Vue générale du fort hollandais Zeelandia à Tainan, au sud de Taiwan.  Aquarelle du 17e siècle.

Taiwan, la petite île indépendante

Fière de son économie de pointe réputée mondialement et de sa démocratie prônant la liberté d'expression et l'ouverture sur le monde, Taiwan est une sorte de village gaulois affirmant sa différence de sa mère patrie, la Chine contrôlante - Facebook y est interdit - et doctrinaire. Voilà une inconfortable dissension politique qui n'est pas sans résonner de familiarité aux yeux et aux oreilles québécoises.
<p>Une maquette du fort hollandais Provintia  est exposée sur les lieux même de sa construction en 1624, où est maintenant Tainan.</p>
La Chine, c'est deux entités qui s'entêtent. Celle que l'on connaît le plus, la République populaire de Chine, couvre la majeure partie de l'Asie de l'Est et sa population, 1,3 milliard d'habitants, est la plus considérable au monde.
Le deuxième «État» (c'est du moins sa prétention), insulaire et nettement plus petit, s'appelle pour sa part République de Chine (sans le «populaire», donc), et est davantage connu sous le nom de Taiwan.
Détentrice de sa propre monnaie (le nouveau dollar taiwanais), cette île de 23 millions d'habitants, située dans le Pacifique entre le Japon et les Philippines, revendique rien de moins que sa reconnaissance internationale. Ce que la Chine continentale conteste ardemment, allant jusqu'à menacer de représailles économiques les pays qui «osent» approuver l'insolente Taiwan.
Petit retour historique
Nommée par les Portugais «ilha Formosa», ou «belle île», au XVIe siècle, alors qu'elle est déjà habitée par des aborigènes et des Chinois, Taiwan devient au XVIIe siècle une plaque tournante pour les Hollandais puis les Espagnols, désireux de commercer avec la Chine continentale. Le siècle suivant, c'est au tour de la France et de l'Angleterre d'y faire des affaires. Celles-ci vont bon train, mais non sans heurts avec les Chinois et les indigènes.
<p>Une immense statue de bronze en l'honneur de celui qui a dirigé Taiwan d'une main de fer pendant près de 30 ans, Tchang Kaï-chek (1887-1975), après avoir fui le communisme chinois</p>
Au XIXe siècle, les Japonais tentent de mettre de l'ordre à Taiwan. Le gouvernement chinois y voit des visées expansionnistes, qui se concrétisent effectivement par l'occupation japonaise de l'île de 1895 à 1945. C'est l'assimilation culturelle, par la force et la terreur, jusqu'à la reddition du Japon, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale : Taiwan redevient alors une province chinoise. Mais c'était sans compter sur la montée du communisme, qui fera en sorte que l'île servira finalement de refuge aux nationalistes.
Ceux-ci obtiendront dans les années 50 une aide financière des États-Unis, à l'origine d'une révolution industrielle régie par un capitalisme autoritaire. La loi martiale, votée en 1949, prend fin en 1987, et ouvre la voie à la libéralisation et à la démocratie. Ainsi, en 1996, le président a été élu pour la première fois directement par le peuple.
En attente d'une reconnaissance de l'ONU
En 2007, Taiwan a déposé une demande de reconnaissance aux Nations Unies, qui ne lui a pas encore accordé ce statut.
Aujourd'hui, en dépit des menaces militaires, Taiwan ne veut rien savoir d'une unification avec la Chine continentale tandis que cette dernière refuse de reconnaître l'indépendance de l'île nationaliste. Économiquement, les deux gouvernements entretiennent néanmoins des relations fructueuses, qui expliquent le statu quo.
Ces dernières années, la Chine a courtisé les touristes canadiens en offrant des voyages organisés à prix alléchants. Plusieurs Québécois en ont profité, avec raison.
Fin avril, Le Soleil était pour sa part invité par le ministère des Affaires étrangères de Taiwan à faire partie d'une délégation de 16 journalistes de 15 pays afin de découvrir le dynamisme culturel de l'île. Une autre façon, toute diplomatique, de faire connaître une nation distincte qui aspire à s'épanouir au vu et au su du monde...