme indicateur et les gaz d’échappement des voitures comme point de comparaison est un brin trompeur dans ce cas-ci. Tant en Europe qu’en Amérique du Nord, les normes d’émissions d’oxydes de soufre pour les véhicules sont devenues beaucoup plus sévères depuis 20 ans — mais pas pour les bateaux.

Au Canada par exemple, jusqu’à la fin des années 1990, l’essence contenait autour de 320 parties par million (ppm) de soufre, et la limite légale était de 5000 ppm pour le diesel utilisé dans les voitures. Or de nos jours, ces carburants ne peuvent plus contenir plus de 15 ppm de soufre, et même 12 ppm dans le cas de l’essence à partir du 1er janvier prochain.

Or, les normes pour les navires de croisière n’ont pas évolué aussi rapidement, même si beaucoup de pays sont en train de les resserrer. En eaux internationales, le plafond actuel est de 35 000 ppm. En Europe pour l’année 2017 (sur laquelle portait le rapport de Transport & Environment), certains pays imposaient une norme de 1000 ppm aux croisiéristes, mais d’autres permettaient jusqu’à 15 000. Alors, il est évident que comparer les émissions de SOx des voitures et des navires noircit artificiellement le portrait : d’autres mesures de pollution de l’air, comme les particules en suspension, donneraient des résultats moins spectaculaires. Et il est donc exagéré de présenter les choses comme Paris Match l’a fait.

Cela dit, cependant, il est incontestable que les croisières sont une activité très polluante, toutes proportions gardées. Plusieurs études scientifiques l’ont prouvé, montrant par exemple que la pollution de l’air sur le pont de certains de ces navires atteint (lorsqu’ils sont à quai) des niveaux comparables à des mégalopoles de Chine. D’autres travaux ont démontré que la présence de ces villes flottantes a un effet notable sur la qualité de l’air dans des endroits comme Barcelone, Dubrovnik et Svalbard.

Il faut cependant ajouter ici que ces résultats ne sont pas forcément applicables au cas de Québec, puisque le Canada possède des normes plus sévères qu’ailleurs : 1000 ppm de soufre au maximum, et ce dans un rayon de 200 milles nautiques des côtes. Cela ne signifie pas que l’on ne peut pas en faire davantage — le rapport de Transport & Environment souligne justement que s’il est possible d’éliminer presque complètement le soufre des carburants pour voitures, ça l’est forcément aussi pour les navires de luxe. Cela n’indique pas non plus que le Port de Québec a fait tout ce qu’il pouvait ou devait faire pour réduire la pollution des croisiéristes. C’est au minimum une question légitime, comme l’avait démontré le collègue François Bourque dans une chronique de septembre. Mais cela sort du sujet de cette vérification-ci…

LE VERDICT

Inexact. Il est vrai que l’industrie des croisières est très polluante, mais le rapport d’où vient l’affirmation parlait de 10 fois plus d’oxydes de soufre que le parc européen de véhicules, pas 10 fois plus de «pollution atmosphérique» en général. En outre, ses résultats ne sont pas forcément transposables au cas du Canada, où les règles en vigueur sur le soufre dans les carburants ne sont pas les mêmes qu’en Europe.

La Capitale

Spectacle-bénéfice «Québec, mon amour»: pour que Le Soleil se lève encore [PHOTOS]

Dans une ambiance conviviale, baignée par les notes de huit chanteurs et musiciens de Québec, plus de 600 personnes ont convergé vers L’Impérial, mercredi soir, à l’occasion du spectacle-bénéfice «Québec, mon amour», visant à appuyer Le Soleil dans sa volonté de surmonter la crise qui le secoue et dont le nouveau modèle coopératif pourrait s’avérer la planche de salut.

Dans l’assistance, plusieurs représentants du monde politique, culturel, journalistique, économique et sportif, mais aussi plusieurs lecteurs assidus. Parmi eux, Suzanne Richard, aux premières loges pour assister au show. «Je viens appuyer la continuité du journal et la nouvelle formule [de relance]», lance la dame de Québec, passionnée de politique et de culture.

Pendant plus de deux heures, tout ce beau monde a vu défiler Simon Kearney, Tire le Coyote, Koriass, Pascale Picard, The Lost Fingers, Karim Ouellet, Maude Audet et Liana Bureau. Une des rares fois, peut-être même la première, où autant d’artistes de la capitale, qui pour la plupart continuent à habiter la ville, étaient réunis sur la même scène. 

«Le Soleil a toujours été là pour les artistes de la relève. Les premiers articles de journaux sur moi l’ont été [dans ce journal]. C’est une institution qu’il faut absolument préserver», mentionne Tire le Coyote.

Indispensable

Les maires de Québec et de Lévis comptaient parmi les spectateurs. Chacun a insisté sur l’importance que Le Soleil, fort de ses 123 ans d’histoire, poursuive sa mission. Régis Labeaume croit qu’il serait dangereux que la capitale ne compte plus qu’un seul quotidien. «Ce serait antidémocratique, même si je ne suis pas toujours content de la couverture [de son travail]...» glisse-t-il, d’un ton badin. «Pour l’écosystème de Québec, Le Soleil est indispensable», devait-il ajouter quelques instants plus tard à la foule.

Gilles Lehouillier croit que le projet de coopérative, vers lequel se dirige le quotidien du quartier Saint-Roch, représente une avenue intéressante. Le Journal de Lévis a emprunté cette voie, il y a quelques années, et les résultats sont au rendez-vous, explique-t-il. «Au début, on pensait que ça ne marcherait pas, mais il a survécu. Sinon, la région de Lévis n’aurait pas d’hebdo.»

Dans un texte à saveur poétique, rédigé juste avant le spectacle, la directrice artistique du Trident, Anne-Marie Olivier, a clamé haut et fort son amour pour Québec et Le Soleil. Pour elle, la capitale ne serait pas la même si Le Soleil cessait de l’éclairer. «J’ai besoin de tes penseurs, de tes lanceurs d’alerte, de tes assoiffés de vérité qui font tout pour nous la donner […] Ton éclipse serait extrêmement périlleuse. Québec, prends soin de toi et de ton brillant quotidien.»

Anecdotes

Les maîtres de cérémonie de la soirée, Guillaume Dumas, animateur à ICI Radio-Canada Première, et Catherine-Ève Gadoury, sont retournés dans les archives pour relater quelques faits marquants et autres anecdotes qui ont émaillé l’histoire du journal, dont sa naissance, le 28 décembre 1896, sur les cendres de L’Électeur.

«Le Soleil a été pour moi une école de vie», a déclaré l’animateur qui a passé huit ans dans ce journal, et dont le père (Maurice) a été longtemps l’un des piliers de la section sportive. «Avec les coupes dans les fonds de pension, comme les autres retraités, il ne l’a pas facile. J’aimerais qu’on se batte ensemble pour qu’ils ne perdent pas en plus leur journal.»

L’artiste peintre Jean Gaudreau, qui a payé ses études comme camelot du Soleil, tenait à être présent à la soirée. «Son apport culturel est extraordinaire. C’est un journal qui fait partie de nos vies.»

Une vague d’amour qui, espèrent maintenant les artisans du Soleil, permettra d’insuffler l’énergie nécessaire pour attacher les dernières ficelles du financement. Les prochaines semaines s’annoncent fertiles en émotions. À l’image de cette soirée historique.

Chronique

Transformation extrême pour Fleur de Lys

CHRONIQUE / Le projet de transformer Fleur de Lys en un nouveau quartier multifonctionnel habité commence à se préciser.

Le Soleil a mis la main sur des documents de travail qui laissent entrevoir un virage spectaculaire qui fait éclater le concept traditionnel du centre commercial replié sur lui-même au milieu d’une mer de stationnements. 

Les promoteurs Jonathan et William Trudel souhaitent faire de Fleur de Lys un milieu de vie et de séjour pour des résidents permanents, des touristes et des spectateurs en route pour le Centre Vidéotron. 

Ces derniers utilisent déjà les stationnements (gratuits) de Fleur de Lys, mais ne s’y attardent pas, faute d’attraits ou parce que les commerces sont souvent fermés aux heures de spectacle. 

L’autre objectif est de mieux utiliser l’espace en densifiant le site, ce qui entraînera une réduction du stationnement de surface pour lui substituer des espaces équivalents en étages ou en souterrain.

Il est aussi prévu de diversifier les usages. S’ajouteront aux fonctions commerciales et de divertissement actuelles des usages résidentiels, d’hôtellerie, d’éducation et enseignement, de services et de vie communautaire, ainsi que des espaces publics, parcs et liens piétons-vélos.

Cette vision de relance d’un centre commercial en déclin n’est pas unique à Québec. On retrouve ailleurs beaucoup d’exemples inspirant qui intègrent ainsi des valeurs d’urbanisme et de développement durable aujourd’hui recherchées par les villes : moins de gaspillage du sol, diversité des usages pouvant réduire les déplacements, réduction des îlots de chaleur causés par les stationnements, encouragement à la mobilité active, accès au transport collectif, plus grande perméabilité du site favorisant les échanges avec le voisinage, large adhésion sociale au projet, etc. 

On peut saluer ici la démarche assez exemplaire des promoteurs Trudel qui ont consulté des marchands (70), ce qui peut sembler aller de soi, mais aussi des groupes communautaires (60) et citoyens (2300) plutôt que de travailler en vase clos. La Ville de Québec a aussi été associée à la réflexion.

Justice et faits divers

Sur les traces de «Colosse»

Un illettré. Un chef de gang. Un homme de famille. Un criminel violent. Un amoureux des animaux. Qui est Yves «Colosse» Plamondon?

Yves Plamondon est né le 8 août 1950 dans une famille pauvre du quartier Saint-Sauveur dans la basse-ville de Québec, fils d’un père débardeur au port de Québec et d’une mère au foyer.

Avec ses deux frères et ses deux sœurs, il aura une enfance qu’il qualifie d’heureuse et normale.

Le jeune Yves n’aime pas l’école. Selon ses souvenirs, le professeur l’installait au fond de la classe et ne s’occupait plus de lui. Il accumule les difficultés d’apprentissage et quitte l’école en quatrième année. Encore aujourd’hui, à 69 ans, Plamondon ne sait ni lire ni écrire. Son analphabétisme est une source de gêne pour lui, note le psychiatre.

Yves Plamondon est embauché comme messager dans une épicerie puis fait des travaux au port de Québec pour son parrain contremaître. Il dit avoir aussi été portier et serveur dans un bar de danseuses.

Mais essentiellement, il va gagner sa vie avec ses crimes.

Amateur de voiture

À l’âge de 13 ans, Plamondon commet ses premiers vols. L’ex-détenu affirme qu’il volait des voitures parce qu’il aimait la conduite automobile. À 17 ans, il reçoit sa première peine fédérale de deux ans. 

Au début des années 1970, Plamondon et deux complices masqués et armés entrent dans une banque, ordonnent au personnel de se coucher au sol et partent avec le contenu des caisses. Ils seront rattrapés par les policiers après une courte poursuite. Plamondon est condamné à cinq ans et huit mois de prison.

En 1977, Plamondon est pris en train d’essayer d’ouvrir le coffre-fort d’un laboratoire de biologie de Loretteville avec deux complices. Ce crime lui vaut neuf mois de prison.

À cette époque, les policiers considèrent Yves Plamondon comme un individu dangereux et violent, qui pourrait s’en prendre aux agents.

C’est aussi durant cette période que Plamondon se voit attribuer son surnom de «Colosse». Il s’entraînait à la boxe et aurait gagné un concours de force, raconte-t-il. Lorsqu’on lui pose la question, Plamondon répond que ce surnom lui déplaît.

Plamondon passera plusieurs périodes en prison durant les années 1980, jusqu’à son arrestation, en septembre 1985, pour les meurtres de Claude Simard, Denis Ouellet et Armand Sanschagrin.

Il était connu comme un vendeur de stupéfiants, mais dit n’avoir jamais été un consommateur. Plamondon admet avoir fréquenté le clan Dubois de Mont­réal, mais nie tout contact avec les Hells Angels.

Maître de l’évasion

Plamondon a très souvent tenté et plus rarement réussi à s’évader. En 1973, il scie les barreaux de sa cellule. En 1981, il tente de s’évader par une fenêtre.

En 1985, il essaie de s’évader du palais de justice de Québec.

Un an plus tard, il réussira son évasion, avec d’autres détenus, par les égouts de l’établissement de Laval. La même année, Plamondon est soupçonné d’organiser une évasion par hélicoptère. En 1987, Plamondon et trois autres détenus coupent les mailles d’une clôture.

Les tentatives et les complots d’évasion, impliquant parfois des armes et de la dynamite, se poursuivent jusqu’en 1995, notamment au pénitencier de Donnacona. Plamondon sera soupçonné d’avoir commandé deux meurtres de codétenus qui en savaient trop sur les complots. Il ne sera pas accusé.

La prison «sous les bras»

Les rapports carcéraux du début des années 1990 décrivent Yves Plamondon comme une personne violente, qui menaçait régulièrement les agents correctionnels et avait instauré un climat de tension à l’intérieur des murs. Il avait la prison «sous les bras», dit-on. Dans sa rencontre avec le psychiatre Joel Watts, Plamondon nie avoir eu une telle influence.

Plamondon a souvent été transféré d’établissement carcéral en raison de craintes pour la sécurité. En 1992, des détenus font une émeute parce que Plamondon a été placé en isolement.

Le comportement de Colosse s’est beaucoup adouci après 2002. Il était devenu responsable des sports puis aidant pour les détenus handicapés.

Lorsque le psychiatre Watts lui demande s’il regrette certains crimes, Plamondon répond «j’accepte mes gestes».

L’ex-détenu soutient avoir été victime d’un complot des policiers de Québec, qui, avec les meurtres, ont trouvé un moyen de le coffrer et de stopper son trafic de stupéfiants.

Plamondon a longtemps souffert d’une leucémie. Il est en rémission depuis 2011.

Yves Plamondon a eu plusieurs conjointes. Il a eu une fille, qui a aujourd’hui 34 ans. Il n’a eu que peu de contact avec elle. Il est également grand-père.

Jean-Marc Salvet

Vous avez dit «décorum»?

CHRONIQUE / Je ne comprends pas. Plusieurs considèrent que Catherine Dorion n’est que dans la provocation. Mais si ces personnes estiment qu’elle est dans la provocation pour faire parler d’elle, pourquoi perdent-elles leur temps à faire son jeu en parlant d’elle à ce point? C’est ce que je ne comprends pas; c’est ce que je ne comprendrai jamais.

Pour ma part, j’estime qu’on est depuis longtemps dans une sorte de délire collectif au sujet de l’élue de Québec solidaire dans Taschereau.

Il y a des parlementaires qui sont fatigués, certes. Normal. Le rythme de travail de plusieurs est effréné. Mais je crois aussi que d’autres n’ont pas grand-chose à faire pour se préoccuper à ce point des vêtements de Catherine Dorion.

Jeudi, certains se sont énervés devant le coton ouaté qu’elle portait. Quelle atteinte au «décorum»!

Ces députés ne devaient pas avoir beaucoup d’autres préoccupations en tête. Ce ne sont pourtant pas les dossiers sérieux qui manquent. Mais passons.

Vous avez dit «décorum», c’est ça? Moi, je me souviens de ce député qui, pendant les périodes des questions, dessinait des voitures plutôt que de même faire semblant de s’intéresser à ce qui se déroulait autour de lui. De jolies voitures tout de même...

Décorum? Je me souviens de députés qui, pour dire le moins, somnolaient pendant les travaux parlementaires.

J’ai en mémoire des députés que des collègues ont dû réveiller d’un aimable coup de coude pour qu’ils votent ou pour qu’ils quittent des yeux leur petit écran. Ou pour qu’ils se souviennent qu’ils étaient en commission parlementaire.

On pourrait d’ailleurs se demander jusqu’où va ce fameux décorum?

On pourrait en nommer plusieurs qui ont utilisé les tribunes solennelles du Parlement pour promettre des choses dans l’opposition qu’ils savaient qu’ils ne réaliseraient pas une fois au pouvoir. Je pense par exemple ici aux fameux trop-perçus d’Hydro-Québec dont les Québécois ne reverront pas tout à fait la couleur.

«Stupide», rien de moins!

On n’a pas à être d’accord avec ce que dit Catherine Dorion au Salon bleu ou ailleurs — pas plus qu’avec le programme de Québec solidaire.

La députée de Taschereau divise, qui plus est. Mais on pourrait dire cela de bien d’autres élus, cela dit.

Je ne comprendrai cependant jamais, je le répète, que ceux qui l’accusent d’être dans l’outrance en raison de certains vêtements qu’elle porte (parfois) lui accordent toujours tant d’importance, puisqu’alors, pour être logiques avec eux-mêmes, ils ne devraient pas lui prêter l’attention qu’elle chercherait à obtenir, non?

Catherine Dorion n’avait tout de même pas mis le capuchon sur sa tête! Gare aux polices du bon goût.

Des atteintes bien plus graves sont régulièrement commises contre le décorum à l’Assemblée nationale. Pensons seulement au chahut. Pensons aussi aux invectives que certains lancent à micro fermé à leurs adversaires.

À la période des questions, jeudi, un élu libéral a traité un ministre de «stupide» — hors micro, bien entendu. C’est du décorum, ça?

Il y a tellement plus à dire sur le décorum à l’Assemblée nationale que le pauvre coton ouaté de Catherine Dorion.

Arts

The Lost Fingers, Karim Ouellet et Maude Audet au spectacle pour la Coop du Soleil

The Lost Fingers, Karim Ouellet et Maude Audet ont confirmé leur participation au spectacle bénéfice pour la Coop du Soleil qui réunira des artistes locaux sur la scène de l’Impérial Bell le 27 novembre.

Ces trois noms viennent rehausser l'affiche du spectacle «Québec, mon amour», dans lequel Tire le Coyote, Koriass et Pascale Picard offriront aussi des prestations musicales.

Sarahmée, Liana Bureau et Simon Kearney avaient aussi déjà annoncé leur participation à ce spectacle qui vise à soutenir le projet de coopérative de solidarité mis sur pied par les artisans du Soleil pour relancer le quotidien de Québec, dont la survie est menacée.

«C’est magnifique de voir que les artistes de la scène musicale de Québec se mobilisent et nous appuient. Ce sera, sans l’ombre d’un doute, une soirée chargée d’émotion à l’Impérial», dit Marc Allard, journaliste et chroniqueur au Soleil et un des organisateurs du spectacle.

Balado

Le Meurtrier Gentleman - Épisode 3/3 [BALADO]

Voici le troisième et ultime épisode de notre balado judiciaire «Le Meurtrier Gentleman».

Récapitulons. L’avocat de Ieuan Jenkins, Me Michel Roberge, s’est rendu au Pays de Galles pour mieux comprendre qui est son client, accusé du meurtre non prémédité de sa femme. Il a recueilli des dizaines de témoignages, autant des proches de l’accusé que des proches de la victime. Tout le monde décrit Jenkins comme un homme doux, pacifique, généreux. 

Avec tous ces témoignages assermentés, l’avocat de la défense réussit à convaincre le procureur de la Couronne Me René Verret que son client puisse plaider coupable à une accusation réduite d’homicide involontaire. Les parties n’ont toutefois aucune entente sur la peine à suggérer au tribunal. S’appuyant sur une expertise psychiatrique, la défense plaide que le crime a été commis lors d’un moment de dissociation et demande un sursis de peine, soit une simple probation sans période d’emprisonnement. La Couronne veut de la détention; elle ne suggère pas de chiffre précis, mais évoque une cause où l’accusé a eu une peine de six ans de détention. 

C’est maintenant au juge André Bilodeau de la Cour du Québec de trancher.

Balado

Le Meurtrier Gentleman - Épisode 2/3 [BALADO]

10 août 1990. Le touriste Ieuan Jenkins, 49 ans, a étranglé sa femme dans une chambre d’hôtel du centre-ville de Québec. Lui et Alexandra McBride, 46 ans, étaient mariés depuis 25 ans. Ils allaient bientôt divorcer à la demande de la femme.

L’homme ne comprends pas ce qui vient de se passer.  Il se rappelle les paroles dures de sa femme. Il se rappelle qu’elle lui a dit que ses propres fils le détestaient. Après avoir tenté de réanimer sa femme, Jenkins s’est livré à la police. Il a été accusé de meurtre au second degré et attend maintenant de savoir quel sort la justice canadienne lui réserve.

Bonne écoute de l’épisode 2!

Vérification faite

Vérification faite: les sondages influencent-ils le vote?

L’AFFIRMATION: «Les sondages sont de plus en plus nombreux et de plus en plus pointus [par circonscription] pendant les campagnes électorales, et on entend souvent dire qu’ils influencent le vote. Mais jusqu’à quel point est-ce vrai? Y a-t-il des études là-dessus? Des gens sont-ils vraiment tentés de voter comme la majorité ou alors contre un candidat, et ainsi priver un tiers parti des votes nécessaires à sa survie?» demande Gilles Labrecque, de Saint-Jean-Port-Joli.

LES FAITS

Sans le contexte, la plupart des gens diraient que la citation suivante doit dater d’il y a à peine 10 ou 15 jours, alors que la campagne fédérale s’achevait : «Était-il bon ou néfaste que ces sondages aient été rendus publics? Ces chiffres peuvent-ils avoir influencé l’opinion publique? Et si tel est le cas, était-ce une mauvaise influence?»

En fait, il s’agit d’un extrait du livre Are Opinion Polls Useful? (Les sondages d’opinion sont-ils utiles?), qui fut publié en… 1946, lit-on sur le site de l’Association d’histoire américaine. Alors oui, il y a eu des études sur l’influence des sondages et, depuis le temps, il y en a même eu beaucoup.

Que disent-elles? Dans l’ensemble, on ne peut pas dire que leurs résultats montrent clairement une influence des sondages sur le vote populaire. Du moins, pas une grosse, et pas au sens où on l’entend habituellement, où des individus décident de changer leurs intentions de vote pour «suivre» la majorité — j’y reviens tout de suite. Certaines études ont trouvé des signes d’un effet des sondages, mais d’autres non.

Par exemple, une étude danoise récente a comparé les intentions de vote de trois groupes lors d’une campagne électorale. Un groupe s’est simplement fait demander pour qui ils comptaient voter : 18 % d’entre eux ont dit qu’ils comptaient appuyer le Parti social-démocrate (PSD). Un autre groupe a dû lire au préalable un (faux) article de nouvelle sur un sondage qui montrait prétendument le PSD en perte de vitesse : 16 % ont ensuite dit qu’ils allaient voter PSD. Et un troisième groupe a été exposé à un autre faux sondage qui indiquait, lui, que le PSD était en progression : 22 % de ces gens ont ensuite affirmé qu’ils appuieraient le PSD.

Cependant, les différences entre ces groupes n’étaient pas toutes «statistiquement significatives», ce qui signifie que les chances pour que ces écarts soient simplement dus au hasard sont trop fortes pour qu’on les considère tous comme «réels». Et ce, même si l’échantillon était assez grand (autour de 600 personnes par groupe), ce qui suggère fortement que l’effet des sondages, en présumant qu’il existe, serait plutôt faible.

D’autres travaux ont eux aussi conclu à un effet réel, mais assez faible (par exemple : stanford.io/34jyAdR), mais il y a aussi des études qui n’ont pas trouvé de signes montrant que les sondages ont vraiment un «effet de contagion» (les gens suivent la majorité) ou de «découragement» (des électeurs qui ne votent pas parce qu’un autre parti que le leur semble trop fort). Ainsi, des chercheurs des universités de Montréal, McGill et Waterloo ont publié l’année dernière des résultats portant précisément là-dessus dans la revue Options politiques. Il s’agissait de sondages «en deux temps» administrés avant et après les élections fédérales et provinciales de 2007 à 2015 au Québec. Et en demandant aux participants s’ils lisaient les sondages, ces chercheurs ont réalisé qu’en fait, les électeurs qui prêtent le plus attention aux sondages sont ceux qui sont les moins susceptibles de changer de parti au cours de la campagne. De plus, leur taux de participation est plus élevé que la moyenne (donc pas d’effet de découragement) et ils ne sont pas plus nombreux que les autres à voter pour le parti qui est en tête dans les sondages.

Ce sont là des comportements qui ne sont pas du tout cohérents avec l’idée que les sondages influencent vraiment le vote. Et ils ne surprennent plus la chercheuse Claire Durand, spécialiste des sondages de l’Université de Montréal et coauteure de cette étude : «Ça fait cinq élections qu’on fait cet exercice-là et qu’on voit la même chose à chaque fois», m’a-t-elle dit en entrevue.

Ces résultats montrent par ailleurs que les électeurs les plus susceptibles de changer leur fusil d’épaule pendant une campagne électorale sont ceux qui ont l’intention de voter pour des «petits» partis. Par exemple, aux provinciales de 2008, les partisans de Québec solidaire, d’Option nationale et du Parti vert ont été (proportionnellement) entre 3 et 17 fois plus nombreux à changer d’idée avant le scrutin que ceux du Parti québécois.

Évidemment, on peut voir là-dedans un signe que les sondages favorisent le «vote stratégique» (voter pour un choix autre que son favori afin de bloquer un autre parti), et il est entièrement possible que les sondages aient ce genre d’effet. Mais il s’agit là d’un «effet d’information», souligne Mme Durand, pas d’un effet d’influence (au sens de «contagion») à proprement parler, comme on l’entend si souvent.

«Tout indique, concluent Mme Durand et ses collègues dans Options politiques, que la décision prise par les électeurs dépend beaucoup plus des positions et messages véhiculés par les partis et leurs chefs, ou du simple attachement à un parti, que de l’information que fournissent les sondages sur la popularité des partis. Nous pensons qu’il y a une surestimation de l’effet des sondages dans la sphère et les débats publics, puisque les analyses montrent que les sondages n’ont pas une influence importante sur le choix électoral des citoyens. Ils sont plutôt une information parmi d’autres utilisée dans le processus de décision.»

LE VERDICT

Loin d’être clair. Certaines études suggèrent que les sondages provoquent bel et bien un effet d’entraînement à la faveur du meneur ou d’un parti en progression, mais d’autres travaux arrivent à des conclusions contraires. Dans tous les cas, si effet il y a, il semble qu’il soit de faible envergure.

Le Mag

Le côté sombre du charbon

De plus en plus de produits cosmétiques l’incorporent. Les restaurants gastronomiques l’utilisent pour donner une belle teinte noire aux aliments. Il est vendu en santé naturelle, notamment contre les ballonnements. Le charbon végétal fait fureur. Mais faut-il s’en méfier?

Savons, masques, shampoings, dentifrices, smoothies virent au noir. Le responsable? Le charbon végétal activé, auquel on accole les mots «détoxifiant», «blanchissant», «désincrustant».  

Mais attention, les études scientifiques n’ont pas démontré ses réels bienfaits pour obtenir un sourire étincelant, éclaircir le teint ou dégonfler le ventre. 

Karine Gravel, nutritionniste et docteure en nutrition, met en garde contre les influenceurs qui vantent le charbon activé à tout vent. «Quand un produit a autant d’effets et semble tout faire, on doit être vigilant.»

Elle cite une panoplie de vertus présumées au charbon en poudre ou en capsules à ingérer. En plus de ses supposées propriétés digestives, il améliorerait la santé cardiaque, calmerait les enfants hyperactifs et aurait même des propriétés antivieillissement. Il éliminerait aussi les toxines, «comme s’il fallait faire notre grand ménage intérieur», ironise encore la nutritionniste. 

Mylène Moisan

«Faites ça vite, mes chiens sont dans le char»

CHRONIQUE / Un vieux cellulaire qu’elle n’avait pas utilisé depuis des lustres. Sa seule chance pour appeler le 9-1-1, son gars avait coupé les fils du téléphone.

Il était venu pour la tuer.

En proie à une psychose, Raphaël* était convaincu que sa mère n’était pas celle qu’elle prétendait être depuis toutes ces années, il allait le lui faire payer. «Il est arrivé ici, il s’est mis à me frapper, il me frappait… J’ai eu peur de mourir.»

Elle a couru vers son vieux cellulaire. 

Son fils s’est sauvé avant que les policiers n’arrivent. «Quand ils l’ont retrouvé, ils l’ont mis en prison». 

La mère de Raphaël avait pourtant souvent sonné l’alarme, ça faisait plus d’une dizaine d’années qu’elle voyait que quelque chose clochait. «La première fois, il s’était enfermé dans la salle de bain, je lui ai dit que j’avais besoin d’aller aux toilettes. Il m’a dit «non, il y a de l’argent caché sous le plancher», il était en train de défaire le plancher…»

Elle a appelé le centre de crise pour qu’on l’admette à l’hôpital. «Les policiers sont venus, ils ne pouvaient rien faire.»

Une autre fois, elle a réussi à le faire admettre à l’hôpital après qu’il eut arraché un cadre de porte. «Il est ressorti le lendemain. J’avais peur, j’étais dans une période où j’avais peur… […] Il arrive tellement de drames. On voit les mères à la télé qui disent «j’ai essayé de vous le dire, j’ai essayé d’avoir de l’aide».»

Elle avait peur d’être une de ces mères-là.

Le hic avec Raphaël, et plusieurs autres comme lui, c’est qu’il n’avait pas «juste» des problèmes de santé mentale, il avait aussi des problèmes de consommation. Et le système est ainsi fait qu’il traite les deux séparément, il faut avoir l’un ou l’autre de ces deux problèmes.

Raphaël, atteint de schizophrénie paranoïde, tombait entre deux chaises.

Entre les mailles.

Et il tombait toujours plus bas.

Il a fallu qu’il tente de tuer sa mère pour que la machine se mette finalement en branle. Parce qu’il présentait un risque, un tribunal a rendu en 2015 une ordonnance de traitements l’obligeant à recevoir des soins et sommant les services sociaux de lui trouver un logement convenable. Raphaël, a écrit le juge, doit «habiter dans un milieu de vie où [il] bénéficiera d’un certain encadrement et où l’administration de sa médication antipsychotique, son alimentation et son hygiène seront supervisés».

Sa mère, enfin, pouvait pousser un soupir de soulagement, son fils allait enfin recevoir les soins dont il avait besoin.

Ben non.

«On avait un jugement béton, on se disait «enfin, ils vont s’occuper de mon fils!» Mais non, il y a plein de points dans l’ordonnance qui n’ont pas été respectés, comme pour l’appartement. La fille qui devait l’aider pour le choisir ne s’est pas présentée à un rendez-vous, il a pris un logement qu’il n’avait pas les moyens de payer et où il n’y avait aucun encadrement.»

Il a dû partir.

Il est passé d’un logement à l’autre, de mal en pis. «Une fois, il s’est retrouvé avec un monsieur qui consommait, ça ne l’aidait pas. Une autre fois, c’était tellement insalubre qu’il y avait des coquerelles jusque dans le cadran du micro-ondes…» Quand elle a su que des gens consommaient du crack dans un autre logement où son fils habitait, on lui a suggéré de «ne pas y aller au début du mois».

Elle savait, tout au plus, qu’on réussissait à lui administrer sa médication par injection comme prévu, tous les trois mois.

Le suivi devait être serré, qui ne l’était pas. «Une fois, on a rencontré la travailleuse sociale, elle voulait que je dise la vérité devant Raphaël, que je dise qu’il n’allait pas bien, mais je ne pouvais pas, ça l’aurait fait exploser. Elle m’a dit «faites ça vite, mes chiens sont dans le char» …»

Pendant tout ce temps, la mère de Raphaël était morte d’inquiétude. «J’étais inquiète toutes les fois. Comme mère, tu n’en dors pas des nuits…»

Et un matin de décembre dernier, alors que l’ordonnance de traitement était arrivée à échéance, Raphaël a pris la poudre d’escampette. «Sa propriétaire m’a appelée, je finissais de travailler, elle m’a dit que Raphaël avait laissé quelques objets sur la table avec une petite note : «pour ma mère».»

Elle a évidemment pensé au pire.

Quand les policiers ont localisé son fils, il était déjà rendu dans une autre province, hors de portée des autorités québécoises. Une de ses amies l’a suivi comme elle a pu, à partir d’annonces qu’il mettait sur internet, plus farfelues les unes que les autres. «Il était toujours dans le même coin. Raphaël, c’est quelqu’un qui ne bouge pas beaucoup.»

Elle avait peur. «D’un coup qu’il arrive quelque part et qu’il veut tuer tout le monde. Il a voulu tuer sa mère…»

Cette amie connaît Raphaël depuis l’adolescence, elle l’a donc vu perdre pied, toujours un peu plus chaque fois. Elle pense l’avoir vu faire sa première psychose à 17 ans, c’était le Jour de l’an. Et chaque fois qu’il se mettait dans le trouble, il prenait le chemin de la prison, jamais de l’hôpital. «Les crimes qu’il faisait, c’était toujours lié à l’argent.» Il a volé une auto, a raconté une histoire abracadabrante pour expliquer comment il l’avait obtenue, du pur délire.

Et il se sentait traqué, évidemment. «Selon lui, il se faisait droguer, c’était un complot pour le faire passer pour un fou. On avait toujours peur qu’il pète la gueule à quelqu’un s’il se sentait en danger. […] Il me disait qu’il était écouté, il disait des choses bizarres quand il me parlait, il disait que c’était pour les mêler…»

Il s’enfonçait.

Il sortait de prison, brisait ses conditions, y retournait. «On a un gars qui est passé plusieurs fois entre les mailles du filet, je ne sais plus combien de fois. Il a été deux fois à l’hôpital après avoir tenté de se suicider. On lui a demandé «veux-tu vraiment mourir?» il a répondu non et ils l’ont laissé sortir.»

Comme tant d’autres.

Elle l’a vu peu de temps avant qu’il parte sans avertir. «À la fin, il restait là à ne pas bouger, les yeux ouverts, les yeux fermés, avec les bras en l’air. L’ordonnance était finie, il ne prenait plus sa médication.»

Comme la mère de Raphaël, elle ne savait plus quoi faire. «Ce que je dénonce, c’est la détresse d’un système qui est énorme et qui fait trop souvent les choses à moitié. J’ai cherché quoi faire pour faire respecter l’ordonnance quand j’ai vu qu’elle ne l’était pas. On a cherché un avocat, personne ne voulait s’embarquer là-dedans. Quand il y a une ordonnance, par exemple pour un interdit de contact, il y a des recours pour que l’interdit soit respecté. Mais quand c’est le système qui ne respecte pas une ordonnance, il ne se passe rien, il n’y a aucun recours.»

Raphaël n’a donné aucun signe de vie à sa mère après avoir levé les feutres. «Il ne m’a pas donné de nouvelles. Pour lui, c’est moi qui suis la menace, c’est moi qui veux le faire soigner. Je ne peux pas poser de questions, je ne peux rien lui dire.» Elle a su que son fils était revenu à Québec récemment, une de ses cousines l’a croisé, il lui a dit qu’il avait un logement. Sa mère n’ose pas aller dans le coin, elle a peur de sa réaction.

Elle ne peut rien faire. «Je suis tellement perdue dans tout ça, tellement fatiguée. De psychose en psychose, il devient de plus en plus magané. Je ne sais plus s’il est réchappable. Il l’a déjà été, mais là, je ne sais plus…»

Elle ne peut s’empêcher de penser que son fils n’en serait peut-être pas là si les choses s’étaient passées autrement, s’il avait reçu des soins plus tôt, dès les premières manifestations de la maladie. Elle ne sait pas. Ce qu’elle sait, c’est qu’elle l’a vu glisser au travers des mailles du filet.

Une maille à l’endroit, cinq mailles à l’envers.

Dernièrement, son fils a eu 34 ans. «Je suis allée acheter un petit gâteau, je l’ai mangé toute seule trois jours plus tard. J’ai mis des chandelles dessus, j’ai mis sa photo à côté. Je lui ai acheté trois Ferrero Rocher, il aime ça, je les garde pour lui. J’ai peur de ce qui se passe dans sa tête, j’ai peur de le perdre.»

* Prénom fictif. 

Sur ce, je dépose le clavier quelques semaines, le temps d’une petite pause.

Le Mag

Le resto de Québec ARVI sacré meilleur nouveau restaurant au Canada [PHOTOS]

Le restaurant ARVI se distingue déjà, quelques mois après avoir soufflé sa première bougie. L’établissement de Limoilou, ouvert par le tandem François Blais et Julien Masia en juillet 2018, a été désigné meilleur nouveau restaurant au pays, dans un palmarès piloté par Air Canada.

«C’est vraiment un honneur pour l’équipe», a commenté le chef Julien Masia, en entrevue au Soleil. «C’est une belle récompense pour nos travailleurs, et aussi pour le fait d’avoir tenu notre bout sur notre vision de faire un restaurant un peu différent. Je pense que ça a porté ses fruits aujourd’hui.»

L’effet de la nomination dans le top 35 du concours, au début du mois d’août, se faisait déjà sentir, a noté Julien Masia. La nouvelle récompense risque de rendre assez rares les places disponibles dans ce petit restaurant. Le chef d’ARVI s’attend à recevoir une plus grande clientèle internationale et touristique avec cette visibilité.

Le concours d’Air Canada, réalisé pour son magazine En route, est le fruit de recommandations de plusieurs experts dans le domaine. Le palmarès final a toutefois été établi par une critique culinaire qui a voyagé d’un bout à l’autre du Canada pendant un mois pour essayer de façon anonyme les établissements en nominations. 

Le restaurant ARVI s’est distingué parce qu’il «donne un tout nouveau sens aux dîners-spectacles». «Assis à table, les invités peuvent voir trois chefs cuisiner et servir des repas gastronomiques qui leur valent une étoile Michelin, dans un cadre industriel intime d’inspiration moderniste du milieu du siècle», peut-on lire dans le communiqué.

Installé sur la 3e avenue, à Limoilou, ARVI («au revoir», en savoyard), propose deux menus cinq services à coût unique, dont un 100 % végétarien, cuisinés devant les convives et servis par les cuisiniers eux-mêmes. Le restaurant fonctionne sur le principe d’un billet réservé et payé à l’avance en ligne.

Au deuxième rang, on trouve un restaurant de Vancouver, Como Taperia, tandis que la troisième place est revenue à un restaurant torontois, le Donna’s. Montréal est représentée en 8e place par le Pastel. 

En 2017, un autre restaurant de Québec, le Battuto, avait remporté la première place du palmarès. 

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Balados

Le Meurtrier Gentleman - Épisode 1/3 [BALADO]

Le palais de justice, c’est l’endroit parfait pour se faire raconter des histoires. Des histoires souvent tristes, parfois choquantes. Il y a du banal, de l’extraordinaire et beaucoup d’humain.

Il y en a eu des milliers de ces histoires, au fil du temps. J’en ai découvert quelques-unes, en plongeant dans les vieilles éditions du Soleil, mon journal vieux de 123 ans, et en jasant avec des avocats qui portaient la toge avant que j’aie appris les lettres de l’alphabet. Ce sont eux, la mémoire du palais. Ce sont eux qui ont été la bougie d’allumage de notre nouvelle balado judiciaire, Verdict.

Pourquoi choisir une histoire et pas une autre? Parce qu’elle est hors du commun. Parce qu’elle suscite une émotion encore aujourd’hui. Parce qu’elle nous amène à nous questionner.

Pour vous raconter ces histoires du passé, je me suis d’abord installée pendant des jours dans la salle des archives au sous-sol du palais de justice, pour lire les dossiers de cour et toutes les notes sténographiques. Parfois, ça tient dans une fiche de carton. Parfois, c’est dans plusieurs boîtes.

Ensuite, je suis allée faire des entrevues avec ceux qui étaient les « acteurs » de ces histoires; les avocats de défense, procureurs de la Couronne, policiers. J’ai aussi fait appel à des spécialistes et à des intervenants sociaux pour mieux comprendre. 

Voici la première de ces histoires, celle de Ieuan Jenkins, un touriste du Pays de Galles qui a étranglé sa femme dans un hôtel de Québec, en 1990. Au-delà du drame, au-delà des personnages, cette histoire va vous plonger au coeur d’une des plus importantes partie du travail des juges, l’imposition d’une peine juste et équitable. En trois épisodes, Le Meurtrier Gentleman est le portrait de l’auteur d’un homicide, mais surtout un regard, trente ans plus tard, sur une peine hors norme.

Bonne écoute!  

affaires

Le «composteur» de comptoir Tero fait le grand saut

Après avoir suscité un engouement l’an dernier avec son idée de petit «composteur» de comptoir, Tero est prêt à faire le grand saut. La compagnie de Québec, menée par Elizabeth Coulombe et Valérie Laliberté, lance une campagne de sociofinancement sur Kickstarter pour produire ses premiers appareils.

En fait, il ne s’agit pas réellement d’un composteur, parce que le petit électroménager de Tero (38 x 25 x 20 cm) n’utilise pas de microorganismes pour dégrader les déchets de table. Il les déshydrate à haute température sur une période de trois heures pour en faire une fine poudre fertilisante, qui peut être ajoutée dans une plante, dans le jardin, dans les plates-bandes, sur le gazon… 

L’idée est née dans un projet d’études en design de produits, à l’Université Laval. Mais de l’idée au produit commercialisable, il a fallu beaucoup de travail aux deux jeunes entrepreneures dans la mi-vingtaine. «On a tout appris, c’est la première fois qu’on mène un projet de fond comme ça. C’est une super belle expérience», a raconté Elizabeth Coulombe, présidente de l’entreprise. 

Durant la dernière année, les cofondatrices ont notamment retravaillé le design de l’engin, qui a maintenant une forme plus allongée, pour être facilement placé contre un mur. «On voulait s’assurer que nos consommateurs puissent garder l’espace utile de leur comptoir pour pouvoir continuer à cuisiner», explique Elizabeth Coulombe. L’idée est de pouvoir rejoindre une clientèle urbaine pour qui le compostage traditionnel est plus difficile.

Le projet est maintenant assez avancé pour offrir les premiers appareils en prévente. Les fondatrices ont choisi d’aller vers le sociofinancement pour amasser le capital nécessaire à la production d’une première série de Tero. «Pour une entreprise en démarrage, une campagne de sociofinancement est une belle solution. On trouvait intéressant de faire participer la communauté qui s’est créée autour de Tero», ajoute-t-elle. 

La campagne, lancée mardi matin à 7h, sera ouverte pour trente jours. Les premiers acheteurs auront droit à un prix de 350 $, prix qui augmentera graduellement à 450 $ selon le nombre d’appareils vendus. L’objectif est 70 000 $, note Elizabeth Coulombe. Les Tero seront prêts dans huit à dix mois.

Pour info : www.kickstarter.com/projects/teroproducts/tero (Lien disponible dès mardi) 

Métier journaliste

Le Soleil hier, aujourd’hui et demain

Ces derniers temps, on a beaucoup parlé de l’avenir du Soleil, qui continue à vous informer avec la passion et la vigueur qui le caractérise depuis 123 ans, malgré les cieux incertains.

Mais aujourd’hui, on vous convie à une incursion dans ce qui fait la force de votre quotidien: l’information. On vous invite dans les coulisses du travail des artisans du Soleil qui ont raconté, critiqué, souligné les bons et les mauvais coups dans tous les secteurs d’activité. Ces journalistes qui ont fait une différence par leurs reportages. Les essentiels travailleurs du pupitre qui se sont, plus souvent qu’autrement, «revirés sur un 10 cennes» lorsqu’une grosse nouvelle tombait en soirée. «On tue la une!» L’expression a un je-ne-sais-quoi de romantique. Mais elle est vraie. 

Au fil des prochaines pages, vous aurez donc rendez-vous avec la petite et la grande histoire de Québec. Une vingtaine de journalistes, anciens comme actuels, ont généreusement plongé dans leurs souvenirs pour vous donner un accès privilégié à des histoires marquantes des dernières années. 

Déjà, chers lecteurs, des cas vous viennent sans doute en tête. La mort de René Lévesque, l’incendie du Manège militaire, l’attentat contre Pauline Marois, la spectaculaire chute de Clotaire Rapaille. Des reportages qui ont fait bouger les autorités politiques: des soins de santé plus accessibles, un couple de jeunes immigrants belges qui voient les choses débloquer pour leur permis de travail après la publication de leur histoire, le travail sans relâche du Soleil dans des dossiers de longue haleine comme le pont de Québec ou la clinique SABSA. 

Des dossiers municipaux, où Le Soleil a toujours été présent. De récents reportages ont joué un grand rôle dans l’épineux dossier de la nouvelle centrale de police ou dans la réglementation pour l’emprisonnement des personnes itinérantes. 

« Le plus beau métier du monde » 

D’autres ont choisi de vous raconter les coulisses de l’interne. Quel bonheur de lire Anne-Marie Voisard, exceptionnelle coordonnatrice des défunts stages d’été qui ont fait naître des vocations, dont la mienne. Ces premiers pas dans le métier qui ont forgé la relève et construit des plumes que vous lisez encore dans nos pages et dans d’autres médias de la capitale et du Québec. 

Aujourd’hui, on célèbre les journalistes qui ont le privilège d’exercer «le plus beau métier du monde», comme l’écrit l’estimé collègue aujourd’hui retraité Jacques Samson. 

Une mention toute spéciale aussi pour nos précieux photographes qui ont su immortaliser ces moments. Plusieurs de leurs photos accompagnent ces récits de reportages marquants. Car oui, on écrit beaucoup de mots dans votre Soleil. Mais comme le dit l’adage, «une image vaut mille mots». Ça aussi c’est vrai. 

Merci à tous les services du Soleil d’avoir appuyé cette initiative lancée par le directeur de contenu aux projets spéciaux, Yvan Dumont, et son équipe. Merci à Gilles Ouellet pour le grand coup de pouce. 

Merci aux journalistes parmi nous et aux anciens, qui restent toujours dans nos cœurs. Et surtout, merci à nos extraordinaires lecteurs, d’être toujours aussi fidèles. Ces belles histoires, elles ne seraient rien sans vous.

Science

L’impact du 9 à 5 sur le cerveau des couche-tard

On dit souvent que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Qu’en est-il des 10 à 20 % de la population qui ont un «chronotype du soir» ? Ces personnes sont biologiquement contraintes à être plus actives en fin de journée, se couchent après 2h du matin, et ont besoin de plus d’un réveil pour se tirer du lit.

Passer au travers d’une journée de travail selon un horaire standard est un défi quotidien pour ces couche-tard. Non seulement leurs facultés cognitives sont affectées, mais leur état de santé à long terme est menacé.

Pour arriver à cette conclusion, des chercheurs de l’université de Birmingham, au Royaume-Uni, ont comparé les fonctions cérébrales, au repos, de 22 jeunes adultes de type «soir» à celles de 16 autres de type «matin» à trois heures différentes de la journée : 8h, 14h et 20h. Le réseau du mode par défaut, qui s’active lorsque nous sommes éveillés, mais inactifs, est important pour plusieurs fonctions du cerveau.

Fonctions affectées

Pendant deux semaines, ils ont mesuré le taux de cortisol et de mélatonine – hormones impliquées dans le sommeil – des participants et les ont ensuite soumis à des IRM et des scanneurs. Parallèlement, les participants ont aussi réalisé des exercices d’attention et un report quotidien de leur niveau de fatigue. Résultat : les parties du cerveau liées à l’attention des individus de types soirs ont une moins bonne connectivité, et pas seulement à 8h le matin ! Ceci pourrait expliquer leur temps de réaction plus lent et leur niveau de fatigue permanent.

«On savait déjà que les types matins et soirs fonctionnaient différemment selon les heures de la journée, surtout quand on leur impose un horaire. Mais c’est la première fois que l’on voit un lien entre les fonctions cérébrales et les comportements en matière de cognition et de vigilance ; c’est très intéressant !», déclare Marie Dumont, neurophysiologiste et professeure à l’Université de Montréal, qui n’a pas été impliquée dans ces travaux.

Cerveaux exceptionnels

Faut-il pour autant remettre en question les horaires de travail ? Pas vraiment, selon la chercheuse au Centre d’études avancées en médecine du sommeil.

«On ne sait pas si les différences du fonctionnement du cerveau des types « soir» sont dues à un manque de sommeil ou sont une caractéristique personnelle ». Pour cela, une autre comparaison aurait été nécessaire : celle de la connectivité du cerveau des couche-tard lorsqu’ils sont obligés de se lever tôt par rapport à lorsque leurs horaires sont spontanés.

Reste également à voir lequel des deux chronotypes comparé est le plus étonnant. «Quand on étudie les différences entre deux groupes aussi extrêmes, on peut jouer sur les deux plans. Des jeunes de 22 ans qui se couchent à 20h, il n’y en a pas beaucoup. C’est peut-être eux qui ont un cerveau particulièrement actif et pas l’inverse ?», questionne la chercheuse.

Actualités

Vos enfants mentent? C'est signe d'un bon développement

Les parents s’inquiètent souvent de voir leurs enfants raconter des mensonges.

Mais ces mensonges peuvent nous éclairer sur leur développement sociocognitif. Notre équipe du laboratoire du développement sociocognitif  de l’université de Brock, en Ontario, s’est penchée sur le mensonge dans divers contextes en tant qu’élément révélateur du développement cognitif des enfants ainsi que de leur exploration de la vie en société.

L’évolution du mensonge

Les psychologues du développement humain étudient le mensonge depuis des décennies. Ils ont décelé que les enfants commencent à raconter des mensonges vers l’âge de deux ans. Toutefois, ce n’est que vers leur quatrième année que la plupart des enfants vont commencer à mentir pour cacher leurs méfaits. La fréquence du mensonge se poursuit tout au long de l’enfance.

Et les mensonges ne s’arrêtent pas là. Evelyn Debey, professeure à l’Université de Ghent, en Belgique, et ses collègues ont interrogé des personnes de leur communauté âgées de six à 77 ans sur leur habitudes de mensonge au quotidien. Ils ont constaté avec intérêt que si toutes les classes d’âge mentaient, le mensonge s’inscrivait dans un schéma en forme de U inversé. Les mensonges devenaient de plus en plus fréquents durant l’enfance pour atteindre un sommet à l’adolescence, et diminuer (sans pour autant disparaître) durant les années de l’âge adulte.

Mais comment se développe cette aptitude au mensonge? Que se passe-t-il pendant les années préscolaires qui permet aux enfants de proférer leurs premiers mensonges?

La composante cognitive

Mentir peut sembler facile, mais mentir efficacement exige énormément d’aptitudes cognitives. Pour pouvoir dire un mensonge, l’enfant doit tout d’abord comprendre que d’autres peuvent avoir des croyances et connaissances différentes des siennes et que ces croyances peuvent être fausses.

C’est cette aptitude qui permet d’établir une corrélation avec une hausse des mensonges.

Quand l’enfant comprend qu’il peut inspirer une perception erronée en recourant au mensonge, il doit ensuite faire usage de sa capacité d’inhibition afin d’éviter de « lâcher le morceau », ainsi que de sa mémoire afin de se souvenir des vérités et mensonges qu’il a prononcés.

À titre d’exemple, la directrice de notre laboratoire, Angela Evans, et Kang Lee, professeur à l’Université de Toronto, ont observé le mensonge chez de jeunes enfants ainsi que leur développement cognitif. Ils en ont conclu que les enfants démontrant de meilleures aptitudes cognitives telles que l’inhibition et la mémoire étaient plus susceptibles de mentir. Ils ont également prouvé que ces aptitudes cognitives restent importantes afin de faire perdurer un mensonge durant toute l’adolescence.

Les motivations d’ordre social

Si les aptitudes au mensonge peuvent s’inspirer en partie par le progression des facultés cognitives, nos recherches suggèrent que le mensonge résulte fréquemment de facteurs sociaux.

Un de nos études démontre que les enfants âgés de trois à huit ans qui ont au moins un frère ou une sœur ont tendance à tricher davantage que ceux qui sont enfant unique. Le plus âgé des deux avait davantage tendance à mentir que le plus jeune.

Le fait d’avoir des frères ou sœurs avec qui jouer peut encourager et normaliser la tendance à mentir. L’aîné peut profiter de son ascendant pour manipuler le plus jeune dont les facultés cognitives sont moins avancées.

Étant donné que le mensonge s’inscrit dans la partie commune et normative de la socialisation de l’enfant, la présence de frères ou sœurs lui fournit simplement un environnement additionnel pour peaufiner sa capacité à mentir. Mais il ne faut pas oublier que la présence de frères et sœurs peut tout aussi bien renforcer un comportement prosocial et certaines aptitudes cognitives.

Faire l’éloge de la vérité

Quand les enfants commencent à mentir, le rôle des parents est de les former aux normes et attentes sociétales sur l’honnêteté. De nombreux parents se demandent si l’on dispose de stratégies afin d’encourager les enfants à dire la vérité. Les psychologues ont étudié cette question et ont trouvé plusieurs techniques.

L’une d’elles consiste à faire la lecture d’histoires morales, telles que Le garçon qui criait au loup afin de mettre l’accent sur l’importance de l’honnêteté.

Cependant, les chercheurs ont découvert que les histoires morales n’ont pas d’impact sur honnêteté. Par contre, les histoires qui font l’éloge de la vérité ont tendance à encourager l’honnêteté chez les enfants.

Une autre méthode simple consiste à leur faire promettre de dire la vérité. Cette méthode est particulièrement efficace chez les enfants à partir de cinq ans  et jusqu’à la fin de l’adolescence.

Mais que faire pour les jeunes enfants? L’une de nos études récentes demandant à des enfants de trois à quatre ans de se regarder dans un miroir pendant qu’on les questionne sur un méfait – ce qui les rend conscients d’eux-mêmes - a considérablement amélioré leur tendance à dire la vérité.

Le mensonge au-delà de l'enfance

Même si le mensonge débute jeune, on en sait peu sur les habitudes mensongères des adultes plus âgés.

Compte tenu du vieillissement de la population canadienne, c'est un domaine d'actualité qu'il serait nécessaire d'explorer. Nous comptons nous y atteler au cours des cinq ans à venir.

Nous allons mesurer la fréquence et le type des mensonges racontés par les adultes et la façon dont cette habitude évolue au fil des ans. Nous mesurerons également les liens du mensonge avec les facteurs cognitifs et sociaux des adultes plus âgés. Si, par exemple, les personnes âgées ont tendance à mentir sur leur état de santé, les chercheurs pourraient essayer de promouvoir une communication honnête en ce qui concerne leur santé.

Demeurez à l’affût pour découvrir ce que les psychologues en développement pourront nous apprendre sur l'évolution du mensonge durant la vie.

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Ce texte est d'abord paru sur le site franco-canadien de The Conversation. Reproduite avec permission.

Actualités

Groupe Capitales Médias lance une campagne d'appui à sa coop

Inspirés par la vague d’amour et les nombreux appuis des communautés pour leurs journaux, les employés des six quotidiens du Groupe Capitales Médias (GCM) lancent une campagne coordonnée de démarrage de coopératives de solidarité.

Au départ, le comité de relance pour les six journaux de GCM pensait à une coop de travailleurs associés.

«Avec le soutien moral qu’on a eu dans chacune des communautés, qui nous disait que leur quotidien était important pour la vitalité économique et sociale de leur milieu, on s’est rendu compte que ces gens-là, ils pouvaient aussi nous soutenir financièrement», indique Jean-François Néron, membre du comité provisoire du projet de relance et journaliste au Soleil.

Le comité de chaque journal s’est donc dirigé vers une coop de solidarité, dans laquelle les travailleurs de l’entreprise participent financièrement et où toute la communauté est appelée à contribuer au projet. Ce comité provisoire chargé de développer le projet représente tous les employés, qu’ils soient syndiqués ou non. Il est composé de représentants provenant des journaux Le Quotidien, La Voix de l’Est, Le Nouvelliste, Le Soleil, Le Droit et La Tribune.

«La campagne s’adresse à tous les établissements, sociétés ou institutions qui se sentent interpellés par la vie sociale, économique et politique de leur milieu ou pour qui la diversité des voix dans l’information est importante. On va aller chercher le soutien de la communauté et on va leur demander de participer à cette relance-là, pour chacun des quotidiens.»

La campagne intitulée «Je coopère pour mon journal» se déploie dès cette semaine. Les personnes, organisations et entreprises qui le souhaitent pourront contribuer via la plateforme Web coopmonjournal.com ou lors de sollicitations qui se dérouleront dans les régions où sont implantés les journaux.

Lettres d’engagement

Les représentants des journaux de GCM demandent aux communautés respectives de signer des lettres d’engagement comportant des montants de contribution volontaire pour le démarrage de la coopérative de leur journal. L’objectif est de déposer une offre de reprise cohérente soutenue par un plan d’affaires viable sur un horizon de cinq ans.

«On demande présentement des lettres d’engagement, plutôt que de l’argent. On agit de cette façon-là en raison du temps très court qu’on a pour ramasser un montant important. Notre plan doit être déposé au plus tard le 25 octobre», précise M. Néron.

Les parties intéressées à reprendre les journaux ont jusqu’à cette date pour déposer une offre. Le comité provisoire est soutenu entre autres par le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité ainsi que par la Fédération nationale des communications de la CSN.

Au plus tard le 6 novembre

Il y a deux semaines, le syndic PricewaterhouseCoopers a fait savoir que les intéressés à GCM devront mettre certaines de leurs cartes sur la table s’ils déposent une offre visant à acquérir une partie ou l’ensemble du groupe de presse à l’abri de ses créanciers depuis août. Chaque acquéreur potentiel devra notamment indiquer le nombre d’emplois qui seront vraisemblablement maintenus et le traitement envisagé des accréditations syndicales.

Le syndic devrait présenter au plus tard le 6 novembre à la Cour supérieure du Québec l’offre jugée la plus avantageuse.

En août, GCM a reçu une aide d’urgence de 5 millions $ du gouvernement du Québec. Il traîne des créances approximatives de 26 millions $.

Le groupe de presse est aussi confronté à un déficit actuariel du régime de retraite des employés qui atteint 65 millions $ d’après la plus récente évaluation qui remonte à la fin de la dernière année.  Avec La Presse canadienne

Hockey

Pool LNH : la liste des listes 2019

Une lutte à deux au sommet ? Selon les quatre principaux magazines pour poolers disponibles en kiosque, Nikita Kucherov devra combattre Connor McDavid, s’il veut remporter un deuxième championnat des marqueurs consécutifs dans la Ligue nationale de hockey.

Une bonne dizaine de joueurs pourraient jouer du coude pour terminer sur la troisième marche du podium.

Encore une fois, cette année, les quotidiens de Groupe Capitales Médias vous proposent
la Liste des listes.

Bon repêchage !

Pour La liste des listes en format .pdf, cliquer ici.

Nous, les humains

Le gars qui a déjoué l’université

CHRONIQUE / Vous savez, les universités mettent de plus en plus de cours en ligne gratuitement. Vous pouvez en suivre quelques-uns pour fertiliser votre culture. Malheureusement, vous n’aurez pas un bac ou une maîtrise avec ça.

Mais qui a dit qu’il fallait un diplôme? 

Cette semaine, j’ai jasé avec un autodidacte qui a réussi à tirer le maximum de la générosité universitaire en s’offrant une formation dans la meilleure université au monde. Il s’appelle Scott Young, il est Canadien et il s’exprime plutôt bien en français pour un Anglo de Vancouver.

Scott a obtenu un diplôme en commerce de l’Université du Manitoba. Mais il a vite réalisé qu’il s’était trompé de branche et qu’il aurait dû choisir l’autre option à laquelle il avait songé au début de ses études : un bac en informatique. Sauf que le gars n’avait aucune envie de passer un autre quatre ans sur les bancs d’université, à se taper des cours de trois heures et à se plier à la bureaucratie universitaire.

Un jour, il est tombé sur un cours en ligne gratuit du Massachusetts Institute of Technology (MIT), la meilleure université au monde, selon le Classement mondial des universités QS. Le cours en ligne comprenait les enregistrements des cours donnés en classe, les exercices, les quizz et même les examens avec les corrigés. 

Scott a suivi le cours. Et il a vu que le MIT en avait offert gratuitement des centaines d’autres en ligne sur sa plateforme Opencourseware (https://ocw.mit.edu/index.htm). L’institution estime «qu’Internet est l’un des meilleurs moyens de faire progresser l’éducation dans le monde», et Scott avait l’intention d’en profiter pour faire progresser la sienne.

Il s’est demandé s’il serait possible de faire le légendaire bac en informatique du MIT — où les étudiants payent 53 450 $US par année en frais de scolarité — à partir de sa chambre, à Vancouver. Il a vérifié le programme d’études et il a réussi à récolter le matériel requis à partir des cours offerts gratos par le MIT et en comblant le reste ailleurs. 

Après avoir investi 2000 $ pour acheter les manuels recommandés, Scott s’est lancé à fond dans le «MIT Challenge» en octobre 2011. Il travaillait de 6h du matin à 6h le soir, avec une petite pause de déjeuner. Il passait à travers un cours par semaine, puis a changé pour quatre cours en parallèle par mois. Chaque semaine, il publiait sur son blogue ses examens ou ses exercices terminés pour que les sceptiques puissent vérifier s’il avait effectivement réussi. 

Scott a terminé avec succès le 33e et dernier cours en septembre 2012, un peu moins d’un an après avoir commencé. Normalement, les étudiants du MIT mettent quatre ans avant de conclure le programme. Scott n’a pas obtenu de diplôme, mais il a eu des tas de propositions après son défi, notamment chez Microsoft. 

***

Bon, vous auriez le droit de penser qu’il faut être une sorte de surdoué zélé pour accomplir pareil exploit. Scott assure qu’il n’est pas plus intelligent qu’un autre et, oui, sans doute plus zélé. Mais ce qui lui a permis d’apprendre aussi efficacement, explique-t-il, ce sont les tactiques d’apprentissage qu’il a utilisées — des tactiques ancrées dans la recherche en sciences cognitives. 

«Ce qui fait la différence, ce n’est pas le temps que vous passez à étudier. Mais ce que vous faites avec le temps que vous avez», dit-il. Bref, il faut apprendre à apprendre. 

Depuis le MIT challenge, Scott a utilisé les mêmes tactiques cognitives pour apprendre le français, le portugais, l’espagnol, le chinois et le coréen. Et il a constaté que d’autres polyglottes dans le monde, comme l’irlandais Benny Lewis, employaient des stratégies similaires pour implanter rapidement de nouvelles langues dans leurs cerveaux. 

Scott a appelé cette forme intense d’apprentissage autodidacte l’«ultrapprentissage» (ultralearning). Et, considérant qu’on aimerait tous apprendre plus efficacement, je me suis dit que vous aimeriez savoir c’est quoi, au juste, sa méthode? Alors, je lui ai demandé. 

Un des piliers de l’ultraapprentissage est d’aller droit au but. Si vous décidez d’apprendre le mandarin, par exemple, trouvez-vous un ami chinois et commencez à parler tout de suite en utilisant les deux ou trois mots que vous avez réussi à mémoriser. Pas besoin d’étudier la langue durant des mois avant de se lancer : il faut mettre en pratique ce que vous savez dès que possible. Car ce n’est que dans la pratique qu’on réalise les angles morts de notre savoir. 

Scott Young insiste aussi sur l’importance de se tester sans relâche. «Comment la plupart des étudiants étudient? Typiquement, ils vont regarder les notes prises en classe et vont les lire une ou deux fois et, peut-être qu’après ils vont les recopier et les encercler et mettre de la couleur. Mais ce que la recherche montre, c’est que ce n’est pas vraiment efficace pour la mémoire à long terme», dit-il. 

Ce que les étudiants devraient faire, c’est de la «pratique de récupération» (retriaval practice). Au lieu de relire encore et encore les notes ou un chapitre de livre important, on les met de côté et on essaye de réécrire tout ce dont on est capables de se souvenir sur une page blanche. On peut aussi utiliser des cartes recto-verso (flash cards) sur lesquelles on écrit des questions d’un bord et les réponses de l’autre. On fait une pile avec les questions ratées, et on y revient jusqu’à ce que ça rentre. 

L’effort plus intense qu’exigent ces tactiques laisse une trace beaucoup plus durable dans la mémoire. Ce qui est très utile quand vient le temps de l’examen. 

Mais il ne suffit pas de se tester une fois. Il faut le faire plusieurs fois, en laissant à l’oubli le temps de faire son œuvre. Parce que chaque fois que vous forcez votre cerveau à ne pas oublier, il comprend à quel point c’est important de s’en rappeler. 

Bref, vaut mieux plusieurs petites séances de mémorisation espacées dans le temps qu’une longue séance de bourrage de crâne. On appelle ça la «répétition espacée» (spaced repitition). Des logiciels gratuits comme Anki peuvent vous aider à mettre cette stratégie en pratique. 

Scott aborde une foule d’autres tactiques dans son livre Ultralearning, fraîchement publié, mais pas encore traduit en français. Mais au-delà de la technique, ce gars-là a une leçon plus philosophique à nous livrer sur l’apprentissage, je pense. 

«On a souvent une idée préconçue de ce dans quoi on est bon», m’a-t-il dit. Mais si on s’instruit sur la mécanique de la mémoire et qu’on se lance des défis, on peut se rendre compte qu’après tout, apprendre la guitare, la programmation, le grec, la menuiserie, le tennis ou n’importe quoi d’autre à l’âge adulte n’est pas un objectif si inatteignable. 

«Nos meilleurs moments dans la vie viennent quand quelque chose qui apparaissait hors de portée s’ouvre à nous», m’a dit Scott.

Ce ne sera peut-être pas le MIT, mais la guitare peut vous rendre très fier aussi. 

La Capitale

La rectrice de l'Université Laval lance un appel à sauver Le Soleil [VIDÉO]

«Très préoccupée», la rectrice de l’Université Laval, Sophie D’Amours, demande au monde des affaires de venir en aide à la presse locale en difficulté.

«On est dans un horizon de temps très serré», a observé Mme D’Amours jeudi. La veille, le délai qu’il reste pour sauver le Groupe Capitales Médias auquel appartient Le Soleil avait été divulgué : le syndic se présentera devant un juge dans 47 jours afin de déposer les offres reçues pour la relance, s’il y en a.

«On n’est pas dans la recherche d’une solution scientifique», poursuit Mme D’Amours. «On est dans un moment serré.» 

Les penseurs de l’Université pourront certes être mis à contribution pour évaluer les modèles d’avenir pour les médias, dit-elle. Mais il faudra avant éviter leur naufrage. «J’appelle tous ceux qui ont la capacité de donner de l’air, de donner le temps, de le faire. […] Tous ceux qui sont dans l’univers économique et qui peuvent appuyer nos médias, nos médias régionaux.»

«On a besoin de cette présence médiatique régionale», insiste la rectrice. «Chez nous, à Québec, on en a besoin, c’est nécessaire.»

«Oui je suis très préoccupée et je souhaite qu’on maintienne au Québec des communications de proximité régionales diversifiées. C’est nécessaire pour la démocratie.»

«Du point de vue de la connaissance — parce que ça, c’est mon domaine —, il faut qu’on puisse partager les faits, la connaissance. Le travail journalistique est fondamental et il s’actualise, il se définit dans chaque région du monde.»

Point de vue

Robert Lepage: «Le Soleil, c'est patrimonial» [VIDÉO]

Malgré l'effervescence entourant l'ouverture du Diamant, Robert Lepage a tenu à prendre quelques minutes de son temps pour partager l'importance que représente à ses yeux Le Soleil, et sa crainte qu'il disparaisse du paysage de la capitale. «On perdrait un joueur majeur», dit le créateur, qui évoque son passé de camelot mais surtout la capacité du journalisme à saisir l'esprit de son temps.

Musique

Céline Dion rayonne à Québec [PHOTOS]

CRITIQUE / Tout juste sortie d’une résidence de spectacles à Las Vegas qui aura duré 16 ans et trois ans après son dernier passage au Centre Vidéotron, une Céline Dion rayonnante a lancé mercredi à Québec sa tournée mondiale «Courage», la première entièrement conçue sans son grand complice, René Angélil, décédé au début 2016.

«C’est la première fois que je m’implique autant dans la création d’un spectacle. Avant, j’avais un partenaire qui était pas pire là-dedans. Ce soir, j’aimerais tellement ça qu’il soit fier de moi et de toute l’équipe autour», a déclaré la vedette. Celle-ci s’est avouée nerveuse et s’est souvent montrée émue lors de cette première, présentée après deux semaines de répétitions à l’amphithéâtre, aussi bondé qu’enthousiaste pour ce nouveau rendez-vous. 

«C’est presque devenu une tradition de commencer une tournée ici. Ce n’est pas vraiment une superstition, c’est parce que ça commence bien! On a vécu ensemble de grandes émotions et de beaux souvenirs. Je ne sais pas vous autres, mais moi, ils sont toujours présents ici», a aussi confié la diva en montrant son cœur. 

Avec trois nouveaux extraits de l’album Courage attendu le 15 novembre dévoilés le matin même — dont Lying Down et la pièce-titre (victime d’un faux départ mercredi soir) —, Céline Dion avait du neuf à offrir à ses fans. En français et en anglais, elle n’a pas non plus été avare de ses succès. Bien loin de là. 

Dans une forme éclatante (la vidéo nous montrant ses prouesses de ballerine a de quoi impressionner), la chanteuse a offert une prestation vocale sans faille. Si le sportif «anymore!» du succès All By Myself s’est mérité une assourdissante ovation, l’ensemble du programme de près de deux heures et construit en multiples facettes a de nouveau prouvé à quel point Céline est une pro et combien la machine scénique sur laquelle elle règne (14 musiciens et trois choristes sous la direction de Scott Price) peut s’avérer redoutable. Qu’on adhère ou pas au personnage ou à son répertoire, il faut une bonne dose de mauvaise foi pour le nier.

Tantôt solennelle (dans Encore un soir, S’il suffisait d’aimer ou L’amour existe encore, où les cordes ont été mises à contribution), tantôt enlevante (avec I’m Alive, qui rate rarement son effet ou cette Regarde moi bien cuivrée), tantôt plus sensuelle (dans la bien nommée Tous les blues sont écrits pour toi), tantôt party animal (dans un medley dansant incluant la nouvelle Flying on My Own à un bouquet de reprises, dont Another One Bites the Dust de Queen et Kiss de Prince), Céline n’a pas ménagé ses munitions. Rien pour décevoir ses admirateurs, qui se sont manifestés de bruyante manière. 

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La Capitale

Des proprios Airbnb de Québec contestent leurs amendes

EXCLUSIF / Des propriétaires poursuivis par la Ville de Québec pour avoir loué des appartements sur Airbnb se sont regroupés pour riposter en cour municipale, mercredi. Ils soutiennent notamment qu’une annonce ne suffit pas à prouver que des touristes ont été hébergés illégalement.

D’habitude, les propriétaires épinglés par la Ville se défendent individuellement. Mais cette fois, trois personnes et deux entreprises contestent ensemble 18 constats d’infraction qui totalisent 22 000 $ (une contravention coûte 1000 $ pour un individu et 2000 $ pour une entreprise). 

Mercredi matin, dans une salle de cour de Charlesbourg, l’avocate qui représente les défendeurs, Me Myriam Asselin, s’est notamment attaquée à la légalité du règlement municipal qui interdit aux propriétaires d’offrir une résidence touristique dans les endroits où le zonage ne le permet pas.

«Si on a gain de cause, la Ville pourrait devoir modifier son règlement de zonage et revoir toute sa façon de faire en matière d’inspection pour les usages de résidence de tourisme», a souligné Me Asselin, du cabinet Tremblay Bois avocats, en marge du procès. 

La Ville et la défense ont accepté que le sort d’une des infractions reprochées à un des propriétaires soit applicable aux 18 constats.

«dossier type» 

Le «dossier type» retenu est celui de François-Xavier Ratté, qui possède entre autres un immeuble sur la rue Hermine, dans le quartier Saint-Sauveur. M. Ratté a reçu une contravention pour avoir, le 29 janvier 2018, loué illégalement un appartement à des touristes. 

Le zonage prévu dans le secteur de son immeuble interdit effectivement les «résidences de tourisme», qui comprennent les établissements qui «offrent de manière publique, pour une période n’excédant pas 31 jours, une ou des unités d’hébergement en location à des touristes».

La défense ne conteste pas que M. Ratté ait fait une offre de location de moins de 31 jours. Mais Me Asselin a fait valoir que la Ville outrepasse ses pouvoirs en régissant l’offre (les annonces), alors qu’elle est censée régir l’usage (la location). 

Recherche et visite

La défense demande donc que la Ville ne puisse pas s’appuyer sur son règlement pour poursuivre François-Xavier Ratté et ses codéfendeurs, Mathieu Champagne, Vincent Clément-Gratton, le Groupe Serein immobilier et une compagnie à numéro. 

À défaut de l’être, la Cour devrait «minimalement conclure» que la preuve présentée par la poursuite ne démontre pas hors de tout doute raisonnable que les propriétaires qui ont mis une annonce Airbnb ont effectivement loué un logement à des touristes, soutient la défense. 

La Ville admet que ses inspecteurs bâtissent leur preuve contre les propriétaires en vérifiant les annonces sur Internet dans un premier temps. Puis, lors d’une visite postérieure, ils prennent des photos dans l’immeuble pour s’assurer que l’annonce correspond à l’unité d’hébergement. Les inspecteurs ne constatent pas la présence de touristes sur place à la date de l’infraction reprochée. Et la Ville ne fait pas témoigner les voisins en cour. 

«On tourne en rond»

Mais pour la procureure de la Ville de Québec, Évelyne Julien, la municipalité n’a pas à faire la démonstration qu’il y a eu une location effective. 

L’annonce de François-Xavier Ratté prouvait amplement sa culpabilité, a-t-elle fait valoir. Son calendrier de location était complètement ouvert pendant trois mois, a-t-elle noté. 

«Il n’y a pas d’autre usage qui est fait dans cet établissement que Airbnb», a dit Me Julien. «La défense n’a présenté aucune preuve qu’il y avait un autre usage», a-t-elle ajouté. «On tourne en rond.»

La juge Sabrina Grand se penchera sur les arguments de deux parties et rendra son jugement le 4 novembre

Chronique

Croisières à Québec: pollution, point de saturation touristique et consultation douteuse

CHRONIQUE / Les navires de croisière qui s’arrêtent chaque automne au Port de Québec laissent tourner leurs moteurs 24 heures sur 24 pour répondre aux besoins énergétiques de ces véritables «villes flottantes».

Cela peut sembler inquiétant lorsqu’on découvre qu’une quinzaine de ces navires sont dénoncés comme étant parmi les plus polluants de leur industrie par des organismes de surveillance européens.

De grands médias comme The Guardian, USA Today, CNN ou Forbes ont fait échos ces dernières années aux palmarès de Friends of the Earth ou de Nature and biodiversity Conservation Union. 

La méthodologie de ces études est parfois contestée par les lignes de croisières, mais il est un fait avéré que ces navires rejettent dans l’air des particules polluantes. Sans parler de la gestion souvent déficiente des eaux grises ou usées. 

La réalité des croisières dans le Saint-Laurent est heureusement moins alarmante que celle décrite dans les ports européens. Du moins en théorie, car Transports Canada, malgré mes demandes répétées, refuse de dire si des inspections et suivis sont faits sur les navires de croisière. 

Depuis 2015, ceux-ci doivent respecter une norme de 0,1 % sur les émissions de soufre (norme ECA pour Emissions Control Area). Ces normes sont beaucoup plus sévères que celles en vigueur ailleurs dans le monde (3,5 %). 

Outre le Canada, la norme ECA est appliquée uniquement sur la côte Ouest américaine, dans la Mer du Nord et en Alaska.

Pour se conformer à cette norme, les navires qui entrent en eaux canadiennes doivent changer de combustible. Cela implique des manœuvres techniques et des coûts additionnels, le carburant «propre» coûtant plus cher. 

Ces normes sont-elles respectées? 

Les amendes sont fortes et «il n’y a pas de fly by night [voyou] qui a envie de jouer avec ça», croit le pdg du Port de Québec, Mario Girard. 

Cela semble rassurant, mais le Port de Québec ne peut jurer de rien. La surveillance incombe à Transports Canada qui ne lui rend pas de compte ni sur ses inspections, ni sur les résultats de celles-ci.

Ce qu’on sait cependant, c’est que même si les normes étaient suivies, des particules nocives continuent d’être rejetées par les navires de croisière en mouvement et à quai. 

Préoccupés par ces émissions, les gouvernements d’Ottawa et de Québec ont consenti en 2015 une aide de 10 millions $ pour doter le quai de la Pointe-à-Carcy (quai 22) d’un système d’alimentation électrique (shore power). Le Port devait fournir les 3,4 millions $ restants.

Un tel système permet de se brancher à quai et d’éteindre les moteurs pendant les escales. Le Port devait fournir les 3,4 millions $ restant pour compléter le montage financier.

Le pdg du Port de Québec, Mario Girard, avait à l’époque applaudi ce «geste de leadership environnemental». Cela «s’inscrit parfaitement dans la vision de développement durable» et va «réduire les émissions de gaz à effet de serre», s’était-il réjoui. 

Le Port de Québec n’a cependant jamais donné suite au projet qui a depuis été abandonné. 

M. Girard invoque aujourd’hui le bénéfice «insignifiant» du projet.

Pressée de s’autoapplaudir, l’administration portuaire avait juste oublié de faire l’analyse de son marché avant se réjouir publiquement. 

À peine quelques-uns des navires qui viennent à Québec sont pourvus de l’équipement de branchement. Cela représente seulement 1 % du temps à quai, évalue-t-il.

Le Port évoque aussi une difficulté logistique à garer les navires électriques au quai 22, la priorité devant être donnée aux navires en embarquement et en débarquement. 

Les marées posent aussi des contraintes. Un navire ne pourrait pas toujours être garé dans le bon sens pour pouvoir être branché. Sans compter que l’équipement à quai a la taille d’un autobus, ce qui est encombrant. 

Mais c’est surtout que l’industrie des croisières «ne s’en allait pas là», dit avoir constaté M. Girard. À l’époque, l’industrie misait plutôt sur les filtres (scrubbers) pour réduire les émissions polluantes. Le Port a ensuite perçu que la tendance allait vers les navires propulsés par du gaz naturel liquéfié (GNL), moins polluant que le diesel actuel.

Québec s’est alors doté d’une installation mobile pour pouvoir approvisionner les navires en GNL. 

Cela paraît bien, mais la réalité est qu’aucun des navires de croisière qui remontent le Saint-Laurent, ces années-ci, n’est propulsé au GNL. Pour l’heure, seuls des navires du Groupe Desgagnés utilisent ce service.

***

Un rapport de l’Association internationale des lignes de croisière (CLIA) produit en août 2018 annonce une tendance vers le branchement électrique des nouveaux navires :

50 des 56 navires alors en commande (89 %) en seront pourvus ou sont dessinés pour pouvoir en accueillir. 

Cela va s’ajouter aux 55 navires qui en sont déjà équipés et à 11 autres qui prévoient le faire. À terme, c’est plus de 40 % de la flotte qui aura fait un pas vers les branchements à quai.

Cela ne veut pas dire que ces navires prendront la route du Saint-Laurent, mais il est difficile de nier l’intérêt. M. Girard dit ne pas exclure de revenir à un projet de branchement électrique si cette tendance se concrétise.

En attendant, le Port de Québec se retrouve au même point qu’en 2015 à regarder tourner les moteurs des navires de croisières en essayant de comprendre où s’en va l’industrie. 

Cela ne nous étonne qu’à moitié d’une organisation qui depuis des années, donne l’impression de naviguer à vue au gré des humeurs du moment de l’industrie maritime. 

On l’a vu avec les silos qu’il pressait de construire sur le boulevard Champlain et qui sont restés vides des années; puis pour le projet de nouveau quai dont la vocation et la justification n’a cessé de changer. Aujourd’hui avec l’électrification sur les quais. 

Malgré les explications données, le Port de Québec est manifestement à la traîne quant aux efforts d’électrification qu’on observe ailleurs dans les transports collectifs. 

 ***

Contrairement à Québec, le Port de Montréal a fait le choix de profiter des subventions offertes en 2015 pour se doter d’un système d’alimentation électrique à quai. 

La réalité des deux ports est cependant différente, l’installation électrique de Montréal ne servant pas seulement aux navires de croisières, mais aussi à des navires en «hivernation».

N’empêche que depuis 2017, les navires de croisières peuvent s’y brancher. Lors de ses neuf visites à Montréal cet été-là, le Veendam a utilisé le système, ce qui a représenté 17 % des escales de croisières de la saison dans la métropole. 

La Capitale

Grand élan d’amour pour Le Soleil [VIDÉOS]

Tout Québec était présent mercredi soir pour soutenir le quotidien centenaire de la capitale. Plus de 200 personnes, dont des élus, des journalistes, des employés du Soleil, des lecteurs, et des gens d’affaires, s’étaient donné rendez-vous à l’événement organisé par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) section Québec aux Salons d’Edgar dans Saint-Roch.

Si certains ont pu croire que l’annonce du 19 août sonnait le glas du Soleil, on a pu voir mercredi soir qu’il n’était pas question de baisser les bras. «Ce qui nous tient tous unis dans la tourmente : fabriquer un journal tous les jours pour nos lecteurs. Et garder haut et fort le désir de continuer à raconter des histoires d’ici, de Québec, notre ville, pour longtemps encore», a souligné la rédactrice en chef, Valérie Gaudreau.

Alimentation

Près du tiers de nos calories viennent d'aliments peu nutritifs

Chips, pâtisserie, alcool et compagnie : les Québécois tirent près de 30 % de leurs calories d’«aliments à faible valeur nutritive», d’après une étude récente de l’Université Laval parue dans le «Nutrition Journal». Avec les conséquences que l’on devine sur le poids et le tour de taille.

«C’est une réalité : on est poussé vers ça par nos styles de vie, on est bousculé par le temps, on ne cuisine plus, on mange plus vite, etc. Ce n’est pas juste l’individu qui décide de mal manger le matin, c’est un effet de société», analyse le chercheur en nutrition de l’UL et auteur «sénior» de l’étude, Benoît Lamarche.

Celui-ci et ses collègues ont suivi plus de 1100 personnes du Québec pendant 21 jours, au cours desquels elles ont dû remplir à trois reprises des questionnaires détaillés sur ce qu’elles avaient mangé la veille. Les chercheurs ont ensuite établi des seuils à partir desquels des aliments étaient considérés comme «à faible valeur nutritive» — très riches en gras saturés/trans, par exemple, ou en sucre, ou en sodium, ou une combinaison.

Ils ont ensuite calculé combien de calories ces aliments peu nutritifs contenaient et ont conclu qu’ils représentaient 29 % de toutes l’apport énergétique total consommés chaque jour. «Cette étude-là est un suivi d’une autre publiée plus tôt cette année, dans laquelle la même cohorte avait obtenu des scores alimentaires assez faibles. Et là, on explique en partie pourquoi : c’est parce que beaucoup de leurs calories viennent d’aliment qui n’ont pas de valeur nutritive, ou presque», explique M. Lamarche.

En tout, environ 700 calories (kcal) par jour provenaient de ces aliments «pauvres». Or pour chaque tranche de 250 kcal, l'indice de masse corporel augmentait de 1,7 et le tour de taille de 0,6 cm. Cela avait également un effet négatif sur le cholestérol sanguin.

Il est difficile de dire si ces 29% sont pires ou moins pires que ce qui se passe ailleurs en Occident, dit-il, puisque la catégorie «faiblement nutritif» n’est pas définie de la même manière par tous. Mais des résultats préliminaires font croire à M. Lamarche que c’est proche de la moyenne canadienne.

Fait intéressant, l’études a examiné dans le détail d’où provenaient toutes ces «calories vides», comme on les appelle. Hormis une catégorie «sources variées» (condiments, fritures, suppléments, etc.) qui représente 22 % de ces aliments peu nutritifs, ce sont les pâtisseries (gâteau, biscuits, beignes, etc.) qui forment le groupe le plus important, avec 18 % des «calories vides». Viennent ensuite les alcools (15 %), les sucreries (friandises, chocolat, sirops, etc. : 13 %), ainsi que les chips et le pop-corn (6 %).

Fait intéressant, les boissons gazeuses, qui occupent une grande place dans le débat public sur l’obésité, ne semblent pas être une cause aussi importante qu’on le croit. Elle ne représentent en effet que 6 % de nos calories vides, d’après l’étude de M. Lamarche.