Ostuni : la ville blanche et ses toits terrasses

Pour visiter convenablement la portion nord du Salento, je pose mes valises à l'hôtel Canne Bianche, à Torre Canne, un paradis tropical côtier. L'illusion est presque parfaite : palmiers, piscine et mer turquoise me transportent aux Caraïbes... mais des pumo géants de céramique défendent les honneurs des Pouilles et le service du restaurant ne peut être qu'en Italie, avec ses sublimes pâtes et fruits de mer.
En dépit du relief peu élevé de ce secteur, il y a un escarpement d'environ 200 mètres d'altitude qui longe ici la plaine côtière de l'Adriatique.
En route depuis Torre Canne, j'aperçois la ville blanche. Les édifices de la vieille Ostuni sont agglutinés en terrasses pour composer une pile de rectangles vaguement pyramidale, sorte d'acropole importée d'Afrique du Nord.
C'est un plaisir de grimper les escaliers des rues étroites du centre historique. Au hasard, j'aboutis soit à un panorama magnifique sur la plaine parsemée d'oliviers, soit à une impasse résidentielle pittoresque et fleurie ou encore un petit resto intime qui optimise ses quelques mètres carrés.
Je dévisage la façade massive de la cathédrale Santa Maria Assunta, avec sa rosace gothique à 24 rayons entourant le Christ, une allusion au cycle de 24 heures d'une journée, nécessaires pour tout voir dans les Pouilles...
Egnazia est un site archéologique qui fut occupé successivement par les Messapes et les Romains. Je recommande d'abord le musée, qui expose les objets découverts lors des fouilles.
À proximité, je m'aventure dans la nécropole messapienne, dont certaines tombes sont souterraines. À quelques centaines de mètres s'étalent les fondations et socles des colonnes de la cité romaine ainsi que les vestiges sous-marins de son port.
Et il y a la Via Traiana : le pavement de cette voie romaine est incisé par les ornières des roues des charrettes qui y ont circulé il y a 2000 ans. À la fin du Moyen Âge, des domaines et des fermes se sont établis tout le long de cette Via Traiana. Les seigneurs ont érigé des fermes fortifiées pour se protéger des brigands. Ce sont les masserie. Ces bâtiments de pierre massifs évoquent de mignons castelets, avec tourelles, fenêtres étroites et créneaux décoratifs. Plusieurs ont été convertis en restaurants ou en auberges de luxe.
Nous visitons une de ces masserie en restauration. En retrait de la demeure, d'immenses caves ont été creusées dans le roc pour entreposer l'huile d'olive. Une salle abrite un gigantesque pressoir circulaire, aujourd'hui abandonné, qui était mû par des chevaux qui tournaient en rond sans arrêt. Nous revenons par une oliveraie plusieurs fois centenaire, au feuillage doré par le soleil couchant.
Galatina, le paradis des fresques
Au sud de Lecce, à Galatina, la basilique de Santa Catarina d'Alessandria abrite un cycle de fresques qui couvrent entièrement les murs, les piliers et la voûte de la nef. L'édifice a été construit entre 1384 et 1391 par la famille Orsini. L'extérieur est joli, mais c'est vraiment en entrant qu'on est subjugué par l'ampleur et les couleurs de l'oeuvre, qui évoque des scènes de la Bible : l'Apocalypse, les Sept Sacrements, la Genèse et la vie de Sainte-Catherine. Ceux qui ont vu les fresques de Giotto à Assise en reconnaîtront le style puisque les peintres provenaient de l'école napolitaine, alors influencée par le maître.