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Churchill: fabrication d’un mythe

Il inspire le cinéma et la télé. Il passionne les historiens. Il fait rêver les politiciens. Mais qui était vraiment Winston Churchill? Un héros? Un salopard? Un dinosaure? Une tête de pioche? Un alcoolique? Un grand leader? Tout cela en même temps? Retour sur la fabrication d’une légende politique.

Cinquante-trois ans après sa mort, le culte de Winston Churchill bat son plein. Les groupies s’arrachent tout ce qui lui appartenait. Cet automne, un cigare à moitié fumé, précieusement conservé depuis 1947, s’est envolé pour 15 000 $CAN. L’un de ses dentiers a été vendu 28 000 $. En décembre 2014, une toile peinte par Churchill lui-même, intitulée Le bassin de poissons rouges à Chartwell, a été adjugée pour 3,3 millions $. [1]

Pas si mal pour un «artiste» que les critiques décrivaient comme «un peintre du dimanche possédant un certain talent». [2]

Churchill règne aussi sur le monde des livres. Récemment, un historien britannique a dénombré 1010 biographies qui lui sont consacrées. [3] La plus complète totalise 25 000 pages. Chaque détail de la vie du grand homme a été disséqué. On trouve des livres sur ses hôtels de prédilection, ses vins préférés et sa technique de peinture. L’an dernier, un article de la revue scientifique Nature se posait une question existentielle : «Que pensait Winston Churchill des extraterrestres?» [4]

Churchill! Tous les politiciens rêvent de lui ressembler. En 2002, il a été élu le plus grand Britannique de tous les temps. Devant William Shakespeare. L’an dernier, l’un des premiers gestes de Donald Trump à la Maison-Blanche consistait à ramener un buste à l’effigie du vieux lion dans le salon ovale. [5] Signe des temps, une application mobile est intitulée Think Like Churchill [Pense comme Churchill]. Grâce à elle, tout le monde peut s’exercer à réagir comme l’idole. [6]

Penser comme Churchill? Vaste projet. Churchill, c’est le leader qui a refusé de négocier avec Hitler, aux heures les plus noires de la Seconde Guerre mondiale. Mais c’est aussi le polisson qui se moquait du chef de la France en exil, Charles de Gaulle, en le comparant «à un lama femelle qui sort de son bain».

«Un fakir à moitié nu»

En général, les films et les portraits de Churchill se concentrent sur le personnage héroïque de la Seconde Guerre mondiale. Et pour cause. Jusqu’en 1940, la carrière politique de Winston Churchill se résume à une série d’échecs et d’erreurs de jugement. Un brin résigné, l’ami Winston s’en amuse. «Le succès consiste à aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme», se justifie-t-il.

En 1915, à titre de premier Lord de l’Amirauté, il ordonne une expédition catastrophique en Turquie. Plus de 45 000 soldats alliés se font massacrer. [7] En 1925, alors qu’il est chancelier de l’échiquier (ministre des Finances), il porte un coup terrible à l’économie en rétablissant la parité entre l’or et la livre britannique. «La plus grande erreur de ma vie», admet-il, dans un rare moment de modestie. [8] À l’époque, la réputation de Churchill est si mauvaise qu’on disait que s’il devenait ministre du Sahara, le désert souffrirait bientôt de manque de sable.

Un grand visionnaire, le Churchill des années 20 et 30? Autant rêver qu’un poisson remporte un championnat de cyclisme. Faut-il évoquer son opposition farouche au droit de vote des femmes, en 1928? Ou son racisme indécrottable? Monsieur n’aimait pas les Noirs. Ni les Juifs. Il détestait tout particulièrement les Indiens, des gens «bestiaux» indignes d’être libres. En 1931, il décrit Gandhi comme un avocat séditieux de faible envergure qui joue au «fakir» et qui ose se tenir «à moitié nu» sur les marches du palais du vice-roi des Indes. [9] 

Avant la Seconde Guerre mondiale, le futur héros collectionne les déclarations racistes comme d’autres collectionnent les papillons. En 1937, il se demande «quel mal a pu être infligé aux Indiens d’Amérique et aux aborigènes d’Australie […] puisqu’une race supérieure a pris leur place». Quelques années plus tôt, en 1920, il se désole que ses collègues ministres n’osent pas employer les armes chimiques pour réprimer un soulèvement arabe, en Irak. «Je ne comprends pas la répugnance à utiliser les gaz toxiques, écrit-il. Pour ma part, je soutiens fermement leur utilisation contre des tribus non civilisées.» [10]

En 1936, le premier ministre britannique Stanley Baldwin avait résumé la méfiance quasi généralisée à l’endroit de Winston Churchill. «[Quand Winston est né], de nombreuses fées se sont penchées sur son berceau pour lui attribuer des dons : l’imagination, l’éloquence, l’énergie, l’adresse, etc. Mais une fée dissidente s’est interposée. “Personne ne mérite autant de qualités!” s’est-elle exclamée. Alors elle a imposé une pénalité au prodige. Pour compenser ses dons exceptionnels, Winston sera dépourvu de jugement et de sagesse.» [11]

La fin du commencement

Aujourd’hui, le monde s’enthousiasme pour le Churchill qui devient premier ministre en mai 1940, aux heures les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale. On admire le leader qui donne l’heure juste en révélant qu’il n’a rien d’autre à offrir que «du sang, du labeur, des larmes et de la sueur». On salue le tribun qui s’exclame, en 1942, après la victoire d’El Alamein : «Ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le commencement de la fin. Mais c’est peut-être la fin du commencement.» 

Reste que les qualités de Churchill s’accompagnent de manies que notre époque jugerait incompatibles avec les fonctions de premier ministre. «Winston Churchill a l’habitude de déjeuner au lit et de rester allongé — parfois jusqu’à 13h — avec une secrétaire et une machine à écrire à ses côtés», écrit un historien. [12] De plus, sa consommation effrénée d’alcool causerait le scandale. Il a été calculé qu’entre 1908 et 1914, Monsieur dépensait en moyenne 180 000 $ [en dollars canadiens d’aujourd’hui] par année pour acheter du vin. L’équivalent de trois fois le salaire moyen en Angleterre. [13]

À la blague, on disait qu’Hitler n’avait pas vaincu Churchill, mais que le champagne avait bien failli réussir. [14] Récemment, on a découvert que plusieurs de ses fameux discours de la guerre avaient été lus à la radio par... un acteur! Officiellement, le premier ministre n’avait pas le temps de se déplacer en studio. Officieusement, les mauvaises langues suggèrent que la mystification était rendue nécessaire par la consommation ­d’alcool du premier ministre. Monsieur aurait eu l’élocution trop pâteuse pour jouer un héros crédible du monde libre. 

Allez savoir. «J’ai beaucoup plus abusé de l’alcool que l’alcool n’a abusé de moi», plaisantait Churchill. Même qu’à la fin de sa vie, avec son humour habituel, il en rajoutait : «J’avais le choix de finir mon existence comme alcoolique ou comme député. Dieu merci, je ne suis plus député!»

La Capitale

La foi en l'essentiel de Mgr Maurice Couture

NDLR: En février 2016, Mgr Maurice Couture avait accordé une dernière longue entrevue au Soleil. En ce jour où il nous quitte, nous la reproduisons ici.

Appuyé sur un banc de la chapelle où il a été ordonné prêtre en 1947, Mgr Maurice Couture jette un regard nostalgique autour de lui. L'endroit fait remonter plein de souvenirs. «J'ai coulé du ciment, juste là, en dessous du terrazzo. Je me vois encore... J'espère que je ne serai plus là quand le pic de démolition va jeter notre chapelle à terre.»

À lire aussi: Mgr Couture meurt à 91 ans

À 89 ans, l'ancien archevêque de Québec vit ses derniers moments à la maison provinciale des religieux de Saint-Vincent-de-Paul. Lui et une cinquantaine de ses collègues, dont plusieurs en perte d'autonomie, préparent leur ultime déménagement. Le 31 mars, ils devront avoir quitté la vaste résidence du chemin Sainte-Foy, près de l'Hôpital Laval.

Affaires

Simons à la croisée des chemins

Le détaillant Simons se retrouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Toutes les options sont sur la table, dit le grand patron, pour assurer la pérennité de l’entreprise, même d’accueillir de nouveaux actionnaires.

Celui qui milite depuis près d’un an en faveur d’une justice fiscale équitable doute maintenant de l’avenir de sa compagnie si Ottawa et Québec ne réglementent pas rapidement «la nouvelle économie», avec les Amazon, Netflix, Airbnb, Uber et cie de ce monde. 

En entrevue éditoriale avec Le Soleil, on sent d’ailleurs que la pression s’accentue sur les épaules du pdg, Peter Simons. Son industrie traverse une période de turbulences. Il souhaite voir du côté des gouvernements «un capitaine» qui dirigera le bateau pour régler cette «injustice». 

Entre temps, afin de demeurer dans la joute, La Maison Simons mise sur la construction de son nouveau centre de distribution «de classe mondiale» de 125 millions $ à Québec. Sa porte de sortie pour répondre aux exigences croissantes du commerce électronique. Selon le plan stratégique du détaillant, la première pelletée de terre devrait avoir lieu quelque part durant le mois d’avril ou mai et l’ouverture est prévue pour le printemps 2020. Toutefois, le permis du ministère de l’Environnement se fait toujours attendre et le montage financier n’est pas encore complété.

Le grand patron planche actuellement sur différents scénarios pour amasser les sommes nécessaires. Il concède ne pas avoir l’argent dans ses coffres, mais il n’est pas question de se tourner vers les marchés boursiers. Il souhaite demeurer le patron. Un partenariat avec la Caisse de dépôt et placement du Québec, le Fonds de solidarité de la FTQ, le Fondaction de la CSN ou un fonds privé figurent dans les possibilités à l’étude. Également, la vente de parts de la compagnie.

Justice et faits divers

Mourir à 20 ans... par peur de la prison

«Les policiers m’ont appelé, maman. C’est la dernière fois que tu entends ma voix. Je m’en vais sur la route et je n’attache pas ma ceinture. Je n’irai pas en prison, maman...»

Le 24 novembre, le cœur de mère de Manon Grimard se brisait après avoir entendu ces paroles funestes, prononcées par son fils Julien, 20 ans, au téléphone à 14h30. Quelques heures plus tard, l’étudiant en mécanique automobile au Centre professionnel Wilbrod-Behrer décédait dans une grande explosion après avoir propulsé sa voiture contre un lourd fardier sur la route 112 à Saint-Joseph-de-Coleraine, près de Thetford Mines. 

D’ordinaire sans histoire, Julien avait décidé de s’enlever la vie après avoir reçu un appel des policiers de Sherbrooke. Ceux-ci se rendaient le chercher afin de l’incarcérer pour avoir enfreint les conditions de son ordonnance de probation en entrant en contact avec son ex-petite amie.

N’excusant pas les gestes posés par Julien, coupable de voies de fait et de menaces, Manon Grimard se demande cependant ce qui pourrait être fait pour éviter que d’autres «Julien», à qui l’idée d’entrer de nouveau dans le système carcéral avait donné des idées suicidaires, ne commettent l’irréparable.

«Julien ne voulait pas mourir. Il s’est suicidé en situation de crise», assure Manon Grimard au bout du fil. 

Une seule nuit

La seule nuit que Julien avait passée en détention depuis le début de ses démêlés judiciaires en mai 2016 l’avait profondément traumatisé, selon sa mère. 

«Au début de l’été, son interdit de contact avec son ex-petite amie avait été levé à la demande de celle-ci. Mais il y a encore eu une chicane et Julien a été arrêté en juillet parce qu’il n’avait pas respecté son couvre-feu, qui était l’une des conditions de sa remise en liberté en attendant que son dossier soit réglé. Il ne pouvait sortir après 23h et il a été arrêté à 23h10...», se souvient sa mère.

Comme aucun juge n’était disponible pour présider à sa comparution, le jeune homme a dû passer une nuit en détention en attendant de comparaître le lendemain. «Il a capoté... Il ne voulait pas y aller... Il a menacé de se pendre. Heureusement, les agents correctionnels ont fait le nécessaire, ils l’ont isolé parce qu’il avait menacé de mettre fin à ses jours», poursuit sa mère.

Le jeune homme a finalement plaidé coupable à ses accusations et s’en est tiré avec une période de probation de 18 mois assortie de 200 heures de travaux communautaires et d’une interdiction d’entrer en contact avec son ex-petite amie.

Une fois ce dossier réglé, Julien avait repris ses études, réalisait ses travaux communautaires chez Moisson Québec où il était très apprécié et avait décidé de s’inscrire au Cégep de Sherbrooke en janvier pour retourner vivre avec ses parents en Estrie.

Bris de probation

Les parents de Julien ont toutefois deviné qu’il avait repris contact avec son ex-copine malgré l’interdiction. «Il ne nous en parlait pas, mais on le devinait. C’était son premier amour et il avait de la difficulté à s’en détacher. Il ne réussissait pas à tourner la page. Cet automne, une autre chicane a éclaté et la jeune fille a porté plainte pour bris de probation.»

Pendant que Julien faisait ses travaux communautaires, deux enquêteurs de la police de Sherbrooke se sont déplacés à son appartement de Québec pour aller le chercher. Comme il était absent, ils lui ont téléphoné pour lui dire qu’il fallait qu’ils aillent le chercher et qu’il retournerait derrière les barreaux. «Il a eu peur, il a paniqué... Il m’a téléphoné et ensuite, il a pris son “char” et il a mis fin à ses jours», laisse tomber la mère en étouffant un sanglot. «Il ne voulait pas blesser personne, alors il a attendu de trouver un très gros camion pour se lancer dessus...»

Après ces tristes événements, la mère a rencontré les policiers de Sherbrooke. «Ils ont été très corrects, ils ont fait ce qu’ils ont pu... Pour eux, c’était quelque chose de banal qu’ils faisaient 10 à 12 fois par semaine. L’un m’a dit que c’était la première fois qu’il voyait ça en 32 ans de carrière et qu’avoir su, il aurait agi différemment», poursuit-elle.

Signaux d’alarme

Manon Grimard se demande tout de même s’il n’aurait pas été possible de s’y prendre autrement. «Les policiers nous ont dit qu’ils ne savaient pas ce qui se passait au centre de détention. Pourquoi l’information à l’effet que Julien avait menacé de mettre fin à ses jours quand il était en détention n’a jamais été transmise aux policiers? Pourquoi la main gauche ne sait pas ce que fait la main droite?» s’interroge-t-elle.

«Pourquoi ce n’était pas inscrit nulle part qu’il avait eu ce comportement quelques mois plus tôt, qu’il était fragilisé et qu’il pouvait être dangereux pour lui-même? S’ils avaient su, peut-être que les policiers auraient attendu avant d’aller le chercher plutôt que de l’appeler et peut-être qu’il ne serait jamais monté dans son auto cette journée-là», avance sa mère.

Celle-ci croit que d’autres situations comme celle de son fils pourraient être évitées si les services policiers, judiciaires et carcéraux agissaient de façon plus circonspecte et tenaient compte de certains signaux d’alarme.

«Peut-être que ce serait bien qu’ils mettent un drapeau rouge à l’effet que quelqu’un pourrait avoir une dangerosité pour lui-même en lien avec la détention... Julien a été détenu un soir seulement, il a trouvé ça tellement pénible. Il m’a dit qu’il avait fait comme une crise de panique là-bas... Ce n’était pas un jeune homme judiciarisé, il n’était pas du tout habitué à ça», poursuit-elle, convaincue que son fils ne voulait pas vraiment mourir.

«La veille de ces événements, il avait fait sa liste de cadeaux de Noël. Il voulait s’acheter des “pads” de gardien de but pour pouvoir jouer au hockey avec ses amis à Coaticook... Il ne voulait pas mourir. En fait, c’est plutôt de l’aide psychologique dont il aurait eu besoin... Dans sa probation, il aurait fallu l’obliger à voir un psychologue, car les gars, surtout à cet âge-là, n’ont pas le réflexe de demander de l’aide....»

Pleins feux

L’odyssée de Willie O’Ree, premier noir dans la LNH

Ça s’est passé il y a près de 60 ans, mais Willie O’Ree n’a rien oublié de cette soirée du 18 janvier 1958. Rappelé par les Bruins de Boston, l’attaquant des As de Québec sautait sur la patinoire du Forum de Montréal pour affronter le Canadien et devenir le premier Noir à jouer dans la Ligue nationale de hockey.

«C’était merveilleux de jouer dans la LNH, au Forum en plus, mais je vais être honnête avec toi : à ce moment-là, je ne savais pas du tout que j’étais le premier Noir dans la LNH. Je l’ai appris dans le journal le lendemain», confie Willie O’Ree, en entrevue téléphonique avec Le Soleil depuis son domicile de La Mesa, en Californie. Car même si ses parents et ses amis s’étaient déplacés de Fredericton pour assister au match, il n’a pas vraiment eu le temps de jaser avec eux après la partie. «On prenait le train pour Boston, où on jouait un autre match le dimanche soir», se souvient-il. 

Rétrogradé à Québec après ces deux parties, O’Ree allait jouer 43 autres matchs dans la LNH, tous avec les Bruins. Aujourd’hui âgé de 82 ans, il n’a que de bons mots pour ses coéquipiers d’alors, son entraîneur Milt Schmidt et son directeur général Lynn Patrick. «Les gars ont été excellents. Ils m’ont dit qu’ils me soutenaient et que j’étais comme n’importe quel autre joueur. Lynn Patrick m’a expliqué qu’il m’avait rappelé pour donner une étincelle à l’équipe et que je devais comprendre que je faisais partie de l’équipe.»

O’Ree n’a pas inscrit son nom sur la feuille de pointage lors de ce premier match historique. «Je n’ai pas eu de but, pas de passe, même pas une minute de pénalité. Mais laisse-moi te dire que c’était quelque chose de battre le Canadien 3 à 0 sur leur patinoire! De mon côté, j’ai simplement joué mon match.»

Il ne se rappelle pas avoir entendu de remarque raciste provenant de la foule pendant cette partie. «Les gens parlaient tous en français, alors je ne comprenais pas grand-chose de ce qu’ils disaient de toute manière», rigole celui qui avoue avoir entendu durant sa carrière des commentaires racistes de la part d’adversaires et de spectateurs.

«Mais je n’ai jamais jeté les gants une seule fois à cause d’insultes racistes», ajoute fièrement O’Ree. «Mon grand frère m’avait toujours dit que les mots ne pourraient jamais me faire de mal et je savais que si je me battais à cause de ça, je passerais mon temps au banc des pénalités et je nuirais à mon équipe.»

Chronique

Si c’est pas Oprah…

Oprah Winfrey est connue comme la reine des talk shows. La papesse du divertissement. La patronne d’un empire de l’empathie, du régime minceur, du médicament miracle et de la pop-psycho. Dimanche soir, il a suffi d’un discours électrisant, prononcé lors du gala des Golden Globes, pour qu’une partie de l’Amérique rêve soudain de la voir présidente. Dès 2020. Une autre preuve de l’incroyable popularité de celle que le monde entier surnomme «Oprah». Mais aussi un symptôme de l’état de délabrement du Parti démocrate…

Oprah Winfrey! ll suffit de prononcer ce nom pour faire apparaître des étincelles dans les yeux des démocrates les plus blasés. Dites Oprah et tout devient possible. Dites Oprah et le vilain farfadet Donald Trump disparaît en fumée. Dites Oprah et le gratin d’Hollywood se met à rêver d’un pays nouveau, avec des rivières de miel, des nuages de barbe à papa et des fontaines de chocolat.

Une chroniqueuse du Washington Post s’est gentiment moquée de cette soudaine Oprahmanie. «[…] Quand Oprah parle, la moisson devient abondante. Les cœurs s’enhardissent, les lapins ouvrent les yeux, les crocus émergent de la terre gelée et une musique lointaine se fait entendre, portée par une douce brise. Bref, le printemps est enfin arrivé.» (1)

Depuis des années, la candidature possible d’Oprah Winfrey à la présidence agitait périodiquement les médias. Les démentis de la vedette n’y changeaient rien. «Je ne serais jamais candidate à une fonction politique, avait-elle répété, au mois d’octobre, lors d’une entrevue à la chaîne CBS. Peu importe. Dimanche soir, après son discours des Golden Globes, la machine à rumeurs s’est emballée à nouveau. Telle une étincelle dans une poudrière.

Aujourd’hui, la possibilité d’un duel au sommet Donald Trump-Oprah Winfrey donne des palpitations aux actionnaires des grands médias. Le show du siècle. L’ultime télé-réalité. L’équivalent du combat légendaire entre George Foreman et Mohamed Ali, mais en version politique. Et le pire, c’est que les élections présidentielles n’auront lieu que dans trois ans…

Votez Bugs Bunny

Pour le Parti démocrate, le bla-bla entourant la candidature d’Oprah Winfrey constitue une aubaine. Une diversion utile, au moment où le Parti traverse sa période la plus sombre depuis les années 20. La défaite de 2016 a fait mal. Cet automne, le Parti affichait encore une dette de plus de 3,5 millions $. Pire, pour chaque dollar qu’il parvient à grappiller, ses adversaires républicains en récoltent deux (2).

En dehors des grandes villes, dans les états du Sud et du Centre, le Parti démocrate ressemble souvent à un mourant placé sous un respirateur artificiel. (3) Sur les 50 postes de gouverneurs d’un état, à peine 15 sont occupés par un démocrate. Signe des temps, les Démocrates ont eu de la difficulté à se dénicher un candidat en vue des élections au poste de gouverneur du Texas, qui auront lieu en novembre 2018. 

Personne ne voulait aller à l’abattoir. Il faut dire que l’état n’a pas élu un gouverneur démocrate depuis 1990. (4)

D’accord. Il y a une lueur au bout du tunnel. Et il ne s’agit pas nécessairement d’un train arrivant en sens inverse. Le 7 novembre, les Démocrates ont fait belle figure lors des élections locales en Virginie. De plus, ils ont réussi à faire élire leur candidat, Doug Jones, au poste de sénateur de l’Alabama. Un exploit jugé aussi improbable que celui d’assembler une boule de neige en enfer.

Doucement. Ne sortez pas le champagne et les confettis trop vite. En Alabama, la campagne du candidat républicain a été torpillée par des soupçons d’agressions sexuelles contre des mineures. Malgré le scandale, le démocrate ne l’a emporté que par une fragile majorité de 21 900 votes. Moins que les 22 000 électeurs qui ont préféré s’abstenir en inscrivant le nom d’un candidat fictif sur leur bulletin de vote. 

Parmi ces candidats, signalons Jésus, l’entraîneur de football Nick Saban, le général sudiste Robert Lee et bien sûr, l’increvable Bugs Bunny. (5)

Oprah à la rescousse

Aux yeux de certains démocrates inquiets, la candidature d’Oprah Winfrey permettrait à leur Parti de prendre un raccourci vers le pouvoir. En évitant les les crises existentielles et les querelles idéologiques. Les plus frileux disent même que cela permettrait d’éviter de soumettre le Parti à un processus digne du supplice de la goutte d’eau!

L’ancienne reine des talk-shows respire l’optimisme. Plus que tout, elle semble en mesure de gagner. Cette semaine, un sondage lui donne 48 % des suffrages, contre 38 % à Donald Trump. (6) Pas étonnant que ses partisans évoquent aussi «l’effet Oprah», son extraordinaire capacité à influencer. Lundi, le lendemain de son discours des Golden Globes, les actions de Weight Watchers, une compagnie qui lui est très associée, ont bondi de 12,5 %. (7)

«Oprah fait vibrer. Oprah donne la chair de poule. C’est son métier, a résumé le chroniqueur Frank Bruni, dans le New York Times. […] En 2020, le [candidat démocrate] devra être inspirant. […] Il devra irradier l’empathie. À la fin, peut-être que la personne choisie ne sera pas Oprah. Mais elle devra être Oprah-esque.» (8)

Reste que l’arrivée d’Oprah ne fait pas l’unanimité. «Je ne doute pas qu’elle soit animée d’une volonté sincère de rendre le monde meilleur, a expliqué David Axelrod, un ancien conseiller présidentiel, surnommé «La hache». Sauf que je ne suis pas sûr qu’elle soit prête à sacrifier son image de marque. Une campagne à la présidence, c’est implacable, envahissant, parfois dégradant. Sans compter que c’est souvent ennuyeux.» (9)

Ironie du sort, l’un des plus grands partisans de l’entrée d’Oprah Winfrey en politique a longtemps été… Donald Trump. Dès 1999, le grand orange rêvait d’en faire sa candidate à la vice-présidence. «Oprah constituera toujours mon premier choix, avait-il expliqué à l’animateur Larry King, sur la chaîne CNN. (…) Elle est populaire. Elle est brillante, C’est une femme formidable.» (10)

Les étoiles se bousculent

Oprah ou pas, la route qui mène à l’investiture démocrate de 2020 s’annonce congestionnée. Au moins une douzaine de candidats pourraient se retrouver sur la ligne de départ. Dans les rangs du Parti, les trois favoris avancent leurs pions. Ils se rendent régulièrement dans l’Iowa et le New Hampshire, les états où débute la saison des primaires, en février 2020.

Mais comme l’âge moyen du trio de tête atteint 73 ans, on peut difficilement parler d’un renouvellement. L’ancien directeur du Parti, Howard Dean, 69 ans, a même souhaité l’émergence d’une nouvelle génération. «Il est temps que ma génération débarrasse le plancher», a-t-il expliqué à des animateurs médusés, sur les ondes de la chaine MSNBC. (11)

Plusieurs candidats outsider jonglent aussi à la présidence. En décembre, l’acteur Dwayne «The Rock» Johnson a déclaré qu’il envisage «sérieusement» de se présenter. George Clooney a titillé le monde du potin en répétant que la présidence «semblait une chose intéressante». Même le milliardaire de Facebook, Mark Zuckerberg, a laissé courir la rumeur voulant qu’il soit candidat. (12)

«Avant, on disait que chaque sénateur voyait un futur président en se regardant dans le miroir, le matin. Maintenant, c’est le cas pour chaque super-riche, pour chaque célébrité, a écrit un collaborateur du Boston Globe. [Avec l’élection de Donald Trump], nous avons franchi une frontière. Je ne suis pas sûr qu’on pourra retourner en arrière.» (13)

Pour l’instant, le meilleur atout des démocrates demeure l’impopularité de Donald Trump lui-même. (14) En effet, malgré la baisse du taux de chômage et la croissance économique, la cote d’amour du président ne dépasse guère 38 %. À l’approche des élections de mi-mandat, qui auront lieu en novembre, plusieurs républicains commencent à s’inquiéter. Traditionnellement, les mid-terms se révèlent désastreux pour le parti du président. Mais avec un président qui multiplie les bourdes, ça s’annonce pire. À la Chambre des représentants, pas moins de 29 élus républicains ont déjà annoncé qu’ils ne se représentaient pas. Charlie Dent, le représentant d’un district de la Pennsylvanie, s’est fait leur porte-parole, en déclarant : «Qui voudrait revivre une année pareille? (15)

Reine ou présidente?

Il n’empêche. Si Oprah Winfrey entretenait encore des doutes de la férocité de la joute politique, elle sait désormais à quoi s’en tenir. Cette semaine, sur les réseaux sociaux, de nombreuses photos la montraient en compagnie du producteur de cinéma Harvey Weinstein, au centre de nombreuses accusations d’agression sexuelles. Il n’en fallait pas plus pour que certains l’accusent d’avoir été au courant des agissements criminels du producteur.

Ce n’est qu’un début. En 2016, environ 80 % de la publicité électorale adoptait un ton franchement négatif. Le scénario se répétera en 2020. Ici, on touche peut-être au talon d’Achille de la papesse du divertissement. Car on ne fait pas 30 années de télé sans laisser derrière soi quelques moments embarrassants. On imagine déjà avec quel bonheur ses adversaires rappelleraint ses entrevues avec des charlatans notoires. (16)

Sans oublier ses longues tirades sur la forme de ses étrons, qu’elle se vantait de contempler religieusement!

«La grande question consiste à se demander pourquoi elle songerait à une campagne présidentielle, écrit un chroniqueur du Washington Post. Cela lui demanderait trois années de dur labeur — et à la fin, si elle gagnait, cela voudrait dire encore quatre années de travail harassant et de responsabilités écrasantes. Après tout, la vie d’une milliardaire des médias est bien plus plaisante que celle d’un président.» (17)

Le mot de la fin appartient à une humoriste, qui soupesait le pour et le contre de la candidature d’Oprah Winfrey. «D’un côté, nous avons déjà Donald Trump comme président. Alors quand on y pense, on ne pourrait pas tomber beaucoup plus bas. Mais d’un autre côté, si Oprah devient la présidente, qui va jouer le rôle d’Oprah?»

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Sources: 

(1) «Oh the Fun if Oprah Really Runs», The Washington Post, 8 janvier 2018.
(2) «Divided Democratic Party Debates Its Future as 2020 Looms», Time Magazine, 21 septembre 2017.
(3) «The Democratic Party is Basically on Life Support in these 10 States», The Washington Post, 6 février 2017.
(4) «A New Low : Texas Democrats don’t have a Candidate for Governor», PBS News Hour, 8 août 2017.
(5) «Bugs Bunny for Senate ? Here are the Top Write-Ins from Alabam’s Special Election», PBS News Hour, 22 décembre 2017.
(6) «Oprah VS The Donald, and the Winner is…» Rasmussen Reports, 10 janvier 2010.
(7) «Oprah 2020 ? Winfrey’s Golden Globes Speech has Fans Dreaming of a Presidential Run», USA Today, 8 janvier 2018.
(8) «Is Oprah the Un-Trump, or the Un-Clinton», The New York Times
(9) «Talk of Oprah Running Presidents Captivates Democrats». The Washington Post, 8 janvier 2018.
(10) «Celebs, Politicos Alike Jump on the Oprah Winfrey Wagon», The Boston Herald, 9 janvier 2019.
(11) «My Generation has to Get the Hell Out of Politics», MSNBC, 28 décembre 2017.
(12) «More Signs Point to Mark Zuckerberg Possibly Running for President in 2020», CNBC News, 15 août 2017.
(13) «Is this a New Path to Oval Office ? Start with a Celebrity», The Boston Globe, 10 janvier 2018.
(14) «Strong Economy Lift Presidents. Trump Seems an Exception», The New York Times, 8 janvier 2018.
(15) «Suburban Anger At Trump Echoes Down the Ballot», The New York Times, 9 novembre 2017.
(16) «Oprah Could Run. Oprah Could Win : Is America Going Insane or Coming To its Sense?» The Washington Post, 8 janvier 2018.
(17) Don’t Underestimate the Possibility of Oprah 2020, The Washington Post, 9 janvier 2018.

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Monde

À la recherche de l'otage oublié

En Corée du Sud, In-cheol Hwang est un manifestant parmi tant d’autres. Sa cause est pourtant bien singulière. L’homme a fait de la recherche de son père, enlevé en 1969 par le régime nord-coréen, le combat de sa vie. À un mois des Jeux olympiques de PyeongChang, Le Soleil vous plonge dans la grande histoire humaine derrière un incident diplomatique oublié entre les deux Corées.

Dans les rues et le métro de Séoul, des millions de travailleurs et d’étudiants se déplacent rapidement. On marche l’air pressé, le pas rapide, généralement les yeux plongés dans l’écran d’un téléphone intelligent.

Les Sud-Coréens sont façonnés par la société hyper-compétitive qui les entoure. Ils vivent dans l’instantané. Le passé appartient aux musées. De toute façon, il n’est pas très beau. Le passé, c’est l’occupation chinoise et japonaise. C’est la guerre de Corée, puis un pays déchiré en son centre, détruit et pauvre. 

Dans cette marée humaine qui submerge Séoul chaque jour, plus d’une centaine de milliers de personnes ont déjà croisé In-cheol Hwang. La plupart sans s’en rendre compte. Ils l’ont contourné dans le métro, peut-être, ou ils ont détourné le regard en le croisant sur un trottoir. 

Il n’est pas le seul manifestant de la ville, après tout. Ils sont des centaines, chaque jour, regroupés au centre-ville, à camper pour une cause ou une autre. 

Depuis 2001, In-cheol, 50 ans, a manifesté en solitaire dans les rues de la capitale plusieurs centaines de fois. Il aborde les passants incrédules pour leur parler du drame de sa vie : un détournement d’avion ayant eu lieu en 1969. 

Une quinzaine d’années à se faire ignorer, aux dires du principal intéressé. In-cheol Hwang n’a pourtant qu’une seule revendication : que son père puisse revenir en sol sud-coréen, 48 ans après avoir été enlevé par le régime nord-coréen. 

Son combat se heurte sans cesse au même problème. Une mémoire collective effritée qui n’a que faire des injustices du passé. Comment un simple travailleur sans éducation réussirait-il à régler un incident diplomatique datant d’un demi-siècle?

«Ça aurait été tellement plus facile si j’avais trouvé une bonne raison de laisser tomber, mais j’en viens toujours à la même conclusion. Si j’abandonne seulement parce que c’est trop difficile, je ne serai pas différent de ces gouvernements et de la société à qui j’en ai tant voulu d’avoir ignoré et oublié la situation de mon père.»

In-cheol serait probablement encore dans la rue, brisé, affiche revendicatrice en main, à tenter de récolter des signatures au bas d’une pétition, n’eût été la rencontre d’un Texan et de l’aide inattendue de l’organisme à but non lucratif de ce dernier, une école d’anglais pour réfugiés nord-coréens.  

Voici son histoire.

Affaires

Prix du pain: réclamer ou non sa carte de 25 $?

Depuis lundi, vous pouvez officiellement vous inscrire pour recevoir une carte-cadeau Loblaw de 25 $, sorte de mea culpa de l’épicier pour avoir fixé les prix du pain pendant 14 ans. Mais devriez-vous la réclamer, quitte à «enrichir» le commerçant fautif?

Loblaw, et son entreprise sœur George Weston, a reconnu avoir pris part à un système de fixation des prix du pain avec d’autres compagnies. Elle avait annoncé en décembre qu’elle donnerait en guise de dédommagement une carte de 25 $ échangeable dans ses supermarchés. Des demandes d’actions collectives ont aussi été enclenchées en parallèle. Les consommateurs québécois y sont automatiquement inscrits.

Loblaw a mis en ligne lundi le formulaire de réclamation, dévoilant du même coup les détails de sa mesure. Pour obtenir votre carte, vous devez vous rendre au carte loblaw.ca. En plus de donner vos coordonnées, il vous faut confirmer que vous avez bel et bien acheté les pains ciblés (entre autres D’Italiano, Pom, Weston) dans les commerces nommés (Loblaw, Maxi, Provigo notamment) entre le 1er janvier 2002 et le 1er mars 2015. Aucune preuve d’achat n’est requise. En s’inscrivant, le client donne en même temps une quittance à l’entreprise. Une quittance qui n’a «aucune incidence sur votre droit de participer à une action collective portant sur la surfacturation du prix du pain emballé», indique Loblaw. La compagnie affirme toutefois que la somme de 25 $ sera déduite de tout montant futur qui pourrait être octroyé.

Mais cette prétention reste celle de Loblaw, précise Me Joey Zukran, de LPC avocat, responsable de la demande d’action collective au Québec avec la firme Renno Vathilakis. Le juge pourrait décider d’accorder une pleine compensation même aux consommateurs qui auraient reçu la carte-cadeau, estime-t-il. Il pourrait juger par exemple que c’était plutôt un coup marketing qui a servi à enrichir l’entreprise, fait-il valoir. «Parce que le but de l’indemnisation, c’est dissuader, prévenir et punir.»

Les cabinets avaient mis en garde les consommateurs en décembre, craignant qu’accepter la carte-cadeau les empêche de toucher une somme plus importante. Lundi, tout en refusant de recommander ou non aux clients de réclamer la carte, Me Zukran a dit vouloir s’assurer que les gens comprennent bien qu’en acceptant cette entente, ils risquent de faire engranger encore plus de profits à l’entreprise qui les a floués. 

S’ils attendent plutôt un potentiel règlement de la cour, ils pourront utiliser le montant octroyé comme bon leur semble.

«Choix personnel»

«C’est un choix personnel», dit-il. «On voit une compagnie qui a fixé les prix du pain, qui est quand même un élément essentiel de notre alimentation. Au lieu d’être punis, ils vont s’enrichir. Parce que premièrement, la carte-cadeau ne leur coûte pas 25 $ de vrais frais, ça vaut peut-être 6 ou 7 $», avance MZukran. Deuxièmement, une fois le client dans le magasin, sa facture risque de grimper à plus de 25 $. «Moi, je vois mal comment on peut laisser une compagnie profiter de leurs actes fautifs. Personne ne pourra me convaincre qu’ils sont en train de perdre en ce moment. Ils sont en train de gagner», affirme-t-il. 

«Nous croyons que c’est scandaleux qu’une entreprise puisse avoir une quittance, ou s’exonérer de leurs responsabilités et en même temps s’enrichir.» De plus, ils récoltent des informations personnelles sur les clients, des données qui valent aussi leur pesant d’or, ajoute l’avocat. Me Zukran admet que c’est un coup de marketing «très intelligent» qui risque de faire des petits. 

Loblaw (TSX:L) a aussi précisé lundi qu’elle se réservait le droit de limiter le nombre total de cartes qui seront distribuées en vertu du programme. L’entreprise a estimé jusqu’ici que de trois à six millions de consommateurs se prévaudraient de cette offre, ce qui lui coûterait entre 75 et 150 millions $. Vous avez jusqu’au 8 mai pour vous inscrire. 

Loblaw précise par ailleurs que les cartes, qui pourront aussi être utilisées dans les supermarchés Provigo et Maxi, ne peuvent servir à acheter de l’alcool ou des produits du tabac.  Avec La Presse canadienne

Actualités

Démocratie, es-tu lasse?

Pour résumer les hauts et les bas de la démocratie à travers le monde, en 2017, Le Soleil a retenu cinq chiffres. Cinq chiffres symboliques. Cinq chiffres qui semblent donner raison à Winston Churchill lorsqu’il disait que la démocratie constitue «la pire forme de gouvernement, à l’exception de toutes celles qui ont été essayées auparavant».

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Nombre de pays dans lesquels les droits politiques et les libertés civiles ont enregistré un «net recul», l’an dernier, selon l’organisation Freedom Watch. À travers le monde, le nombre de démocraties est en baisse pour une 11e année consécutive. Même que sur le classement établi par Freedom Watch, seules la Suède, la Norvège et la Finlande obtiennent une note parfaite de 100 %. En bas, tout en bas, la Corée du Nord occupe le 195e rang, avec un score de 3 %. (1)

Il faut dire que le leader suprême de la Corée du Nord, Kim Jong-un, ne laisse rien au hasard. En mars 2014, monsieur a été réélu avec 100 % des suffrages. Sur le bulletin de vote, il n’y avait qu’une seule case à cocher. Impossible de laisser le bulletin blanc, puisqu’en l’absence d’isoloir, tout le monde pouvait observer l’électeur. Pour couronner le tout, il fallait déposer le bulletin dissident dans une autre boîte de scrutin! (2)

En matière de recul démocratique, le bonnet d’âne revient à la Turquie. Depuis le coup d’État militaire raté de juillet 2016, le gouvernement turc n’en finit pas de régler ses comptes avec l’opposition. Plus de 150 000 personnes ont été arrêtées. Deux éditorialistes sont même accusés d’avoir émis des messages subliminaux appelant à renverser le gouvernement à la télé. Ils risquent la détention à perpétuité. (3)
Au chapitre des bonnes nouvelles, signalons l’arrivée au pouvoir au Libéria de l’ancienne star de soccer George Weah. Une première transition pacifique pour le pays… depuis 1944. (4) L’événement apparaît digne de mention dans un pays qui détient le record Guinness pour la plus vaste fraude électorale de l’histoire. En 1927, le président Charles D. B. King avait été facilement réélu en obtenant 234 000 votes. Un résultat stupéfiant quand on sait que le pays ne comptait alors que 15 000 électeurs…

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Chronique

Le pire de la télé en 2017

CHRONIQUE / Il y a du bon et du pas mal moins bon sur notre petit écran. Pour une septième année, permettez-moi de décerner mes prix Roger à ce qui s’est fait de pire en télévision en 2017. Des prix librement inspirés des Gérard de la télévision sur Paris Première en France et nommés ainsi en l’honneur de Roger Giguère des «Tannants». Le seul moment de l’année où je me permets quelques petites méchancetés, toujours envoyées avec humour. Et les Roger sont décernés à…

› L’émission de 2017 dont on souhaite le moins le retour

Sur-Vie. Dieu merci, la série ne survivra pas au jeu si naturel de Pamela Anderson.

› Le prix «Noir sur blanc» du scoop raté

Le reportage sur la mosquée à TVA. Pas de contrat? On s’en invente un!

› Le prix «Avez-vous crié? Avez-vous sacré?»

Le reportage sur Gilbert Sicotte à Radio-Canada. Pas de scandale? On s’en invente un!

› Le prix «Eille, j’ai un diplôme en psychologie»

L’insupportable Joanie à Occupation double. Teinture en vente nulle part. On lui donnera un talk-show dans six mois.