Chaudron carré en bronze, fin de la dynastie Zhou de l'Ouest, Musée national du Palais, Taipei

Taiwan: les trésors chinois du Musée national du Palais

Si certains d'entre vous ont visité la Chine (probablement en voyage organisé), vous n'avez pas pour autant eu droit à la crème des trésors nationaux chinois. Pourquoi? Parce que ceux-ci sont jalousement entreposés et exposés à Taipei, capitale de Taiwan!
<p>Chou chinois en jade deux couleurs, fin de la dynastie Qing</p>
<p>Bol en porcelaire céladon en forme de fleur de lotus; dynastie Song du Nord</p>
Le Musée national du Palais (MNP) a pourtant été inauguré en 1925 dans la Cité interdite à Pékin. Comme en 1931, les Japonais menaçaient la capitale, puis le nouveau régime communiste dédaignant les artefacts de la tradition, la collection impériale a été trimballée pendant des années sur des milliers de kilomètres, de nombreux déménagements pendant lesquels un nombre indéterminé de pièces ont été perdues ou détruites. L'immense cargaison a finalement abouti à Taipei, où elle est exposée à compter de 1965 dans un bâtiment construit à l'identique de celui de Pékin.
Le Musée possède la plus importante collection de civilisation chinoise au monde, répartie sur 5000 ans : elle comporte 690 000 objets, dont «seulement» 10 000 sont présentés au public, sous forme d'expositions temporaires ou thématiques. Certaines pièces sur papier sont si fragiles à la lumière qu'elles ne peuvent être exposées que pendant une dizaine de jours avant de retourner «dormir» 10 ans dans les réserves souterraines climatisées, creusées dans la montagne derrière l'institution. Désireux de rendre accessible aux chercheurs ses quelque 30 000 livres rares, le MNP a d'ailleurs entrepris un vaste programme de numérisation qui s'échelonnera sur quelques dizaines d'années.
L'expérience du visiteur se trouve enrichie depuis 2007, année où le Musée national du Palais, rénové et agrandi, a opté pour une présentation plus actuelle de ses objets d'art. Si certaines vitrines sont encore en attente de valorisation, la majorité profite d'agrandissements photographiques des pièces, de mises en contexte, d'explications (la plupart traduites en anglais) ou encore de vidéos. Les nouvelles technologies sont également mises à profit, avec des tableaux interactifs, des projections en 3D, des écrans tactiles, etc.
Ce que l'on peut voir au MNP?
De riches collections...
- de peintures sur soie ou sur papier décrivant des scènes de la vie quotidienne tant impériale que paysanne ou encore des paysages grandioses;
- des calligraphies élevant l'écriture au rang d'oeuvre d'art;
- des bronzes qui «parlent» tant de leur puissant propriétaire - car porteurs d'écriture, donc d'histoires - mais aussi du savoir-faire de leurs artisans, virtuoses du moulage multiple;
- des jades délicats, dont l'emblématique chou chinois vert et blanc, sur lequel deux insectes se sont posés (une toute petite pièce pour laquelle les visiteurs font la file pendant parfois plus d'une demi-heure!);
- des céramiques variées, dont les fameux céladons, pour qui la couleur varie du brun-vert au turquoise très pâle selon les centres de production, et les non moins fameuses porcelaines Ming «bleu et blanc»;
- des «curiosités», comme les petites boîtes de tabac à priser, aux décors les plus diversifiés, du mobilier, des émaux cloisonnés...
Raffinement
Oui, le MNP est plutôt grand. Au pas de course (!), il faut bien une heure et demie pour arpenter la trentaine de salles. Alors, imaginez si vous prenez votre temps pour admirer ces oeuvres de toute beauté, pour lesquelles le mot raffinement a sûrement été expressément créé...
Toutefois, préparez-vous mentalement : il y a du monde, beaucoup de monde au Musée national du Palais. En 2012, il figurait sur la liste des institutions les plus visitées au monde, notamment par des hordes de touristes de la Chine continentale, désireux de voir ces trésors mythiques dont ils ne sont plus propriétaires.
Ses dirigeants anticipent pour 2014 une fréquentation de 4,5 millions de visiteurs.
Site Web : www.npm.gov.tw/fr/
<p>Des artefacts Huaxia exposés au Musée national d'histoire de Taipei</p>
<p>Jarre bleu et blanc avec motif de dragon</p>
Musée national d'histoire: archéologie chinoise... et art contemporain
Le Musée national d'histoire (MNH) situé à Taipei est la première institution du genre à ouvrir ses portes à Taiwan, en 1955. Bien que plus modeste que le Musée national du Palais, sa visite vaut le détour. Vraiment.
Ses collections (quelque 56 000 pièces, dont 20 000 ont été numérisées) sont le produit de fouilles archéologiques principalement réalisées en Chine continentale. Les objets les plus anciens remontent au néolithique.
Le troisième étage du musée met en valeur quelque 400 oeuvres d'art, dont de superbes bronzes de la dynastie Qing et des céramiques en trois couleurs datant de la dynastie Tang. Les vitrines très bien aménagées et l'éclairage tamisé induisent à la contemplation.
En dépit de son appellation, le MNH ne se confine pas à la civilisation chinoise. En effet, ses autres étages proposent des expositions temporaires touchant tant l'art moderne international que l'art contemporain taïwanais.
Un salon de thé surplombe le petit lac des lotus situé derrière, juste à côté du Jardin botanique. Voilà une demi-journée agréablement remplie et appelée à se prolonger!
Site Web : www.nmh.gov.tw
<p>Peigne en bois de la tribu Paiwan</p>
<p>Coupe gravée en bois  de la tribu Paiwan</p>
Culture autochtone en essor
Taiwan possède une riche culture autochtone, ce que démontre le Musée Shung Ye des aborigènes de Formose, à Taipei.
Comme ailleurs dans le monde, les Premières Nations de Taiwan ont souffert d'assimilation, de pauvreté et de discrimination. Depuis le début des années 90 cependant, des initiatives indigènes appuyées par le gouvernement taïwanais voient à la reconnaissance de l'identité culturelle des 14 tribus officiellement recensées.
Au Musée Shung Ye, ouvert en 1994, on peut ainsi voir de nombreux artefacts témoignant des modes de vie des autochtones : armes, outils, ustensiles, vêtements traditionnels, ornements, objets rituels ou religieux, sculptures figurent dans cet inventaire en développement.
Ceux qui désirent prolonger leur immersion indigène iront déguster un copieux repas typique au Badasan Aborigenal Restaurant, dans un décor à la fois traditionnel et contemporain, pendant qu'un chanteur-musicien interprétera, dans la langue de sa tribu Atayal, un répertoire plutôt pop.
Site Web du musée : www.museum.org.tw/
Site Web du restaurant : badasan.wordpress.com
<p>L'architecture en forme de couloirs superposés du Musée des beaux-arts de Taipei  </p>
Des musées plus stimulants les uns que les autres
Musée des beaux-arts de Taipei
Déjà, l'architecture en forme de couloirs superposés du Musée des beaux-arts de Taipei annonce ses couleurs : on y présente de l'art moderne et contemporain, par l'entremise d'expositions temporaires.
Lors du passage du Soleil, une rétrospective du Taïwanais Li Yan-chia (1929-1994), pionnier de l'art abstrait et conceptuel, occupait plusieurs salles du musée. Méconnu sur l'île en raison de la loi martiale qui a sévi entre 1949 et 1987, ce créateur a travaillé à Bologne (Italie), Londres et Cumbrie (Angleterre) et avait le point comme sujet de prédilection et de réflexion. Son art (peinture, sculpture, photographie, calligraphie) a su conjuguer l'avant-garde occidentale avec une profondeur toute orientale.
Dans un tout autre registre, coup de coeur pour l'artiste autochtone taïwanais Etan Pavavalung. Ses formes organiques foisonnantes puisent à la fois dans la mythologie tribale et l'écologie. Ses bois gravés et encrés exsudent une vibrante communion avec l'énergie cosmique.
Le Musée des beaux-arts de Taipei est par ailleurs très fier de l'inauguration, début avril, de son centre éducatif destiné à rehausser les expériences esthétiques de la jeune clientèle. Cette préoccupation n'est d'ailleurs pas propre à cette institution : le ministère de la Culture encourage les établissements culturels à élargir les horizons des Taïwanais, afin qu'ils puissent à leur tour devenir des acteurs de sa croissance et de son rayonnement.
<p>Les enfants sont initiés à l'art contemporain à l'Institut Xue Xue</p>
L'Institut Xue Xue
C'est là également le mantra de l'Institut Xue Xue, voué à l'échange culturel. Xue Xue (prononcez «chuè chuè») veut dire «apprendre apprendre» : la fondation propose donc à ses visiteurs diverses expositions et activités et s'attend en retour à des interactions qui lui permettront à elle aussi de «grandir». Une belle philosophie, qui s'adresse tant aux adultes qu'aux enfants, cette dernière clientèle étant choyée par des animations éducatives faisant appel aux plus récentes technologies.
L'art contemporain y est à l'honneur. Lors de notre visite était présentée une éblouissante exposition de photographies en noir et blanc du Japonais Hiroshi Sugimoto, acclamé internationalement. Sa démarche utilise la photographie comme outil de réflexion philosophique sur l'espace, la lumière, le design, l'architecture, le temps qui passe...
La relève n'est pas en reste à l'Institut Xue Xue. En témoignent les oeuvres du jeune peintre taïwanais Fang, dont l'expressivité enfantine déborde littéralement du cadre : ses dessins envahissent les murs! Très rafraîchissant.
Et pour ceux qui aiment manger dans les lieux culturels : le menu de la cafétéria de Xue Xue change chaque saison et met en valeur la cuisine d'un village taïwanais. Original!
Site Web (malheureusement pas traduit) : www.xuexue.tw/