La ville texane fête ses 300 ans.

Texas: culture et cuisine à San Antonio

TEXAS — Pour échapper à l’hiver, sa neige et sa grisaille, mettez le cap sur l’étonnante San Antonio, qui vient d’être choisie cité gastronomique créative de l’UNESCO. Petit itinéraire pour une escapade bien remplie dans cette ville du sud du Texas où le soleil brille à l’année.

Suivez le guide
San Antonio a le cœur à la fête en ce début d’année. Et pas seulement parce que la ville texane célèbre ses 300 ans. Elle vient en effet de recevoir le titre convoité de cité gastronomique créative de l’UNESCO, moins de deux ans après avoir vu ses cinq plus beaux monuments classés sur la liste du patrimoine mondial. Et les magazines National Geographic et Travel Leisure l’ont hissée dans leurs palmarès des destinations à ne pas rater en 2018.

Incursion dans une ville qui mise sur la séduction.

VENDREDI

15h: virée en vélo

Si San Antonio existe aujourd’hui, c’est d’abord et avant tout parce que coule à cet endroit une rivière du même nom, ressource essentielle dans une contrée aussi aride que peut l’être le Texas. C’est là, logiquement, que les Espagnols y ont établi leurs premières colonies; c’est là aussi que les Amérindiens, bien avant eux, s’étaient installés, et sur ses rives que s’est essentiellement développée la ville au cours des 300 dernières années, ce qui lui a valu le surnom de «Venise du Texas». Pour saisir l’âme de San Antonio, dès l’arrivée, c’est donc là qu’il faut aller. La promenade riveraine de 3 milles vient d’être bonifiée de 12 milles supplémentaires qui sillonnent la ville du nord au sud : à découvrir à vélo, grâce au service B-Cycle — le BIXI texan —, dont plusieurs stations émaillent le «River Walk».

Comptez 15 $CAN pour la journée.

sanantonio.bcycle.com (en anglais)

Si San Antonio existe aujourd’hui, c’est d’abord et avant tout parce que coule à cet endroit une rivière du même nom. La promenade riveraine de 3 milles vient d’être bonifiée de 12 milles supplémentaires qui sillonnent la ville du nord au sud.

18h: souper au Burgerteca

Johnny par-ci, Johnny par-là, tout le monde semble connaître Johnny Hernandez à San Antonio. Cela va un peu de soi, puisqu’il possède une demi-douzaine de restaurants, mais cela n’explique pas tout : Johnny, c’est aussi le bon vivant par excellence, le type chaleureux, souriant, enthousiaste. Et c’est surtout lui qui a piloté la candidature de San Antonio au titre de «cité gastronomique créative» de l’UNESCO. «La cuisine de San Antonio est d’une richesse exceptionnelle, à cause des métissages, je voulais que cela soit reconnu», explique-t-il. Elle a des influences allemandes, espagnoles, texanes et mexicaines, dit-il. Bien qu’il soit né ici, c’est la gastronomie mexicaine que Johnny Hernandez valorise dans ses restaurants. «Cette cuisine est beaucoup plus élaborée qu’on le pense, savant assemblage de saveurs et de textures variées», note-t-il. Son plus récent restaurant, le Burgerteca, vient d’ouvrir dans un secteur de la promenade riveraine qui commence à peine à s’épanouir. En plus des burgers, on y sert des glaces et des «paletas», des popsicles glacés typiques du Mexique, dans un décor où chaque bibelot, chaque plat de service ou presque a été fabriqué de manière artisanale au Mexique. Et a une histoire que Johnny se plaît à raconter.

chefjohnnyhernandez.com/

restaurants/burgerteca (en anglais)

San Antonio vient de recevoir le titre de cité gastronomique créative de l’UNESCO. Ici, le restaurant Burgerteca

21h: Saga

À l’instar de Montréal et de son spectacle Avudo, résumant 375 années d’histoire en images projetées sur une montagne de conteneurs, San Antonio présente gratuitement quatre soirs par semaine le spectacle Saga, résumé imagé des trois siècles qui se sont écoulés depuis sa fondation.La qualité des images projetées est impressionnante et le récit — sans paroles — se tient bien, malgré une finale un peu décevante. D’une durée de 24 minutes, reprises à 21 h 30 et à 22 h. Pas de réservation requise.

www.mainplaza.org (en anglais)

SAMEDI

9h: Missions

Les États-Unis ne comptent que 23 sites classés au patrimoine de l’UNESCO, et le Texas, un seul. Incontournable. Incontournables, plutôt, puisqu’il s’agit d’un ensemble de cinq missions fondées par les pères franciscains pendant la colonisation espagnole, il y a près de 300 ans.

La plus connue est aussi la moins intéressante : Fort Alamo, ode au patriotisme américain. Et bien que les autres aient beaucoup souffert des années suivant le départ des religieux, on en préfère le calme et la sobriété. Un trajet permet de les relier avec les B-Cycle.

Gratuit

https : //www.nps.gov/saan/learn/management/index.htm (en anglais)

La Mission Alamo
La Mission Concepcion
La Mission Espada
La Mission San Juan.

12h: Pharm Table

Non, il n’y a pas d’erreur. Elizabeth Johnson a volontairement baptisé son restaurant Pharm plutôt que Farm Table. « C’est un jeu de mots pour rappeler que ma cuisine est à la fois locale (de la ferme à la table) et bonne pour la santé », « pharmaceutique » en quelque sorte, explique la chef qui tient un improbable restaurant végane à San Antonio. «Enfin, presque végane, puisqu’on permet aux clients d’ajouter aux plats une portion de viande : au Texas, ce serait suicidaire, un restaurant sans viande!» lance-t-elle. Petite, les traits anguleux, elle semble n’avoir rien en commun avec Johnny Hernandez, et pourtant, c’est ensemble qu’ils ont bâti la candidature de San Antonio auprès de l’UNESCO. «Johnny avait le don de mobiliser tout le monde. Moi, j’avais le savoir», dit-elle, expliquant tour à tour comment les Espagnols ont influencé la cuisine locale (les premiers colons venaient des îles Canaries, près du Maroc, et auraient importé ici les tajines, lointains ancêtres des chili con carne), puis les Amérindiens, les Mexicains, les Allemands, et les particularités du terroir texan, comme les pacanes, les herbes sauvages ou la mesquite.

http : //www.pharmtable.com/ (en anglais)

Le Briscoe Western Art Museum

14h: Briscoe Museum

«Il était une fois dans l’Ouest…» La suite de cette histoire, on la découvre au musée Briscoe, consacré à la vie du Far West à l’époque des cow-boys, chercheurs d’or et grandes expéditions en territoires autochtones. On y présente des objets du quotidien – éperons, selles – élevés au rang d’oeuvre d’art, puis une belle collection de photos, alors que le médium en était à ses balbutiements. « L’oeil du photographe, texan, a souvent romancé l’allure des Amérindiens, mais le résultat demeure très intéressant », dit Sharon Garcia, porte-parole du Musée. Une vaste maquette retrace le combat de Fort Alamo, peut-être plus intéressante que la mission en soi.

Adultes : 12 $CAN, étudiants et aînés : 10 $CAN ; gratuit pour les moins de 12 ans.

https : //www.briscoemuseum.org/ (en anglais)

16H: La Villita

Du musée Briscoe, il suffit de traverser le canal pour se retrouver à La Villita, « la petite ville » en espagnol, où San Antonio a germé. Aujourd’hui, cet ensemble de petites maisons colorées accueille quelques cafés et boutiques d’artisanat, mais on nourrit de grandes attentes pour cet endroit : trois des chefs les plus réputés de la ville y ouvriront un restaurant d’ici deux ans déclinant, chacun, un volet de la tradition culinaire de San Antonio. 

18h: Blue Star Complex

«United We Art». Habituez-vous, vous le verrez souvent, ce slogan, à San Antonio. «Nous faisons une place importante à l’art, c’est ce qui nous distingue», affirme Vanessa Hurd, responsable des festivités du tricentenaire de la ville. On le mesure d’autant mieux dans cette ancienne brasserie transformée en ateliers et galeries d’art contemporain. Plutôt désert le matin, l’endroit s’anime en fin d’après-midi et en soirée : on pourra casser la croûte sur place, au Stella Public House, puis prendre une crème glacée à la mode. «Pour frayer avec les artistes, il faut aller au Liberty Bar, c’est leur repaire», dit Mary Heathcott, directrice de la galerie Blue Star.

Avec un peu de chance, vous serez à San Antonio un deuxième samedi du mois pour participer à l’une des «art walks» – balades artistiques – organisées par Andy et Yvette Benavides, un couple dévoué qui aide les artistes émergents en leur offrant des conseils, un atelier et parfois même un toit, dans leur galerie 1906. Un gros coup de coeur du voyage.

https : //bluestarartscomplex.com/

http : //www.liberty-bar.com/

http : //1906.studio/

 Dimanche: DEUX OPTIONS POUR LA MATINÉE

Le Witte Museum

Avec des enfants

Colossal : le musée Witte vient d’investir 100 millions US afin d’améliorer ses installations et 

de s’offrir, au passage, une dizaine de reconstitutions – format nature – de dinosaures ayant volé, nagé ou marché dans les environs de San Antonio. Mais l’intérêt de ce musée des sciences réside aussi dans les « laboratoires » adjacents à chacune des salles d’exposition, où les enfants apprendront tout en s’amusant.

Tarifs : adultes : 15 $CAN, aînés : 13 $CAN, enfants de 4 à 11 ans : 11 $CAN.

https : //www.wittemuseum.org/ (en anglais)

Sans enfants

Comment la colonisation espagnole a-t-elle influencé l’art autochtone de la région de San Antonio? À quoi ressemble le travail des artistes latino-américains contemporains? C’est pour répondre à ces questions qu’on visitera le Musée des beaux-arts de San Antonio (SAMA), installé (lui aussi!) dans une ancienne brasserie. L’édifice a d’ailleurs été fort bien restauré : l’ascenseur de verre est l’un des premiers installés aux États-Unis, dans les années 70, désir des architectes qui souhaitaient que les visiteurs puissent voir défiler les collections sous leurs yeux en grimpant d’un étage à l’autre. Ne manquez pas de jeter un œil au jardin sur le chêne, splendide, aussi vieux que la ville.

Tarifs : adultes : 18 $CAN, aînés : 15 $CAN, étudiants : 10 $CAN, gratuit pour les 12 ans et moins. 

www.samuseum.org/ (en anglais)

12h: lunch mexicain

Le dernier recensement (2015) révèle que 64 % de la population de San Antonio est d’origine hispanophone. Logique, donc, que l’espagnol y soit si omniprésent et qu’on y retrouve le plus grand marché mexicain hors du Mexique, enfilade de boutiques de souvenirs un chouïa kitsch. On y va pour goûter les spécialités tex-mex du restaurant Mi Tierra, véritable institution de San Antonio, servies dans un décor surréaliste.

http : //www.mitierracafe.com/

Après-midi : la réhabilitation de Pearl
Avec les Espagnols, les Allemands sont les immigrants qui ont le plus marqué l’histoire de San Antonio, quand ils ont débarqué au milieu XIXe siècle avec, dans leurs valises, la farine de blé et le houblon : c’est à eux que l’on doit les tortillas blanches de la cuisine tex-mex et la prolifération des microbrasseries à San Antonio. L’une des plus célèbres est la Pearl, d’abord parce qu’elle a été la seule à continuer ses activités pendant la prohibition – on y faisait des sodas et des bonbons –, mais aussi parce qu’elle fait l’objet d’un vaste projet de réhabilitation depuis 2000. 

Avec un résultat, il faut l’avouer, superbe. Quelques boutiques indépendantes occupent les bâtiments conduisant de la rue à la cour intérieure, où l’on ne manquera pas de voir jouer des enfants. Car l’ensemble comporte aussi des logements, les plus chers au pied carré de San Antonio. « Mais on essaie de se montrer le plus accueillant possible envers la communauté en proposant des activités gratuites pour les familles, chaque semaine », dit la porte-parole du Pearl, Natalia Prieto.

Les touristes de passage, eux, pourront y aller en fonction de leur budget, car on a aussi varié l’offre des restaurants avec l’ouverture d’une foire alimentaire bon marché, l’automne dernier.

Dans les adresses à ne pas manquer, il faut absolument prendre le temps de visiter le nouvel hôtel Emma et sa magnifique bibliothèque. On y sert le cocktail du même nom, baptisé en l’honneur d’Emma Kohler, femme d’Otto Kohler, qui a dirigé la brasserie après l’assassinat de son mari par sa maîtresse… Emma, qu’il voulait quitter pour une troisième Emma ! D’où la maxime que l’on sert avec un verre d’Emma : «Un [cocktail Emma], c’est bien. Deux, c’est mal. Trois, cela vous tuera ! [One is good, two is bad, three will kill you)].»

atpearl.com (en anglais)

Le quartier Pearl a été revitalisé autour d'une ancienne microbrasserie.
Autre vue du quartier

Soirée : passer à table 
San Antonio accueille l’un des trois seuls Instituts culinaires des États-Unis, équivalent local de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, un élément qui a aussi pesé dans la candidature de San Antonio au titre de cité créative culinaire de l’UNESCO. Le Nao des étudiants de l’Institut est probablement le meilleur rapport qualité-prix du Pearl, même si le décor n’est pas le plus joli du coin.

Les amateurs de cocktails et de viande préféreront Cured, l’une des tables les plus réputées du Pearl, nichée dans un ancien édifice administratif superbement rénové. On s’y spécialise en charcuteries, mais on propose aussi une « poutine » pas mal, bien qu’elle ait peu ou prou à voir avec la « québécoise », combo de frites et de boeuf effiloché, nappé de fond de boeuf, de fromage fondu et de chou-fleur mariné. On traversera ensuite au Jazz Tx, un bar de jazz qui accueille des musiciens sur scène du mardi au samedi soir, pour prendre un dernier verre avant de rentrer.

naorestaurant.com (en anglais)

curedatpearl.com (en anglais)

CARNET DE BORD

Nos conseils pour planifier son séjour à San Antonio

Y aller : Il n’existe pas encore de vol direct depuis Montréal vers San Antonio, mais Air Canada en a lancé un, il y a moins d’un an, depuis Toronto. Comptez environ 375 $ pour l’aller-retour.

Se déplacer : Le réseau de transports collectifs de San Antonio est… « pas terrible : on est au Texas, les gens font tout en auto ! », remarque Natalia Prieto, représentante du Pearl.

Notez qu’il y a quand même un service de bus gratuit qui mène aux principaux lieux touristiques – incluant les missions – et que la ville est traversée par la piste cyclable longeant la rivière, bordée de stations de B-Cycle. Essentielle, la location de voiture ? Pas tant que ça si vous êtes prêts à faire un peu d’exercice, quitte à faire certains déplacements en taxi.

Météo : San Antonio compte 300 jours de soleil par année, et à peine 80 cm de pluie. Les nuits sont fraîches de janvier à mars, mais l’air est sec et on fera le plein de vitamine D : idéal pour couper le blues de l’hiver.

Week-end: Il faut deux jours, au moins, pour découvrir San Antonio, mais n’hésitez pas à étirer le voyage si vous êtes amateur de golf — les terrains pullulent dans les environs. LA PRESSE

Une partie des frais de voyage de ce reportage a été payée par l’Office de tourisme de San Antonio.