Sports

26 marathons en 26 jours, le grand défi de Jessica Lange [VIDÉO]

Courir l’équivalent de 26 marathons en 26 jours, soit 1117 km. C’est l’immense exploit que tentera de réussir Jessica Lange, de Québec, à compter du 20 mai. Un si grand défi pour un si petit bout de femme, qui en a toutefois vu d’autres.

«Je n’ai pas de voiture. C’est pour ça que je cours tout le temps!» lance en riant celle qui est néanmoins arrivée au rendez-vous avec Le Soleil en talons hauts, mardi matin. À moins de quatre semaines du grand départ, elle revient d’un long et intense week-end de Pâques sans lapin en chocolat.

Après avoir s’être testée sur deux journées consécutives de 50 km de course chacune, plus que la moyenne quotidienne de 43 km prévue durant son Grand Défi Tetrotop (T’es Trop Top), Lange et son mari et entraîneur Olivier Le Méner sont allés reconnaître en auto les quelque 980 km de routes, chemins et sentiers qu’elle foulera entre Québec et Halifax.

«Je suis très rassurée et confiante sur ma capacité à réussir ce défi. Mon entraînement a été sur la coche, comme on dit, avec des semaines jusqu’à 210 km de course. Là, je diminue, je suis rendue à 154 km cette semaine», laisse-t-elle tomber de ses yeux clairs et d’un accent qui atteste ses origines françaises.

Elle vient de Rambouillet, porte le nom d’une actrice américaine, mais c’est au Québec, où elle vit depuis 2007, que cette mère de famille de maintenant 39 ans a acquis l’endurance d’une coureuse d’ultrafond et la force d’une survivante de la dépression.

En novembre 2016, deux jours après avoir été incapable de dire à son Olivier qu’elle l’aimait même s’il n’y avait rien de plus vrai, la médecin lui a prescrit des antidépresseurs et... 30 minutes de marche par jour.

«C’était très inattendu, pour moi, raconte-t-elle. J’étais encore dans le déni. Je me disais que ce serait facile, ayant toujours été plus ou moins active dans ma vie, même si je ne l’étais plus. Plus jeune, j’avais été coureuse.

«Mais la première journée, j’ai tout juste réussi à faire 10 minutes, à la marche, et pas sans peine. Mais j’ai persévéré. Je me suis rendue à 20 minutes, puis jusqu’à réussir 30 minutes. La fierté que j’ai eue en moi!

«J’ai ensuite réintégré la course à pied dans ma vie, mais de façon différente. Avant, c’était rapidité, intervalles, les yeux sur la montre. Dorénavant, je le fais en pleine conscience, en écoutant le chant des oiseaux et en saluant les passants. C’est donc grâce à la marche que j’aime courir longtemps», explique Lange.

Mais c’est en entendant l’un de ses deux frères dire que le bonheur lui était impossible, lui qui souffre de schizophrénie depuis la mort de leur mère il y a 24 ans, qu’elle a voulu courir encore plus loin.

L’idée est venue d’un défi transatlantique. De Québec à Halifax, puis de Paris à Chartes, où habite frérot. Pour un très grand total de 1117 km et l’objectif d’amasser 50 000 $ pour la Fondation CERVO de Québec, qui finance la recherche sur les maladies neurologiques, les maladies mentales et les dépendances.

Le projet d’une vie

Un projet qui mobilise beaucoup plus que les 26 jours ou plus sur la route. Lange a pris une année sabbatique de la fonction publique provinciale pour mettre temps, effort et argent sur ce projet d’une vie.

«J’ai retrouvé mon bonheur par l’activité physique, alors j’encourage les gens à bouger plus. Je ne dis pas de courir 1000 km, au contraire! Moi, c’est parce que ça me ressemble, je suis rendue là dans ma vie. Mais je n’ai pas commencé par là non plus, je recommande juste de bouger régulièrement. Si mon message peut aider le plus de personnes, tant mieux», indique celle qui promet un peu de course aussi à son frère, même s’il ne le sait pas encore.

Plus que de bouger, elle désire montrer, entre autres à ses enfants âgés de 15, 13 et 5 ans, «qu’on peut avoir des downs très, très bas et qu’on peut s’en sortir avec la volonté et la combativité. Ils ont vu qu’il n’y a rien d’impossible».

Lange séparera ses journées en quatre tranches de 11 km étalées entre 8h et 18h au rythme de 6 min 30 au kilomètre, elle qui a déjà atteint une vitesse de 4 min 50. 

Pour la suivre, la commanditer ou acheter des kilomètres au profit de la Fondation CERVO : tetrotop.com.

Actualités

Les adieux d’Émilie Houle

TROIS-RIVIÈRES — Émilie Houle s’est enlevée la vie le 29 mars. À 23 ans. L’infirmière a laissé derrière elle des proches dévastés, mais aussi une lettre d’adieu poignante dans laquelle elle raconte son mal de vivre et aussi ses efforts pour s’en sortir. Des efforts qui n’ont pas pu la sauver en raison, selon elle, du manque de ressources en santé mentale. Un ultime message qui arrache le cœur parce qu’il est trop tard pour Émilie, mais ses parents espèrent que son témoignage permettra de sauver d’autres vies.

«J’espère vraiment que d’ici quelques années, il y aura des changements pour qu’enfin des personnes comme moi se sentent mieux dans la société et soient prises en charge le plus tôt possible. La maladie mentale, ce n’est pas à prendre à la légère, il faut la traiter comme toute autre maladie de l’organisme. Ce n’est pas parce que c’est une maladie abstraite qu’elle ne mérite pas d’être prise en compte», a écrit Émilie.

Ses parents espèrent de tout cœur que son témoignage permettra de changer certaines façons de faire du système de santé auprès des personnes suicidaires. «Le but de sa lettre, c’était d’essayer de sauver d’autres vies. D’après moi, c’est le message qu’elle voulait laisser», souligne sa mère Maryse Dionne. «C’est son parcours. Son message, c’est pour faire avancer les choses», ajoute son père Denis Houle. C’est pourquoi ils ont accepté que sa lettre soit partagée sur Facebook. Son cri du cœur a fait vibrer une corde sensible parce qu’en fin de journée, il avait été partagé environ 77 000 fois et avait suscité près de 11 000 commentaires. 

À LIRE AUSSI : La lettre d’Émilie Houle 

L’infirmière du Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec y parle de ce mal de vivre qui l’habitait depuis plusieurs années. «C’est pas que j’ai pas essayé... J’ai vu des psychiatres, des psychologues, des médecins, mais aucun n’a vraiment été en mesure de m’aider réellement. J’ai toujours eu l’impression que pour eux, je n’avais pas un vrai problème, que ce n’était pas prioritaire. Je trouve dommage que dans notre société, la maladie mentale soit encore à ce point stigmatisée et qu’il y ait encore un grand manque de ressources pour ces personnes-là.»

Ses parents l’ont accompagnée durant toutes ces années où elle tentait désespérément de se sortir la tête de l’eau. Elle a fait trois tentatives de suicide depuis 2015. Ces résidents de Baie-de-Febvre ont été témoins du véritable parcours de combattant qu’a suivi leur fille pour survivre malgré cette terrible douleur intérieure. Ils ont fait tout ce qu’ils ont pu pour la sauver. Malheureusement, elle a mis fin à ses jours le vendredi 29 mars. Le lundi précédant, elle était chez ses parents où elle a contacté Prévention suicide. Elle a parlé pendant environ heure et demie avec une intervenante. «On s’est informé si elle pouvait se rendre là-bas. Elle souffrait vraiment. Elle me disait: ‘‘Maman, je ne suis plus capable de vivre comme ça. Je ne sais plus quoi faire’’.»

Le lendemain, elle n’allait pas mieux. «Quand elle s’est réveillée, elle m’a dit: ‘‘Maman, on s’en va à l’hôpital, ça ne fonctionne plus’’.  On a fait venir l’ambulance. Elle se disait qu’en partant en ambulance, c’est sûr qu’ils allaient la garder. Elle se disait qu’ils allaient la mettre sous observation, qu’ils allaient la prendre en charge, mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Elle a passé la nuit à l’urgence, et le lendemain matin, elle a rencontré le psychiatre. Le psychiatre lui a dit qu’elle n’était pas un cas d’hospitalisation», raconte Mme Dionne. Le médecin lui a prescrit un nouveau médicament. «Quand une personne s’en va à l’hôpital, qu’elle a fait des tentatives pour s’enlever la vie auparavant,  qu’elle est en détresse, qu’elle vient chercher de l’aide, et que tu la laisses partir, pour moi, c’est inconcevable. Ce n’est pas vrai qu’en parlant dix minutes avec une personne, tu peux savoir comment elle se sent intérieurement. On lui a prescrit une nouvelle médication qui prend peut-être effet au bout d’un mois, et on lui a dit: ‘‘Retourne chez vous’’», déplore sa mère.

Ses parents ne souhaitent pas rendre public le nom du centre hospitalier. De toute façon, ils ne croient pas que la situation aurait vraiment été différente ailleurs. 

Avant de se rendre à l’hôpital, Émilie et ses parents ont tenté de trouver un centre adapté à sa condition. «J’ai fait beaucoup d’appels avec elle partout au Québec. J’ai appelé à Montréal, j’ai appelé à Québec, je ne peux pas dire le nombre d’endroits où j’ai appelé. J’étais sur main libre avec elle à côté de moi. Les centres disaient qu’elle devait avoir un problème d’alcool, de toxicomanie ou de jeu. Il n’y avait aucun endroit pour elle, qui était capable de la prendre en charge.»

Avant qu’on lui dise de quitter l’hôpital, Mme Dionne aurait aimé que sa fille soit au moins référée à un centre pour personnes suicidaires qui puisse l’admettre sur-le-champ. «Je pense qu’un centre adapté pour elle aurait pu l’aider. Il faudrait qu’il y ait plus de ces centres pour aider les gens. Pour moi, c’est clair et net qu’elle a payé de sa vie le manque de ressources», déplore-t-elle. 

Ils ont contacté le centre d’hébergement l’Accalmie à Trois-Rivières. «Selon eux, ça allait prendre trois semaines avant qu’une place soit libre. Mais ce n’est pas dans trois semaines qu’elle avait besoin d’aide», note son père.

Ses parents se sont sentis impuissants tout le long de ce parcours qui s’est terminé tragiquement. «Tout ce temps-là, on a vécu dans l’inquiétude. Moi, je n’ai pas des connaissances en psychologie. J’ai essayé de l’aider du mieux que je le pouvais, mais ça prend quelqu’un qui est formé et qui est capable de vraiment l’aider pour lui enlever ce mal-là. »

Ils vivent maintenant avec le chagrin immense d’avoir perdu leur fille unique. Les mots qu’elle a laissés derrière elle leur font du bien. «Ça nous aide. C’est pour ça qu’on veut essayer d’améliorer le système», explique M. Houle. «On veut aider d’autres personnes parce qu’on pense que c’est ce qu’elle voulait», conclut sa mère.

Chronique

C’était aussi notre Dame

CHRONIQUE / Il n’y a pas les morts du 11 septembre. Ni la peur ni la colère ni ce sentiment que le monde occidental venait de basculer et de perdre ce qui pouvait lui rester d’innocence. Ce sont pourtant les images de New York qui ont surgi en voyant les tours jumelles de Notre-Dame enfumées et sa flèche s’embraser, puis basculer, en direct et en boucle, dans nos écrans de télé.

Le monde, toutes religions et géographies confondues, a retenu son souffle en même temps. Tous consternés et tristes. Tristes surtout. 

Comme si on mesurait tout à coup combien cette église nous appartenait, comme elle appartenait au patrimoine du monde et à l’histoire de l’humanité. 

Des siècles de pierres et d’art qu’on avait fini par croire éternels tant ils faisaient partie du paysage de Paris, des cartes postales, de nos univers culturels et de nos imaginaires de voyage. Parfois de nos souvenirs. 

Le mien sera celui d’une messe de minuit, le 24 décembre 1989. Une cérémonie multiconfessionnelle, debout avec ma blonde au pied des hautes colonnes de pierres, à écouter des chants au milieu d’une foule bigarrée. 

Le ground zero des cartes géographiques de France. «L’épicentre de notre vie… L’étalon d’où partent nos distances», a rappelé le président Emmanuel Macron. 

En cette période trouble où on débat ici de la place des signes religieux dans l’espace public, on vient d’assister à la destruction du plus visible et symbolique des signes religieux catholiques (avec la basilique Saint-Pierre de Rome). 

Comme New York et son World Trade Center, le plus visible et symbolique des signes du capitalisme de Wall Street et du monde occidental. 

«Paris brûle-t-il?» s’étaient demandé les journalistes Lapierre et Collins, dans leur célèbre livre-enquête sur l’ordre donné par Hitler de détruire Paris en 1943. 

Ce n’est pas arrivé, mais dans le ciel incandescent de l’Île de la Cité de la nuit de ce 15 avril, on pouvait voir tout Paris qui brûlait. 

 ***

J’ai sursauté en entendant les propos du professeur d’histoire Laurent Turcot de l’Université du Québec à Trois-Rivières, à RDI.

On est tous un peu coupables de ce qui se passe à Paris, expliquait-il. Notre-Dame «part en fumée par notre faute». 

Par notre faute? 

M. Turcot s’en prenait au manque de sensibilité pour le patrimoine. Il n’a pas complètement tort. C’est vrai que le patrimoine n’a pas beaucoup la cote. Il y a tant d’urgences plus urgentes. Je ne parle pas ici de la lutte contre le voile et les signes religieux.

Le prof a cependant choisi un bien mauvais exemple pour sa croisade. 

Sans doute sommes-nous responsables des immeubles, religieux et autres, qu’on laisse dépérir, jusqu’à ce parfois il n’y ait plus rien à faire que de les démolir. Mais ça ne nous rend pas responsables du feu à Notre-Dame.

Surtout que la cathédrale n’était pas à l’abandon. Au contraire, on y faisait des travaux. C’est d’ailleurs la cause la plus probable de l’incendie.

S’il y a eu défaillance ou négligence, c’est peut-être dans l’exécution de ces travaux, la surveillance de chantier voire dans le plan d’urgence incendie.

 ***

On a eu le feu au Manège militaire. On se croise les doigts pour le Château Frontenac, le Séminaire, l’édifice Price, le Parlement. On ne veut pas y penser. J’y ajouterais le Pont de Québec et quelques autres immeubles essentiels.

Les perdre serait un drame à l’échelle locale, mais bien peu sur celle du monde. Rien comme Notre-Dame, même si on est nous aussi du patrimoine de l’UNESCO.

Cet incendie rappelle, toutes proportions gardées, l’importance des immeubles patrimoniaux dans la vie, le paysage et la psyché des villes.

J’ai eu en regardant le feu une pensée pour l’église Saint-Sacrement qu’on s’apprête à démolir. Aucun rapport direz-vous. C’est vrai. 

Pas d’histoire particulière, pas de valeur symbolique, pas de prouesse d’ingénierie ou d’architecture. Elle n’apparaît même pas dans la liste des églises locales méritant d’être conservées. Son principal mérite ne semble tenir qu’à sa place, au rebord de la falaise, qui la rend visible de si loin. 

J’ai quand même pensé à Saint-Sacrement. Sa stature imposante, ses clochers carrés de pierres grises, sa grande rosace en façade, ses trois doubles portes, ses vitraux travaillés. Notre-Dame a fait des petits dans nos paysages et notre culture.

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Nous rebâtirons Notre-Dame, parce que c’est ce que les Français veulent et parce que notre histoire le mérite, a dit le président Macron. Des mots justes, imprégnés de la grandeur du moment. De combien de nos bâtiments pourrions dire la même chose?

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Le technologue

Alexa veut séduire le Québec [VIDÉO]

CHRONIQUE / Les assistants vocaux font désormais partie du quotidien d’un nombre croissant d’utilisateurs. Apple et Amazon tentent de percer ce marché dominé outrageusement par Google.

Amazon est d’ailleurs le dernier en lice à adapter spécifiquement pour le Québec son assistant vocal Alexa. Cette semaine, je fais une pierre deux coups en essayant les nouveaux haut-parleurs intelligents Echo d’Amazon, qui utilisent le système Alexa.

Vérification faite

Vérification faite: vraiment verts, les sacs de coton?

L’affirmation: Marie-Pierre Lapointe, de Québec, nous envoie un article paru dimanche sur le site de Météomédia et qui, s’appuyant sur une étude danoise, dit que les sacs de coton dont on se sert pour faire l’épicerie ne sont pas aussi «écolo» qu’on le pense. En comptant tout leur cycle de vie, chacun d’eux polluerait autant que jusqu’à 20 000 sacs de plastique, qui ont pourtant très mauvaise réputation. Il faudrait donc les réutiliser 20 000 fois pour que leur empreinte écologique devienne plus faible. Alors, «est-ce que ces conclusions sont fondées», demande Mme Lapointe?

LES FAITS

L’étude en question a été publiée en février 2018 par le ministère de l’Environnement du Danemark. Elle compare les «coûts» environnementaux (eau, GES, toxicité, etc.) de différents types de sacs (divers plastiques, papier, etc.), en tenant compte de toutes les étapes de production, distribution, usages et devenir final — ce que les chercheurs appellent une «analyse de cycle de vie». Elle conclut effectivement que les sacs de coton sont de loin les plus polluants, et que le coton biologique l’est encore plus parce que l’agriculture bio, ayant de moins bons rendements, demande plus d’espace et de ressources.

Du point de vue des changements climatiques, conclut ce rapport, il faut réutiliser un sac de coton une cinquantaine de fois pour qu’il ait moins d’impact qu’un sac de plastique mince à usage unique, comme on en trouve à l’épicerie, et pour les autres critères, cela va jusqu’à 7000 fois! Si le coton est «bio», alors on parle plutôt de 150 et 20 000 fois, respectivement.

Alors, que disent les autres études sur cette question? Les résultats danois sont clairement des extrêmes à cause de certains choix méthodologiques. Par exemple, ses auteurs n’ont pas considéré les sacs qui sont perdus dans la nature, où ils persistent très longtemps; le fait que le Danemark incinère ses déchets et en tire de l’électricité peut aussi avoir fait mieux paraître les sacs de plastique. Mais quand même, il existe plusieurs autres analyses de cycle de vie très sérieuses qui «penchent du même bord».

Ainsi, le Centre international de référence sur le cycle de vie (CIRAIG, rattaché à la Polytechnique de Montréal) concluait à la fin de 2017 qu’il faut entre 100 et 3650 utilisations, selon le critère retenu, pour qu’un sac de coton devienne plus «vert» qu’un sac de plastique à usage unique — notons cependant que pour le critère «abandon dans l’environnement», le coton est environ 700 fois moins pire. L’Environnement britannique a fait le même genre d’exercice en 2011 et est arrivé à des chiffres relativement comparables : un sac de coton pollue autant qu’entre 130 et 400 sacs de plastique. Même son de cloche dans une étude parue en 2009 dans le Journal of Fiber Bioengineering and Informatics. Les chiffres diffèrent parce que les prémisses du calcul (les critères d’évaluation) ne sont pas les mêmes, mais les conclusions sont cohérentes.

L’explication est fort simple, et est la même dans toutes ces études : le gros de l’impact environnemental des sacs est lié à leur production. C’est l’extraction des ressources et l’énergie nécessaire pour leur transformation et leur transport qui laissent la plus grosse empreinte — et cela avantage le sac de plastique. «Par sa minceur et sa légèreté, étant conçu pour un usage unique, son cycle de vie nécessite peu de matière et d’énergie. De plus, il permet d’éviter la production de sacs à ordures puisqu’il est couramment utilisé pour cette fonction également», souligne le rapport du CIRAIG. Un sac de polyéthylène mince fait moins de 50 microns d’épaisseur et pèse à peine quelques grammes; par comparaison, un sac de coton peut peser plus de 200 grammes. Cela fait beaucoup plus de matière à produire, transporter et transformer.

Évidemment, l’idéal serait que tout le monde se procure des sacs réutilisables (en coton ou d’autres matériaux) et s’en serve assez de fois pour que leur empreinte passe en dessous de celle des sacs de plastique, mais le CIRAIG n’a pas pu «déterminer si ces nombres sont réalistes dans le contexte québécois».

LE VERDICT

Vrai. L’étude danoise arrive à des chiffres extrêmes, mais ses conclusions vont dans le même sens que plusieurs autres analyses du cycle de vie : les sacs de coton nécessitent un très grand nombre de réutilisations avant de devenir préférables aux sacs de plastique à usage unique. Notons par ailleurs que ce nombre est en général beaucoup plus bas (entre quelques fois et quelques dizaines de fois) pour les sacs réutilisables en plastique.

Nous, les humains

Le bon côté de la solitude

CHRONIQUE / Depuis une heure, je poireautais avec ma fille de 6 ans dans la salle d’attente de la clinique. Elle était tannée que je lui lise des histoires et moi aussi. Un peu zombie, on regardait un écran sur le mur qui donnait des conseils de santé.

L’un d’eux disait quelque chose comme : «Vous vous sentez anxieux, surmené? Prenez une heure pour vous durant la semaine et faites une activité que vous aimez!»

Une heure? C’est tout!?

Un adulte moyen passe environ 119 heures par semaine éveillé. Et tout ce qu’on nous propose comme temps pour soi, c’est... 60 minutes?

C’était peut-être juste un conseil bidon. Mais en lisant cette recommandation, je me suis dit que ça en disait long sur notre rapport tordu à la solitude. 

J’en sais quelque chose. J’ai 36 ans, travaille à temps plein, deux enfants, en couple, une vie sociale active et, comme beaucoup de monde sans doute, j’ai de la misère à m’accorder du «me time». Ce n’est jamais ma priorité, ça passe toujours en dernier. 

Je m’en rends compte le dimanche soir, quand je repense à la semaine qui vient de s’écouler. Oui, par-ci, par-là, j’ai eu quelques moments de solitude, j’ai lu le journal, un roman, joué du ukulele, regardé Netflix. Mais j’ai consacré la majorité de mon temps libre à travailler et à faire des activités en famille ou avec des amis. 

C’est un beau problème, vous allez me dire. De plus en plus de Québécois sont isolés socialement et en souffrent mentalement et même physiquement. On parle même d’une épidémie de solitude. 

Mais il y a un autre type de solitude sur laquelle on a tendance à lever le nez ou qui nous conduit à prendre les autres en pitié. C’est une solitude où on est tout seul par choix. Une solitude volontaire.

Sara Maitland a écrit deux livres là-dessus. C’est une écrivaine britannique qui a passé la majeure partie de sa vie dans un milieu densément peuplé d’humains. Elle a grandi à Londres dans une famille de six enfants, a eu une carrière florissante, est devenue une féministe de renom, s’est mariée, a fondé une famille et n’a jamais manqué d’amis. 

Mais à la fin des années 80, son mariage s’est désintégré. Quelques années plus tard, pour changer d’air, elle a essayé d’aller vivre seule dans la campagne au pays de Galle. À sa grande surprise, elle a adoré ça. 

«Je suis devenue moins ambitieuse, plus réflexive et beaucoup moins frénétique», écrit-elle, dans son livre A Book of Silence. «Et dans cet espace le silence coulait : j’allais dans le jardin tôt le soir ou tôt le matin et je faisais juste regarder et écouter.» 

Près de 25 ans plus tard, elle vit toujours seule en campagne. Elle ne s’est pas complètement coupée de la civilisation, continue à avoir des amis et utilise Skype pour jaser avec ses proches. 

Mais la solitude est au cœur de sa vie. Et elle pense que, sans aller aussi loin qu’elle, on pourrait tous bénéficier de plus de temps en solo, au moins pour deux raisons. 

La première concerne la créativité. L’écrivain Ernest Hemingway pensait qu’aucun travail sérieux n’était possible sans solitude. Maitland pense la même chose. 

Pour créer, explique-t-elle, il faut pouvoir se connecter à ses pensées sans être constamment court-circuité par un texto ou un collègue qui veut faire un brin de jasette. 

L’autre raison concerne la connaissance de soi. Sara Maitland affirme que ce n’est que dans la solitude — à l’abri de l’influence extérieure — qu’on peut atteindre une compréhension profonde de soi-même et de ce qui nous tient à cœur dans la vie. 

Quand on se met à lire sur la solitude volontaire, on tombe souvent sur cette citation de Blaise Pascal, qui a déjà dit : «Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.» 

Je ne pense pas qu’il voulait parler de notre incapacité à faire des siestes, mais de notre peur de la solitude. J’avais un prof de philo au cégep qui aimait répéter que la plupart de ses étudiants étaient incapables de rester seul avec leurs pensées, sans rien pour se divertir. 

C’est sûrement vrai, mais pas juste pour les étudiants. Pour apprivoiser notre peur de la solitude, Maitland suggère d’y aller à petites doses, en misant sur des activités qu’on aime déjà. Elle propose de commencer par des marches solitaires et, si ça se passe bien, de se lancer dans une «aventure» en solo : une fin de semaine de camping, un voyage à l’étranger, par exemple. 

On gagnerait tous à s’accorder un peu plus de temps avec nous-mêmes, croit-elle. Ne serait-ce que pour une heure...

Éducation

La suppléance obligatoire dans les écoles de la Rive-Sud

La commission scolaire des Navigateurs exige que des enseignants qui travaillent déjà à temps plein fassent de la suppléance obligatoire dans d’autres classes.

Le Soleil a obtenu copie d’une directive envoyée dans toutes les écoles de la Rive-Sud de Québec à la fin mars pour expliquer la façon dont il faut s’y prendre pour exiger qu’un enseignant fasse du dépannage. 

La commission scolaire se base sur un article de la convention collective des enseignants, qui n’était utilisé que très rarement auparavant. Cet article précise que la direction doit «assurer chacun des enseignants de l’école qu’il sera traité équitablement par la répartition des suppléances à l’intérieur du système de dépannage». 

«On est vraiment mal pris, parce qu’on n’appliquait pas ça dans le passé. Dans plusieurs écoles, la liste de remplaçants est épuisée», constate Martin Hogue, président par intérim du Syndicat de l’enseignement des Deux Rives (SEDR). 

M. Hogue croit que la pénurie de main-d’œuvre peut être montrée du doigt, mais aussi l’attractivité plus ou moins grande des commissions scolaires. Le problème est moins criant par exemple à la commission scolaire des Découvreurs, à Sainte-Foy, indique-t-il. 

«Ce qu’on craint, c’est d’épuiser les permanents. La suppléance forcée, ça vient s’ajouter à la tâche qui est déjà lourde», dénonce M. Hogue. Le dépannage obligatoire survient lorsqu’une école primaire ou secondaire n’a pas pu trouver de remplaçant d’un jour dans une classe. Les autres profs présents dans l’école vont donc assurer la suppléance à tour de rôle, alors qu’ils devraient normalement profiter de périodes de temps pour rencontrer les professionnels de l’école, faire de la correction ou de la préparation de cours. 

Dans sa directive, la commission scolaire des Navigateurs souligne que ce temps de travail personnel doit être repris par l’enseignant au cours des jours suivants. «Ça ne marche pas. Les profs acceptent de faire de la suppléance, mais il ne faudrait pas en plus leur exiger de reprendre ce temps-là le soir et les fins de semaine», exprime M. Hogue. 

La commission scolaire des Navigateurs explique que «la suppléance se fait à l’intérieur du 32 heures de travail de l’enseignant et non en surplus». Ce dépannage peut donc amener les enseignants à réaménager leur tâche la semaine suivante. 

Louise Boisvert, porte-parole de la commission scolaire de Navigateurs, explique que la directive a été partagée entre directions d’écoles «dans un but d’harmonisation des pratiques et en guise de rappel, tout simplement».

Mme Boisvert admet que le recrutement de personnel est «un défi quotidien» pour la commission scolaire. «On me dit que de façon générale, on a la chance de pouvoir compter sur une très belle ouverture et sur une très bonne collaboration des enseignants pour ce qui est de la suppléance et qu’on souhaite s’assurer cette dernière soit de qualité.»

Ailleurs au Québec

Plusieurs autres commissions scolaires au Québec vivent la même problématique. La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) raconte que ce «phénomène a commencé l’an dernier» et a pris de l’ampleur depuis. «On reçoit de plus en plus d’appels d’enseignants qui sont au bout du rouleau et qui veulent s’informer sur leurs droits face à ces demandes-là», raconte Josée Scalabrini, présidente de la FSE. 

Mme Scalabrini croit que les directions d’école ne savent pas trop comment gérer la situation du manque criant de suppléants, et les enseignants vont souvent accepter d’en prendre davantage sur leurs épaules. «Les enseignants ont peur de faire souffrir les élèves, alors ils vont jusqu’au bout. Ils disent oui, jusqu’à tomber à leur tour», décrit Mme Scalabrini, en faisant référence au nombre important de profs en congé de maladie. 

Préoccupé par cette pénurie d’enseignants, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a lancé il y a quelques semaines un appel à ceux qui ont quitté la profession «par dépit», leur demandant de revenir prêter main-forte. 

Pour Mme Scalabrini, ces paroles du ministre sont bien insuffisantes pour adresser le problème. «Il va falloir qu’on comprenne qu’il faut donner des conditions attirantes. Il va falloir que le gouvernement prenne ses responsabilités», croit-elle. Mme Scalabrini a d’ailleurs été déçue de ne pas trouver de «mesures concrètes» dans le dernier budget pour offrir des conditions de travail attirantes aux enseignants.

Le Mag

ASMR: micro plaisir, maxi détente avec Leyla

Leyla Thériault a toujours aimé les bruits. À l’école primaire, dans le coin de Joliette, elle appuyait son oreille sur les grandes tables communes pour écouter ses camarades écrire. Des années plus tard, elle est tombée par hasard sur la vidéo d’une fille qui se limait les ongles. Captivée, elle venait de découvrir l’ASMR.

Oui, elle s’est d’abord trouvée «bizarre» d’être sensible à ces sons anodins. Avant de pousser sa recherche et de comprendre qu’il existait toute une communauté d’adeptes.

La Capitale

Bientôt 111 ans et «pas de cellulite»

Éva Carrier fêtera ses 111 ans le 29 avril. Née en 1908 à Rivière-du-Loup, elle a connu entre autres les deux Guerres mondiales, la grippe espagnole, les années folles, la grande dépression, la Révolution tranquille, le téléphone, la voiture… et Internet.

La liste de toutes les inventions pourrait être encore plus longue, tellement il y en a eu en plus de 100 ans. On pourrait ajouter le pont de Québec inauguré en 1919, mais Mme Carrier n’habitait pas encore Québec. Elle s’est installée dans la capitale nationale à la fin des années 1920 pour suivre un cours de garde-malade.

Très jolie jeune femme, les prétendants sont nombreux à la courtiser, mais c’est Émile Delisle, agent pour le Canadien National qui aura la chance de l’épouser en 1933. «Elle l’a rencontré chez l’une de ses tantes, Marla, qui vivait à Québec. Il était en peine d’amour. C’était un très bon garçon et après des fréquentations, elle l’a marié», relate Françoise Delisle. Un an plus tard, le couple donne naissance à Françoise. 

C’est d’ailleurs sa fille, 85 ans, qui nous raconte l’histoire de sa maman. Éva Carrier entend et parle un peu, mais elle n’est plus assez en forme pour raconter sa vie. Elle réagira par contre souvent pendant l’entrevue aux histoires racontées par sa fille. 

Selon Mme Delisle, sa maman était le boute-en-train de la famille. Elle écrivait et racontait des histoires pendant les réunions de famille. «C’était la comédienne de la famille. Tout le monde s’amusait. Elle improvisait», se remémore-t-elle.

Génétique exceptionnelle

Neuvième d’une famille, de 17 enfants, Éva Carrier a eu neuf sœurs et sept frères. Pendant la grippe espagnole, qui a fait des milliers de morts au Québec, seulement Éva et sa mère n’ont pas été malades, mais par chance ou grâce à de bons gènes du côté des Carrier, il n’y a aucun décès dans la famille. 

Et cette bonne génétique suit encore Mme Carrier à l’aube de ses 111 ans. «Elle a encore ses jambes de 20 ans. Elle n’a pas de cellulite. Elle n’a jamais mis non plus de crème sur le visage», confie Françoise Delisle. 

Le chiffre 9

Pendant l’entrevue, Mme Carrier parlera du chiffre 9 dans les faits marquants de sa vie. «Ça m’a toujours suivi», lance-t-elle au moment où sa fille explique qu’elle est la neuvième enfant de la famille. «C’est vrai», réagit Françoise Delisle. 

«Elle est née le 29 avril, je suis née le 9 mars à 9h. Mon nom Françoise, il y a neuf lettres. On a eu deux appartements avec les numéros 2509 et 49. J’ai signé mon départ du gouvernement un 19», révèle Mme Delisle. 

Il faudra ajouter un autre événement concernant le chiffre 9. L’auteure de ces lignes est née un 9.

Cinéma

Le film de la semaine: Grâce à Dieu ****

CRITIQUE / Il y a un verset de la Bible dans lequel Jésus dit : «Laissez venir à moi les petits enfants.» De toute évidence, certains membres du clergé en ont perverti le sens. Grâce à Dieu, film magistral de François Ozon sur les actes pédophiles d’un prêtre français, s’évertue à en démontrer les conséquences sur une portion des quelque 70 victimes, des années après les faits.

Son puissant drame donne encore plus froid dans le dos puisqu’il est tiré de faits réels qui se sont déroulés à Lyon, ces dernières années (seul le nom des victimes a été modifié).