Le Capitole de Washington

Washington, ville insoumise

Washington n'a rien d'une ville de fonctionnaires qui ferme en même temps que les bureaux, à 17h. Jeune et dynamique, la capitale américaine connaît depuis quelques années un nouvel essor, que rien ni personne, pas même un président conservateur, ne semble pouvoir ralentir. 
Le quartier Adams Morgan, l'un des préférés des étudiants
Il est 18h et le toit de l'hôtel Watergate est bondé. Le soleil se couche sur le Potomac et sur la foule de jeunes professionnels qui y sont rassemblés pour le «Happy Hour», une tradition sacro-sainte de la capitale américaine.
Ici, les lobbyistes du Capitole, un peu coincés dans leurs tailleurs et habits, côtoient les journalistes et les informaticiens en jeans.
Rénové de fonds en comble et rouvert l'année dernière, l'hôtel, qui a donné son nom au scandale ayant mené à la chute du président Nixon, est aujourd'hui l'un des endroits les plus courus de Washington autant pour sa scabreuse histoire politique que pour la vue imprenable sur le Potomac. Il est aussi l'un des symboles du statut cool de Washington. On ne parle pas ici du cool de la côte Ouest et de New York, mais bien d'un cool branché sur l'intellect et la politique.
«Washington, c'est le nerd de l'école secondaire qui devient plus attirant après la graduation. La ville et ses multiples quartiers pleins de vie sont pleins d'intellectuels et d'esprits créatifs», dit Christine Blau, rédactrice senior au National Geographic Traveler.
Préparation du guacamole au restaurant Oyamel, l'un des favoris de Barack Obama
L'aimant Obama
Au cours des mandats de Barack Obama, des dizaines de milliers de «milléniaux» ont choisi de s'installer à Washington. «Chaque nouvelle administration change la donne à Washington et l'administration Obama a eu l'effet d'un aimant sur les jeunes progressistes. Ils ont trouvé de belles occasions d'emploi avec des salaires au--dessus de la moyenne et ils ont décidé de s'installer ici pour de bon», dit Christine Blau, qui vit elle-même à Washington depuis cinq ans.
Leur arrivée massive a transformé plusieurs quartiers centraux, dont celui entourant la 14e Rue et la rue U. Ou encore le corridor de la rue H. «D'abord, il y a eu les restaurants branchés et les bars, puis sont arrivés les studios de yoga, les garderies pour chiens, les collectifs créatifs, les microdistilleries et tout le reste», dit Christine Blau.
Les activités culturelles et politiques pullulent elles aussi. «Manifester à Washington, c'est un peu le nouveau brunch», dit Andy Shallal, propriétaire des librairies-cafés Busboys&Poets, qui en plus de vendre de la littérature politique, organisent quotidiennement des conférences, des concerts et des projections de films d'auteur.
Washington aime manifester, comme ici lors de la Marche des femmes sur Washington.
L'assiette réinventée
La scène culinaire a elle aussi été profondément transformée au cours de la dernière décennie. «Nous avons maintenant notre propre communauté de chefs, qui font les choses à leur manière et n'ont pas besoin des chefs de New York pour leur donner des idées», dit en riant Warren Rojas, critique culinaire originaire de la capitale et rédacteur pour le site Eater Washington.
Parmi ses endroits préférés, on retrouve le restaurant-marché italien Centrolina, mis sur pied par la chef Amy Brandwein, née à Arlington, en banlieue de Washington. Ou encore The Dabney, un nouveau restaurant, qui propose une cuisine sur les produits hyperlocaux, produits dans les fermes entourant la capitale américaine.
Les efforts des chefs de Washington ont été remarqués par les célèbres guides Michelin. L'an dernier, 12 restaurants de Washington ont été «étoilés» pour la première fois.
«Barack et Michelle Obama étaient très consciencieux par rapport à la nourriture. Ils aimaient sortir en ville», dit Warren Rojas. Il était notamment de notoriété publique que le président démocrate est un fan du restaurant mexicain Oyamel et de son guacamole préparé directement à la table.
Les maisons colorées de ­Bloomingdale, un quartier en pleine revitalisation. On y retrouve notamment le restaurant Red Hen, l'un des meilleurs et des plus courus de la ville.
Et l'effet Trump?
À ce jour, personne n'a vu Donald Trump explorer la scène culinaire de la capitale. «Le seul endroit où Donald Trump mange, c'est dans le restaurant de son propre hôtel. Et il a le palais d'un enfant qui n'aime que la viande et le ketchup!», dit Warren Rojas. Ce dernier croit néanmoins que la diversité culinaire de Washington est là pour rester. «Washington n'est plus une ville limitée aux steakhouses. Cette période est révolue.»
Christine Blau est aussi convaincue que le nouveau président, qui vient de passer le cap des 100 jours au pouvoir, aura de la difficulté à façonner Washington DC à son image.
Le monument de Martin Luther King, le petit dernier des grands monuments politiques de Washington et, de loin, le plus <em>cool</em>.
«Qui vivra verra, mais je ne pense pas qu'un seul président américain peut enlever à la ville sa nature cool et cultivée. Je pense que le coût de la vie élevé, qui a accompagné l'embourgeoisement de plusieurs quartiers, aura un plus grand impact sur les jeunes qui voudraient s'établir ici» que Donald Trump, note Mme Blau.
Une chose est sûre, en s'installant dans le quartier cossu de Kalorama, en plein centre de la capitale, Barack Obama et sa famille continueront de faire partie du tissu social de la capitale. N'en déplaise au nouveau locataire de la Maison-Blanche.
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Trois musées à visiter
Abritant 17 musées gratuits de la famille du Smithsonian ainsi que des dizaines de musées privés, Washington DC est la ville muséale par excellence. Pour profiter des meilleures adresses, c'est cependant une bonne idée de préparer son séjour. Trois incontournables.
Musée national de l'histoire et de la culture afro-américaine
Ouvert il y a moins d'un an, à la toute fin du mandat de Barack Obama, ce très populaire musée retrace l'histoire, à la fois tragique et extraordinaire, des Noirs américains. On descend au troisième sous-sol pour se plonger dans l'histoire de la traite des personnes qui a nourri l'esclavage et on remonte doucement vers la lumière en suivant les luttes des Noirs américains pour mettre fin à la ségrégation et pour obtenir les droits les plus fondamentaux. Les étages supérieurs, noyés de soleil, sont consacrés à l'immense impact des Afro-Américains sur la culture du pays. Ne visite pas ce musée d'exception qui veut. Il faut réserver bien à l'avance, en ligne, un billet gratuit indiquant une heure précise de visite (pour un billet au mois d'août, il faut réserver en mai). Chaque matin, à 6h30, le musée libère aussi quelques billets qui s'envolent vite.
1400, avenue de la Constitution NO., Washington DC.  nmaahc.si.edu
Musée Hirshhorn
Ce musée cylindrique, conçu par l'architecte Gordon Bunshaft, fait parler de lui depuis 43 ans. Actuellement à l'affiche, l'exposition de l'artiste japonaise Yakoi Kusama est un immense succès. Dans cette oeuvre fantasmagorique de citrouilles géantes psychédéliques, on invite les visiteurs à prendre un égoportrait. Statut Facebook garanti! Ici aussi, il faut s'y prendre le plus tôt possible pour mettre la main sur un billet gratuit pour cette exposition temporaire qui se termine le 14 mai. Après cette date, le musée restera tout aussi intéressant. Le Hirshhorn est reconnu pour ses idées novatrices et son magnifique parc de sculptures.
National Mall, à l'angle de l'avenue de l'Indépendance et de la 7e Rue SO., Washington DC. hirshhorn.si.edu
Newseum
Les médias ont la vie dure à l'ère du président Trump et ce musée privé, situé tout près de la Maison-Blanche, a pour ambition de rappeler le plus souvent au chef d'État américain l'importance de la liberté de presse dans son pays. Sur plusieurs étages, dans un espace aérien avec vue imprenable sur le Capitole, le visiteur est invité à revisiter l'histoire des nouvelles à travers les temps, certains des plus grands événements qui ont marqué l'histoire du monde (on y trouve l'antenne du World Trade Center détruite dans l'attentat du 11-Septembre) et toutes les photos de presse couronnées d'un prix Pulitzer. On nous invite aussi à expérimenter de récents reportages produits en réalité virtuelle. Pour les mordus d'information, prêts à payer 24,95 $ US plus taxes pour une visite.
555, avenue de Pennsylvanie NO., Washington DC. newseum.org
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Quelques adresses dans l'air du temps
Manger
Au milieu du quartier historique de Bloomingdale, en pleine revitalisation, le Red Hen sert une cuisine italienne réinventée et festive. Il est difficile d'y avoir une table, mais en se pointant tard, on peut plus facilement se dénicher une place autour du grand bar.
1822, 1re Rue NO, Washington DC. theredhendc.com
Lire
La librairie Politics&Prose est une véritable institution à Washington. Des auteurs de renommée internationale y font des conférences presque tous les jours et, au temps d'Obama, le président visitait fréquemment ce temple des livres, notamment pendant le week-end de l'Action de grâce américaine.
5015, avenue Connecticut NO., Washington DC. politics-prose.com
Flâner
Tout nouveau et tout beau, l'Union Market est un bel endroit où flâner les fins de semaine. Près de 40 restaurateurs se retrouvent sous un seul toit. L'été, des films sont présentés en plein air. Si vous avez votre tapis de yoga, vous pouvez assister à un des nombreux cours gratuits.
1309, 5e Rue NE, Washington DC. unionmarketdc.com
Danser
Danser le tango en plein air avec la coupole du Capitole comme principal décor : c'est ce que font des dizaines de couples tous les dimanches à la Freedom Plaza. On y va pour pratiquer ses pas ou pour se laisser bercer par les airs de Piazzolla. À l'angle de la 14e Rue et de l'avenue de Pennsylvanie, les dimanches, à partir de 19h.