Le Festival des lanternes, à Hsinchu, lors de la célébration du Nouvel An chinois en 2013, l'année du serpent.

Vivre le Nouvel An chinois...à Taiwan

J'ai traversé l'océan Pacifique pour faire un voyage inoubliable sur l'île des habitants au grand coeur : Taiwan! Voir les trésors des empereurs chinois. Parcourir une gorge sous de puissantes murailles de marbre. Affronter le feu des pétards qui arrosent une divinité. Déguster les meilleurs dumplings au pied d'un gratte-ciel de 508 mètres. S'émerveiller de l'envol des lanternes du Nouvel An chinois. Taiwan comblera les attentes les plus élevées!
<p>Des offrandes sont déposées dans la cour d'un temple.</p>
<p>À Taitung, un volontaire qui incarne maître Han Dan reçoit un bombardement intense de pétards.</p>
Taiwan est une île facile à repérer sur le globe, au sud du Japon, séparée de la Chine continentale par le détroit de Taiwan. L'île est une sorte d'ovale de 344 kilomètres sur l'axe nord-sud par 144 kilomètres de largeur. Le territoire est très montagneux avec 200 sommets de plus de 3000 mètres, le point culminant étant Yushan, la montagne de Jade (3952 mètres). Le climat est tropical au sud, mais on pourra trouver de la neige en zone alpine. La population de 23 millions d'habitants habite surtout la plaine côtière de l'ouest et le tiers se trouvent dans la région de la capitale, Taipei. Les déplacements se font en périphérie du centre montagneux de l'île, en longeant des campagnes verdoyantes, en traversant des villes trépidantes ou en suivant une côte spectaculaire.
Le peuple de Taiwan est le résultat de migrations successives. D'abord, des aborigènes sont venus de la Chine, de la Polynésie et de la Malaysie : ils sont aujourd'hui presque un demi-million répartis en 14 tribus, bénéficiant d'une protection culturelle récente. Deux autres vagues sont ensuite débarquées du sud-est de la Chine au cours des derniers siècles et deviennent les Hakkas et les Taiwanais, qui ont leur propre langue. Les Européens (Portugais, Hollandais et Espagnols) ont essayé de s'installer, mais furent chassés par les Chinois continentaux (dynasties Ming et Qing). Les Japonais ont occupé l'île pendant 50 ans (1895-1945), influençant le développement industriel du territoire et tentant d'assimiler la population locale.  L'occupation a laissé de nombreuses traces architecturales et marque encore la société taiwanaise, qui n'est pas demeurée rancunière : Taiwan fut le premier donateur en aide au Japon après le tsunami de 2011.
Les Taiwanais
Les habitants de l'île sont accueillants, généreux, souriants et toujours prêts à assister le visiteur. «On y vient par hasard, on y retourne par amour» (préface du Guide du Petit Futé sur Taiwan). Le niveau de vie est plutôt élevé, mais au prix de longues semaines de travail et peu de congés. Les Taiwanais sont obsédés par la bouffe et multiplient les occasions de fêter en mangeant. Ils sont très respectueux et cela se voit dans les files d'attente ordonnées pour prendre le métro ou l'attitude des étudiants envers les professeurs. Les Taiwainais urbains sont très intéressés par l'Occident : ils s'attribuent souvent un prénom anglophone qu'ils utilisent autant que le chinois dans la vie courante ou sur Facebook. Ils connaissent très bien le Québec. Lors de mon séjour, Ang Lee venait de remporter l'Oscar du meilleur réalisateur pour L'histoire de Pi, d'après le roman du Québécois Yann Martel. Aussi, j'ai vu à l'affiche, dans un cinéma de Taipei, le film Inch'Allah de la réalisatrice québécoise Anaïs Barbeau-Lavalette.
Les fêtes du Nouvel An chinois à Taiwan
J'ai connu Taiwan dans l'effervescence des fêtes du Nouvel An chinois en février 2013. Si cette période implique des transports plus achalandés, elle regorge toutefois d'événements extraordinaires à vivre. Ces festivités riches en lumières, en sons et en émotions de toutes sortes sont un moyen formidable d'aller rencontrer les Taiwanais dans la rue. Le terme anglais highlight s'avère approprié pour décrire à quel point ces célébrations furent le point fort d'un de mes meilleurs voyages à vie. Le Nouvel An chinois est la fête la plus importante de l'année à Taiwan, qui a toujours lieu lors de la deuxième lune après le solstice d'hiver. En 2014, année du cheval, ce sera le 31 janvier. Cette journée est la première d'une période de célébrations et de rencontres familiales qui culminent par la fête des lanternes, le 15e jour de ce premier mois lunaire.
<p>Au Nouvel An chinois, on construit des sculptures illuminées représentant des héros aimés des Taiwanais.</p>
Le Festival des lanternes de Taiwan
Le Bureau du tourisme de Taiwan organise le fameux Festival des lanternes chaque année dans une ville différente. J'ai visité l'édition 2013 qui avait lieu à Hsinchu. Pour m'y rendre, je prends le THSR, Taiwan High Speed Rail, un train à grande vitesse qui relie Taipei (nord) à Zuoying (sud). En débarquant à la gare futuriste de Hsinchu, je suis accueilli par les échos d'une musique qui se répercute dans un vaste espace. Je découvre une cosmogénie éclatée et hybride de centaines de sculptures lumineuses qui entourent la place. Au centre, une sculpture géante sur socle rotatif représente l'année du serpent. Autour, ce sont personnages de bandes dessinées, superhéros, dieux et déesses, éléments du folklore chinois, tous illuminés pour le plaisir de dizaines de milliers de Taiwanais. En frayant mon chemin dans la foule festive, je fais de nombreuses rencontres amusantes. Il y a quantité de vendeurs ambulants qui proposent des objets lumineux. En soirée, musique et danse seront accompagnées d'un grand feu d'artifice avec lasers. En 2014, le festival aura lieu à Zhongxing New Village, dans la province de Nantou, le 14 février. Les visiteurs pourront visiter et admirer les lanternes jusqu'au 23 février.
Les lanternes volantes de Pingxi
Kena Tseng, une amie journaliste de Taiwan, propose de m'emmener voir une autre facette de la fête des lanternes. Nous prenons un train touristique pittoresque bondé de jeunes adultes pour la gare de Pingxi. En arrivant, je repère tout de suite un groupe d'étudiants autour d'un globe de papier illuminé à l'intérieur par des flammes. Il s'envole dans le firmament sous les cris et applaudissements. Je m'extasie comme un enfant devant cette première lanterne volante qui monte et devient un point lumineux avant de disparaître.
La foule parcourt les rues étroites pour manger ou trouver une boutique de lanterne volante. Le rituel est simple : d'abord choisir une couleur de lanterne selon le type de voeu que l'on souhaite faire. Par exemple : le rouge (santé), le jaune (fortune), le bleu (travail), le mauve (études), le rose (bonheur), le blanc (bel avenir), orange (amour-mariage), vert (chance), noir (célibataire). Pour les indécis, il y a des modèles à deux ou quatre couleurs! Ensuite, on accroche la lanterne de papier sur un support pour écrire ses voeux avec pinceau et gouache. Une fois la lanterne sèche, on transporte l'engin à l'extérieur, on allume le carton ciré, la lanterne se gonfle, on se fait photographier avec les voeux et... la lanterne est lancée!
Le bombardement de Maître Han Dan de Taitung
Voici la célébration la plus inoubliable que j'ai vécue à Taiwan, au coeur de la ville de Taitung, sur la côte du Pacifique. On dit que maître Han Dan était un riche militaire de la dynastie Shang qui devint le dieu de la prospérité.  Étant sensible au froid, on le réchauffe avec des pétards. En fait, on sélectionne des volontaires qui vont jouer le rôle de maître Han Dan en montant debout sur une chaise portée par quatre hommes, torse nu avec un pagne rouge. Pendant plusieurs minutes, ils reçoivent un tir nourri de pétards de dizaines de lanceurs ravitaillés en continu par autant de caisses de munitions. Seule concession à la sécurité : des bouchons pour les oreilles, des lunettes pour les yeux et une serviette pour le visage. Je n'ai jamais vu une manifestation aussi surréaliste. Mes émotions sont tellement intenses que mon cerveau occidental a envie de rire de l'insolite. Le palanquin s'élance et tourne en rond dans la rue. Des paquets de pétards sont allumés par des torches au propane et sont propulsés de partout, dans un maelström de fumée âcre, de cris et d'explosions assourdissantes. La foule porte des masques, voire des casques de moto, et les vidéastes audacieux comme moi prennent des risques. Des klaxons à air comprimé sonnent la trêve et le figurant victorieux sourit à la foule. Un nouveau prétendant monte sur le trône et le déluge recommence.
Les gorges du Taroko
Au nord de Taitung, une rivière formidable surgit des montagnes : le Taroko. Au fil des millénaires, le cours aux eaux vertes a creusé profondément dans le marbre, sculptant une gorge enserrée de hautes parois rubanées. Des dizaines de travailleurs ont péri ici en construisant des tunnels et des routes suspendues qui permettent aujourd'hui de remonter loin à l'intérieur de l'île. Le paysage encaissé est vertigineux et éthéré. À l'hôtel Silks Place Taroko, le confort luxueux s'harmonise avec le décor naturel ambiant. J'y trouve un écrin de soie perché au bord de la rivière. On y loue des vélos pour faire une balade au travers de tunnels et en surplombant des canyons pour aboutir à des cascades qui tombent des cimes.
Taipei, une métropole surprenante
J'aurais aimé rester deux semaines à Taipei pour bien la visiter et découvrir tous ses environs. Heureusement, pour une première visite, il y a des incontournables qui satisferont même le visiteur d'un seul jour. Le MRT (métro) est peu coûteux et très efficace pour s'y déplacer. Pour mon séjour, je réside au Regent Taipei, bien au centre de l'action, non loin de la Taipei Main Station (trains). Un hôtel de grande classe où j'y ai apprécié le meilleur buffet pour les petits déjeuners. Dans le secteur, je suis allé au marché de nuit Ning Xia pour une expérience gastronomique à vivre absolument : plus de 80 kiosques offrent une variété de plats à déguster dans la rue en compagnie des foodies taiwanais.
Sur Bó'ài Road, je me suis promené devant les vitrines de dizaines de boutiques d'appareils photo. Un peu plus loin, il y a la Red House, un centre de diffusion culturelle installé dans un édifice historique de 1908 : j'y ai trouvé des galeries de boutiques d'artisanat moderne, branché et style vintage taiwanais. J'ai fait le plein d'air dans le parc Daan et juste à côté, j'ai constaté comment la densité urbaine réussit à faire coexister le marché des fleurs Jianguo sous une autoroute surélevée. Enfin, j'ai effectué une visite du mémorial de Tchang Kaï-Chek, un monument de marbre blanc de 76 mètres de hauteur, au toit octogonal qui rappelle la Cité interdite et qui symbolise l'union de l'homme et du ciel. Derrière les portes géantes, il y a un hall impressionnant avec une statue du président, saluée toutes les heures par une relève de garde saisissante.
Le musée national du Palais
L'origine du musée suit de peu l'expulsion du dernier empereur chinois de la Cité interdite, à Pékin, en 1924. Il regroupait alors l'ensemble des collections impériales, mais dès 1933, les objets durent être transférés sur des milliers de kilomètres en raison de la guerre avec le Japon, et ensuite de la guerre civile chinoise. Une portion des 20 000 caisses atteignit Taiwan en 1949, avec toutefois les meilleures pièces. Le musée de Taipei comprend presque 700 000 artefacts dont seulement 15 000 sont exposés. Je déambule dans les galeries pour y admirer céramiques des dynasties Ming et Qing, jades, calligraphies, peintures chinoises et cabinets de curiosités d'empereur. Trois trésors sont célèbres et m'enchantent. Le chou en jadéite semble si frais, surmonté de son grillon, habilement sculpté en utilisant le vert et le blanc de la roche, en incorporant les imperfections de la roche pour y créer les nervures des feuilles. Enfin, la cloche de Zhou est un bronze coulé en l'honneur d'une victoire de King Li; il est recouvert de caractères chinois anciens. Après la visite, je recommande la boutique du musée, un des meilleurs endroits pour acheter des reproductions et des souvenirs. Tout près, je mange le chou en jadéite et la pierre en forme de viande au restaurant Silks Palace, qui propose ses versions gastronomiques de la collection.
Le temple Long Shan
Je vais au très coloré temple Long Shan (montagne du dragon), un édifice reconstruit plusieurs fois à cause des tremblements de terre et bombardé en 1945. Les dragons sont perchés partout sur les toits et enrobent quatre colonnes de bronze à l'entrée. Je rentre à l'intérieur sans marcher sur le seuil, comme le veut la coutume. Il règne une atmosphère de recueillement joyeux dans l'enceinte enfumée. Les Taiwanais sont taoïstes ou bouddhistes et les cultes sont pratiqués côte à côte dans le même temple. Des citadins y entrent et en ressortent après avoir fait leurs dévotions à la déesse taoïste Matsu ou à la déesse bouddhiste Guanyin. Je suis fasciné par l'ambiance et le contact très facile pour discuter avec les passants qui viennent régler leurs problèmes spirituels.
Ce reportage a été réalisé grâce à l'hospitalité des hôtels www.silksplace-taroko.com et www.regenttaipei.com et à l'invitation du Bureau du tourisme de Taiwan, www.taiwan.net.tw
Taipei 101
Si les Taiwanais s'élevaient déjà spirituellement dans les temples, ils se sont élevés technologiquement de manière magistrale en érigeant Taipei 101. Avec ses 508 mètres de hauteur, ce gratte-ciel évoquant un bambou en croissance fut le plus haut du monde, de 2004 à 2010. Il est conçu pour résister aux pires tremblements de terre et à de très grands vents grâce à des fondations très profondes et une boule stabilisatrice de 660 tonnes. L'ascenseur peut atteindre la vitesse de 60 km/h et je suis propulsé à l'observatoire du 88e étage en 37 secondes.
Pas de chance, il y a trop de nuages lors de ma visite. Des photos montrent la tour explosant de feux d'artifice pour le Nouvel An chinois : à voir sur YouTube. Mais le restaurant Dintaifung situé à la base de l'édifice est une excellente consolation avec une sélection de succulents dumplings.
J'ai eu l'occasion de voler avec China Airlines, une compagnie de Taiwan qui relie New York à Taipei et plusieurs destinations d'Asie. Il y a environ 19 heures de vol pour un décalage horaire de 12 heures. Pour un voyage d'une ou deux semaines, la classe affaires est une option de confort à considérer au moins pour l'aller. D'abord, le fauteuil se déplie presque à l'horizontale pour permettre de dormir sur le côté. Ensuite, le service attentionné et les repas sont de grande qualité. Sans compter le moniteur vidéo privé, qui offre une vaste sélection de films. Surveillez les spéciaux parfois surprenants en classe économique : un départ de New-York peut valoir le détour. www.china-airlines.com