Pornographie juvénile: l’indice qui a permis de sauver un enfant

Justice et faits divers

Pornographie juvénile: l’indice qui a permis de sauver un enfant

Dans un camion de la police de Québec, des policiers spécialisés en crimes technologiques et des enquêteurs inspectaient le matériel informatique d’un homme arrêté pour possession de pornographie juvénile.

C’est là qu’ils ont vu la vidéo, perturbante même pour des policiers habitués à ce genre d’images. 

En ce 10 juin, l’Unité de l’exploitation sexuelle des mineurs du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) venait d’arrêter Brian Labrie-Poulin, 29 ans, chez lui dans Beauport. Des réseaux sociaux avaient dénoncé le suspect à quatre reprises pour du téléversement de fichiers de pornographie juvénile. 

À l’intérieur du camion du SPVQ stationné devant l’appartement de Labrie-Poulin, les deux policiers spécialisés en crimes technologiques accompagnés d’un enquêteur s’affairaient à extraire les données derrière tous les appareils connectés Internet saisis chez le suspect. Ils cherchaient les images liées aux dénonciations. Ils les ont vite trouvés, mais ont aussi repéré une vidéo qui allait entraîner une arrestation aux États-Unis. 

Sur la vidéo en question, un homme agressait sexuellement un enfant de 18 mois. «Je n’ai jamais rien vu de pire que cette vidéo-là», a laissé tomber un enquêteur d’expérience à la lieutenante-détective Marie-Manon Savard, responsable de l’Unité de l’exploitation sexuelle contre les mineurs du SPVQ.  

Mme Savard a vu elle-même une partie de la vidéo. Comme chaque fois qu’elle est témoin d’agressions sexuelles sur des enfants, elle s’est érigé une barrière psychologique. «Émotivement, c’est difficile, dit-elle. Mais il ne faut pas se rattacher à l’image, il ne faut pas projeter ça vers un des nos enfants ou petits-enfants». 

Reste que la vidéo était «extrême» et qu’elle risquait de provoquer des effets traumatiques. La lieutenante-détective a donc limité l’exposition des policiers aux images. Elle a aussi texté une psychologue attitrée au Module des crimes majeurs du SPVQ pour qu’elle rencontre ceux qui avaient été exposés aux images. 

«On peut voir quelque chose de très choquant qui nous fait rien, et le lendemain, voir une photo de modelling, très “de base” au niveau de la pornographie juvénile, et là, le cerveau peut craquer», remarque Marie-Manon Savard. 

Des coordonnées GPS

Malgré l’horreur des images, il y avait quand même de l’espoir. Les techniciens du SPVQ ont réussi à trouver les coordonnées GPS du lieu où la vidéo avait été tournée. 

Les policiers qui luttent contre la pornographie juvénile ont rarement accès à ce type d’indice, qui se perd au fil des milliers de partages des vidéos, notamment sur le dark web. Ils voient les images, mais n’ont pas souvent la possibilité de remonter jusqu’à la source pour sortir les victimes des griffes de leurs agresseurs, ce qui est le but premier de l’Unité de l’exploitation sexuelle contre les mineurs du SPVQ. 

La plancha, une petite nouvelle dans la cour [PHOTOS]

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La plancha, une petite nouvelle dans la cour [PHOTOS]

Les Américains l’appellent griddle, les Argentins la baptisent chapa, les Québécois parlent — rarement — de plaque de cuisson extérieure. C’est toutefois aux Espagnols qu’on doit son nom le plus romantique : la plancha. Discrètement, cet instrument de cuisine à feu vif commence à sortir de plus en plus des cuisines des diners pour s’amener dans nos cours. Découverte d’un outil méconnu… et pourtant idéal pour l’été.

La plancha est une plaque de cuisson lisse et pleine, sans grille, qui surmonte d’un à trois brûleurs au propane. Sa surface est faite d’acier, de fonte ou d’acier inoxydable et peut être émaillée ou pas. Elle peut être petite et portative ou plus grosse, de la taille d’un barbecue sur chariot. Comme une poêle sur un four, elle permet d’à peu près tout cuisiner : burgers, steaks, sautés aux légumes, bacon, œufs, crêpes, etc. Voilà, les présentations sont faites!

Philippe Daviau a goûté à la plancha l’été dernier. Aficionado du BBQ depuis plus de 20 ans, il avait envie d’explorer cette bête dont le nom titillait de plus en plus souvent ses oreilles. «J’aime les tacos, les fajitas et la bouffe mexicaine en général. La plancha me semblait être un bel outil pour ça», raconte le travailleur de la construction.

L’épidémie invisible

COVID-19

L’épidémie invisible

«Depuis le début de cette pandémie, il n’y a pratiquement aucun modèle qui a été juste, constate Nathalie Grandvaux, chercheuse en virologie à l’Université de Mont­réal. C’est parce que ces modèles-là sont basés sur ce qu’on connaît des autres virus, mais qu’il apparaît de plus en plus clairement que ce virus-là ne se comporte pas de la même manière. On ne connaît vraiment pas beaucoup d’autres virus chez lesquels la transmission par des personnes asymptomatiques est si importante.»

S’il est une chose que la pandémie de COVID-19 a révélé ces derniers mois, c’est à quel point il est important de connaître la proportion des malades qui ne présentent aucun symptôme, ou du moins pas encore (les «présymptomatiques», voir l’encadré ci-contre) mais qui peuvent quand même transmettre la maladie. Et à quel point, aussi, c’est difficile à mesurer...

Une étude dirigée par le chercheur américain Eric Topol et parue au début juin dans les Annals of Internal Medicine a passé en revue toutes les données permettant de chiffrer la part des gens qui attrapent ce nouveau coronavirus, mais qui ne présentent aucun symptôme. Au bas mot, concluent ses auteurs, cela représenterait 30 % des cas, mais plus probablement autour de 40 à 45 %.

Mais voilà, il s’agit là d’une simple moyenne qui cache une énorme variabilité : parmi les 16 échantillons compris dans l’article, les taux d’asymptomatiques variaient entre 6 % et… pas moins de 96 %! Et la COVID-19 est loin d’être la seule maladie pour laquelle ce taux est difficile à mesurer : même pour un virus aussi courant, ancien et étudié que l’influenza, la part des malades sans symptôme est encore très débattue en science. Des chercheurs ont fait le tour des résultats scientifiques sur cette question en 2015, dans la revue médicale Epidemiology, et ont trouvé des résultats «éparpillés» un peu partout entre 15 et 75 %.

Alors qu’est-ce qui rend cette mesure (en apparence pourtant très simple) si ardue? «Ça vient en bonne partie du fait qu’on regarde des groupes différents, répond le Dr Guy Boivin, chercheur en infectiologie au Centre de recherche du CHUQ. C’est la réponse immunitaire qui dicte la présence de symptômes et ça, ça va changer d’un groupe à l’autre. Les plus hauts taux d’asymptomatiques qu’on a pour la COVID-19 sont dans des groupes dont la réponse immunitaire est relativement faible, comme les jeunes enfants, qui n’ont pas encore tout à fait développé leur système immunitaire, et les femmes enceintes, dont le système immunitaire réagit moins fort pour ne pas rejeter le bébé.»

Notons à cet égard qu’une étude menée dans une clinique d’obstétrique de New York au tournant d’avril a trouvé que sur 33 femmes enceintes admises pour leur accouchement et dont le test de COVID-19 était positif, pas moins de 29 (88 %) étaient asymptomatiques. De même, la plus faible proportion d’asymptomatiques relevée dans l’article des Annals of Internal Medicine (6 %) était parmi les résidents d’un foyer pour personnes âgées — et la plus forte (96 %), dans une prison.

Il y a aussi des questions de définition qui peuvent faire varier les résultats. Pour certaines, il faut une absence complète de symptômes pour être considéré comme asymptomatique, alors que d’autres incluent les cas très bénins, voire tous ceux qui ne font pas de fièvre.

Mais par-dessus tout, il n’y a tout simplement pas de méthode parfaite. Une personne peut ne pas avoir de symptômes parce qu’elle est en début de maladie, et donc paraître asymptomatique dans une étude alors qu’elle n’est en fait que «présymptomatique» — les tests détectent le virus chez elle, mais elle n’a juste pas encore eu le temps d’avoir des symptômes. Pour éviter cette confusion, il faut faire des «études longitudinales» qui suivent les patients dans le temps, mais ce n’est pas toujours possible. Heureusement, il semble pour l’instant que la plupart des asymptomatiques semblent le rester : dans les études longitudinales analysées par Eric Topol, entre 0 et 10 % seulement des patients sont des «pré» qui finissent éventuellement par montrer de la toux, de la fièvre, etc.

La même chose vaut pour les différentes manières d’établir si le patient a eu la maladie. Les tests qui détectent le virus lui-même (souvent son matériel génétique) n’ont qu’une fenêtre de deux à trois semaines pour établir si quelqu’un l’a attrapé, dit le Dr Boivin. Passé ce stade, le virus est absent et ne peut plus être détecté directement. À l’inverse, les tests dits «sérologiques» ne détectent pas le virus lui-même, mais des anticorps qui y sont associés (et qui témoignent d’une infection passée). «Mais on ne sait jamais exactement à quand remonte cette infection-là, ça peut remonter à loin, et c’est sûr que la capacité de se souvenir si on a eu des symptômes ou pas peut être plus biaisée avec les tests sérologiques qu’avec les tests PCR [qui détectent le matériel génétique du virus]», ajoute-t-il.

Dans le cas de la COVID-19, il y a encore très peu de travaux qui sont basés sur des tests sérologiques, mais ça a pu jouer dans les études sur l’influenza. Et, avertit Mme Grandvaux, il faudra tenir compte du fait que les anticorps contre d’autres coronavirus (présents chez l’humain depuis longtemps et qui ne donnent que des rhumes) semblent réagir avec la COVID-19, jusqu’à un certain point, ce qui pourrait brouiller les résultats.

Quoi qu’il en soit, insiste Mme Grandvaux, «on a besoin de cette information-là. Je comprends que pendant le pic de la première vague, on n’avait pas les ressources pour tester des gens au-delà de ceux qui présentaient des symptômes. Mais maintenant [le nombre de tests au Québec a culminé à 14 000 par jour, il est de moins de 10 000/j depuis le 6 juin], peut-être qu’on pourrait commencer à tester les asymptomatiques pour savoir quelle proportion on a. Et pour savoir si leur nombre diminue comme celui des symptomatiques. C’est fondamental si on veut savoir où on en est, au juste».

<em>Van life</em>, la vie sur la route [PHOTOS]

Van life

Van life, la vie sur la route [PHOTOS]

DOSSIER / De la van life, Julien Roussin Côté est sans doute la figure de proue — ou de calandre — au Québec. Ce Montréalais bientôt quadragénaire est à la tête du magazine-boutique en ligne Go-Van, qui l’a conduit jusqu’au petit écran dans la série La belle vie avec Go-Van, diffusée sur Unis TV. Pendant un arrêt aux puits dans sa métropole native, il a accepté de laisser Le Mag jeter un coup d’œil sous le capot de son style de vie unique.

Comment avez-vous découvert la van life?

«En 2013, j’ai acheté ma première van dans le but de partir. Je suis un surfeur. Comme c’est assez difficile à faire au Québec, je devais me rendre sur la côte est américaine, au New Hampshire et dans le Maine. Alors je voulais une voiture plus confortable. Ç’a changé ma vie quand je me suis retrouvé au volant de mon premier véhicule adapté, plus flexible, qui permettait d’arrêter partout, sur le bord de la route, pour manger un sandwich et faire une sieste avant de repartir. Ç’a m’a plus rapidement. Puis j’ai découvert la van life en rencontrant des gens et en fouillant sur les réseaux sociaux. C’est ce qui m’a inspiré à lancer Go-Van en 2015.»

Quel était ce premier véhicule?

«C’était un vieux Chevrolet Vandura 1989 que j’ai beaucoup aimé qui s'appelait Billy! Malheureusement, il ne satisfaisait plus mes besoins, notamment en production vidéo. Et je ne pouvais même pas me tenir debout dedans. Alors je l’ai vendu en 2016. Mais on reste toujours un peu nostalgique de son premier véhicule.»

L’homme qui plantait des arbres... pour sa fille

Actualités

L’homme qui plantait des arbres... pour sa fille

Le 5 juin 2005, l’athlète de Cap-Saint-Ignace Isabelle Dubé, 36 ans, est tuée par un grizzly en Alberta. Quinze ans plus tard, sa mémoire survit sous la forme d’une forêt de conifères, d’érables et de chênes, plantée en son honneur par son père et son frère sur les terres de la ferme familiale. Un lieu synonyme de guérison et de fierté. 

«Courage et détermination». Ce sont les mots qui viennent tout de suite à l’esprit de Lucien Dubé, 80 ans, pour décrire sa fille. Amoureuse de la nature, Isabelle Dubé avait choisi de s’installer avec son mari et sa fille de 5 ans à Canmore, une localité située à environ 100 km de Calgary.

Professeure de français dans sa nouvelle municipalité, Isabelle Dubé est une sportive complète de haut niveau, championne de ski de fond et de vélo de montage. Elle a entre autres gagné deux fois le 50 km de Gatineau en ski de fond et escaladé le mont Logan, le plus haut sommet du Canada, situé au Yukon.

Mais, le matin du 5 juin, la trajectoire de cette athlète hors pair prend une tournure dramatique. Un grizzly a été aperçu aux abords d’un golf de Canmore, où des employés ont tenté de l’éloigner. Isabelle et deux de ses amis sont sortis faire du jogging dans les sentiers. Ils seront surpris par l’animal. Isabelle décide de grimper dans un arbre, à plus de 20 mètres de hauteur, pour échapper au grizzly. Ses deux amis ont, eux, le temps de s’enfuir à pied, pour aller chercher de l’aide. Mais lorsque les secours arrivent, il est trop tard. Le grizzly a réussi à grimper dans l’arbre où s’est réfugiée Isabelle et l’a délogée. L’animal sera abattu sur place. Isabelle ne survivra pas à ses blessures. 

Le drame crée grand un émoi au Québec et en Alberta. Des funérailles sont organisées à Canmore et à Cap-Saint-Ignace. «Il y a eu beaucoup d’émotion, l’église était pleine, se souvient le père d’Isabelle, Lucien Dubé. Des enfants ont distribué huit cents roses aux personnes présentes, pendant qu’on entendait la chanson Une rose pour Isabelle de Roger Whittaker. Je peux vous dire que les gens pleuraient.»

Au cœur d’un chantier de haute voltige [PHOTOS et VIDÉO]

Actualités

Au cœur d’un chantier de haute voltige [PHOTOS et VIDÉO]

C’était la nuit noire, entre lundi et mardi. Debout, au centre du boulevard Champlain fermé aux automobiles, nous regardions vers le ciel sombre. Là-haut, très haut, éclairés par d’immenses projecteurs, suspendus dans de petits paniers métalliques attachés aux câbles à haute tension traversant le fleuve, quatre monteurs de lignes s’affairaient. Nous, les pieds sur terre, étions franchement impressionnés.

Tandis que l’horloge s’approchait de 23h, nous marchions sur le bitume longeant le Saint-Laurent. Autour de nous, l’équipe de soutien s’assurait que les quatre acrobates puissent jouer leur rôle.

Ça faisait déjà quelques heures que nous étions arrivés dans les parages pour assister au spectacle produit par Hydro-Québec. Plus tôt, nous nous trouvions au sommet du cap rocheux surplombant la scène; devant nous s’exposait un tableau «instagrammable» : les ponts de Québec et Pierre-Laporte au soleil couchant. Beau.

Là, sous un pylône, s’activaient déjà les troupes dans l’attente du coup d’envoi donné à la brunante : les responsables de la fermeture de la route, les grutiers, les monteurs de lignes, les opérateurs du drone filmant les travaux en direct…

Ce soir-là, cette nuit-là, donc, une équipe du Soleil a eu un accès privilégié aux coulisses d’un chantier de longue haleine de la société d’État. Lancé en 2017, après six années de tests, le projet s’étirera jusqu’en 2023, peut-être au-delà. Quelque 10,3 millions $ ont été débloqués pour financer l’aventure.

L'humour au temps du corona, la compilation

Chronique

L'humour au temps du corona, la compilation

Dès les premiers jours, que dis-je, les premières heures de la pandémie de COVID-19, l'énergique chroniqueuse Mylène Moisan a décelé le potentiel d'humour dans cette nouvelle réalité malgré le tragique de la situation.

Car, oui, dans les pires moments de crise se révèlent aussi l’humour salvateur, l'esprit des internautes et de nos lecteurs qui, dès les premiers jours, ont nourri Mylène de leurs idées et de leurs trouvailles. 

Elle y a d'abord consacré une première chronique le 20 mars, coiffée d'une photo d'Horacio Arruda sur laquelle est inscrit «Quand Chuck Norris ne fait plus le poids, appelle Horacio Arruda». On ne se doutait pas à l'époque (on dirait que ça fait quelques siècles!) à quel point le coloré directeur national de santé publique du Québec allait être source d'humour avec ses références imagées à la bouffe, à la musique et aux aléas du confinement.

Puis, devant le succès et l'intérêt des lecteurs, Mylène a consacré une autre chronique à «L’humour au temps du corona», puis un autre samedi s’ajoutait jusqu’à atteindre le nombre de 10.

Au total, quelques centaines de blagues, jeux de mots et d’esprit qu’il fait bon lire et relire. Et rien de mieux que de compiler le tout à un seul endroit pour vous permettre d’y revenir plus facilement.

Voici donc pour vous, chers lecteurs, l’ultime compilation de «L’humour au temps du corona» parce que comme on dit, «l’humour, c'est comme les essuie-glaces, ça n'arrête pas la pluie mais ça permet d'avancer».

Merci à Mylène Moisan et à Francis Higgins qui a joyeusement relevé le défi de remplacer Mylène pendant une semaine le temps d'un petit congé bien mérité.

Bonne (re)lecture!

L’humour au temps du corona (20 mars 2020)

L’humour au temps du corona prise 2 (4 avril 2020)

L’humour au temps du corona, prise 3 (11 avril 2020)

L’humour au temps du corona, prise 4 (17 avril 2020)

L’humour au temps du corona, prise 5 (24 avril 2020)

L’humour au temps du corona, prise 6 (1er mai 2020)

L’humour au temps du corona, prise 7 (8 mai 2020)

L’humour au temps du corona, prise 8 (15 mai 2020)

L’humour au temps du corona, prise 9 (22 mai 2020)

L’humour au temps du coronavirus, prise 10 (30 mai)


Toutes vos questions sur la COVID-19

Dossier spécial

Toutes vos questions sur la COVID-19

Pendant un peu plus de deux mois, des journalistes du Soleil, de Québec Science et du Centre Déclic ont uni leurs forces pour créer une escouade unique au Québec afin de répondre à un maximum de vos questions sur la COVID-19. 

Pour nous, la formule était simple: plus de journalistes scientifiques = plus de questions = plus de réponses = plus de faits sur le front de la lutte à la désinformation. C'était le projet Vos questions sur la COVID-19, fruit du travail de Jean-François Cliche, Valérie Borde, Annie Labrecque, Marine Corniou, Renaud Manuguerra-Gagné et Isabelle Delorme.

Ces questions, les voici réunies, de même que l'intégrale des réponses de notre escouade de journalistes scientifiques.

La grande tendance des petites piscines [PHOTOS]

Maison

La grande tendance des petites piscines [PHOTOS]

Plus que jamais, les petites piscines ont la cote. À l’aube d’un été confiné, elles pourraient même s’avérer l’arme ultime pour combattre les grandes chaleurs, en transformant la cour arrière en espèce de resort instantané, clé en main et pas trop gourmand en énergie ou en superficie. Adieu «grosse 24 pieds», le point d’eau minimaliste trône maintenant au royaume aquatique du farniente estival. Coup d’œil sur la grande tendance des petites piscines.

Il y a de moins en moins de place pour les grandes piscines de ce monde. Question de mode, de nouveaux matériaux ou de conservation de l’eau? Non, c’est l’urbanisme qui serait à blâmer… ou à remercier, selon le point de vue. Au fur et à mesure que les municipalités du Québec dessinaient de nouveaux terrains résidentiels toujours plus exigus, la taille des points d’eau diminuait en conséquence.

Donc, révolue l’époque où le plan d’eau bouffait toute la cour. «Les terrains de 30 000 pieds, il n’y en a plus beaucoup! Alors les piscines ont beaucoup rapetissé. La tendance est là depuis sept ou huit ans», confirme Martin Perreault, directeur des opérations pour les trois magasins Club Piscine de la région de Québec.

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Mini-Putt: toujours incroyable, renversant et superbe!

Mini-Putt

Mini-Putt: toujours incroyable, renversant et superbe!

Près de 20 ans après sa disparition des ondes télévisuelles, le mini-putt et ses vedettes, les Carl Carmoni, Dari Cliche, Jocelyn Noël et bien sûr le volubile animateur Serge Vleminckx, suscitent toujours intérêt et curiosité.

La preuve, la rediffusion d’un événement enregistré en 2012 a généré les meilleures cotes d’écoute de RDS lors de la première semaine du mois de mai avec une pointe de 73 000 spectateurs, 43 000 de plus qu’un événement d’arts martiaux mixtes qui a pris la deuxième place et beaucoup plus que les rediffusions de vieux matchs des Canadiens et des Nordiques. D’accord, tous les sports majeurs sont en pause, mais plusieurs se sont tout de même mis à rêver au retour de ce rendez-vous hebdomadaire qui a marqué les années 70, 80 et 90.

«Quand le Défi Mini-Putt a quitté la télé à la fin des années 90, le nombre de joueurs et le nombre de terrains ont commencé à décliner, passant de 85 dans les années 70 à 25 aujourd’hui», explique Carmoni en entrevue avec Le Soleil.

Ce départ n’était pas dû à de mauvaises statistiques d’auditoire, mais au fait que les propriétaires de terrains Mini-Putt International ne voulaient plus payer 3000 $ par an pour la franchise et 2000 $ pour la télédiffusion. «Ils ont vite constaté que c’est la télé qui propulsait la participation», précise Carl Carmoni. 

Relance

Sept fois gagnant de la Coupe du Président, Carmoni travaille à la relance de son sport depuis 2005 après une période de cinq ans où les tournois étaient pratiquement disparus de la carte. 

«J’ai investi 11 000 $ de ma poche pour la relance de 2005 à 2011 et, aujourd’hui, on retrouve 700 joueurs au Québec, dont 33 de niveau élite (moyenne de 32 sur 18 trous) et le calendrier compte 10 tournois en simple et 10 tournois pro-am», explique le sportif de 67 ans qui travaille comme courtier et consultant en douanes et transport en plus de toujours pratiquer à un haut niveau le sport qui l’a rendu célèbre. 

Par contre, ne croyez pas tout ce que vous lisez sur Wikipédia, qui présente Carmoni comme étant reconnu pour «sa maîtrise du vert et sa dépendance au Pepsi». Le principal intéressé rigole quand on mentionne cette anecdote. «Oui, il m’arrivait de boire quatre Pepsi par tournoi, mais je me limite maintenant à un par jour!»

Le blues des motels [PHOTOS]

COVID-19

Le blues des motels [PHOTOS]

On les retrouve sur les grands boulevards, en périphérie des villes. Les familles en escapade et les travailleurs itinérants en ont fait leur endroit de prédilection pour passer une nuit à prix abordable. Les couples, officiels ou non, à la recherche de discrétion les fréquentent à l’occasion.

Les motels, ces établissements nés de la culture américaine et de la démocratisation de l’automobile dans les années 60 et 70, sont frappés de plein fouet par la COVID-19, mais nourrissent l’espoir d’une reprise estivale salvatrice. État des lieux.

Jie Xu, propriétaire du Motel Le Luxembourg, sur le boulevard Hamel, à L’Ancienne-Lorette, n’a pas le cœur à rire depuis deux mois. Les affaires sont presque au point mort. Son chiffre d’affaires a chuté de 75 à 80 % depuis le début de la pandémie.

«Regardez dans le stationnement. Combien voyez-vous de voitures?» Pas beaucoup. «L’une est à moi, une autre est à la femme de ménage, l’autre est à une cliente. J’ai quelque clients qui n’ont pas de voiture ou qui sont partis avec au travail.»

Masque collé au visage, Jie Xu — «vous pouvez m’appeler Jésus, c’est plus facile à prononcer...» — explique que ce sont surtout les travailleurs qui lui permettent de garder la tête hors de l’eau en ces temps difficiles. «J’ai aussi des gens qui ont acheté un condo, mais qui ne peuvent pas emménager parce que les travaux ne sont pas terminés.»

Arrivé au Québec il y a une douzaine d’années, «Jésus» travaille comme un diable dans l’eau bénite pour honorer ses obligations financières. Il a choisi de ne pas fermer pendant la crise sanitaire. «Je ne peux pas. J’ai acheté le motel il y a un an. J’ai de gros paiements à faire. La plupart de mes employés sont à la maison. Soit je travaille 18 heures par jour, sept jours par semaine, comme je le fais, soit je ferme et c’est la faillite.»

Le jeune propriétaire en a contre les taxes municipales qui pèsent lourd. «J’ai eu une hausse de 28 % cette année. C’est incroyable. La valeur du terrain n’a pas changé, mais celle du bâtiment, oui. On n’a pas fait de grosses rénovations, alors logiquement, ça devrait baisser. La Ville fait ce qu’elle veut...», lance-t-il, dépité. Pour l’instant, seul le prêt fédéral de 40 000$ permet de mettre un peu de baume sur sa situation financière.

Mylène Moisan
Préposée <em>superstar</em>

Chronique

Préposée superstar

CHRONIQUE / Jacques Potvin a travaillé plus de 50 ans auprès des personnes âgées comme psychogériatre, il a passé beaucoup de temps en CHSLD, même jusque dans les dernières années.

Et là, comme tout le monde, il voit ce qui se passe.

Je vous avais parlé en 2015 de ses réflexions sur la surmédication en CHSLD et deux ans plus tard, alors qu’il venait tout juste de prendre sa retraite, du fait que le système manquait cruellement d’empathie. Il plaidait pour plus d’humanité, pour moins de procédures, afin d’adoucir les derniers miles.

Il parlait de confort, de bien-être.

Jacques Potvin n’a pas cessé depuis de réfléchir à cette question, il y a consacré toute sa vie, ça ne s’arrêtera pas maintenant, à 92 ans. Il m’a envoyé ses réflexions, presque l’aboutissement de sa pensée, la suite logique du moins. Le titre qui coiffe son texte a le mérite d’être clair, «nos ainés malades crient au secours».

Et ils crient en silence.

Je lui ai parlé au téléphone pour en discuter de vive voix, je m’attendais à une charge à fond de train contre les CHSLD. Bien au contraire. «Nous avons un bon système, qui est disponible partout dans la province, pour tous ceux qui en ont besoin. Il faut garder tout de ce système.»

Mais il faut reconnaître une chose. «C’est la préposée qui est le pilier du CHSLD, c’est elle qui est la plus importante, elle est là tous les jours, toutes les heures, elle fait ce que maman faisait, prendre soin.» C’est elle qui est la mieux placée pour «traiter l’humain, plutôt que la maladie».

Ça devrait être le slogan des CHSLD.

Ce n’est donc pas seulement le salaire qui est à revoir. «Ce n’est pas 50 $ de plus par jour qui va faire la différence, il va falloir que les préposées aiment leur travail. Elles doivent être considérées comme les soignantes les plus importantes du CHSLD», plus que le médecin, plus que l’infirmière. 

Personne ne connaît les résidents mieux qu’elles.

C’est ni plus ni moins une révolution qu’il propose, les préposées au centre et les autres autour. Parce que, contrairement à l’hôpital, personne ne sort guéri d’un CHSLD. «Puisque la ou les maladies vont évoluer, inexorablement vers la mort, au cours des mois ou des années, nous sommes donc en situation de soins palliatifs à plus ou moins longue échéance. Et comme il n’y a pas de traitement curatif, les soins à combler sont de la catégorie des besoins primaires», écrit M. Potvin.

Les spécialistes de ces soins, ce sont les préposées.

Et quand il est question de soins, on ne parle pas juste de changer des couches et de courir les cloches, ni de nourrir des malades à la chaîne en regardant sa montre, on parle de contacts humains, d’avoir le temps d’écouter le monsieur du 2e raconter encore une fois son enterrement de vie de garçon. 

Plusieurs y arrivent déjà, les avis de décès sont remplis de bons mots pour le personnel. Dans l’état du réseau, c’est un véritable tour de force.

Ça devrait aller de soi.

Mais la hiérarchie «traditionnelle» a la couenne dure, on l’a vu il y a un mois quand le premier ministre François Legault a appelé les médecins en renfort dans les CHSLD de la région de Montréal, alors qu’il manquait environ 2000 employés, dont beaucoup de préposés aux bénéficiaires.

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai accroché quand il a dit : «Je ne veux pas insulter les médecins, mais ce que je demande aux médecins, c’est de venir aider dans les CHSLD. Je comprends qu’il ne manque pas de médecins, mais ils peuvent venir aider à faire du travail d’infirmières, puis on peut peut-être demander aux infirmières de faire le travail de préposés. […] Ce qu’on demande, c’est d’aider les infirmières, qui vont pouvoir aider les préposés, qui vont pouvoir aider à s’assurer que tout est propre, puis que tout est bien nettoyé.»

Donc, le médecin tasse l’infirmière qui tasse la préposée aux bénéficiaires qui devient préposée à l’entretien ménager.

Et on s’étonne qu’elles ne se sentent pas valorisées.

François Legault a promis de revoir leur rémunération dès que possible, arguant que si les salaires sont meilleurs, les préposées seront plus nombreuses et que leur travail s’en trouvera plus agréable. Mais apprécier le travail de quelqu’un n’est pas seulement y mettre un prix, c’est en reconnaître la valeur.

Et si on essayait ça?

COVID-19: pas de risques dehors?

Vos questions sur la COVID-19

COVID-19: pas de risques dehors?

Avec le déconfinement et les beaux jours (enfin presque…), nous recevons beaucoup de questions sur les risques liés à telle ou telle situation en extérieur.  

À l’extérieur, les mouvements de l’air dispersent plus rapidement les particules émises par des porteurs du virus, ce qui diminue sa concentration dans l’air et donc les risques qu’une quantité suffisante parvienne à contaminer votre système respiratoire. Sur les surfaces qui restent exposées aux éléments, comme les bancs publics, le virus est aussi plus vite inactivé que sur des surfaces à l’intérieur. Voilà pourquoi la désinfection des espaces extérieurs a été jugée inutile.

Certaines personnes ont donc pris pour acquis que les risques d’attraper la maladie sont négligeables dès lors qu’on se trouve dehors. Certes, dans une prépublication souvent citée en dehors du monde scientifique, des chercheurs chinois n’ont pas trouvé un seul cas de contamination qui se soit produit à l’extérieur parmi 318 petits groupes de gens dans lesquels au moins 3 personnes ont été infectées à partir d’un cas initial, ce que les infectiologues appellent des grappes de contamination. Parmi ces 318 éclosions de la maladie, 129 impliquaient exclusivement des membres d’une famille habitant ensemble, 133 des proches, 29 des personnes du réseau social (collègues, amis…) et 24 impliquaient des inconnus. 

Par ailleurs, sur 7324 cas de contamination assez documentés pour qu’on en connaisse le contexte, survenus dans 320 villes de Chine hors de la province du Hubei, les mêmes chercheurs ont trouvé un seul cas où la maladie a été transmise à l’extérieur, par une personne ayant eu une conversation avec une autre.

Mais d’une part cette étude n’a pas été validée par d’autres chercheurs, et d’autre part elle a documenté des cas survenus en janvier, une période où la météo en Chine n’est pas toujours propice aux longs échanges et autres activités à l’extérieur. 

Dehors ou pas, une conversation rapprochée avec une personne ou le partage d’objets — des ustensiles pour un pique-nique, par exemple — peuvent être suffisants pour transmettre le virus. 

La science ne peut pas donner un pourcentage de probabilité précis d’attraper le virus pour chaque activité : il est impossible d’envisager absolument tous les cas de figure qui peuvent se présenter en tenant compte de tous les paramètres qui pourraient avoir une influence. De plus, les modes de transmission du virus ne sont pas encore parfaitement élucidés.

On sait que la contagion se fait principalement par des gouttelettes respiratoires infectieuses émises en toussant, ou possiblement par la simple respiration. Ces gouttelettes voyagent peu dans l’air puisque la gravité les fait rapidement retomber, d’où l’idée du 2 mètres, une distance de sécurité qui diminue de beaucoup les risques par rapport à des contacts plus rapprochés. D’où aussi l’idée de tousser et d’éternuer dans son coude. La transmission par des aérosols, des particules tellement fines qu’elles restent en suspension dans l’air, fait encore l’objet de débats : elle n’est pas exclue, même si elle n’a pas été documentée comme étant un mode important de contamination. Dehors, la circulation de l’air fait en sorte que la dilution d’éventuels aérosols est très rapide, ce qui diminue énormément les risques.

Le temps d’activité du virus sur différentes surfaces a été documenté en laboratoire, mais pas «dans la vraie vie» où il est probablement moindre. Il est impossible de dire précisément combien de temps le virus peut rester actif à tel ou tel endroit. Par contre, on sait que pour être contaminé par une surface, il faut y avoir touché avec les mains puis avoir porté celles-ci à son visage. D’où l’idée du lavage des mains, qui casse net cette chaîne de transmission, car le virus est très facilement détruit par le savon. Pour minimiser les risques, il faut aussi nettoyer ou désinfecter les objets ou surfaces qu’on touche souvent.

Les personnes qui ont des symptômes de la COVID-19 sont à l’origine de la majorité des cas de transmission. Mais on sait que ceux qui ont le virus mais n’ont pas, ou pas encore, de symptômes peuvent aussi être contagieux. Mieux vaut donc considérer que chacun d’entre nous, même en parfaite grande forme, est en tout temps potentiellement à risque de transmettre la maladie.

Dans ce contexte d’incertitude, chaque personne doit donc faire preuve de jugement lors de ses activités extérieures, en plus évidemment de suivre les consignes de la santé publique. Les chances qu’un masque diminue notablement les risques dans des activités extérieures, si ces consignes sont respectées, sont extrêmement minces. Voici quelques conseils plus spécifiques.

Au volant

Très peu de risque de se contaminer en conduisant, fenêtres ouvertes ou fermées, sauf si on voyage avec une personne infectée à bord. Voyager avec une personne avec laquelle on réside ne change rien au risque. Voyager avec une autre personne est plus aléatoire pour elle comme pour vous, ouvrir les fenêtres diminue le risque.

En vélo

Très peu de risque de se contaminer. Pour diminuer encore le risque, on peut éviter de rouler juste derrière une autre personne (ce qui diminue aussi les risques d’accident et donc d’engorgement des urgences…).

À pied

Essayer de respecter le 2 mètres de distance le plus souvent possible, mais ne pas oublier que le temps de contact compte aussi. Une fraction de seconde à 1 mètre est potentiellement moins risquée que 15 minutes à 2 mètres. Privilégier les rues ou parcs peu achalandés. Essayer de laisser la voie libre pour les autres lorsque vous vous arrêtez pour discuter ou faire la file devant un commerce.

Au parc, dans la cour et sur le balcon

Les rassemblements en extérieur avec des personnes avec lesquels vous n’habitez pas restent interdits, sauf exceptions (contexte d'aide, transports en commun, groupes qui respectent la règle des 2 mètres, etc.). Toutes les activités où on partage du matériel — verres, chaises, ballons, etc. — augmentent le risque de contagion. Les risques de contamination d’un balcon à un autre sont très faibles, mais il vaut mieux éviter de sortir sur votre balcon si vous êtes en isolement alors que vos proches voisins sont sur le leur. Si votre voisin immédiat ne respecte pas les règles ou conseils de santé publique, on peut le lui rappeler gentiment ou ne pas sortir en même temps. Les risques d’être contaminé chez soi par un virus qui serait entré par une fenêtre sont infimes.

Entrevue avec le Dr François Desbiens: «Il faut apprendre à vivre avec le virus»

COVID-19

Entrevue avec le Dr François Desbiens: «Il faut apprendre à vivre avec le virus»

Avec 938 cas confirmés et 61 décès, la Capitale-Nationale a été relativement épargnée par la COVID-19 depuis le début de la pandémie. Mais avec le déconfinement (progressif) annoncé, la courbe des cas va inévitablement augmenter, comme ailleurs. Comment la direction régionale de santé publique s’y prépare-t-elle? Le Soleil a fait le point avec le Dr François Desbiens.

Le territoire couvert par le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale est vaste. Il s’étend de Portneuf à Charlevoix, en passant par la ville de Québec, ses 542 000 habitants et son centre-ville densément peuplé. Troisième région du Québec la plus populeuse après Montréal et la Montérégie, la Capitale-Nationale affiche pourtant moins de cas confirmés et de décès que des régions comme la Mauricie-et-Centre-du Québec, qui comptait lundi 1362 cas et 108 décès.

«J’aimerais ça vous dire que j’ai l’explication exacte et scientifique [au faible nombre de cas confirmés et de décès], mais je ne l’ai pas. […] Je pense que c’est une conjoncture en lien avec les caractéristiques régionales, avec la façon dont le virus est arrivé, et certainement aussi avec une composante de discipline de la population par rapport au respect des consignes», avance le Dr François Desbiens.

Comme ailleurs, ce sont les voyageurs qui ont ramené la COVID-19 dans la région. La petite famille qui a voyagé pendant la semaine de relâche, l’homme d’affaires de retour d’Europe, le groupe d’amis ayant séjourné à New-York… 

«C’est ce genre d’ensemencement qu’on a eu dans la région. [...] Il y a ensuite eu les mesures [de confinement] qui sont arrivées, et il y eu une mobilisation incroyable de nos élites régionales de tous types : municipales, milieux d’affaires, médias...» souligne le DDesbiens, qui a de son côté mobilisé toute son équipe autour de la COVID-19. 

«J’ai complètement fermé mes secteurs d’activités autres que les maladies infectieuses, j’ai récupéré toutes mes ressources pour qu’elles aident aux enquêtes. On faisait des enquêtes en 24 heures, on mettait le monde en isolement préventif rapidement à leur domicile, je pense que c’est une conjonction de tout ça qui a fait en sorte que dans le milieu communautaire, le nombre de cas est resté bas. […] Mes équipes ont vu beaucoup de voyageurs qui sont revenus positifs, et ce qu’on a remarqué, c’est que les gens ont été ultra disciplinés, ils restaient chez eux, nous écoutaient, faisaient leurs 14 jours d’isolement… On les appelait régulièrement et ils étaient rejoignables», explique le Dr Desbiens.

Apprendre à vivre avec le virus

Depuis les 10 ou 15 derniers jours, environ 80 % des cas confirmés de COVID-19 sont recensés dans les CHSLD et les résidences privées pour aînés (RPA), calcule le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale. Mais le Dr Desbiens sait bien que les cas vont augmenter dans la région avec le déconfinement et la hausse de la transmission communautaire.  

«Le virus ne disparaîtra pas. Tout ce qu’on a fait, c’est retarder son installation et limiter sa haute transmission communautaire» pour éviter la surcharge des hôpitaux et des unités de soins intensifs, rappelle le Dr François Desbiens.

Même si les déplacements non essentiels ne sont pas recommandés, des personnes potentiellement porteuses du virus (des gens d’affaires, par exemple) en provenance d’une région chaude pourraient contribuer à la hausse de la transmission dans la Capitale-Nationale, convient-il. 

«Oui, il y a davantage de gens qui risquent de venir qui vont être porteurs parce qu’ils vont venir de communautés davantage positives. On va avoir des comportements qui vont faire en sorte que le virus risque un peu plus de se propager, mais la capacité du réseau de traiter toutes les personnes qui vont avoir besoin d’un lit d’hôpital ou d’un respirateur ne sera pas dépassée», dit le Dr Desbiens.

Le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale croit que si tout le monde respecte les mesures d’hygiène et de distanciation physique, si les personnes qui se sentent malades restent chez elles, s’il y a des mécanismes de protection à l’entrée et à l’intérieur des commerces pour limiter la propagation du virus – «et je trouve que les commerçants ont été très originaux pour mettre en place ces mécanismes» - et si on réussit à maintenir un cordon de protection autour des personnes aînées ou vulnérables, les conséquences sur le réseau seront «minimisées». 

«Inimaginable de rester confiné»

«Dans une perspective de santé publique, ce n’est pas imaginable qu’on reste confiné comme ça pendant 18 à 24 mois, le temps qu’un vaccin arrive, avec les conséquences que ça peut avoir sur les personnes qui n’ont plus d’emploi, chez les enfants qui ne sont plus signalés à la protection de la jeunesse parce que le réseau scolaire n’est plus là pour les signaler ou chez les femmes victimes de violence», souligne le Dr Desbiens, dont le rôle est aussi de s’intéresser «à l’emploi, à la pauvreté, aux inégalités économiques de santé». 

«Oui, les gouvernements offrent beaucoup d’aide, mais une récession ou une dépression amène son lot de problématiques de santé, de santé mentale et de détresse sociale qui sont lourdes aussi. En ayant écrasé la première courbe qu’on a voulu écraser, il faut apprendre à vivre avec le virus en minimisant les conséquences graves qu’il peut avoir chez les personnes à risque, et voir de quelle façon on peut enlever le contre-coup négatif sur la santé et le bien-être», résume le médecin.  

Une «sélection naturelle» à cause de la COVID-19?

Vos questions sur la COVID-19

Une «sélection naturelle» à cause de la COVID-19?

Q: «Ma question va peut-être choquer, mais je crois qu’elle doit quand même être posée : est-ce que les pandémies comme celle de la COVID-19 ne sont pas un des moyens que la vie a pour faire de la «sélection naturelle» et ne garder que les individus les plus résistants?» demande Roger Bergeron, Québec.

R: La «sélection naturelle» est ce phénomène par lequel les spécimens les moins bien adaptés de chaque espèce ont moins de chance de survivre que les autres, et vont donc moins se reproduire et moins passer leurs gènes aux générations suivantes. À long terme, seuls les gènes les mieux adaptés persistent — c’est de cette manière que les espèces évoluent.

De manière générale, les épidémies peuvent effectivement avoir ce genre d’effet. Le plus «bel» exemple est sans doute celui de la Peste noire, qui a fauché près de la moitié de la population d’Europe au XIVe siècle. Dans sa forme bubonique (de bubon, soit des «bosses» qui se formaient sur la peau), elle tuait autour de 50 % des gens atteints; et lorsque la bactérie en cause, Yersinia pestis, atteignait les poumons, la mortalité atteignait presque 100 %.

Alors cela a causé ce que les biologistes appellent une «pression de sélection» : avoir les «bons gènes», qui augmentaient les chances de résister à Yersinia pestis pouvait faire une grosse différence de survie — et éventuellement de reproduction. Au moins deux études ont trouvé des signes que la Peste noire a exercé une telle pression au Moyen Âge. L’une est parue en 2014 dans la revue savante PLoS – One et a trouvé en examinant l’âge au décès dans des cimetières anglais qu’après la première vague de peste (vers 1350), les taux de décès chez les adultes étaient moindres qu’avant, et ce à tous les âges, comme si la peste avait éliminé certaines vulnérabilités générales aux infections. Une autre, publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, a pour sa part trouvé des «traces» du passage de la peste dans le génome des populations d’Europe — certaines versions de gènes y sont plus fréquents que dans d’autres régions du monde, qui n’ont pas été touchées par cette maladie.

Cela dit, cependant, ce n’est pas parce que la peste a eu un tel effet que la COVID-19 en aura forcément un elle aussi. Ce sera peut-être le cas — des études futures le confirmeront ou l’infirmeront —, mais il y a quand même certaines caractéristiques du coronavirus qui donnent à penser qu’il ne provoquera pas de sélection naturelle. D’abord, son taux de mortalité est beaucoup, beaucoup plus faible que celui de la peste, se situant quelque part entre 0,1 et 1 % de ce qu’on en sait jusqu’ici. Alors si «pression de sélection» il y a, elle ne peut pas être forte.

Ensuite, et c’est un point fondamental au regard de la sélection naturelle, la plupart des victimes de la COVID-19 sont des gens âgés. D’après les dernières données de la santé publique, 91 % des décès au Québec sont survenus chez les 70 ans et plus, c’est-à-dire chez des gens qui ont déjà eu leurs enfants (c’est même 99 % si on inclut aussi les 50-69 ans). Alors par définition, une maladie qui emporte des gens qui ont déjà passé leurs gènes à la génération suivante ne peut pas les empêcher de se reproduire, et elle ne peut donc pas vraiment participer à la sélection naturelle.

En pleine pandémie, le Grand Marché tient le coup [PHOTOS]

COVID-19

En pleine pandémie, le Grand Marché tient le coup [PHOTOS]

Sur l’heure du midi, mardi, seulement une dizaine de voitures dans le stationnement du Grand Marché de Québec. À l’intérieur, la moitié des commerces sont ouverts. Les clients se comptent sur les doigts des deux mains, lavées et désinfectées. Les apparences sont toutefois trompeuses. Ce ne sont pas tous les commerçants qui broient du noir. Un engouement providentiel pour l’achat local, ainsi que l’augmentation des ventes en ligne et de la livraison à domicile, permettent de limiter les dégâts à l’heure de la pandémie.

Il y aura un an, le 14 juin, que le Grand Marché s’est installé à ExpoCité, après son déménagement houleux du Vieux-Port. Son directeur, Daniel Tremblay, déplore que ce premier anniversaire risque de ne pas être fêté de façon aussi flamboyante que prévu. Il compte sur l’arrivée des premières fleurs, autour de la Fête des mères, pour ramener le public devant les comptoirs de produits frais. Si les jours de la semaine sont plutôt tranquilles, l’achalandage se fait davantage sentir la fin de semaine.

En attendant le retour de jours meilleurs, toutes les mesures sont prises pour assurer la sécurité des clients. Du gel désinfectant est disponible, le lavage des surfaces est effectuée régulièrement, des pancartes rappellent l’importance de la distanciation sociale, les paniers ont été retirés. Les estrades sont fermées au public, tout comme le second étage. Tous les ateliers ont été annulés. «Le flânage dans le bâtiment est interdit», rappellent des affiches. 

«Les allées sont larges, mais si ça devient plus achalandé, on réfléchit à la possibilité d’embaucher quelqu’un, avec un dossard, qui s’assurera que les gens ne viennent pas flâner et pour rappeler les mesures de distanciation sociale.»


François Bourque
Le retour des «jardins de la victoire»

François Bourque

Le retour des «jardins de la victoire»

CHRONIQUE / La pandémie de coronavirus a ravivé à travers l’Amérique le souvenir des «jardins de la victoire» de la dernière Grande Guerre. On plante ses légumes pour devenir plus autonomes, ce qui cadre parfaitement avec le mouvement de l’agriculture urbaine. Cultiverez-vous cet été votre jardin de guerre du coronavirus? Voici comment tout a commencé. 

Nous sommes à l’été en 1914. Le pays vient d’entrer en guerre, «enrôlé» de force comme les autres dominions de l’Empire britannique.

Le Canada envoyait déjà des vivres en Angleterre, mais la cadence s’accélère avec le début du conflit. D’abord de la farine et des fromages du Québec, puis du blé, du bacon, du bœuf, etc.

Les besoins augmentent à partir de 1917 avec l’intensification de la guerre sous-marine qui complique les approvisionnements en Europe. 

On demande au Canada de faire plus. De hausser ses exportations, de rationner sa consommation et de produire davantage d’aliments de remplacement comme le poisson et les légumes.

La production locale réduit les besoins de transport, ce qui libère les convois ferroviaires pour d’autres usages liés à la guerre, fait-on valoir.

Dans un avis public publié dans Le Soleil du 26 avril 1918 (et dans d’autres journaux) la Commission des vivres du Canada et le Service de surproduction de Québec pressent les citoyens des villes de faire leur effort de guerre. 

«Les services de tout homme qui n’est pas autrement engagé sont requis d’urgence sur les fermes. 

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Des mercis colorés égayeront la ville [PHOTOS]

COVID-19

Des mercis colorés égayeront la ville [PHOTOS]

«La ville est beige présentement, les gens ont besoin de couleurs ici aussi», déclare Dominic Guay qui a décidé d’importer le projet Les couleurs essentielles dans la Capitale-Nationale. «Cette exposition est pour remercier les travailleurs des services essentiels», explique-t-il.

Ce projet né à Montréal et initié par Jacinthe Pilote était destiné à se propager. Les affiches représentant des personnages colorés qui remercient les travailleurs essentiels interpellent les citoyens d’autres villes d’ici et d’ailleurs puisque des artistes de France, d’Espagne et du Chili ont contribué à produire cette collection d’œuvres.

Elle contient déjà des œuvres d’artistes renommés et continue de grossir au fil des expositions. «Aujourd’hui, c’est la réception des œuvres de la gang de Québec», partage Dominic Guay, associée à Triade Marketing, qui a mobilisé neuf artistes de Québec pour l’occasion : Mathieu Labrecque, Catherine Lavoie, François Berger, Fred Jourdain, Mireille La Marraine, Felix Girard, Kevin Martel, Marie-Lise Leclerc et Dréa.

Dès le 23 avril, 2000 affiches colorées apparaîtront progressivement près des hôpitaux, CHSLD et autres lieux où les travailleurs essentiels seront susceptibles de les croiser en se rendant au boulot.

Brigitte Breton
Dr Arruda, notre héros pour longtemps?

Brigitte Breton

Dr Arruda, notre héros pour longtemps?

CHRONIQUE / Horacio, notre héros. Mais pour combien de temps encore? Si le passé est garant de l’avenir, la voix du directeur national de santé publique et de son équipe risque d’avoir moins de portée aussitôt que nous cesserons de craindre la COVID-19 et que le redémarrage de l’économie réapparaîtra en haut de la liste des priorités.

Le coût exorbitant de la présente crise sanitaire, tant en vies humaines qu’en fonds publics pour soigner les malades, pour soutenir les sans-emploi et pour réactiver l’économie, va-t-il nous faire comprendre enfin qu’il vaut mieux prévenir que guérir?

Qu’il vaut mieux aussi fonder nos politiques publiques sur la science et non sur des sondages ou l’humeur de l’électorat? 

La logique voudrait qu’il en soit ainsi, mais rien ne garantit que celle-ci prévaudra. 

Quand la peur qu’un virus prenne notre vie, celle de notre enfant, de notre conjoint ou de nos parents disparaît, on prend parfois à la légère ce qui vient des directeurs de santé publique ou de l’Institut national de santé publique. 

Quand la mort ne rôde pas près de nous, ces derniers sont parfois perçus comme des gens qui dressent des épouvantails, qui repèrent des problèmes là où d’autres ne voient que des activités rentables et des occasions de faire des économies à court terme. 

On préfère écouter les «Jojo Savard» économiques et les politiciens qui nous promettent richesse et avenir radieux. Les effets d’une activité ou d’un projet sur la santé physique et mentale des gens, sur l’environnement, sur la communauté, sur la vulnérabilité sociale des gens d’un quartier? Bof!

Est-ce «qu’après», ce sera différent? Est-ce qu’après avoir suivi religieusement pendant des semaines ce que nous demandait à 13h le sympathique Dr Arruda, ce qui viendra de la santé publique sera dorénavant mieux accueilli et davantage considéré dans la prise de décisions?

La présence du Dr Horacio Arruda aux côtés du premier ministre François Legault s’avère fort rassurante en temps de pandémie. L’expertise en santé publique guide les actions gouvernementales et donne une crédibilité accrue aux décisions politiques.

Interrogé à nouveau jeudi sur l’ouverture des écoles et le déconfinement, le premier ministre François Legault a affirmé qu’il suivrait les règles du Dr Arruda. 

Sa réponse aura plu à ceux qui craignent que le patronat fasse pression pour accélérer la reprise des activités. 

Québec ne suit pas toujours à la lettre les règles de la santé publique. En temps «normal», il y a des dossiers où le gouvernement, qu’importe le parti au pouvoir, fait fi des avis des experts de la santé publique. Les intérêts économiques et politiques dominent. 

Souvenons-nous du dossier de l’amiante. Le gouvernement du Québec a ignoré les avis de la santé publique très longtemps. Sauver des emplois était plus important que sauver la santé de centaines de travailleurs ou d’utilisateurs. 

Plus récemment, l’avis de la santé publique a eu peu de poids quand le gouvernement Legault a décidé de hausser de 18 à 21 ans l’âge légal pour consommer du cannabis. Le ministre Lionel Carmant a préféré suivre le programme électoral de la CAQ plutôt que d’écouter les experts en santé publique qui lui disaient que ce n’était pas la meilleure option que de laisser les 18 à 21 ans au marché noir.

Notre indifférence aux avis d’experts et notre insouciance peuvent malheureusement nous rattraper collectivement.

Les médias ont fait état ces dernières semaines de différents rapports et d’avis rédigés dès 2006 — après l’épisode du SRAS — qui auraient mérité une attention particulière de nos dirigeants. 

La COVID-19 serait sans doute venue tout de même bousculer nos vies, mais les dégâts auraient pu être limités si nous avions été mieux préparés.

Malgré les analyses, les recommandations et les centaines de pages de différents rapports, le Canada et le Québec ont été pris au dépourvu sur plusieurs fronts.

Comment croire que dorénavant, nos dirigeants seront plus sages, plus prévoyants, plus réceptifs aux conseils des experts et qu’ils conserveront des liens étroits avec leur directeur de santé publique? 

Il y aura des choix budgétaires douloureux à faire après la crise. 

Quelle part va-t-on conserver pour la santé publique? 

L’Organisation mondiale de la santé recommande d’y consacrer 5 % du budget. Avec environ 2 %, le Québec n’atteint pas cette cible. Ce qui n’a pas empêché en 2015 le gouvernement Couillard d’y prévoir des réductions de 30 % dans le cadre de son opération «optimisation des ressources» et déficit zéro. 

La question va se poser de nouveau. C’est à suivre. 

Mylène Moisan
L’humour au temps du corona (prise 4)

Mylène Moisan

L’humour au temps du corona (prise 4)

CHRONIQUE / Rebelote, voici pour un quatrième samedi un hétéroclite florilège de blagues et de traits d’esprit que j’ai vu passer sur les réseaux sociaux au cours de la semaine et d’autres que j’ai reçus par courriel de lecteurs. Que l’on soit terrés à la maison ou que l’on assure un service essentiel, nous sommes tous ensemble dans cette galère, dans ce combat inédit contre le coronavirus.

Ce que nous vivons a maintenant un nom officiel, le Grand Confinement, en référence à la Grande Dépression des années 30.

Et, plus que jamais, nous avons besoin de rire.

Un lecteur m’a écrit cette semaine, Paul Lamontagne a partagé avec moi une citation qui n’est pas de lui — il ne se souvenait pas de l’auteur —, je trouve qu’elle résume parfaitement ce rendez-vous humoristique.

— Qu’est-ce que l’humour?

— C’est rire quand même.

Comment utiliser [ou non] vos électroménagers contre la COVID-19

Vos questions sur la COVID-19

Comment utiliser [ou non] vos électroménagers contre la COVID-19

Q: « Si je mets des aliments emballés au congélateur, est-ce vrai que le virus demeure vivant?» demande Carmelle Chaumont, de Rouyn-Noranda.

R: Vous êtes nombreux à chercher comment éliminer toute trace du coronavirus à la maison. Pour trouver quelles armes peuvent être efficaces, il faut d’abord bien comprendre comment se comporte l’ennemi.

Le SRAS-Cov-2 qui donne la COVID-19 a beau être nouveau, on en sait déjà beaucoup à son sujet. D’abord, comme tous les virus, il n’est pas «vivant» : il ne peut se multiplier que s’il parvient à s’insérer dans nos cellules. Il ne peut donc pas croître à la surface d’un emballage, sur un tissu ou un aliment. Il ne peut pas non plus se développer dans un aliment - les virus qui frappent les humains sont bien différents de ceux qui peuvent infecter des plantes ou même les animaux que l’on consomme.

Le SRAS-Cov-2 se propage par les gouttelettes de mucus émises par les gens malades. Il peut donc se retrouver sur leurs mains (moins si elles toussent dans le creux de leur coude) ou sur les objets qu’elles manipulent ou qui se trouvent dans leur environnement immédiat. Sur une surface exposée à l’air libre, le virus peut rester actif quelques heures à quelques jours selon les matériaux et les conditions ambiantes. Mais plus le temps passe, plus les quantités diminuent.

Vous pourriez cependant avoir introduit le virus chez vous avec des objets ramenés de l’extérieur qui auraient été en contact récent avec une personne infectée, et il est aussi possible qu’une personne vivant sous votre toit soit infectée sans le savoir, soit parce qu’elle n’a pas développé de symptômes, soit parce qu’elle est encore en phase d’incubation.

Les autorités de santé publique recommandent donc de nettoyer plus souvent les objets ou surfaces que l’on touche fréquemment, par exemple les poignées de portes, interrupteurs, téléphones et l’entrée du domicile, avec des produits d’entretien ordinaires.

Vous voulez en faire plus parce que vous êtes inquiets ou que votre situation vous expose à un risque accru? Voici comment utiliser, ou non, vos électroménagers dans la lutte au coronavirus.

Pour préparer ces conseils, nous nous sommes entre autres basés sur la littérature scientifique qu’a bien voulu fouiller pour nous l’équipe de Monique Lacroix, professeure à l’INRS-Institut Armand Frappier, qui étudie entre autres la contamination des aliments par des agents infectieux.

Congélateur et réfrigérateur

Non! Les virus peuvent garder très longtemps leur potentiel infectieux quand on les expose à un grand froid. Dans le sol gelé de l’Arctique, on a découvert des virus datant de dizaines de milliers d’années et encore capables de se réactiver quand on les place à la température ambiante. Dans votre congélateur, un virus qui pourrait avoir subsisté sur un emballage sera inactivé, mais pourrait redevenir potentiellement infectieux sitôt remis à température ambiante. Suivant la même logique, garder les produits au réfrigérateur préserve plus longtemps les virus que les laisser sur le comptoir.

Cuisinière et four

Les virus résistent mal aux hautes températures et les coronavirus n’échappent pas à ce phénomène. Dans les laboratoires, on inactive le SARS-Cov-2 en le chauffant à 56°C pendant 30 minutes. N’oublions pas cependant que le virus ne peut pas se retrouver dans les aliments, mais seulement éventuellement à leur surface – et encore, seulement si quelqu’un qui en avait sur les mains y a touché peu de temps avant vous. Mangez cuit si cela vous rassure, mais le risque avec des aliments crus bien nettoyés est déjà très très mince.

Laveuse/sécheuse

La lessive agit comme le savon, et le virus n’y résiste pas. Pour encore plus de précaution, on peut laver à l’eau chaude, et sécher à la sécheuse. Même les vêtements d’une personne malade peuvent être lavés dans la même brassée que ceux des autres membres de la maisonnée. Éviter cependant tout contact avec ce linge souillé (l’Institut national de santé publique conseille même de le mettre dans un sac pour le porter à la laveuse) et laver à part le linge très souillé par des vomissures ou excréments.

Four à micro-ondes

Non. Les fabricants de masques, notamment, ont tenté d’inactiver le virus en le traitant avec des micro-ondes, avec un certain succès. Mais c’est cependant plus la chaleur engendrée que les ondes elles-mêmes qui détruisent le virus. Or comme cette chaleur est inégalement répartie dans un four à micro-ondes, certaines parties de ce que vous y mettez pourraient ne pas avoir assez chauffé. Mais encore une fois, les aliments ne présentent aucun danger une fois lavés. Et un four à micro-ondes ne doit pas servir à autre chose qu’à réchauffer des aliments dans des contenants approuvés pour cet usage. Ne JAMAIS y mettre de produits secs (comme du papier, des billets de banque ou du linge) au risque de provoquer un incendie. Vous avez peur qu’un emballage de carton ou que votre courrier soit contaminé? Même si c’est déjà peu probable que ce soit le cas, vous pouvez juste ne pas y toucher pendant quelques heures et toute trace du virus en aura disparu, sans aucun effort ni danger potentiel.

Lampes 

Dans les usines de traitement de l’eau ou dans les hôpitaux, des rayons ultraviolets peuvent être utilisés pour tuer des bactéries et des virus. Ces équipements spécialisés émettent des UV-C, qui ont un effet germicide (il faut toutefois une forte puissance et un long temps d’exposition pour que cela fonctionne). Les autres lampes, y compris les lampes de bronzage, émettent principalement des UV-A et UV-B (de longueur d’onde supérieure à celles des UV-C) qui n’ont aucun effet germicide… même si des fabricants peu scrupuleux prétendent le contraire. Les UV-C causent des lésions quasi-instantanées de la peau et de l’œil, et ne peuvent éventuellement détruire les virus que sur les surfaces qu’ils frappent directement et longtemps. Même si vous avez une lampe d’aquarium qui pourrait émettre quelques UV-C germicides, ne la démontez-pas! Il y a bien d’autres solutions plus efficaces, plus simples et moins dangereuses à votre portée! 

Aspirateur

Dans la mesure où le virus peut éventuellement se déposer au sol, passez l’aspirateur peut aider à éliminer les poussières sur lesquels il pourrait avoir atterri. Dans le même ordre d’idées, aérer est toujours un geste sain, ne serait-ce que pour améliorer la qualité générale de l’air : en restant confinés à la maison, on augmente un peu la pollution intérieure. Avec la diminution de la circulation automobile, l’air extérieur, lui, est plutôt plus «propre» que d’habitude! Vos fenêtres sont de très bonnes alliées.

Séchoir à cheveux

La chaleur émise a peu de chance de détruire le virus et le jet d’air peut au contraire faire en sorte de propager celui-ci un peu plus loin. Sécher des cheveux propres? Aucun danger (sauf d’électrocution si vous n’êtes pas prudent). Pour le reste, oubliez ça.

Évier et lavabo

Définitivement vos meilleurs amis! Vos mains sont le principal vecteur de contamination et il faut les lavez souvent, et particulièrement dès que vous rentrez. À l’eau chaude ou à l’eau froide, peu importe, puisque l’eau ne sera jamais assez chaude pour tuer à elle seule le virus sans vous ébouillanter. Inutile d’utiliser un savon antibactérien. Pour les aliments, ne pas vaporiser les fruits et légumes avec de l’alcool ou du désinfectant dont les résidus pourraient être toxiques à ingérer. Les rincer à l’eau du robinet ou, si vous le souhaitez, avec de l’eau savonneuse pour les fruits et légumes dont vous ne mangez pas la pelure. 

Faudra-t-il se méfier des moustiques?

Vos questions sur la COVID-19

Faudra-t-il se méfier des moustiques?

Q: «Je me demande si les moustiques et les autres insectes piqueurs pourraient être des vecteurs de contagion lorsque les beaux jours reviendront?» veut savoir Vincent McCormack. Avec le printemps et la neige qui fond, plusieurs lecteurs nous ont envoyé cette question. Alors voyons voir…

R: On a tendance à penser que les maringouins peuvent propager un peu n’importe quelle maladie en piquant des gens malades et en transportant le sang contaminé vers d’autres personnes. Mais de manière générale, ce n’est vraiment pas si facile que cela, pour un virus, d’être transmis par des moustiques.

D’abord, lit-on sur le site de la revue Nature, la «bouche» des moustiques est composée de six parties différentes, dont quatre servent à pénétrer la peau. Les deux autres sont faites comme des tubes : l’un pour injecter de la salive, l’autre pour aspirer le sang. Mais il n’y a généralement pas de transfert de sang lors de la piqûre : seule de la salive est inoculée et, si elle ne contient pas de virus, aucune maladie n’est transmise.

Certains virus ont évolué pour être propagés par les morsures d’insectes, par exemple en étant capables de se reproduire dans les glandes salivaires de certaines espèces de moustiques, mais ce n’est absolument pas le cas de la COVID-19 — et la règle générale est que les virus avalés par les moustiques sont digérés comme le reste du sang.

Un moustique peut quand même transférer du sang contaminé d’une personne à l’autre s’il pique le porteur d’une maladie puis pique quelqu’un d’autre très peu de temps après, ajoute Benoît Barbeau, chercheur en virologie à l’UQAM. Mais même dans un cas pareil, dit-il, «les chances d’avoir la COVID-19 à cause de ça sont pratiquement inexistantes». Les virus sont en effet des êtres très spécialisés qui ne peuvent infecter que certains types de cellules particuliers, qui possèdent les «bons» récepteurs à leur surface. Or la COVID-19 n’est capable d’infecter que les muqueuses des voies nasales et du haut des poumons, soit des endroits du corps qui sont beaucoup plus facilement accessibles par gouttelettes inhalées qu’en passant par le sang.

Dans le sang, les virus sont reconnus par le système immunitaire dit «inné» (contrairement aux anticorps, qui eux sont «acquis») et il faudrait une très grosse dose de COVID-19 pour contracter la maladie par le sang.

Bref, on n’aura pas à se préoccuper des moustiques plus qu’à l’accoutumée cet été.

Q: «Les oiseaux migrateurs, qui arriveront chez nous très prochainement, peuvent-ils être porteurs de la COVID-19 ?» demande Jana Lavoie.

R: «Aucunement. De ce qu’on sait de ce virus-là, les oiseaux ne le transmettent pas», dit M. Barbeau. Le «réservoir animal» (soit l’espèce qui abrite le virus de manière permanente et à partir de laquelle il a fait le saut chez l’humain) n’a pas encore été identifié avec certitude, mais les soupçons portent surtout sur des chauves-souris de Chine, et non sur les oiseaux migrateurs.

Ceux-ci sont parfois à l’origine de «zoonose», soit le passage d’un microbe animal à l’humain, mais ils sont surtout associés à l’influenza, et non aux coronavirus.

Mylène Moisan
L’humour au temps du corona (prise 2)

Mylène Moisan

L’humour au temps du corona (prise 2)

CHRONIQUE / Vous avez été nombreux à m’écrire à la suite de ma chronique du 21 mars où je relevais quelques blagues et des traits d’esprit glanés çà et là dans le fourmillant univers des réseaux sociaux, surtout Facebook, c’est là où je me tiens le plus souvent, surtout en ces temps de pandémie.

C’est un club social 100 % sécuritaire.

J’en ai donc profité pour écumer les pages d’amis ou de groupes qui ne ratent pas une occasion de partager des blagues qui circulent et que j’intercepte au passage, et des images qui valent parfois mille mots. La page Horacio, notre héros est une mine d’or pour du contenu québécois, j’aime bien aussi celle du Lorrain en France, qui publie une foule de clins d’œil pour les confinés que nous sommes.

Et pour ceux qui sont au front.

L’idée n’est évidemment pas de banaliser la situation, mais de vous faire sourire, de vous changer les idées.

Allons, rions un peu.

François Bourque
Comment la pandémie va changer les villes

François Bourque

Comment la pandémie va changer les villes

CHRONIQUE / Aucune épidémie, tragédie ou attentat terroriste n’a fait disparaître le besoin de se regrouper dans les villes pour y vivre, y travailler et s’y divertir. 

Mais une des questions qui va se poser au sortir de la pandémie est celle de la densification. 

Les grosses villes du monde ont été plus durement touchées par le virus que les régions plus petites ou éloignées. 

Ce n’est peut-être qu’une question de temps avant que toutes soient atteintes aussi. Mais il tombe sous le sens qu’une densité forte est un vecteur de contagion plus lourd que des milieux de vie aérés. 

Les principes de développement durable nous ont poussés depuis quelques décennies à mieux occuper l’espace des villes desservies par les services publics. Cela a mené à une densification souvent intense. Trop parfois.

Des enjeux de santé publique pourraient cependant inciter à revoir ce modèle. Pour affronter de nouvelles pandémies, devrait-on envisager des villes et des quartiers avec davantage de «distanciation» naturelle? 

Comme dans les banlieues nord-américaines de l’après-guerre à une époque où l’étalement des villes n’était pas une préoccupation. 

Un retour vers l’étalement urbain? 

«On a dit ça au début de l’informatisation, au début des années 80», se souvient François DesRosiers, professeur au département de finance, assurance et immobilier à l’Université Laval. 

«On avait prévu une baisse de l’intérêt pour des localisations centrales et plus d’intérêt pour la périphérie».

Ça ne s’est pas produit. 

«On a souvent des surprises», a-t-il constaté en 40 années de recherche. «Les effets se croisent, s’additionnent, se soustraient, se multiplient». «Je n’ai pas de boule de cristal et je ne suis pas futurologue», prévient-il. 

«Mais si quelque chose doit rester, ce sera le télétravail». La pandémie «va avoir montré que beaucoup de choses sont possibles à distance».

«Il est possible que cette expérience de télétravail relance l’intérêt pour la périphérie; que cela remette le bungalow au goût du jour». 

Mais l’effet sera limité.

«La démographie, c’est plus fort que le reste et elle ne va pas changer», pense M. DesRosiers. 

La population vieillissante continuera d’être attirée par les services centraux. «C’est ce qui explique le retour au centre-ville depuis les années 80».

Ce qui ne change pas non plus, c’est l’intérêt pour les «contacts sociaux au centre-ville». 

Soit. 

Mais voudra-t-on continuer à construire les mêmes grands ensembles immobiliers qui augmentent les risques en cas d’épidémie? 

On ne va évidemment pas se mettre à démolir les grandes villes ni les grands ensembles immobiliers. 

Mais on voudra peut-être en adapter les formes, les aires de circulation, la taille des cafétérias et des espaces communs, les accès aux ascenseurs. 

Trouver des solutions de design permettant aux citoyens de socialiser sans être cordés comme des sardines. D’avoir un meilleur accès aux balcons et sorties extérieures. 

On voudra peut-être revoir aussi les espaces de commerce et de services publics. Imaginer des allées plus larges, des accès aux caisses moins confus et plus aérés, etc. 

Les clients vont-ils s’inquiéter des foules au restaurant, demander des tables plus espacées? Voudront-ils autant s’entasser dans les bars et salles de spectacles? 

Ce sont autant de changements qui trouvent un sens dans un contexte de santé publique, mais il y a aussi une réalité économique. 

Pour qu’un restaurant puisse vivre, ça prend des tables et une densité minimale, rappelle M. DesRosiers. 

Cela vaut aussi pour les projets immobiliers. Il faut de la «rentabilité». «Si on réduit la densité, cela peut augmenter les coûts d’occupation». Et de loyer.

Des commerces sur rue qui déjà en arrachaient avec la montée du commerce en ligne et des grandes surfaces risquent de ne pas survivre à la «pause» du virus.

Des citoyens auront développé des habiletés technologiques (et peut-être le goût) pour les commandes en ligne et les services de livraison. Cela risque d’accélérer le mouvement de «dématérialisation» du commerce. 

Le paysage, le patrimoine et la qualité de vie des quartiers vont en souffrir. 

Les gouvernements «supérieurs» ont pris en charge les principaux enjeux de santé publique.

Les villes devront maintenant s’occuper de la «santé publique» des rues commerciales. 

Trop tôt encore pour préciser lesquelles des mesures de protection physique contre la propagation du virus sont là pour rester, mais on peut penser qu’il y en aura.

Cordons de files d’attente, plexiglas aux caisses et aux guichets, distributeurs de désinfectant risquent de resurgir au premier épisode de grippe ou de gastro. Verra-t-on des lavabos et du savon s’ajouter au mobilier urbain? 

Les villes vont s’adapter au virus comme elles se sont adaptées au 11-Septembre et autres attentats terroristes qui ont suivi.

On a vu les contrôles de sécurité être resserrés dans les aéroports, aux portes des lieux de spectacles et autres rassemblements publics. Avec tous les excès que cela peut engendrer. 

Il a suffi d’un shoe bomber pour qu’on nous demande de se déchausser avant de monter dans les avions. 

Le jour approche peut-être où on voudra prendre notre température ou nos signes vitaux à l’entrée des salles de spectacles, dans les transports collectifs ou les lieux publics. 

Il faudra s’y résigner, comme il a fallu se résigner à passer dans les détecteurs de métal, subir les fouilles de sacs et les clôtures des festivals.

Cela risque de changer le rythme des villes. Les mouvements seront plus lourds, plus compliqués. 

On verra peut-être des files d’attente là où il n’y en avait jamais eu. Comme depuis quelques jours aux portes des épiceries et des pharmacies. Je ne veux pas «paranoïer», mais je me méfie. 

Les changements induits par la pandémie ne seront pas que négatifs. On peut imaginer le retour de circuits d’approvisionnement plus courts, avec davantage de produits locaux, en alimentation notamment, et de façon plus large dans tout qui est essentiel à la survie. 

On ne voudra plus dépendre autant de ce qui vient de loin. L’agriculture urbaine et de proximité, qui avait déjà la cote depuis quelques années, pourrait connaître un nouvel essor. 

Les villes peuvent ici jouer un rôle important par leurs politiques de zonage, de soutien aux jardins communautaires, d’encouragement aux petits, etc. 

Ce qui risque de changer aussi, pas pour le mieux cette fois, c’est la relation aux autres et aux autorités. Vivra-t-on dans l’insécurité chaque fois que quelqu’un toussera au théâtre ou dans la rue? 

Va-t-on commencer à se méfier en permanence les uns des autres, à se surveiller, se dénoncer?

La géolocalisation des personnes à risque annoncée cette semaine par la Sûreté du Québec donne un avant-goût de ce que sera peut-être l’avenir. 

Cela peut se justifier dans le contexte de la lutte au virus.

C’est d’ailleurs avec de tels outils technologiques que la Chine, la Corée du Sud et d’autres, en Italie notamment, ont réussi à contraindre la propagation du virus.

Des informations sur les déplacements des personnes «soupçonnées» d’être porteuses du virus ont été diffusées en temps réel pour prévenir les voisins et la communauté. 

Loin de s’opposer à cette diffusion, des citoyens en Corée du Sud en ont réclamé davantage. 

On voit la même chose ici. Ce ne sont pas seulement les autorités qui imposent, mais les citoyens qui réclament plus de contrôles et qui dénoncent les «contrevenants». 

Une fois les mécaniques de géolocalisation en place, où va-t-on s’arrêter? Cela pose la question du droit à la vie privée.

Rien de nouveau, direz-vous. La vie privée n’existe plus (ou beaucoup moins) dès lors qu’on adhère aux Facebook et autres réseaux sociaux. La pandémie va cependant accélérer les mouvements en cours. 

«Aplatir la courbe» de propagation du virus, nous a-t-on martelé ces dernières semaines. 

À défaut de pouvoir empêcher le virus de se répandre, on veut éviter que tout le monde l’attrape en même temps, ce qui forcerait des hospitalisations au-delà de la capacité d’accueil des hôpitaux. 

La stratégie vaut aussi pour la lutte à la congestion sur les routes. 

Aplatir la courbe des déplacements et l’étaler dans le temps. 

On n’empêchera pas toute circulation le matin et le soir. Mais on peut essayer d’aplatir l’heure de pointe pour que tout le monde n’arrive pas sur le pont ou sur l’autoroute en même temps.

Moins de déplacements en même temps, cela signifie moins de congestion. Et moins de besoins pour un troisième lien et autres nouvelles infrastructures routières. 

Ça adonne bien. On pourrait avoir besoin de ces milliards de dollars pour payer la facture de la pandémie.

Si le SRAS est disparu en 2003, pourquoi pas la COVID-19?

Vos questions sur la COVID-19

Si le SRAS est disparu en 2003, pourquoi pas la COVID-19?

Q: «Comment explique-t-on la disparition soudaine du SRAS en 2003 et pourquoi cela ne se produit-il pas avec la COVID-19? Il y a t-il une différence notable entre ces deux souches qui explique cela?» demande Guillaume Lemieux, de Québec.

R: On entend souvent dire que le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) qui a infecté 8000 personnes en 2002-2003, dont près de 800 sont décédées, est un proche parent de la COVID-19 — à raison d’ailleurs, comme l’ont montré des analyses génétiques. Alors en effet : comment diable a-t-on pu venir à bout du SRAS (aucun cas depuis 2003) avec des mesures de quarantaines localisées alors que la COVID-19 se propage malgré la quasi paralysie planétaire actuelle?

C’est que malgré leur parenté, ces deux virus ont des caractéristiques très différentes. D’abord, le SRAS avait tendance à infecter le bas des voies respiratoires alors que la COVID-19 reste dans le haut, ce qui la rend plus facilement transmissible. À cet égard, le fameux «R0» (le nombre moyen de personnes qu’un patient va infecter) de la COVID-19 semble pour l’instant être dans les mêmes eaux que celui du SRAS, soit entre 2 et 3 nouvelles infections par personne atteinte. Cependant, il y a fort à parier que les chiffres actuellement disponibles sous-estiment la contagiosité de la COVID-19, avertit Dr Guy Boivin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les virus émergents à l’Université Laval.

Les données «officielles» ne tiennent compte que des cas «confirmés en laboratoire», mais on sait qu’un grand nombre de cas sont passés inaperçus parce que chez bien des gens, le coronavirus n’a donné qu’un «petit rhume», pour ainsi dire. Une étude parue récemment dans Science a conclu que dans la ville chinoise de Wuhan avant sa mise en quarantaine le 23 janvier, seulement 1 cas sur 7 a été détecté. D’autres travaux encore non publiés, donc à considérer avec prudence, avancent le chiffre de 1 sur 4 dans la province chinoise de Hubei (où se trouve Wuhan, d’où est partie l’épidémie) en date du 11 février.

Il faudra de grandes études sérologiques, qui détectent les anticorps chez ceux qui ont été exposés à la COVID-19, pour savoir combien de gens exactement l’ont eu, dit Dr Boivin. (Ce qui fera également diminuer les taux de mortalité, mais c’est une autre histoire.)

Ce qu’on sait pour l’instant suggère que la COVID-19 est plus transmissible que le SRAS, confirme son collègue de l’UQAC, le virologue Tarek Bouhali : «Le problème avec ce nouveau virus-là, c’est qu’il se fixe dans le haut des voies respiratoires, c’est pour ça qu’il est si infectieux [...alors que] le SRAS, lui, descendait plus profondément dans les poumons.»

En outre, comme ce dernier était beaucoup plus virulent, il y avait beaucoup moins de cas qui risquaient de passer inaperçus. «La plupart des patients [atteints du SRAS] développent une pneumonie», lit-on sur le site de la santé publique américaine, et autour de 10 % en meurt. Par comparaison, au bas mot 80 % des gens qui contractent le coronavirus n’ont que des symptômes bénins, voire pas de symptômes du tout.

Sans compter, ajoute DBoivin, que «pour le SRAS, il n’y avait pas d’excrétion virale avant le début des symptômes alors qu’il semble y en avoir pour la COVID-19, ce qui complique les mesures de la santé publique». Mine de rien, cela fait potentiellement beaucoup de monde qui peuvent être des vecteurs de la maladie sans le savoir — beaucoup plus que dans le cas du SRAS, en tout cas.

Voilà pourquoi un de ces deux virus a pu être complètement endigué alors que l’autre court toujours, et possiblement pour longtemps...

Le Guam - Épisode 1/3 [BALADO]

Justice

Le Guam - Épisode 1/3 [BALADO]

Aujourd’hui, le USS Guam dort au fond de l’océan Atlantique, au large de la Caroline du Sud, après avoir servi de cible d’entraînement. En 1991, le porte-hélicoptères était encore un fleuron de la marine américaine. Sa visite à Québec allait changer pour toujours la vie d’une adolescente de 12 ans.

Je l’ai appelée Sophie. Ce n’est pas son vrai nom. Comme vous allez l’apprendre en écoutant les trois épisodes de notre nouveau balado judiciaire Le Guam, Sophie était et reste une victime.

J’avais 15 ans à l’époque de l’événement du Guam. Je ne lisais les journaux que de façon détachée.

J’ai donc appris l’histoire en lisant les reportages de mon ancien collègue Richard Hénault, dans les archives du Soleil. Puis, en épluchant minutieusement les notes sténographiques des procédures judiciaires. Salutations à Éric Vaudreuil du service des archives du palais de justice de Québec qui a gardé mes deux précieuses boîtes près de son bureau, au sous-sol du palais de justice, pendant plus de neuf mois.

Ceux qui ont écouté notre premier balado judiciaire Le Meurtrier gentleman connaissent la démarche : je suis retournée voir les «acteurs» — je n’aime pas le mot — de l’histoire pour recueillir leurs souvenirs, mais surtout leurs réflexions, plus de 28 ans après cette histoire si marquante pour beaucoup de gens.

Vous aurez notamment l’occasion d’entendre une entrevue avec un juge de la Cour d’appel, Claude C. Gagnon, nouvellement retraité, qui a mené la défense dans le procès. Remerciements sincères à tous les intervenants pour leur temps et leur gentillesse.

Pourquoi une histoire marquante, le Guam? Par la vulnérabilité de la victime, bien sûr. Mais aussi pour tout ce qu’elle nous apprend des bases de notre système judiciaire, de l’importance de condamner la bonne personne pour le bon crime.

De nombreux talents

Le Guam n’aurait jamais pu devenir une réalité sans le talent de Marlène Bordeleau, coordonnatrice de production à CKIA, partenaire du Soleil dans notre série de balados. Marlène est d’une efficacité redoutable et a un flair pour trouver des ambiances sonores qui collent parfaitement à l’histoire. Elle a aussi trouvé notre «juge» narrateur, Richard Martineau, que je remercie. Rappelez-vous que toute erreur technique dans les prises de son est entièrement celle de la journaliste de presse écrite (moi!), Marlène n’y est pour rien!

Le Guam a aussi pu avoir le bonheur, à nouveau, de compter sur la sensibilité et la créativité de l’illustratrice de Québec, Hélène Bernier (Hbé). Tout comme pour Le Meurtrier gentleman, Hélène a utilisé une technique exigeante, le scratchboard, pour donner une image à ma Sophie.

Un énorme merci à Radio-Canada pour nous avoir fourni des extraits sonores des reportages de l’époque.

Un merci final au directeur général et responsable du numérique au Soleil, Gilles Carignan, pour ses encouragements et ses avis éclairés.

Il ne me reste qu’à vous souhaiter une bonne écoute. N’hésitez pas à me faire part de vos réactions au imathieu@lesoleil.com

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Le Guam

  • Texte, recherche et narration: Isabelle Mathieu
  • Réalisation et montage: Marlène Bordeleau
  • Voix supplémentaires: Richard Martineau, Gabrielle Morissette
  • Musiques: Dan Bodan, Myuu, Hovatoff, VYEN
  • Illustration: Hbé


À ÉCOUTER AUSSI:

Le Guam - Épisode 2
Le Guam - Épisode 3

Marc Allard
S'ils avaient su

Nous, les humains

S'ils avaient su

CHRONIQUE / Ils avaient l’air de trouver ça drôle. Lundi après-midi, je faisais des provisions de café au Nektar Caféologue avant que ça ferme. Derrière moi, un gars et une fille dans la vingtaine se bidonnaient en voyant les clients prendre leurs distances l’un de l’autre.

Je ne sais pas pourquoi — pourtant j’essayais de m’éloigner d’eux —, mais ils ont pensé que j’étais dans leur camp, que je trouvais moi aussi que les gens étaient paranos. 

Le gars a feint de se rapprocher de moi; je pensais qu’il allait me donner une bine, du genre : «bonne blague, hein?» En sortant, la fille m’a dit : «Les gens vont pouvoir vivre leur peur des autres en toute impunité», comme si la pandémie de COVID-19 était un grand complot xénophobe. J’ai trouvé ça tellement con que j’ai noté sa citation.

Clairement, ces deux-là trouvent que François Legault et Horacio Arruda s’énervent pour rien. Fini les rassemblements? Garder deux mètres de distance entre chaque personne? Les commerces fermés? Faudrait pas exagérer quand même…

C’est ce que beaucoup de gens en Italie se disaient, début mars, quand ils avaient à peu près de 2000 cas de COVID-19. Dans une vidéo qui a fait le tour du monde la semaine passée, le magazine The Atlantic a demandé à des Italiens ce qu’ils se seraient dit s’ils avaient su ce qui allait arriver 10 jours plus tard. 

Les Italiens se seraient dit de ne pas rire de leur mère qui leur suggérait de s’acheter un masque; de ne pas aller au gym comme d’habitude; de ne pas sortir le samedi soir; de ne pas penser que la jeunesse les immunisait contre la COVID-19. 

Et ils se seraient aussi dit : «Un énorme bordel est sur le point de se produire»; «Je suis sûr que tu as entendu parler du coronavirus, et je suis sûr que tu l’as sous-estimé»; «Il y a 10 jours, on avait 2000 personnes infectées. Maintenant, on en a 18 000. On a déjà dépassé les 1000 morts». 

À ce moment-là, au Québec, on pensait encore être épargné. On ne se serait jamais douté qu’elle puisse nous frapper avec tant de virulence. Pourtant, nous en sommes maintenant à plus de 1600 cas de COVID-19. Et nous voilà contraints de rester cloîtrés pour combattre le virus.

Pourquoi est-ce si difficile d’imaginer le pire? Parce que le jugement humain est affecté par un raccourci de l’esprit appelé le «biais d’optimisme» — une croyance erronée selon laquelle ça peut arriver aux autres, mais pas à nous.

Je vous avais parlé de ce biais il y a deux ans dans une chronique où je vous expliquais pourquoi on sous-estime presque toujours la facture de nos rénovations, en ignorant de prévoir les pépins et les «tant qu’à y être». 

Je vous citais aussi des études qui montrent que la plupart des gens surestiment leurs possibilités de réalisation professionnelle; s’attendent à ce que leurs enfants soient extraordinairement talentueux; s’imaginent vivre beaucoup plus longtemps que l’âge où ils meurent pour vrai (souvent par plus de 20 ans); et sous-estiment énormément leur probabilité de divorcer, de perdre leur emploi ou de souffrir d’un cancer.

Le biais d’optimisme sévit aussi en cette période de pandémie. Malgré l’augmentation exponentielle des infections et un taux de contagion plus grand que la grippe, il y a encore un sacré paquet de Québécois qui n’ont pas peur d’être infectés par la COVID-19. 

Cette semaine, un sondage Léger a montré que 86 % des Québécois estiment que la pandémie est une «vraie menace» et 89 % des Québécois disent pratiquer la distanciation sociale. Mais quand on leur demande s’ils craignent eux-mêmes de contracter le virus, ils sont juste 52 % à dire oui! Ça peut arriver aux autres, mais pas à soi. 

Le problème, c’est que cette impression d’invulnérabilité peut nous conduire à prendre moins de précautions, même si on respecte les ordres du gouvernement. On va au dépanneur pour acheter un paquet de gomme, on se lave les mains en vitesse après être allé à l’épicerie, on invite des amis à la maison quand même. 

Et c’est comme ça qu’on peut tomber dans le même piège que les Italiens de la vidéo. Alors je vous laisse sur leurs conclusions à propos de la pandémie : «On l’a sous-estimée. Vous n’êtes pas obligés de faire pareil. Restez à la maison».

COVID-19: les réponses du ministre de la Famille Mathieu Lacombe aux enfants  [VIDÉO]

Actus Jeunesse

COVID-19: les réponses du ministre de la Famille Mathieu Lacombe aux enfants  [VIDÉO]

Ça y’est! Les réponses du ministre de la Famille Mathieu Lacombe aux questions des enfants sur le coronavirus sont en ligne!  

Cette «conférence de presse interdite aux adultes» est en effet maintenant disponible sur les sites Internet de nos six coopératives, ainsi que la zone Squat de Télé-Québec.

Ces questions ont été choisies parmi l’incroyable nombre de 1200 posées au ministre en moins de 24 heures! La rédactrice en chef au Soleil, Valérie Gaudreau, a posé les questions au ministre jeudi matin dans son bureau de Québec.

Les questions ont été choisies car elles «représentaient le mieux l’ensemble des préoccupations des enfants», a expliqué Ève Tessier-Bouchard, partenaire au développement de projets à la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) qui compte Le Soleil à Québec, Le Droit à Ottawa-Gatineau, Le Nouvelliste à Trois-Rivières, La Tribune à Sherbrooke, Le Quotidien au Saguenay, et La Voix de l’Est à Granby.

À VOIR AUSSI: La COVID-19 expliquée aux enfants

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Faut-il avoir peur… des journaux?

Vos questions sur la COVID-19

Faut-il avoir peur… des journaux?

Q : «On sait que la COVID-19 peut rester active sur du carton pendant 24 heures. On peut donc supposer qu’il en va de même pour le papier. Quelles sont les mesures prises par Le Soleil et les autres journaux pour éviter la propagation par les copies en papier? Les camelots ont-ils des consignes à respecter à cet égard ?» demande Ariane Nantel, de Sainte-Brigitte-de-Laval.

R : Je suis bien évidemment en conflit d’intérêts patent pour répondre à cette question. Mais tout de même : ce qu’on sait de ce coronavirus est plutôt rassurant à cet égard. Il y a bien une étude parue la semaine dernière dans le New England Journal of Medicine qui a trouvé que la COVID-19 peut survivre jusqu’à 24 heures sur des surfaces en carton, mais il faut savoir que c’est moins de 1 % des virus qui persistent aussi longtemps. En fait, sur du carton, le nombre de virus de la COVID-19 diminue de moitié à toutes les 3h30 environ, lit-on dans cet article.

Comme il faut un bon 6 heures pour imprimer un journal et le livrer (dans les meilleurs cas), cela signifie que beaucoup de virus ont le temps de mourir, mais que oui, il peut en principe en rester encore sur le journal quand nos abonnés vont prendre leur copie le matin. Cependant, ce risque est surtout théorique parce que ce coronavirus ne survit pas bien hors du corps humain et que la contagion indirecte via d’abord du papier, puis les mains et la bouche, n’est pas du tout son mode naturel de transmission (qui est plutôt les gouttelettes expulsées lors de la toux ou des éternuements). À cause de cela, il est très improbable de contracter la COVID-19 en se faisant livrer le journal. 

Notez que, conflit d’intérêts oblige, j’ai soumis cette manière de résumer les choses à deux experts indépendants — Dr Guy Boivin, titulaire de la Chaire de recherche sur les virus émergents de l’Université Laval, et Pierre Talbot, spécialiste des coronavirus de l’Institut Armand-Frappier (INRS) — qui m’ont tous deux confirmé qu’elle était valable. Tout cela, précise Dr Boivin, «peut être plus problématique dans des restaurants où un même journal est partagé par plusieurs personnes en un court laps de temps. Cependant, les commerces et restaurants étant fermés, le risque est minime».

Cela dit, on ne peut pas présumer non plus que le risque est de zéro, si bien que des mesures spéciales d’hygiène ont été prises, me dit Stéphane Lavallée, dg de la Coopérative nationale de l’information indépendante, dont font partie Le Soleil, Le Droit, Le Nouvelliste, La Voix de l’Est, La Tribune et Le Quotidien. «Notre imprimeur, TC Transcontinental, a interdit l’accès à ses usines à toute personne qui ne fait pas partie de son personnel», indique M. Lavallée, qui ajoute que l’entreprise demande aussi à ses employés de respecter des consignes additionnelles de sécurité (lavage des mains, désinfection des équipements, etc.).

La manipulation des copies a également été réduite, poursuit-il : les journaux sont regroupés en paquets de manière automatisée, paquets qui sont ensuite enveloppés d’un couche de papier. Enfin, les livreurs doivent désormais prendre les copies sans sortir de leur camion, et le chargement se fait mécaniquement.

Du côté du Soleil et des journaux du groupe des coops, «livreurs et camelots ont reçu la semaine dernière des indications claires pour le respect des consignes de la santé publique : lavage fréquent de mains, toux dans le coude, etc. (…) Lors de la livraison, nous leur demandons de limiter au minimum les contacts avec le papier», indique M. Lavallée.