Affaires

Plus futés que Google!

Avoir un Sidney Crosby dans son équipe, c’est un atout pour un entraîneur. En avoir deux, c’est quasiment trop beau pour être vrai !

L’entraîneur s’appelle Rémy Gendron.

Avec Denis Brochu et Guillaume Duchesneau, il a fondé, en 2008, Ingeno, une PME de Québec spécialisée dans le développement et l’opération d’applications Web pour les jeunes pousses et les grandes entreprises.

Avec ses 42 employés, Ingeno réalise aujourd’hui près de 70% de son chiffre d’affaires avec des sociétés ayant pignon sur rue dans la Silicon Valley. En pleine croissance, la compagnie a doublé son nombre de travailleurs au cours des deux dernières années.

Restaurants

Christophe Perny: Noël «en famille» au Monastère

Le chef Christophe Perny passera son quatrième Noël au Monastère des Augustines, dans le Vieux-Québec. Pour le Français d’origine, c’est tout comme passer Noël «en famille».

«Les sœurs [Augustines] font partie de la famille. Ce sont comme 12 grand-mamans pour mes deux enfants», confie le chef Perny, directeur de la restauration au Monastère. Ce n’est donc pas une «corvée» pour lui d’être à la barre des cuisines les 24 et 25 décembre, avant un congé bien mérité où «les activités familiales sont privilégiées pendant les Fêtes».

Une atmosphère solennelle imprègne le monastère en cette période de l’année. Loin d’être austère, c’est plutôt la convivialité qui règne dans cet endroit chargé d’histoire, où l’on trouve à la fois un centre de ressourcement, un musée, un restaurant… et qui demeure le lieu de résidence des quelques sœurs Augustines toujours présentes.

Le soir du 24 décembre, la traditionnelle messe de minuit — qui est plutôt à 20h — rassemble les religieuses et les visiteurs dans la chapelle, où plusieurs employés du monastère forment la chorale. À la sortie de la messe, Christophe Perny et sa brigade leur servent un «élixir de Noël» qui sera cette année à l’hibiscus, à la framboise et au sapin, ainsi qu’une «petite bouchée» pour bien terminer la soirée.

Le lendemain, place au traditionnel souper de Noël. Quoique… on parle ici de tradition «revisitée». Au restaurant du Monastère, ouvert tant aux résidents du centre d’hébergement qu’aux visiteurs de l’extérieur, la classique dinde farcie sera plutôt remplacée par du chevreau confit. 

Le chef se fait un point d’honneur de travailler avec des produits locaux et principalement biologiques. Le chevreau, servi avec une sauce au vin chaud, provient de la ferme Caprivoix dans Charlevoix, qui se spécialise dans la production de chèvre de boucherie et de bœuf Highland. 

Au restaurant du Monastère, on s’assure de toujours offrir une viande, un poisson et une option végétarienne. Lors du passage du Soleil, le menu du jour proposait du dhal de lentilles, de l’aile de raie pochée au lait de coco et du tartare de canard. Salades et légumes sont au choix au buffet.

Le soir de Noël, en plus d’une soupe et de salades parmi les entrées au buffet, les convives pourront découvrir des poissons fumés des Pêcheries Ouellet dans Kamouraska, des fromages des Grondines et des charcuteries biologiques de Rheintal à Bécancour. Du filet de doré s’ajoute aux plats servis par la suite, et la finale sucrée comprend notamment un strudel aux herbes de Kamouraska de la Boulangerie Niemand. Tous des producteurs coup de cœur du chef Perny.

Les 13 desserts

À la maison, Christophe Perny perpétue une tradition du sud de la France : les 13 desserts. «Le nombre 13 fait référence aux 12 apôtres plus un invité. On retrouve par exemple des biscuits aux épices, des fruits confits et fourrés…» Parfait pour les petits becs sucrés. 

Arrivés au Québec en 2011, le chef et sa femme opéraient une auberge de charme dans un hameau en Haute-Savoie, où le ressourcement et l’alimentation santé étaient au cœur de l’offre. «C’était ouvert à Noël alors on passait les Fêtes avec les convives, dans une ambiance très familiale. Le rôle de l’aubergiste, c’est de passer du temps avec les clients, d’être à l’écoute.» Un environnement qu’il retrouve d’une certaine façon au Monastère.

LIRE AUSSI : La bonne étoile de l'ébéniste autodidacte Christophe Perny

LIRE AUSSI : CRITIQUE / Un régal au monastère des Augustines

Monde

Les touristes vont-ils tuer le tourisme?

Avant, la fabuleuse plage de sable blanc de Maya Bay, au large de la Thaïlande, restait un secret bien gardé. Puis, en l’an 2000, elle a servi de décor pour le film The Beach, avec Leonardo DiCaprio. Ce fut le signal. Comme si une digue s’était rompue. En l’espace de quelques mois, des centaines de milliers de touristes sont débarqués.

Très vite, le nombre de visiteurs dépasse 5000 par jour. Deux millions par année. Des dizaines de hors-bords circulent en permanence dans la baie. Les dunes sont piétinées. Des flaques huileuses flottent sur la mer. Le corail se met à dépérir. Beaucoup de poissons colorés disparaissent.
Le 1er juin 2018, le service national des parcs de la Thaïlande prend une décision draconienne. La plage mythique est fermée pour une période indéfinie.

Gare à l’embouteillage de... piétons

Le cas de Maya Bay n’est pas unique. Un peu partout, les destinations touristiques populaires sont prises d’assaut. Et ça ne fait que commencer. En 1950, le tourisme international représentait 25 millions de personnes. L’an dernier, le décompte tournait autour de 1,3 milliard. Vers 2030, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), il pourrait dépasser 1,8 milliard. Le tourisme se démocratise. Il devient un produit de grande consommation. Pour le meilleur et pour le pire.

L’overdose touristique? Parlez-en aux habitants de Dubrovnik, en Croatie. Depuis longtemps, leur ville est célébrée comme la «perle de l’Adriatique». Mais son succès a explosé depuis son apparition dans la série Games of Thrones. Résultat? En été, il devient difficile de marcher dans la vieille ville. 

Parfois, il faut patienter plus d’une heure pour y entrer.

Croyez-le ou non, Dubrovnik lancera bientôt une application qui permettra de suivre en direct, sur votre téléphone, la congestion causée par les piétons dans la vieille ville. Comme pour la circulation automobile! Des parcours «alternatifs» seront suggérés!

Opinions

Un lynchage en quatre secondes [VIDÉO]

BILLET / «Sais-tu “twerker”?»

La question a été posée lundi, devant un auditoire européen, par le DJ Martin Solveig à la joueuse de soccer Ada Hegerberg qui venait de se mériter le premier Ballon d’Or décerné à une femme. En quelques minutes à peine, grâce aux réseaux sociaux, l’extrait s’est répandu à la grandeur de la planète.

Dans le clip vidéo de l’incident, on entend la question de Solveig et on voit la réaction de la joueuse, qui semble exaspérée.

Comment cet idiot osait-il ternir ainsi son accomplissement? Réduire une joueuse d’exception à son attrait physique, sexuel, quand nous commençons à peine à prendre la mesure des abus dont les femmes sont victimes?

Nous avons retweeté, condamné, applaudi ce lynchage bien mérité. Et je m’inclus dans ce «nous». C’était la tempête parfaite.

Mais une fois la colère assouvie, un détail clochait. Une seule vidéo de l’incident circulait, et elle ne durait que quatre secondes. C’est court quatre secondes. 

Peut-on vraiment crucifier, collectivement, quelqu’un sans savoir ce qui s’est passé au-delà de ces quatre secondes?

Ce qu’à peu près personne n’a vu, parmi ceux qui s’informaient par les réseaux sociaux, c’est que le DJ disait ensuite : «...parce qu’on a choisi quelque chose d’autre». L’idée était justement qu’elle dise non, comme prévu, afin d’enchaîner avec la musique de Sinatra qu’il avait déjà choisie pour elle.

Évidemment, il s’est mis les pieds dans les plats avec cette question déplacée, mais l’intention et l’incident lui-même n’avaient pas un caractère aussi méprisant et réducteur que ces quatre secondes de clip ont laissé croire.

Le contexte était «écrasé». En isolant un aussi court extrait, on amplifie son caractère offensant et on efface tout ce qui pourrait l’atténuer. C’est la meilleure façon de voir ses tweets, ou ses commentaires, rejoindre un plus vaste auditoire. C’est la nature du réseau social.

Ces plateformes créent ce que les spécialistes ont appelé, vers 2010, context collapse, qu’on pourrait traduire par l’écrasement, l’effondrement du contexte.
Dans le monde réel, chaque groupe partage un code, un contexte commun dans lequel les écarts, les transgressions sont permises afin de produire un effet, pour faire rire, etc. Dans l’espace numérique, la communication se fait avec tous les publics à la fois, et cela«écrase» ce contexte. Il ne reste pratiquement pas d’espace pour les écarts de langage, pour l’erreur.

Une journaliste aux États-Unis en a récemment fait l’illustration. Quinn Norton avait été embauchée plus tôt cette année par le New York Times pour écrire sur l’impact des technologies sur la société. C’est une plume brillante avec une grande connaissance du sujet. Mais on a ressorti de vieux commentaires, des échanges qu’elle avait eus au sein de groupes de hackers, qui prenaient une autre dimension, plus noire. On a ressorti ses amitiés passées avec un  personnage raciste de la droite dite «alternative».

Sortis de leur contexte, ses mots, ses relations devenaient inacceptables. Le Times a finalement été forcé de revenir sur son offre, devant le tollé provoqué.

Nous pouvons tous être, d’une certaine façon, manipulés par de l’information tronquée, par des images choisies, grossies dans le but de déformer la réalité, sciemment, ou simplement afin de monnayer notre attention.

Il n’y a malheureusement pas de remède miracle. Il faut juste essayer de voir ce qu’il y a de l’autre côté des quatre secondes.

Le Mag

Pour en finir avec la réunionite

CHRONIQUE / Certains jours, je tombe si souvent sur des boîtes vocales que je soupçonne un complot.

Mais vous savez ce qui est encore plus frustrant qu’une boîte vocale? Un message qui dit quelque chose comme : «aujourd’hui, je serai absent du bureau, en réunion toute la journée». 

Toute la journée! On devrait dénoncer leurs patrons. C’est une forme de cruauté envers les travailleurs. 

Bon, ce n’est plus un secret pour personne : les organisations modernes souffrent de réunionite aiguë. Les employés en ont ras le bol et les cadres aussi. Mais la maladie est si enracinée qu’on dirait que les réunions s’additionnent en dépit de l’aversion généralisée.

Steven G. Rogelberg, professeur à l’Université de Caroline du Nord à Charlotte spécialisé dans l’étude des réunions, vient de publier un nouveau livre intitulé The Surprising Science of Meetings (La science surprenante des réunions, non traduit en français), dans lequel il raconte que les gens ont quatre sortes de réactions quand il leur explique ce qu’il fait dans la vie : 

Je fais juste ça, des réunions; 

 Si vous voulez en savoir plus sur les mauvaises réunions, suivez-moi pendant une journée;

 Parfois, on a des réunions sur les réunions; 

 Vous devriez étudier mon organisation, ce serait un cas exemplaire de réunions dysfonctionnelles.

Les recherches du professeur Rogelberg révèlent que les employés assistent régulièrement à huit réunions par semaine, alors que les cadres en assistent à douze, dont la plupart durent au moins une heure. Et c’est pire pour les directeurs, qui consacrent en moyenne 60 % de leurs heures de travail aux réunions. 

Une frappante infographie de la firme Atlassian montre par ailleurs que 91 % des travailleurs rêvassent, 39 % somnolent, et 73 % font carrément autre chose — genre lire leurs courriels, les nouvelles ou dérouler leur fil Facebook — durant les réunions. 

Pas étonnant que près de la moitié des travailleurs cités par la firme considèrent que les réunions sont la source numéro 1 de perte de temps au travail. 

Et pourtant, les réunions continuent à s’organiser à la pelletée, comme si c’était un mal nécessaire — ou une forme de procrastination institutionnalisée. Ce qui donne peut-être raison à l’économiste John Kenneth Galbraith qui a déjà dit que les «réunions sont indispensables si vous ne voulez rien faire». 

Alors, on fait quoi? Fini les réunions? 

Le problème, c’est que les réunions ne répondent pas tant à un besoin de productivité qu’à des besoins démocratiques, explique le professeur Rogelberg. L’inclusion, la participation, l’appartenance, la cohésion et le travail d’équipe seraient compromis sans les réunions. Vaut mieux une réunionite aiguë qu’une dictature. 

«Ce dont il faut se débarrasser, écrit Rogelberg, ce sont les mauvaises réunions, le temps perdu en réunion et les réunions facultatives.» 

Combattre le temps élastique

Une des solutions les plus solides pour augmenter l’efficacité des réunions est la contrainte de temps, selon l’auteur. 

Pour les réunions comme pour toutes sortes de tâches, le temps est élastique. Plus on en a à notre disposition, plus on a tendance à en prendre.

Il y a même un nom pour ce phénomène : la «loi de Parkinson», du nom d’un professeur d’histoire qui a écrit un article marquant dans The Economist en 1955. Cette loi veut que «le travail s’étale de façon à occuper le temps disponible pour son achèvement».

Pour contrer la loi de Parkinson, Rogelberg suggère de fixer à l’avance le temps d’une réunion — et de réduire sa durée habituelle de 5 à 10 %. Au lieu d’une réunion de 60 ou de 30 minutes, on peut donc passer à 50 ou 25 minutes. Et si ça semble suffisant, on peut essayer de retrancher encore quelques minutes. 

Le gros avantage de la contrainte de temps? Les participants à la réunion ont tendance à aller droit au but, plutôt que d’emmerder les autres avec leurs digressions. 

Mais il y a aussi un problème de nombre de participants. Plus il y en a, plus les réunions sont improductives. 

Jeff Bezos, le PDG d’Amazon et l’homme le plus riche au monde, a ainsi instauré la «règle des deux pizzas» pour limiter le nombre de personnes présentes à une réunion inévitable. 

La règle? Ne jamais tenir une réunion où deux pizzas ne pourraient pas nourrir tout le groupe. Ce n’est pas bon pour la ligne, mais au moins, ça met les réunions au régime. 

Actualités

Transsexuelle à Valcartier: de Philippe à Raphaëlle [VIDÉO]

EXCLUSIF / Au début de l’année, la caporale-cheffe Raphaëlle Gosselin s’appelait Philippe. Elle était mariée, père d’une petite fille et personne à la base militaire de Valcartier ne soupçonnait qu’elle avait hâte de porter des robes et de se maquiller.

Raphaëlle était dans l’armée depuis une décennie, fantassin comme son père. Elle avait combattu les talibans en Afghanistan et participé à une mission de l’OTAN en Pologne après l’annexion de la Crimée par la Russie.

Parmi ses frères d’armes, Raphaëlle était reconnue comme une tough à l’air bête, très exigeante envers elle-même et les autres. Des émotions? Connais pas.

Raphaëlle mettait ce qu’elle appelle sa «carapace». «Pour compenser, j’essayais d’être plus ‘‘gars’’.»

Le Mag

Neuf idées pour réinventer Noël

Le décompte est commencé. Il ne reste que quelques semaines avant Noël. Mais cette année, c’est décidé, on fête différemment!

Exit le repas de dinde aux canneberges, la famille élargie qui envahit notre demeure pendant trois jours et la montagne de cadeaux qui fait exploser la maison. Les conventions et les traditions s’envolent par la fenêtre et on vit Noël à notre façon. Avouons-le, ça prend du courage pour ne pas céder à la pression de la société ou de la famille. Mais une fois n’est pas coutume...

Monde

Gilets jaunes: la révolte de la «France d'en bas»

Ils n’ont pas de véritable chef. Pas de programme. Pas d’idéologie. Ils se méfient des partis politiques, des syndicats et des médias. Pourtant, depuis deux semaines, ils mettent la France sens dessus dessous. Portrait des gilets jaunes, un mouvement qui sent le diesel, le gros vin rouge qui tache et les fins de mois difficiles.

C’est le ras-le-bol des banlieues éloignées et des campagnes. La révolte de la France d’en bas. Celle qui n’a pas les moyens de vivre en ville. Celle qui n’a pas le choix de se déplacer en voiture. Celle qui panique en voyant arriver les factures à la fin du mois. La France des gilets jaunes se sent pressée comme un citron. 

Étranglée par les taxes. Trahie par la politique.

Un chiffre résume le malaise. Depuis 10 ans, le budget annuel dont dispose une famille française typique a diminué de 660 $ CA.Pour les gens plus fortunés, ça ne change pas grand-chose. Pour les gilets jaunes, ça veut dire qu’il n’y a plus de marge de manœuvre. Adieu la soirée au cinéma. Les vacances. Les petites douceurs de la vie.

Le feu couve depuis longtemps. La hausse continue des prix de l’essence met le feu aux poudres. À lui seul, le diesel a augmenté de 30 % depuis janvier 2017. «Le prix des carburants, c’est comme le prix du blé sous l’Ancien Régime [la monarchie]», a dit le sociologue Jérome Fourquet, de la maison de sondage IFOP.2

Le gouvernement n’arrange rien en présentant les taxes sur l’essence comme «une nécessité écologique».

Sauver la planète ou payer son hypothèque? Le fossé qui sépare la France d’en haut et celle d’en bas tient en une phrase, gracieuseté d’un gilet jaune manifestant près de la frontière suisse : «les élites parlent de la fin du monde, quand nous, on parle de la fin du mois.»3

Une colère d’un genre nouveau

Grâce aux réseaux sociaux, la colère se répand à une vitesse stupéfiante. À la mi-octobre, sur le site Change.org, une pétition réclamant «une baisse des prix du carburant à la pompe» recueille 10 000 signatures. Quelques jours plus tard, elle atteint le chiffre de 370 000. En l’espace d’un mois, elle frise le million.

Les appels à l’action se multiplient. La révolte devient virale. Sur Facebook, une hypnothérapeute, Jacline Mouraud, interpelle le président Macron et son gouvernement. Elle les accuse de mener la chasse aux automobilistes. Les contrôles techniques, la hausse des prix du carburant, la multiplication des radars-photos, les péages, tout y passe. Elle se demande «où va tout le pognon».

Le vidéo (https://goo.gl/k3Rjm1) est vu plus de six millions de fois. Soudain, Monsieur Tout-le-Monde rêve de révolution.

«Macron démission»

Dès la fin du mois d’octobre, on voit apparaître des manifestations spontanées. Mais c’est le samedi 17 novembre que le mouvement signe son véritable acte de naissance. À travers la France, ils sont 300 000 gilets jaunes à bloquer des routes, des autoroutes et même des centres commerciaux. En tout, 2034 barrages sont recensés.

Une mobilisation nouveau genre, conçue sur les réseaux sociaux. Et totalement imprévisible. À peine 10 % des manifestations ont été déclarées à la préfecture de police, comme le voudrait la loi. Beaucoup de gilets jaunes ne connaissent rien aux manifs. Ils ignorent tout des règlements. Le plus souvent, ils s’en fichent complètement.

À Paris, quelques centaines de manifestants essayent d’atteindre le palais de l’Élysée, la résidence du Président, aux cris de «Macron démission». La police antiémeute les repousse à coups de grenades lacrymogènes. Un brin hystérique, la chaine de télévision BFM fait presque croire à une tentative de coup d’État.
Le bilan de la journée est lourd. Un mort et 528 blessés, dont 92 policiers. La victime est une manifestante de 63 ans, renversée par un chauffeur qui aurait «paniqué», sur un barrage routier, en Savoie.

«Au pif»

Le pouvoir semble dépassé par les événements. Et pour cause. Au soir des manifs, les sondages révèlent que jusqu’à 78 % des Français appuient les blocages!
Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, accuse l’extrême droite. Plus conciliant, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, jure qu’il a compris le message. Ce qui n’empêche pas le premier ministre, Édouard Philippe, de jouer les durs en répétant qu’il va «garder le cap».

En coulisses, on chuchote que le premier ministre Philippe a piqué une colère terrible. Monsieur est furieux que les services de renseignements n’aient pas prévu l’ampleur de la mobilisation. «On ne sait rien! se serait-il écrié. […] En ce qui concerne les gilets jaunes […] tout ce que l’on dit, c’est au pif».4

Le premier ministre n’en est pas à sa première colère. Le mois dernier, lorsqu’un journaliste lui a demandé si «tout remonte jusqu’à lui», le premier ministre a répondu : «non, seulement les emmerdes».5

La critique du journal Le Monde se montre sans pitié : «Le pouvoir se comporte comme un parent désorienté devant la révolte d’un adolescent [...].»6 Le Canard enchaîné ironise sur la cacophonie ambiante : «Les gilets jaunes, ça part dans tout l’essence».

Êtes-vous «prafiste»?

Au lendemain de la mobilisation du 17 novembre, le mouvement des gilets jaunes est plus disséqué et analysé qu’une grenouille dans un cours de biologie du secondaire.

On remarque que beaucoup de gilets jaunes ont un faible pour le Rassemblement national de Marine Le Pen (ancien Front national), même s’il ne faut pas généraliser. D’autres font partie des 20 ou 25 % de Français qui ne votent plus. Un phénomène qu’un sociologue, Brice Teinturier, rebaptise la «Praf-attitude», dans son livre Plus rien à faire, plus rien à foutre.7

Qu’est-ce que le PRAF? Dans sa version polie, il signifie : «plus rien à faire». De manière plus directe, il veut dire : «plus rien à foutre». Le «prafiste» a décroché de la politique. Il soupire d’ennui en voyant les invités politiques à la télé. Il voit les ficelles. Il se dit exaspéré par les «élites», les «experts» et les journalistes «qui nous parlent d’en haut».

«Entre 1958 et 1982, les Français sont des “croyants” de la politique, écrit Brice Teinturier. Entre 1982 et 2007, la déception s’installe après la présidence de François Mitterrand et celle de Jacques Chirac. Depuis 2007, le Praf s’immisce dans les esprits. Les quinquennats de Nicolas Sarkozy et François Hollande ont avant tout suscité un “double rejet”. Avec deux conséquences : la montée en puissance de l’extrême droite et la naissance du Praf.»8

Comme en Italie?

Sur le terrain, le mouvement con­naît une autre flambée, le samedi 24 novembre*. Mais avec 108 000 manifestants, la tendance à la baisse est indéniable. À Paris, la journée se termine par des affrontements sur les Champs Élysées. «Des scènes de guerre», dit le président Macron, en dramatisant un peu.

La colère des gilets jaunes ne se limite plus à l’augmentation du prix de l’essence. Ils réclament le rétablissement de l’impôt sur les grandes fortunes. Les plus radicaux exigent la dissolution de l’Assemblée nationale et la démission du président, rebaptisé «Micron 1er». Ici et là, des incidents racistes sont signalés.

«Le mouvement peut très bien disparaître par usure naturelle, prédit Jérôme Sainte-Marie, le président de l’institut de sondage PollingVox, en entrevue avec l’Agence France Presse. […] Mais ce qui a fait naître le mouvement — l’insatisfaction et la colère par rapport à la politique du gouvernement — ne va pas disparaître de sitôt».9

Jusqu’où veulent aller les gilets jaunes? Les plus optimistes rêvent d’un scénario à l’italienne. Là-bas, le Mouvement cinq étoiles avait commencé de la même manière, en 2007, par une manifestation baptisée Vaffanculo Day, la journée «Va te faire foutre!» Sur le coup, personne n’y croyait. Onze ans plus tard, Le Mouvement cinq étoiles a été porté au pouvoir.

«Le président des riches»

Le gouvernement français fait le pari que le mouvement va s’essouffler assez rapidement. Pour calmer les esprits, il a entamé un dialogue avec huit «porte-parole» des gilets jaunes. Un exploit, pour un mouvement qui n’en a jamais eu! Il annonce aussi des mesures «d’accompagnement», notamment des allocations pour réduire les factures reliées à l’énergie et le rétablissement de certains parcours de trains bon marché.

«Des mesurettes», raillent les gilets jaunes. «J’habite en Picardie. Tous les jours, je fais 60 km aller-retour, explique un travailleur de l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, à l’hebdomadaire Marianne. Je mets 30 minutes pour aller au travail. Si je devais prendre le train, je mettrais deux heures au moins, c’est impossible.»10

En attendant la suite, la popularité du premier ministre Édouard Philippe se trouve au plus bas. Et que dire de celle du président Emmanuel Macron? Depuis deux semaines, la colère se concentre sur sa personne. Les manifestants réclament la démission de ce «président des riches». «Jupiter, redescend sur terre», se moquent de nombreuses bannières.

La fin du parler «cash»

Le président Emmanuel Macron voulait parler vrai. Il voulait parler «cash», comme disent les Français. La recette a fini par se retourner contre lui. Certaines phrases malheureuses lui collent à la peau. Comme le jour où il a joué les fanfarons devant un jeune horticulteur sans emploi. «Je traverse la rue, je vous trouve du travail», avait claironné le président. Sans oublier sa formule associant les Français à des «Gaulois réfractaires aux réformes».

La dernière blague qui circule raconte la visite d’Emmanuel Macron dans un hôpital psychiatrique. À l’entrée, le président est accueilli par le directeur de l’établissement. Après les politesses d’usage, le président aborde le vif du sujet.

— Quel critère utilisez-vous pour déterminer qu’un patient doit être interné?
— Simple, répond le directeur. D’abord, nous remplissons une baignoire d’eau. Puis nous offrons au patient une cuillère, une tasse et un seau en lui demandant de vider la baignoire...
— Je comprends, interrompt Emmanuel Macron. Une personne saine d’esprit va choisir le seau parce qu’il est plus grand que la cuillère et la tasse.
— Non, M. le président, précise le directeur. Une personne saine d’esprit va retirer le bouchon de la baignoire.»

* Plusieurs gilets jaunes rechignent à manifester la semaine, parce qu’ils ne peuvent pas se permettre d’arrêter le travail.

  1. Portrait social de la France, Édition 2018, Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE)
  2. «Ce n’est pas un mouvement frontiste, mais...», L’Obs, 22 novembre 2018.
  3. «Les élites parlent de la fin du monde, quand nous, on parle de la fin du mois.» Le Monde, 26 novembre 2018.
  4. «Un gouvernement pris dans les bouchons», Le Canard enchaîné, 21 novembre 2018.
  5. «Macron bat un record, Mélenchon prédit une dissolution», Camus candidat, L’Obs, 16 octobre 2018.
  6. «Les pièges de la colère», Le Monde, 20 novembre 2018.
  7. Plus rien à faire, plus rien à foutre, Brice Teinturier, Robert Laffont, 2017.
  8. «Plus rien à faire», «plus rien à foutre» : êtes-vous un prafiste? L’Obs, 23 février 2017.
  9. «Les gilets jaunes, un mouvement qui dure en France», Agence France Presse, 27 novembre 2018.
  10. «Conduire, ces Français qui n’ont pas le choix…», Marianne, 16 au 22 novembre 2018.

Justice et faits divers

Sauvée d’une auto en flammes: les bons Samaritains témoignent [VIDÉO]

Claude Champagne revenait des Galeries de la Capitale par le boulevard Lebourgneuf lorsqu’il a aperçu de la fumée noire s’échapper d’une voiture blanche conduite par une aînée.

Le dessous de la Nissan Altima 2014 commençait à s’enflammer quand la conductrice s’est immobilisée sur la rue Le Mesnil. 

M. Champagne s’est précipité pour aller lui porter secours, pendant que sa conjointe appelait le 9-1-1. Un autre bon Samaritain qui conduisait une camionnette est arrivé presque au même moment. 

La conductrice de 70 ans semblait prisonnière de son véhicule, comme si les portes ne se déverrouillaient plus. Les deux hommes avaient beau essayer de les ouvrir, sans succès. 

Par chance, le conducteur de la camionnette transportait une longue manivelle qui servirait à dévisser les conduites d’eau. Il a essayé de défoncer la vitre du côté passager, mais celle-ci résistait à ses assauts. 

Claude Champagne, un gaillard de 6 pieds et de près de 250 livres, a essayé à son tour de fracasser la vitre à l’avant dans un élan de baseball. En vain.

Il a eu plus de chance avec une vitre arrière, qui a fini par éclater sous les coups de la manivelle. 

«Là, on a essayé de débarrer les portes par l’intérieur, mais rien à faire : c’est comme s’il y avait un circuit électrique qui empêchait les portes de débarrer. C’est là que j’ai crié à la dame : “Passez à l’arrière du véhicule, on va vous sortir par la fenêtre.”»

Pendant que la septuagénaire se déplaçait vers l’arrière, Claude Champagne voyait des flammes qui montaient sous le tableau de bord du véhicule. Il respirait l’épaisse fumée noire qui s’emparait de l’habitacle. 

«On a réussi à sortir la dame tête première, raconte M. Champagne. Moi, je l’ai prise par l’épaule gauche, lui, l’épaule droite. On a rentré notre main dans l’auto pour lui prendre la cuisse au-dessus du genou.»

Les deux sauveteurs ont éloigné la conductrice le plus vite possible. Quelques secondes plus tard, la voiture s’embrasait. «Ç’a brûlé comme une torche, dans le temps de le dire», décrit Claude Champagne. 

Selon ce dernier, le sauvetage a duré entre 10 et 15 minutes. 

Réfugiés au resto

Coupés légèrement par la vitre, la conductrice et ses deux sauveteurs se sont réfugiés au Deli Libanais Lebourgneuf, juste en face, sur la rue Le Mesnil. 

Une vidéo tournée par une caissière du restaurant expose la violence de l’incendie. Les images montrent aussi hors de tout doute que les deux bons Samaritains ont sauvé la vie de la conductrice, qui a failli être brûlée vive.

«Quand je suis retourné la voir dans le restaurant, elle m’a sauté dans les bras», raconte Claude Champagne.

Science

Auto électrique : va-t-on manquer de watts-heure ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «On parle beaucoup, ces temps-ci, de remplacer les voitures à essence par des voitures à l'électricité. Et c’est tant mieux : notre planète a bien besoin que la pollution diminue. Mais je n'ai jamais vu d'étude qui évaluerait la quantité d'électricité qui serait nécessaire si tous les véhicules routiers fonctionnaient à l'électricité. Au Québec, on se targue d'avoir beaucoup d'électricité mais déjà, lors de grands froids, nous sommes en déficit ! En outre, je me pose de sérieuses questions sur la capacité des provinces et États voisins, qui n’ont pas nos réserves d’électricité propre, de répondre à cette demande. Auront-elles besoin de construire des centrales nucléaire, au gaz ou au charbon ?», demande Gilles Lamontagne, de Leclercville.

D’après la version 2018 de L’état de l’énergie au Québec, un rapport publié annuellement par la Chaire de gestion du secteur de l’énergie des HEC, les voitures et les camions légers parcourent en moyenne 13 500 km par année dans la Belle Province. Histoire de faire un calcul conservateur (au sens de «pessimiste»), mettons les choses au pire et arrondissons à 15 000 km/an.

Ce même rapport indique qu’il y avait 5,2 millions de véhicules personnels en 2014. Toujours dans le même esprit conservateur, supposons que nous sommes rendus à 6 millions de véhicules personnels aujourd’hui. Cela nous fait collectivement un grand total de 15 000 km/an*véhicule x 6 000 000 véhicules = 90 milliards de km parcourus au volant de nos bagnoles chaque année.

Maintenant, combien d’énergie consomme un véhicule électrique pour une distance donnée ? Pour les modèles 2018, on trouve sur le site de Ressources naturelles Canada des chiffres allant de 15,5 kilowatt-heure (kWh, donc l’énergie dépensée par 155 ampoules de 100 W qui seraient allumées pendant 1 heure complète) par 100 kilomètres à 20 kWh/100 km pour les véhicules tout-électriques les plus populaires, comme la Chevrolet Bolt, la Hyundai Ioniq EV et la Nissan Leaf. Mais encore une fois, soyons pessimistes (après tout, il est plus énergivore de rouler en hiver dans la neige) et prenons le cas le plus gourmand, soit l’utilitaire-sport de Tesla, le Model X P100D, qui «brûle» 25 kWh/100 km.

Si tout le parc automobile du Québec était converti en tout électrique et qu’il consommait autant que le SUV de Tesla, cela nous ferait une consommation totale de 90 milliards de km/an x 25 kWh/100 km = 22 500 000 000 kWh. Rendu là, autant éliminer quelques zéros inutiles et exprimer cette quantité d’énergie en «térawatts-heure» : 22,5 TWh.

Est-ce beaucoup ? Est-ce que les fameux «surplus» d’Hydro-Québec, que l’on dit énormes, pourraient couvrir cette nouvelle demande ? Eh bien non : dans son Plan d’approvisionnement 2017-2026, la société d’État évalue ses surplus annuels à… 10 TWh. C’est clairement insuffisant pour couvrir ces futurs besoins. Et pour tout dire, ces 22,5 TWh représenteraient une part substantielle de la production totale d’Hydro-Québec, qui fut de 177 TWh l’an dernier. Ce qui indique qu’il y aurait du travail à faire pour alimenter autant de voitures électriques.

Mais cela ne constituerait pas un obstacle infranchissable non plus, dit le physicien de l’Université de Montréal Normand Mousseau, qui a codirigé la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec. Cela «ne représente que le huitième de la consommation totale d’électricité au Québec. Il suffirait d’un peu d’efficacité énergétique dans l’utilisation de l’électricité pour le chauffage ou de réduire les exportations qui ne sont pas rentables (hors heures de pointe) pour fournir cette énergie. On exporte plus de 30 TWh par année», m’a-t-il écrit lors d’un échange de courriels.

Il y aurait aussi des économies à faire ailleurs, lit-on dans le rapport que M. Mousseau a cosigné en 2014, et qui donneraient un coup de pouce. Qu’on en juge simplement par ce passage (entre autres) : «À Montréal, 39 % des citoyens qui demeurent à moins de 1 kilomètre de leur travail utilisent tout de même leur voiture pour s’y rendre. Dans l’ensemble du Québec, cette proportion atteint 48 %.»

On peut aussi, par ailleurs, imaginer que ce n’est pas forcément Hydro-Québec qui ajoutera de la puissance afin de recharger les voitures électriques. Avec le prix des panneaux solaires et des batteries qui chute continuellement depuis des années, bien des particuliers pourraient éventuellement s’installer leurs propres systèmes de recharge.

Mentionnons enfin que oui, il est vrai que nos voisins des autres provinces et de la Nouvelle-Angleterre n’ont pas la chance d’avoir une géographie aussi propice à l’hydroélectricité que nous, et que par conséquent leur production d’électricité est très dépendante des combustibles fossiles et du nucléaire. Cependant, il faut savoir que le nucléaire ne produit presque pas de gaz à effet de serre — donc en ajouter ne serait pas un problème, du moins pas de ce point de vue. Mais de toute manière, les énergies renouvelables sont déjà la principale source de nouvelle capacité électrique aux États-Unis. D’après des données gouvernementales, il s’est installé pour environ 11 gigaWatts de solaire et d’éolien chez l’Oncle Sam en 2017, contre à peu près 8,5 GW de centrales au gaz naturel (il n’y en a pas eu de nouvelle au charbon). Notons qu’il y a eu plus de centrales aux combustibles fossiles qui ont cessé leurs opérations l’an dernier (10,5 GW) qu’il n’y en a eu de nouvelles qui entraient en fonction.

Entendons-nous, les États-Unis sont encore loin de tirer la majeure partie de leur électricité de sources renouvelables, mais sur la question de la production à ajouter pour alimenter un éventuel parc auto tout-électrique, que pose M. Lamontagne, disons qu’il y a déjà un bout de chemin de fait.