Actualités

Autrement dit

L'INSTANT PRÉCIS

11h32, le 17 juin 2018

Moment où les sismographes de la région de Mexico ont enregistré une vibration suspecte. Le léger mouvement, qui n’avait rien à voir avec un tremblement de terre, coïncidait avec l’explosion de joie provoquée par un but du Mexique, contre l’Allemagne, à la Coupe du Monde de soccer. N’exagérons rien. Tout compte fait, la secousse était un million de fois moins puissante que le tremblement de terre d’une magnitude de 8,0, qui avait dévasté la ville de Mexico, en 1985.

Source : USA Today

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Cinéma

L'éthique et le fric vus par le cinéaste Denys Arcand

MONTRÉAL — La sortie d’un film de Denys Arcand crée toujours l’événement. Par son titre rappelant son premier grand succès, «La chute de l’empire américain» ne fait pas exception. Dans cette fable à saveur policière, le vétéran réalisateur se penche cette fois sur la place grandissante qu’occupe l’argent dans la société, à travers le destin d’un jeune idéaliste qui met la main sur un magot que le hasard mettra sur son chemin. Une occasion pour Arcand de parler à l’écran d’évasion fiscale, de pauvreté et de partage de la richesse.

En ce mardi après-midi ensoleillé, le foyer Jean-Gascon du théâtre Maisonneuve de la Place des Arts rassemble un Denys Arcand tout sourire et l’équipe de comédiens de La chute de l’empire américain. Quelques heures plus tôt, la presse avait pu découvrir ce nouveau film, fort bien accueilli, qui porte la griffe d’un cinéaste fin observateur de la société québécoise.

Autour de lui, sur l’estrade, la famille élargie d’Arcand, à commencer par ses deux vieux collaborateurs, Rémy Girard et Pierre Curzi, flanqués pour l’occasion d’Alexandre Landry, Maripier Morin, Louis Morissette, Maxim Roy, Vincent Leclerc, Florence Longpré, Eddie King et Patrick-Emmanuel Abellard. Sans oublier la productrice et compagne du réalisateur, Denise Robert, et du producteur français Dominique Besnehard, grand ami du couple.

Après avoir baptisé sa nouvelle offrande Le triomphe de l’argent, Arcand s’est rendu compte que ce titre était «trop réducteur» et risquait de surcroît d’en effrayer plusieurs. «C’est toujours très complexe de trouver un titre, c’est toujours une bataille. Dans ce cas-ci, j’avais un problème grave parce qu’il ne représentait plus ce que le film disait», explique-t-il à l’occasion d’une table ronde avec quelques journalistes.

«Il y avait aussi le danger de rebuter des gens qui ne veulent rien savoir de l’argent. C’est un sentiment très présent au Québec», ajoute-t-il.

Le titre définitif s’est alors imposé dans son esprit. La situation politique aux États-Unis, de plus en plus sombre, l’a conforté dans son choix. «On se fait rappeler chaque jour par Trump que le pays est en pleine décomposition, de plus en plus ingouvernable. Nous sommes voisins d’un empire qui s’écroule. Nous allons finir par en subir les contrecoups.»

Chez les sans-abri

À une époque où l’argent s’impose de plus en plus comme une valeur polarisante, avec d’un côté des privilégiés qui s’en mettent plein les poches grâce aux paradis fiscaux, et de l’autre des pauvres de plus en plus pauvres, le réalisateur adopte le ton dramatico-ironique pour étayer son propos.

Au cœur de son scénario, un diplômé en philosophie (Alexandre Landry), livreur coursier par dépit, qui voit sa vie transformée après avoir subtilisé deux sacs remplis d’argent, dans la foulée d’un hold-up raté auquel il sera le témoin impuissant. Une cagnotte que le jeune idéaliste, en rupture avec les valeurs de son époque, tentera de faire fructifier, pour le bien commun, grâce à l’escorte la plus chère de Montréal (Maripier Morin) et un ex-motard repenti (Rémy Girard).

Politique

Le 1er octobre, les enfants pourront aussi voter

Pour la première fois lors d’une élection générale, tous les enfants du Québec seront invités à se rendre dans les bureaux de vote le 1er octobre pour déposer, eux aussi, leur bulletin dans l’urne. L’objectif : ancrer ce geste le plus tôt possible dans la vie des futurs électeurs.

Non, le gouvernement n’a pas changé l’âge légal pour voter. Élections Québec — le nouveau nom du Directeur général des élections — cherche plutôt à donner un coup de barre afin de tirer vers le haut le taux de participation chez les jeunes, qui baisse de façon constante. «C’est un investissement à long terme oui, mais on croit que c’est un important investissement social», souligne Julie St-Arnaud Drolet, porte-parole pour Élections Québec.

Les chercheurs s’entendent pour dire que le sens de la démocratie et de la participation politique, ça s’apprend. Cet apprentissage, qui commence tôt dans la vie d’un enfant, est influencé par la famille, l’école et les amis. 

Élections Québec a voulu faire sa part et susciter des questionnements chez les enfants. Le Petit bureau de vote est un bureau spécial installé à proximité de celui des adultes. Derrière l’isoloir, on ne demande pas aux enfants de choisir un candidat ou de comprendre la vision politique d’un parti. On leur demande plutôt de répondre à une question comme : «Qu’est-ce qui est le plus important pour toi?» Et l’enfant coche l’un des choix suivants : A- Exprimer tes idées, B- Être différent, C- Te faire respecter, ou D- Aider les autres. 

C’est la question à laquelle 1400 enfants ont répondu lors des élections partielles de Gouin à Montréal et de Louis-Hébert à Québec, en 2017. La majorité a choisi la réponse D-Aider les autres. Comme quoi les petits peuvent avoir un côté altruiste. 

Aux dernières élections municipales, la Ville de Montréal a aussi installé les Petits bureaux de vote d’Élections Québec. Environ 3000 enfants s’y sont rendus et devaient choisir ce qui était le plus important pour eux dans une ville. La majorité a opté pour les arénas, les piscines et les parcs, au détriment des bibliothèques et du métro. 

Un tatouage

Les petits qui ne savent pas encore lire peuvent demander de l’aide à un adulte ou aller barbouiller tout seuls leur bulletin de vote. À la fin, ils ont droit à un tatouage temporaire sur lequel il est inscrit : «J’ai voté». 

«C’était des projets-pilotes, mais on a vraiment eu de bons commentaires. C’est pourquoi on a décidé de l’étendre à toute la province. On se lance en grand cette fois-ci», indique Mme St-Arnaud Drolet. La porte-parole raconte que des parents qui étaient venus voter seuls sont retournés chercher leurs enfants pour qu’ils puissent le faire eux aussi plus tard en journée. Une enseignante de maternelle dit avoir eu une discussion sur la démocratie avec ses élèves, car plusieurs avaient voté la veille et arboraient avec fierté leur tatouage temporaire. 

Pour l’élection générale de 2018, la question qui sera posée aux enfants n’a pas encore été choisie. Le déploiement à l’échelle de la province coûtera 28 000 $ de matériel et ne nécessitera pas l’embauche de personnel supplémentaire. «C’est un petit budget, mais selon nous, ça va avoir une grande portée», indique Mme St-Arnaud Drolet. 

Élections Québec ne s’est pas inspirée d’un autre programme dans le monde. Le Petit bureau de vote est plutôt né d’une séance de remue-méninges à l’interne. En Caroline du Nord, il existe une journée de vote pour les élèves, où des bureaux sont installés dans les bibliothèques et locaux communautaires. Mais elle n’a pas lieu en même temps que l’élection générale. 

Cette initiative fait partie d’une série de gestes qu’Élections Québec souhaite poser en 2018 pour stimuler la participation électorale, surtout celle des jeunes. Il sera difficile de mesurer dans 10 ou 15 ans l’effet qu’auront eu ces Petits bureaux de vote sur le comportement des jeunes adultes, mais Élections Québec espère au moins que les enfants apprécient et s’amusent. «On souhaite que ça perdure, que ce soit le début d’une longue tradition», souligne Mme St-Arnaud Drolet. 

Cinéma

Le Clap ouvre à Loretteville

EXCLUSIF / Le septième art se porte bien à Québec, surtout celui porté sur les écrans du cinéma Le Clap. La célèbre institution de la pyramide à Sainte-Foy souhaite ouvrir d’ici la fin 2018 un complexe de huit nouvelles salles à Loretteville. Action.

Le Clap prend de l’expansion après son inauguration dans la pyramide en 1985. Il accrochera sa bannière sur l’ancien bâtiment de l’entreprise Marius Garon, à l’intersection du boulevard de l’Ormière et de la rue Racine, où il sera locataire.

Un observateur extérieur pourrait s’étonner de l’ouverture d’un nouveau cinéma à Québec. Avec l’arrivée du magnétoscope, puis du DVD et du cinéma maison, la mort du «grand écran» a été annoncée plus d’une fois. Et pourtant.

«C’est une fausse impression que les gens entretiennent, lance Robin Plamondon, directeur général de l’entreprise. Chez nous, nous avons connu une forte hausse d’achalandage de 9,2 % seulement pour 2017», explique-t-il. D’ailleurs, certaines des sept salles de la pyramide, totalisant 800 places, affichent souvent complet.

Le dg précise que son organisation ne se lance pas dans cette aventure de plus de 3 millions de dollars d’investissements sans avoir fait une étude de marché sérieuse. Le secteur choisi ne relève donc pas du hasard. Les quartiers qui environnent le futur cinéma regorgent de cinéphiles. 

M. Plamondon est convaincu de la pertinence d’ouvrir ce cinéma, d’autant plus que le ratio d’écrans par habitant dans la capitale est inférieur à celui d’autres villes en province. Il est de six écrans pour 100 000 habitants à Québec alors que la moyenne provinciale est de neuf écrans par 100 000 habitants. 

Ceux qui connaissent Le Clap ne seront pas dépaysés. L’ambiance conviviale et la programmation seront les mêmes qu’à Sainte-Foy. 

«Chez nous, les gens ne viennent pas au cinéma, ils viennent au Clap, lance fièrement M. Plamondon. Les cinéphiles retrouveront donc dans le nouveau complexe la même atmosphère et la même qualité de programmation, autant pour les films de répertoire que pour les blockbusters américains, doublés comme en version originale.»

Actualités

Comment notre photographe Patrice Laroche fabrique «D’hier à aujourd’hui»

Depuis près de 200 ans, la photographie témoigne de l’évolution de nos villes. Les archives de la Ville de Québec, notamment, regorgent de clichés relatant sa riche histoire. C’est de cette source, et de bien d’autres, que le coordonnateur des photographes du Soleil, Patrice Laroche, tire chaque semaine, depuis septembre 2014, une photo d’époque qu’il tente de reproduire le plus fidèlement possible. Pour sa 200e rubrique, nous l’avons suivi sur les traces «D’hier à aujourd’hui».

À chacune de ses parutions, la très populaire rubrique «D’hier à aujourd’hui» est l’occasion pour les lecteurs du Soleil de découvrir un nouveau pan de l’histoire de leur ville. Pour le photographe Patrice Laroche, l’exercice commence cependant toujours de la même façon : la sélection de la photographie d’époque.

«Pour choisir mes photos, je vais sur les sites Internet d’archives, les archives de la Ville de Québec, les archives nationales. Le Musée McCord à Montréal a, étonnamment, de belles photos de Québec. Je vais aussi sur une tonne de pages Facebook reliées à l’histoire, la nostalgie. Il y en a qui trouvent de belles photos et les publient sur Facebook et c’est une mine d’or», raconte-t-il.

Outre son esthétisme, plusieurs éléments seront pris en considération dans le choix d’une photo.

«Je privilégie les scènes de rues, mais il faut qu’il y ait un édifice-repère. Si c’est une scène out of nowhere, sans repère, ou un building qui n’existe plus en 2018, c’est moins intéressant. À moins d’être vraiment sûr que ça se trouvait là.

«J’essaie aussi de me coller aux saisons. En hiver, je cherche des photos d’hiver. Seule exception, c’est l’été. Depuis 75 ans, il y a beaucoup d’arbres qui ont poussé, à Québec! Alors des fois, j’essaie de faire la photo à l’automne pour qu’on voit à travers les arbres», raconte le spécialiste de l’image, qui pousse le souci du détail jusqu’à déterminer le temps de la journée et la position du soleil afin de recréer les mêmes ombres au sol et sur les édifices.

Photo de la semaine

Cette semaine, son choix s’est arrêté sur une photo de l’usine de la Dominion Corset — aujourd’hui l’École des arts visuels de l’Université Laval —, située sur le boulevard Charest. La photo de source inconnue date de 1978 et est tirée d’Internet.

Pleins feux

Six Français revivent le triomphe des Bleus en 98

Black-blanc-beur. Bleu, blanc et pur bonheur! Vingt ans après le triomphe de l’équipe de France à la Coupe du monde de 1998, le moment reste toujours aussi vif à l’esprit de ceux qui l’ont vécu sur place, dans l’Hexagone. Alors que les Bleus amorcent leur Mondial 2018 samedi (6h, heure du Québec) contre l’Australie, Le Soleil a fouillé dans les souvenirs de six Français très impliqués dans le soccer à Québec. Anecdotes cocasses, moments intimes ou gloires nationales, voici quelques morceaux choisis d’un grand casse-tête historique sportif.

LE COQ ET LA REINE

Alfred Picariello a passé ce dimanche soir là... déguisé en coq. Au beau milieu du bien nommé Café du Centre niché au cœur de son village de 700 habitants, L’Étrat. Le troquet local était à ce point bondé durant le Mondial que des clients se tenaient jusque dans la rue et provoquaient des embouteillages.

C’est dans ce même bistrot, rendez-vous transgénérationnel par excellence tout le mois, que le jeune homme d’alors 23 ans a pris un café à côté de Javier Zanetti, le capitaine de l’équipe nationale d’Argentine. La bande à Zanetti, Gabriel Batistuta, Hernan Crespo et compagnie avait élu domicile à L’Étrat, au centre de formation de l’AS Saint-Étienne, le club pro de la ville voisine.

«On a pu assister à des entraînements de l’équipe d’Argentine. C’était complètement dingue! J’ai surtout assisté à trois matchs de la Coupe du monde à Saint-Étienne, dont ce que plusieurs considèrent comme le plus beau match de cette Coupe du monde, Angleterre-Argentine en huitième de finale», se rappelle Picariello, comme si c’était hier.

Il enchaîne : «Il y a eu un super but d’Owen, Beckham qui prend un rouge... Puis à la mi-temps, les Anglais se sont levés dans le Stade Geoffroy-Guichard et se sont mis à chanter God Save the Queen. C’était fa-bu-leux. J’ai vu un paquet de matchs, mais c’est la première fois où j’ai eu les poils qui se sont dressés tout droit! Un match incroyable et en plus, l’Argentine gagne aux tirs de barrage», en frissonne--t-il encore.

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Environnement

Désert de miel au cœur du Québec

«On ne faisait plus de miel de toute façon. Ou en tout cas, très peu, ça ne valait même pas la peine d’en parler.»

Ce ne sont pourtant ni les abeilles ni le savoir-faire qui manquent à Francis Labonté. Il possède plus de 3500 ruches (!) et il est littéralement né dans l’apiculture: son grand-père Rolland a fondé Miel Labonté, en 1937, compagnie que son père Jean-Marc possède et gère toujours. «Je suis là-dedans depuis que j’ai 14 ans», dit-il. Mais hormis un peu de miel qu’il récolte «pour la famille», il n’en vend plus du tout, préférant se concentrer sur les services de pollinisation — bien des agriculteurs, notamment dans le bleuet, «louent» des ruches entre 100 et 150 $ pièce pour des périodes de 2 à 3 semaines afin de féconder leurs cultures.

Francis Labonté n’a pas tellement eu le choix, d’ailleurs. «Ça fait des années que je dis à mes fils de se voir comme des entreprises de pollinisation, pas comme des producteurs de miel», dit d’ailleurs son père.

C’est que l’entreprise familiale est située à Victoriaville, en plein cœur du Centre-du-Québec, un secteur qui est devenu une sorte de «désert de miel» au fil du temps et des transformations de l’agriculture régionale. D’après des chiffres de l’Institut de la statistique compilés par Le Soleil, chaque ruche du Centre-du-Québec et de la Mauricie (l’ISQ compte les deux régions ensemble) a donné 17 kilogrammes de miel en moyenne en 2016, alors que dans le reste du Québec, la productivité s’élevait à 40 kg/ruche. Et c’est un écart qui s’agrandit continuellement depuis une quinzaine d’années (voir notre graphique).

Si le Centre-du-Québec est devenu si peu propice à la production de miel, c’est que l’agriculture s’est presque entièrement tournée vers des cultures et des méthodes qui défavorisent les abeilles, disent tous les apiculteurs que nous avons consultés.

Parmi ces changements, on trouve l’industrie de la canneberge, qui a littéralement explosé dans cette région depuis une vingtaine d’années. Si étonnant que cela puisse paraître, les fleurs de canneberge ne contiennent pratiquement pas de nectar, ce liquide sucré que sécrètent (presque toutes) les fleurs et que les abeilles transforment en miel. En fait, dit Nicolas Tremblay, conseiller apicole au Centre de recherche en sciences animales de Deschambault, «en général, les ruches perdent du poids pendant cette pollinisation». Et comme les canneberges fleurissent en plein mois de juillet, soit le pic de la récolte de nectar pour les abeilles, cela pèse très lourd sur la production de miel.

Il suffit donc, avance M. Tremblay, que quelques «gros joueurs» — Francis Labonté possède quelque 3500 ruches sur les quelque 12 500 «colonies actives» du Centre-du-Québec et de la Mauricie — décident de ne plus vendre de miel pour faire chuter la moyenne régionale pour la peine.

Plantes qui disparaissent

Mais il y a plus, dit Jean-Marc Labonté. «C’est simple, il n’y a presque plus de plantes mellifères dans la région, dit-il. […] Si on recule d’une quinzaine d’années, il y avait beaucoup moins de blé d’Inde et de soya, et beaucoup plus de luzerne et de trèfle. Mais maintenant, les éleveurs gardent leurs animaux dans les étables à l’année longue et il y a beaucoup moins de pâturage.»

Ces changements ont eu lieu partout, mais ils sont particulièrement marqués au Centre-du-Québec. L’an dernier, sur 150 000 hectares de «grandes cultures» (blé, foin, maïs, etc.) ensemencés au Centre-du-Québec, on comptait près de 130 000 ha de maïs et de soya. Or ces cultures-là, de loin les principales de la région, ne sont pas butinées par les abeilles.

En termes de superficies, les «prairies» associées à l’élevage et à la production laitière sont la 2e plus importante culture du secteur, et ces champs-là ont longtemps été exploités par les abeilles. Cependant, les fermiers récoltent désormais leur trèfle et leur luzerne beaucoup plus tôt et plus fréquemment qu’avant, parce que les pousses plus jeunes sont plus nourrissantes pour le bétail. «Maintenant, ils coupent ça à 10 % de floraison, alors ce sont des champs qui n’ont pas le temps de devenir intéressants pour les abeilles», Francis Labonté.

Fait intéressant, ces facteurs — recul des pâturages, perte de diversité dans les cultures, fin des «pourtours» de champs laissés en friche, prairies coupées plus souvent, etc. — sont en grande partie les mêmes qui sont montrés du doigt pour [l’écroulement complet de plusieurs populations d’oiseaux champêtres, comme le goglu des prés (- 88 % depuis 1970) et l’alouette hausse-col (- 97 %). Ces oiseaux ne trouvent tout simplement plus d’habitats qui leur conviennent dans les campagnes d’aujourd’hui et sont remplacés par des espèces généralistes comme la corneille et le goéland.

Quoi qu’il en soit, pour la production de miel, le résultat est le même: «Ça fait des années que je laisse tout le miel dans les ruches, dit Francis Labonté. Pour la quantité qu’il y a, ce ne serait pas rentable, parce qu’il y a quand même des frais de manutention pour aller le chercher. Et ça fait moins de sirop de sucre à donner aux abeilles au printemps.» En outre, dit-il, la pollinisation a l’avantage de procurer un revenu plus stable et plus prévisible que la production de miel, qui est très changeante.

Mais pour les apiculteurs du Centre-du-Québec qui ne veulent pas abandonner les revenus de la vente de miel, il n’y a pas 36 solutions. Alexandre Gardner, enseignant en agriculture au cégep de Victoriaville qui possède 220 ruches, sort carrément son «cheptel» de la région.

«Ce qu’on fait, dit-il, c’est qu’on les amène là où c’est plus montagneux, dans les Appalaches. On n’offre pas de service de pollinisation, mais je vais faire du repérage chaque année et quand je repère un milieu qui est propice, qui a une bonne diversité florale et pas trop de pesticides, je vais cogner à la porte de l’agriculteur pour lui demander si je peux mettre des ruches là pour l’été. À 95 %, c’est “oui” et à la fin, on laisse du miel au producteur pour le remercier.»

Producteurs créatifs

À la Miellerie King, dans le village du Kingsey Falls, René Bougie ne sort pas la totalité de ses 115 ruches du Centre-du-Québec. «On en garde un peu dans la région, mais on en amène ailleurs aussi», dit-il. Mais malgré cela, sa productivité (autour de 30 à 35 kg/ruche) est sous la moyenne provinciale, ce qu’il compense en transformant lui-même le miel en divers produits à valeur ajoutée, comme des sauces et des alcools.

«On ne peut pas blâmer les fermiers, ils peuvent décider de faire ce qu’ils veulent et c’est normal, c’est leurs affaires, philosophe M. Bougie. […] Mais il faut vraiment qu’on choisisse bien nos spots où on met nos ruches, parce qu’il y a de plus en plus de maïs et de soya, et de moins en moins de prairies.»

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Sports

Mondial 2018: quatre Dynamo jouent aux «experts»

Le coup d’envoi de la 21e Coupe du monde masculine de soccer se donne à Moscou, jeudi (11h, heure du Québec), avec un choc inaugural entre le pays hôte, la Russie, et l’Arabie Saoudite. Le Soleil a invité deux joueuses et deux joueurs du Dynamo de Québec à se mouiller au jeu des prédictions.

Qui soulèvera le précieux trophée le 15 juillet, à la 64e et ultime rencontre du prestigieux tournoi? Quel joueur se joindra aux immortels de l’histoire du ballon rond? Quelle équipe surprendra la planète foot? Voici leurs pronostics, faites les vôtres!

Actualités

La chroniqueuse Mylène Moisan remporte le prix Jules-Fournier

La chroniqueuse du Soleil Mylène Moisan a reçu jeudi soir, à Montréal, le prix Jules-Fournier décerné annuellement par le Conseil supérieur de la langue française à un journaliste de la presse écrite dont les textes se distinguent par leur qualité et leur maîtrise de la langue.

Le jury explique avoir arrêté son choix sur la journaliste du quotidien de la capitale en raison de la «diversité» de son vocabulaire et de «l’efficacité» de son écriture.

«Vous avez de plus la capacité à vulgariser des sujets d’intérêt et à expliquer divers problèmes sociaux, tout en démontrant leur importance», mentionne dans une lettre envoyée à la lauréate le président du CSLF, Pierre Boutet. «Vous possédez aussi une manière efficace de faire découvrir et de raconter des parcours extraordinaires, de créer des instants et des moments et d’y faire participer le lecteur.»

Le jury souligne enfin que les textes de la chroniqueuse «sont dotés d’une force d’évocation et que la qualité de la trame narrative» de ses reportages «se maintient jusqu’aux conclusions».

La lauréate, qui tient sa chronique dans Le Soleil depuis septembre 2012, s’est dite évidemment fière de recevoir pareil honneur, d’autant qu’elle admet ne pas être une puriste de la langue française.

«J’ai toujours aimé jouer avec la langue française, me l’approprier. La langue que je parle, et que j’écris, est une langue vivante, colorée, savoureuse. La langue ne doit pas être un carcan ni une camisole de force, elle est une matière première.»

Lors de son discours, la journaliste a aussi confié être constamment «étonnée de la force des mots», elle qui entretient un lien privilégié avec ses lecteurs. «J’en suis aujourd’hui à presque 20 000 courriels reçus en cinq ans et très souvent, les gens qui m’écrivent le font pour me dire que mes mots les ont touchés, émus. Les ont fait réfléchir, sourire, pleurer», a-t-elle relaté.

Mylène Moisan est aussi l’auteure de trois livres dont Maman est une étoile, qui a connu un immense succès en 2015. L’année suivante elle publiait Dans une classe à part : histoires de profs inspirants, et en 2017, Les gens heureux ont une histoire.

Créé en 1981, le prix Jules-Fournier est remis pour la deuxième fois à une journaliste du Soleil. La chroniqueuse Ghislaine Rheault l’avait remporté en 1997. Jeudi soir, Mylène Moisan a d’ailleurs salué son amie aujourd’hui retraitée.

Les chroniqueurs Pierre Foglia, Yves Boisvert et Michèle Ouimet comptent notamment parmi les lauréats passés du prix Jules-Fournier.

En 2013, Mylène Moisan avait reçu le prestigieux prix Judith-Jasmin pour une chronique intitulée «Treize minutes de trop».

Pleins feux

Édouard Julien à la table des grands

Frank Thomas, Josh Donaldson, Bo Jackson... et Édouard Julien. Inutile de chercher l’erreur, il n’y en a pas. À 19 ans, le natif de Québec ajoute quelques lignes à la riche histoire du programme de baseball de l’Université Auburn, en Alabama.

«Nous avons été les premiers à montrer qu’on l’aimait beaucoup en le repêchant, mais s’il continue à frapper comme ça, les 30 équipes du baseball majeur vont courir après lui en 2020!»

Dépisteur de longue date avec les Phillies de Philadelphie, Alex Agostino était déjà en admiration avec le coup de bâton d’Édouard Julien. Mais les prouesses offensives du joueur de Québec avec l’équipe de baseball de l’Université Auburn dépassent les prévisions les plus optimistes.

Avant la finale super régionale de cette fin de semaine, qui donne accès au tournoi à la ronde des séries mondiales collégiales, le produit du programme sport-études des Canonniers de Québec montrait une moyenne de ,284 au bâton, pointait au deuxième rang pour les circuits (17) et au sommet pour les points produits (68) parmi les recrues de la première division.

Aucun joueur de première année n’avait frappé plus de 11 circuits à Auburn depuis 20 ans. Il a déjà éclipsé les chiffres de Josh Donaldson, maintenant troisième-but chez les Blue Jays de Toronto, à sa première année avec les Tigers d’Auburn, en 2005. Et il ne lui manquait qu’un point produit pour battre le record d’équipe de 68 par une recrue qu’il partage depuis peu avec Frank Thomas, l’ex-frappeur de puissance des White Sox de Chicago.

Pas étonnant qu’il ait trouvé refuge au sein de l’équipe d’étoiles des recrues de la NCAA (All America) dévoilée mercredi. Il avait aussi été choisi dans celle de la conférence Sud-Est, voilà 15 jours.

«C’est flatteur de battre les records, mais je ne pense pas vraiment à cela parce que ça ne veut rien dire. Les deux années suivantes de Donaldson étaient vraiment impressionnantes», dit Julien avec humilité et respect envers deux des meilleurs joueurs à avoir foulé le même losange que lui avant de se démarquer dans les ligues majeures.

Débarqué en Alabama dans la discrétion et la curiosité, Julien a réussi à faire sa place dans une équipe qui vient de livrer le tout premier choix au repêchage du baseball majeur, soit le lanceur Casey Mize, par les Tigers de Detroit.

«Personne n’avait entendu parler de moi à Auburn avant mon arrivée, c’est pour cela que je devais me faire un nom. Et j’ai réussi. Je suis un peu surpris d’avoir produit comme je l’ai fait, je ne pensais pas du tout frapper autant de circuits, moi qui ai toujours été un frappeur d’allées. Je suis plus mature, plus fort physiquement, ça aide, mais je comprends aussi bien mon élan, je sais ce que je fais que je me présente au bâton.

«Il faut s’adapter, car ici, tous les matchs sont télévisés [ESPN] et les lanceurs adverses nous connaissent bien. S’il y a une statistique qui me dérange, par contre, c’est le nombre de retraits au bâton, je veux améliorer cela», confiait-il lors d’une récente entrevue avec Le Soleil.

Le «Canadian Crusher»

Aujourd’hui, non seulement reconnaît-on Julien, mais sa popularité ne cesse d’augmenter. Sa visibilité dépasse celle de la région de Québec. À Auburn, on l’appelle «Eddie», ou encore, le «Canadian Crusher», traduit librement par l’Écraseur canadien…

Repêché en 37e ronde par les Phillies, en juin 2017, Julien a résisté à l’idée d’entreprendre sa carrière professionnelle. Pour l’attirer dans leurs filiales, les patrons d’Agostino auraient dû mettre le paquet.