La grande mosquée de Kairouan, bâtie en 800, confère à la cité le titre de quatrième ville sainte de l'islam après La Mecque, Médine et Jérusalem.

Tunisie: mariage de civilisations

La Tunisie n'est pas au palmarès des destinations vacances des Québécois. Elle possède pourtant des charmes méconnus. En plus d'offrir un premier contact en douceur avec le monde arabe dans un environnement français, le pays compte 3000 ans d'une histoire fascinante dont les vestiges sont encore visibles. Remontée à travers le temps.
«C'est un sandwich de civilisations», a-t-on entendu. Au Québec, on pourrait dire «que la Tunisie est tissée serré» à l'image de ses tapis réputés. Depuis la fondation de Carthage en 814 av. J.-C. par des colons phéniciens, plusieurs puissances s'y sont installées.
La première à voir le jour est carthaginoise, aussi appelée punique. Elle contrôlait alors le bassin méditerranéen avec Rome. Les exploits d'Hannibal, qui traverse les Pyrénées et les Alpes avec ses éléphants pour se rendre aux portes de Rome, font de lui l'un des plus grands stratèges militaires.
Après trois guerres dévastatrices, Rome renverse Carthage et s'installe sur le continent africain. Sa domination s'étendra jusqu'au milieu du Ve siècle. Elle sera chassée par les Vandales, eux-mêmes battus par les Byzantins. Au VIIe siècle débuta l'arabisation de la Tunisie, jusque-là aux mains d'empires chrétiens. Les Ottomans occuperont le territoire pendant 400 ans jusqu'à la fin du XIXe siècle. Ouf!
En 1881, la Tunisie devient un protectorat français. En 1956, le pays accède à l'indépendance menée par Habib Bourguiba, considéré comme le père de la Tunisie moderne. Il en sera le chef d'État jusqu'en 1987. Son successeur, Ben Ali, qualifié de dictateur, est éjecté du pouvoir pendant la révolution du Jasmin en 2011. Reouf! Le prochain chapitre est en écriture...
<p>Construit autour du IIIe siècle, le Colisée d'El Jem est le troisième plus grand pour sa capacité après ceux de Rome et de Véronne.</p>
Dans l'arène
Le Colisée d'El Jem est le troisième plus grand pour sa capacité après ceux de Rome et de Véronne. Il pouvait accueillir jusqu'à 30 000 spectateurs. Il a été construit en 238, pendant l'époque du haut empire romain. Les riches marchands d'huile d'olive de la région voulaient démontrer leur capacité à réaliser de grands ouvrages. Son état de conservation est remarquable, considérant les attaques subies. En 1859, des habitants s'y cachaient pour ne pas payer leur impôt. Les dirigeants ottomans qui gouvernaient alors la ville y avaient fait des brèches à coups de canons. L'amphithéâtre mesure 148 mètres par 122 et il est haut de 36 mètres. Vous pouvez vous y promener à votre gré et visiter les fosses. À voir aussi, le Musée archéologique d'El Jem, qui présente 250 merveilleuses mosaïques.
El Jem, 20 000 habitants, 208 km de Tunis
La Ville Sainte
La grande mosquée de Kairouan construite en 800 confère à la cité le titre de quatrième ville sainte de l'islam après La Mecque, Médine et Jérusalem. Les touristes peuvent visiter sa cour intérieure et les femmes devaient se voiler la tête lors de notre passage. Les non-musulmans ne peuvent entrer à l'intérieur. L'enceinte est à la fois sobre et imposante. Jusqu'à 10 000 fidèles peuvent s'y recueillir. La ville compte 135 mosquées. Parmi elles, une autre célèbre est celle du barbier du prophète Mahomet, aussi appelée le mausolée d'Abou Zamaa el-Balaoui. La légende veut qu'il conservait sur lui en permanence trois poils de la barbe du prophète. Les salles recouvertes de mosaïque qui mènent au mausolée sont magnifiques. La fabrication de tapis est une industrie importante de Kairouan. La décoration de la Société de tapis Allani où se mêlent boiseries, céramique colorée et tapis accrochés au mur vaut le détour. La visite se termine habituellement par une vente publique.
Kairouan, 140 000 habitants, 150 km de Tunis
<p>Construits au milieu du IIe siècle, les thermes d'Antonin (bains publics) constituent les vestiges du plus imposant complexe thermal en sol africain.</p>
Des bains et du bleu
Une balade dans les rues de Sidi-Bou-Said est une belle façon de commencer votre séjour en Tunisie. Haut lieu touristique développé au XVIIe siècle par la bourgeoisie tunisoise, il est devenu le point de rencontre des artistes. Les portes et les volets des habitations sont tous peints en bleu. Le village niché à flanc de montagne offre une vue magnifique sur la côte avec, à ses pieds, un petit port de plaisance. Carthage, sa voisine, mérite aussi un arrêt pour marcher dans les vestiges des thermes d'Antonin (bains publics). Il s'agit du plus imposant complexe thermal en sol africain construit au milieu du IIe siècle par l'empereur romain Antonin le Pieux.
Sidi-Bou-Said et Carthage, 20 000 habitants, 20 km de Tunis
Cimetière sur la mer
Le cimetière marin de Mahdia est l'un des sites dont le secret est, malheureusement, encore trop bien gardé. Comme suspendues en bord de mer, les milliers de petites tombes blanches s'alignent à perte de vue. L'agitation des eaux lors de notre passage contrastait avec la force méditative émanant des lieux. Il faut absolument arpenter les rues tranquilles de la médina (vieille ville). La marche doit se faire dans le calme et le respect de ses habitants. Avant Le Caire, en Égypte, Mahdia a été la capitale des Fatimides ou Chiites au Xe siècle. La portion moderne de la ville possède plusieurs complexes hôteliers. Une promenade longe la ville en bord de mer.
Mahdia, 45 000 habitants, 225 km de Tunis