Musique

Dans la constellation Gainsbourg

Chacun des albums de Charlotte Gainsbourg a été l’occasion de grandes rencontres, que ce soit avec Air, Beck ou, encore, Jarvis Cocker. Rest, qui paraît vendredi, ne fait pas exception, avec la présence des Paul McCartney, SebastiAn et Guy-Manuel de Homem-Christo (Daft Punk), or cette fois, l’artiste se fait plus personnelle, prenant la plume pour parler de sa sœur, Kate Barry, décédée en 2013, ou de son père, Serge. Le Soleil s’est entretenu avec celle qui vit désormais à New York, une ville qui lui a permis d’affirmer l’auteure en elle.

Q Vous avez déjà dit que vous ne vous voyiez pas comme une actrice ni comme une chanteuse. Vous vous voyez comment?

R Je n’ai pas envie de me voir, en fait! Je n’ai pas envie d’avoir du recul sur ce que je suis, quel titre j’ai. Le problème que j’ai, ce qui n’est pas un problème au final, c’est que j’ai commencé très jeune. Et à 12 ans, on ne peut pas revendiquer d’être une actrice ou une chanteuse. J’ai gardé le même statut qu’à mes 12 ans, quand j’ai commencé. Je ne peux pas me sentir plus professionnelle aujourd’hui, même si j’ai de la bouteille. Je viens du même endroit. Ce n’est pas l’expérience qui fait que, parce qu’alors ce serait quoi? Au quatrième film je serais devenue une actrice? Ou au cinquième ou au sixième? Ou est-ce quand j’ai eu 18 ans que je serais devenue actrice d’un coup? Ça n’a pas de sens pour moi et j’ai toujours abordé les rôles, comme un amateur. En musique, c’est pareil. C’est un luxe pour moi de pouvoir tourner un film ou de faire de la musique. Je le vis comme ça, parce que ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir s’amuser autant en travaillant!

Q Gainsbourg n’a peut-être pas été un nom toujours facile à porter quand vous étiez plus jeune. C’est comment aujourd’hui?

R Quand on est sa fille, on ne peut pas se dire si c’est facile ou pas à porter, parce que je n’ai pas d’autres références. Donc j’ai vécu avec tout le bon que ça m’a apporté et tout le mauvais — mais même le mauvais, ça me paraît bizarre de dire ça comme ça. C’est un nom encombrant, parce que je l’admire autant et qu’il est autant admiré par d’autres et parce que je l’ai mis sur un piédestal, mais ma mère [Jane Birkin], c’est pareil. J’ai les deux où c’est compliqué de faire ses marques. En même temps, je leur en suis tellement reconnaissante de m’avoir permis de commencer tôt, parce que c’est vrai qu’à 12 ans, je ne me posais pas la question : «Est-ce que je suis mieux ou moins bien qu’eux? J’ai le droit de le faire ou pas? Est-ce que leur nom est encombrant?» Je le faisais parce que c’était naturel de le faire. C’est après que l’admiration que j’avais pour eux me posait plus de problèmes, parce que j’avais plus de recul, mais heureusement, j’avais les deux pieds dedans...

Q Rest est le premier album où vous êtes autant impliquée dans l’écriture : vous signez tous les textes, sauf un... 

R Je tiens un journal depuis que je suis adolescente, j’écris un peu tout le temps, mais de là à penser que je pouvais écrire des textes, j’étais loin du compte. J’avais essayé quand je faisais l’album avec Beck [IRM], j’avais essayé aussi avant, sur l’album d’Air [5:55] et c’était à chaque fois des tentatives un peu foireuses. Beck m’avait poussée beaucoup en me disant que je devais le faire comme un exercice, que c’était juste une gymnastique, que j’avais trop sacralisé ça et que je devais juste passer le pas, mais je n’avais pas réussi.

Justice et faits divers

Chez Desjardins sous une autre identité: de fausses cartes pour être embauchée

Pour être embauchée par Desjardins comme consultante même si elle avait été mêlée à une affaire de fraude chez Via Rail, Solange Crevier avait présenté à l’entreprise un faux permis de conduire et une fausse carte d’assurance-maladie au nom de Johanne Richer.

Comme la plupart des institutions financières, le Mouvement Desjardins met régulièrement ses clients en garde contre les dangers du vol d’identité. Les événements des derniers jours ont toutefois démontré que personne, même une grande entreprise de la trempe de Desjardins, n’est à l’abri de ce fléau du 21e siècle.

Desjardins a révélé mercredi que Solange Crevier avait utilisé des tactiques poussées de vol d’identité pour obtenir ce poste de consultante chargée de l’implantation d’un système technologique pour Desjardins.

«On n’a pas vu ça souvent. Nous avons 48 000 employés et c’est la première fois qu’on vit une situation comme celle-là. On souhaite que ce soit la dernière», a déclaré André Chapleau, porte-parole de Desjardins. 

Stratagème habile

«Même si Mme Crevier travaillait dans nos bureaux à Lévis, elle n’était pas notre employée. Elle travaillait pour nous à titre de contractuelle comme chef de projet», ajoute M. Chapleau, précisant toutefois que Desjardins effectuait des vérifications tant avant l’embauche d’employés permanents que contractuels.

«Nous avons fait nos vérifications quand nous l’avons engagée comme contractuelle, mais nous l’avons fait pour Johanne Richer, une femme sans antécédent au profil parfait. Mme Crevier avait un permis de conduire et une carte d’assurance-maladie au nom de Johanne Richer, alors nous étions convaincus qu’il s’agissait de cette personne. Elle a usé d’un stratagème habile», poursuit André Chapleau.

Actualités

Quand les nazis s’intéressaient à l’île d’Anticosti

À la veille de la Deuxième Guerre mondiale, l’Allemagne d’Hitler envisage brièvement d’acheter l’île d’Anticosti. Quatre-vingts ans plus tard, un livre intitulé «L’expédition allemande à l’île d’Anticosti» réexamine cet épisode rocambolesque, aux allures de roman d’espionnage.

À l’automne 1937, un mystérieux groupe d’experts allemands séjourne sur l’île d’Anticosti, qui est à vendre. Les visiteurs prennent des notes sur les installations. Ils mesurent la profondeur des baies. Ils explorent le golfe à bord de petits avions. Ils font des cadeaux à tout le monde.

Officiellement, le groupe vient évaluer le potentiel de la forêt, en vue de construire une usine. Mais bientôt, on soupçonne ces Allemands d’avoir d’autres projets en tête. Mine de rien, l’Allemagne d’Hitler n’est-elle pas en train de faire du repérage? Pour planifier la guerre? 

Soudain, le Québec est frappé d’une crise de paranoïa aiguë, rappelle Hugues Théorêt, dans son livre L’expédition allemande à l’île d’Anticosti. Anticosti, c’est une immense forteresse naturelle, en plein milieu du Saint-Laurent. Aussi vaste que la Corse, mais 100 fois moins peuplée. Plus de 430 kilomètres de côtes, souvent inhabitées. Bref, l’endroit idéal pour installer des caches d’armes, de vivres ou de carburant.

Le ton des journaux devient hystérique. En cas de guerre, on rappelle que les baies et les anses d’Anticosti constitueraient un refuge idéal pour les sous-marins ennemis. La nuit venue, les équipages pourraient discrètement mettre le pied à terre, le temps de s’approvisionner en eau et même — qui sait? — en viande de chevreuil. 

Selon Hugues Théorêt, le coup d’envoi est donné le 2 décembre, avec la publication d’un article de la Montreal Gazette, intitulé «Germans Negociating Purchase of Anticosti». Le journal constate que l’île se trouve à un endroit idéal «pour construire une base militaire et envahir l’Amérique». L’hebdomadaire Le Jour va plus loin. Il redoute que l’usine de pâtes et papiers serve à fabriquer un dérivé de la cellulose, utilisé comme explosif.

Au début, le gouvernement canadien de William Lyon Mackenzie King minimise l’affaire. Rien d’étonnant. Depuis des mois, le premier ministre vit une sorte de lune de miel avec… l’Allemagne nazie. À la fin juin, il a été reçu par Adolf Hitler en personne, à Berlin. On aurait dit les retrouvailles entre deux amis. Le Canadien a chanté les louanges de la politique économique du Führer. Il a tenté d’attendrir son hôte en lui montrant des photos d’un séjour à Berlin, 37 ans plus tôt.

Apparemment, Mackenzie King ne réalise pas où il vient de débarquer. En 1937, l’Allemagne d’Hitler est une dictature impitoyable, qui se prépare déjà à la guerre. Elle va bientôt avaler l’Autriche. Sans parler de ses lois racistes. Juste avant la visite de Mackenzie King, le maire de Berlin a interdit aux enfants juifs de fréquenter les écoles publiques de la ville. 

Pas grave. Hitler flatte l’orgueil du Canadien, qui ronronne comme un vieux matou de salon. Le Fürher assure que ses intentions sont pacifiques. Faire la guerre, lui? Qui pourrait croire une chose pareille? Mackenzie King est conquis. Dans son journal, il écrit que le Führer semble «un homme d’une sincérité profonde et un vrai patriote». Il le compare même à Jeanne d’Arc!

Le bon Mackenzie King flotte sur son nuage. Il invite le bras droit d’Hitler, le maréchal Hermann Gœring, à chasser le wapiti et l’ours au Canada. Entre gens civilisés, on arrive toujours à s’entendre, non?

Santé

Commotions: la tête abîmée, la tête haute

Ugo Cavalancia, Karl Forgues et Carl Laverdière étaient en pleine ascension dans le football universitaire québécois avant que les commotions cérébrales mettent fin à leur carrière prématurément. Le Soleil s’est entretenu avec les trois jeunes retraités sur les blessures à la tête, la difficile décision d’accrocher leurs épaulettes et le changement de culture dans le monde du ballon ovale.

«Moi-même, au secondaire et au cégep, j’ai déjà jugé des gars qui ne jouaient pas parce qu’ils avaient mal à la tête. Quand un gars qui n’avait aucune blessure apparente me disait qu’il avait mal à la tête, je me demandais si c’était vraiment vrai, s’il voulait vraiment jouer. C’est l’attitude que beaucoup de monde avait avant.»

Ugo Cavalancia ne le raconte pas de manière glorieuse, au contraire. Difficile d’être mieux placé que lui pour comprendre les dangers des blessures à la tête. En août, le plaqueur défensif du Rouge et Or a officialisé sa retraite du football, aux prises avec des séquelles d’une commotion cérébrale ne le quittant pas depuis un an. 

Il y a quelques années, Cavalancia était débarqué en grande pompe à Laval, dépassant des vétérans établis pour s’établir comme partant dès sa saison recrue. Aujourd’hui, courir lui donne la migraine et il admet lui-même qu’il ne pourra probablement plus jamais jouer au football, même dans un parc avec des amis. 

Il faut d’abord mentionner que sa dernière commotion n’est pas arrivée sur un terrain de football, plutôt aux… glissades d’eau. Une sortie d’équipe quelques jours avant le début du camp d’entrainement, à l’été 2016. Un coéquipier l’a poussé dans une piscine pour rire, sa tête a frappé au fond de l’eau. Sur le coup, rien de grave, il s’est immédiatement relevé. Les maux de tête ont commencé en soirée. Quinze mois plus tard, ils n’ont pas encore cessé. 

«Ma dernière blessure à la tête n’a pas été au football, mais selon l’ensemble des neuropsychologues que j’ai vus, c’est l’accumulation de coups à la tête que j’ai eue au football qui est directement lié à mon absence de récupération», lance-t-il sans détour. 

Ugo Cavalancia n’est pas là pour maudire le football. C’est encore, selon lui, «le plus beau sport d’équipe qui existe». C’est pourquoi il a tenté de revenir au jeu pendant un an. Mais chaque fois qu’on lui donnait le feu vert pour reprendre l’activité physique intense, ses symptômes revenaient aussi fort qu’ils ne l’étaient dans les jours qui ont suivi la commotion. 

«À ce jour, j’ai encore mal à la tête, mais moins que l’an dernier», débute-t-il. 

«Pendant les deux sessions où j’essayais de m’entraîner pour revenir au football et j’allais à l’école en même temps, c’était vraiment l’enfer. L’activité physique faisait augmenter mes symptômes, et la concentration demandée pour étudier aussi. J’ai dû annuler six de mes huit cours.»

Après un dernier essai infructueux de revenir à l’activité physique intense, cet été, le Montréalais s’est rendu à l’évidence. Il a annoncé à ses entraîneurs et coéquipiers qu’il prenait sa retraite. 

«J’ai repoussé la décision pour moi, par peur de la prendre, mais je savais que ça s’en venait. Ça faisait 13 ans que je jouais au football, que la majorité de mes amis et des gens que je côtoyais étaient reliés au football. C’est un gros choc de se dire qu’il faut tourner la page sur une partie intégrante de ma vie et passer à quelque chose de complètement différent. Tout le monde était triste, mais comprenait. Il n’y a pas de regrets ou de chose que je changerais.»

Chronique

12 500 $ pour voir un psy

La Financière Sun Life fait passer de 1200 $ à 12 500 $ par famille la couverture annuelle des services de psychologues pour ses employés.

Vous avez bien lu. De 1200 $ à 12 500 $.

Une progression de 1042 %! 

Pour la compagnie d’assurances qui compte près de 10 000 employés au Canada dont 2300 au Québec, il ne s’agit pas d’une charge financière supplémentaire, mais plutôt d’un investissement dans la santé et le bien-être de ses troupes. 

«Au cours des dernières années, il y a eu une multiplication du nombre de programmes de sensibilisation sur la problématique de la santé mentale en milieu de travail. Aujourd’hui, il est plus facile d’en parler et d’en détecter rapidement les symptômes. Il est maintenant important de prévenir les problèmes de santé mentale en permettant, par exemple, à nos employés de consulter des ressources spécialisées comme des psychologues, des thérapeutes familiaux, des psychothérapeutes, des psychanalystes, des psychiatres ou des travailleurs sociaux», fait valoir le président de la Financière Sunlife pour le Québec, Robert Dumas. 

Chaque année, la société cotée en Bourse à Toronto (TSX : SLF) et à New York (NYSE : SLF) revise le panier des avantages sociaux accordés à ses travailleurs ainsi que les différentes mesures mises de l’avant pour veiller à leur bien-être. 

«Il faut s’assurer que tout ça demeure pertinent pour nos employés», indique M. Dumas en soulignant que l’entreprise sondait ses ressources humaines, tous les deux ans, pour mesurer leur niveau d’engagement et pour identifier leurs préoccupations et les difficultés liées à la conciliation entre le travail et la vie personnelle.

Monde

Les 24 heures qui ont changé l'Amérique

Il y a un an, le 8 novembre 2016, Donald Trump était élu président des États-Unis. À la surprise quasi générale. D’heure en heure, voici le récit de la journée qui a ébranlé l’Amérique.

0h35 | «Notre jour de la riposte»

À Grand Rapids, au cœur du Michigan, Donald Trump prononce son dernier discours. «Aujourd’hui, c’est le jour de la riposte, rugit-il. La classe ouvrière va enfin rendre les coups.» L’événement a été improvisé au dernier moment. Juste pour terminer la campagne APRÈS celle d’Hillary Clinton. Faute de temps, on laisse tomber les effets spéciaux. Pour une fois, l’orateur ne surgit pas au milieu d’un épais nuage de gaz carbonique, capable d’étouffer un troupeau de buffles. 

2h | Lady Gaga à la rescousse

Dans l’avion qui ramène l’équipe d’Hillary Clinton à New York, tout le monde déborde de confiance. La campagne vient de se terminer en apothéose, en Caroline du Nord. Lady Gaga et Jon Bon Jovi ont même improvisé un duo. Dans l’euphorie, on décide de relever le «défi du mannequin», qui consiste à demeurer immobile, le temps de réaliser un court film. Chacun prend la pause. Bon Jovi chante la sérénade à Hillary. Des membres de l’équipe se font un high five.

Avec le recul, on dirait les habitants de Pompéi juste avant l’éruption du Vésuve.

Justice et faits divers

Ce fameux délai avant d’être accusé...

Il est «intolérable que la police ait arrêté un parlementaire sans qu’aucune accusation ait été portée contre lui», a déclaré cette semaine le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, dans son désormais célèbre discours du «qu’on accuse ou qu’on s’excuse». Au cours des derniers jours, le fait qu’il s’est passé plus d’une semaine depuis l’arrestation du député Guy Ouellette sans que des accusations aient été formellement déposées a souvent été décrit comme une situation anormale, voire irrégulière, tant par des acteurs que dans les médias. Alors voyons si nous avons vraiment là un signe que quelque chose cloche…

Les faits

Député de Chomedey, M. Ouellette a été arrêté le 25 octobre dernier par l’Unité permanente anti-corruption (UPAC) dans le cadre d’une enquête sur le «vol et la diffusion illégale» de documents policiers. À l’heure d’écrire ces lignes, il n’avait toujours pas été formellement accusé de quoi que ce soit, bien que le patron de l’UPAC, Robert Lafrenière, ait indiqué en conférence de presse cette semaine qu’il ne doutait pas que cela viendrait.

De manière générale, une personne qui se fait appréhender doit être tout de suite informée du motif de l’arrestation par les policiers. Rien n’indique pour l’instant que cela n’a pas été fait avec M. Ouellette (fuite de documents policiers). Par la suite, la police transmet les résultats de son enquête à la Direction des poursuites criminelles et pénales, et c’est à elle que revient la décision de porter ou non des accusations.

Ce faisant, la justice doit-elle respecter un délai entre l’arrestation et la comparution (qui est essentiellement la mise en accusation «officielle»)? L’article 503 du Code criminel stipule qu’une personne arrêtée doit comparaître dans les 24 heures suivantes, «à moins que […] l’agent de la paix ou le fonctionnaire responsable ne le mette en liberté».

Bref, si un suspect est libéré dans les heures qui suivent son arrestation (cela se fait souvent sous promesse de se présenter devant la justice par la suite, mais ce n’est pas toujours assorti de conditions), la loi n’impose pas de délai maximal pour le dépôt d’accusation. Et M. Ouellette a bel et bien été remis en liberté.

Actualités

Donner un sens à la mort

«Je n’ai jamais revu mon fils. Quand on a tourné la rue, près de chez moi, on avait toujours espoir que Thomas avait seulement fait une connerie. Ce n’était pas une connerie. Quand on a tourné la rue, il y avait cinq ambulances et six voitures de police.»

Alexandre Taillefer et sa femme soupaient chez des amis, le soir du 6 décembre 2015, lorsque leur fils Thomas, 14 ans, a décidé de s’enlever la vie. Un drame dont l’homme d’affaires ne guérira jamais, de son propre aveu, mais avec lequel il apprend à vivre.

Mercredi soir, M. Taillefer était de passage à Québec, invité par l’organisme Solidarité-Deuil d’enfant, pour une conférence à laquelle Le Soleil a pu assister. Près de 80 parents endeuillés du décès d’un enfant par suicide, accident ou maladie étaient venus écouter l’ex-Dragon parler du chemin parcouru depuis le suicide de son fils. Celui qui est également père d’une fille dit avoir fait le choix de continuer de vivre, même si après un tel drame, «on ne profite plus jamais de la vie comme on en profitait avant».

Dans sa vie d’avant, Alexandre Taillefer profitait de sa fortune pour s’offrir toutes les voitures, montres et autres grandes réceptions qu’il désirait.

«Tout ça aujourd’hui me semble tout à fait futile. Je ne porte plus de montre et je ne conduis plus de voiture. Je pense qu’on a l’obligation [après la perte d’un enfant] de réfléchir à une signification, à un sens. Quelque chose qui est plus grand que ce qu’on voyait avant. Aujourd’hui, ce sens-là dirige presque toutes mes actions. Je m’implique dans des projets qui peuvent faire une différence.»

Depuis 18 mois, à travers son deuil, le Montréalais s’est donné trois buts liés à la prévention du suicide auxquels il se consacre encore.

Premiers répondants pour la maladie mentale

D’abord, l’homme d’affaires travaille à la création de réseaux de «sentinelles» dans les écoles et les lieux de travail. Les sentinelles sont «des premiers répondants formés pour les enjeux de santé mentale» et peuvent «vraiment faire une différence». Des entreprises comme Cascade et Gaz Métro ont implanté chez eux un réseau de sentinelles dans les dernières années, mais l’homme d’affaires travaille à ce que l’initiative se propage à plus grande échelle.

Chronique

La fin d'un long silence

CHRONIQUE / Aux yeux de tous, Françoys Bernier était un musicien d’exception. Nommé Chevalier de l’ordre national du Québec en 1993 pour sa contribution à la culture, il a dirigé l’Orchestre symphonique de Québec pendant deux ans et, surtout, fondé le Domaine Forget dans Charlevoix en 1977.

Il était adulé.

Cofondateur de l’école de musique de l’Université d’Ottawa, où il a enseigné pendant plusieurs années, il passait les étés aux Éboulements. Il louait une grande maison de pierres où chaque soir était une occasion de faire la fête. Les invités de marque et le gratin s’y retrouvaient pour boire du champagne et manger du caviar.

La famille s’y retrouvait aussi, frères et sœurs, cousins et cousines. Sa nièce Sophie y habitait pendant les vacances. «J’avais une fascination suprême pour mon oncle [le frère de sa mère], il était dans les hautes sphères de la culture. C’était un homme extrêmement brillant, cultivé.»

Il y a un mais.

Un soir, raconte-t-elle, la porte de sa chambre s’est ouverte. «J’avais 14 ans la première fois. Il est venu se glisser dans mes couvertures. Il s’est collé, il me donnait des bisous dans le cou, des caresses. Moi, je faisais semblant de dormir. Il devait bien voir que je ne dormais pas, j’étais toute raide...»

Est-il venu souvent? «Il venait presque tous les soirs».

Cet été-là et les deux qui ont suivi. «On passait nos étés au Domaine, il y avait plusieurs chambres, la mienne n’était pas très loin de la sienne. Quand j’allais me coucher, il attendait un peu et il venait me rejoindre. Il se collait sur moi, il me flattait, il me caressait les fesses. Il essayait de lever ma jaquette, je la retenais comme je pouvais. Il essayait de mettre sa main dessous.»

Sophie ne disait rien, ni à lui ni à personne. 

«J’étais devenue plus impatiente, plus irritable, ma mère m’a demandé s’il se passait quelque chose. Je suis restée vague, je lui ai juste dit que Françoys était très insistant et que je n’aimais pas ça. Elle l’a mis en garde, elle connaissait son frère...»

La mère de Sophie, Suzanne, se souvient très bien de l’avoir averti. «Ça s’est passé sur le bord de la plage à Saint-Joseph-de-la-Rive. Je lui ai dit : “Tiens-toi loin de ma fille”. Il ne savait pas trop quoi répondre, il a répondu : “Non, non...”»

Elle pensait que son frère avait compris le message. «Si j’avais su ce qu’il lui faisait, c’est sûr que je l’aurais dénoncé. Mais je ne pouvais pas imaginer ça...»

Sophie a tout raconté à sa mère il y a deux ans et demi, plus de 20 ans après la mort de Françoys. «La première question que je lui ai posée c’est : “Pourquoi? Pourquoi tu ne m’as rien dit? ” Elle m’a répondu : “Je n’étais pas capable, je ne voulais pas te faire de mal, je ne voulais pas te faire de peine. C’est ton frère...”»

Suzanne aussi a fait une confidence à sa fille. Elle lui a raconté que Françoys s’était essayé sur elle, sa propre sœur. «Il a essayé de me prendre les seins. Les seins, c’étaient ses joujoux. Je le remettais à sa place, mais il recommençait. Il a fait ça quelques fois, étalées sur trois ou quatre ans, environ en même temps que les événements avec ma fille.»

Sa fille n’était pas là. «Quand ça arrivait, Sophie était chez ses amies.» Sophie décrit son oncle comme «un homme à femmes. Tout le monde savait ça. Quand il arrivait dans une pièce, les filles disaient : “Attention, Françoys arrive!” Pogner des fesses, faire des commentaires, c’était tout le temps. Et en même temps, il dégageait un tel charisme, un tel magnétisme. Les gens étaient attirés par lui.»

Sophie aussi. «J’étais tellement mêlée. Je ne savais pas quel sentiment éprouver. Il n’y a jamais eu de violence, c’était toujours dans la douceur, dans la manipulation. J’avais 14 ans, j’étais encore une enfant! Je n’avais pas connu mon père. C’est lui qui, en quelque sorte, avait pris le rôle de figure paternelle.»

Chronique

L'ultime guide des élections à Québec

CHRONIQUE / On a eu l’impression par moment qu’il n’y en avait dans cette campagne électorale que pour la circulation, comme si l’avenir d’une ville pouvait se résumer à sa mobilité.

Quoi d’autre alors? 

J’ai retenu 25 thèmes ou projets qui me semblaient incontournables ou pour lesquels un ou l’autre des grands partis a une vision qui se démarque par son audace, le courage qu’elle exige des politiciens ou le débat qu’elle suscite.

La plupart de ces thèmes se retrouvent dans les programmes des partis, mais d’autres pas. Les partis ont collaboré à l’exercice. J’ai parfois résumé ou complété leurs réponses à l’aide d’information publique.

Le résultat n’est pas exhaustif, mais permet, je crois, de mesurer des différences significatives entre les trois grands partis à la veille du vote du 5 novembre. Voyez-y une sorte de guide de l’électeur. 

Les programmes complets peuvent être consultés sur les sites Internet de chacun.