L'édifice du Museum of Art and Design, à Colombus Circle, à Manhattan

New York: trois musées d'art, trois restos et un hôtel

Découvrez mon programme de court séjour à New York en trois duos associant un musée d'art avec un restaurant exceptionnel. Vivez l'âme new-yorkaise en admirant des chefs-d'oeuvre artistiques et en savourant les créations culinaires de célébrités de la grande cuisine internationale. Rencontres avec les grands maîtres et les grands chefs à Manhattan!
Le Yotel: ultra-tendance mais abordable
Je débarque au Yotel, un hôtel ultra-tendance, mais abordable (à partir de 150 $), comprenant 669 chambres réparties sur 23 étages, à deux blocs de Times Square. Mon expérience commence dans un hall d'entrée futuriste avec un grand bras blanc robotisé, le Yobot, qui s'étire pour prendre les bagages laissés en consigne. Ambiance de 2001, l'odyssée de l'espace.
Comme à l'aéroport, je m'enregistre avec mon code de réservation sur un écran tactile et je reçois ma carte d'accès. Tout est empreint d'un design moderne style années 70: le blanc domine avec des teintes de mauve et des néons habilement tamisés. Le D.J. Tom Middleton, l'architecte sonore, a créé les ambiances musicales.
Ma chambre, appelée ici «cabine», est un concept élaboré par le designer Simon Woodroffe. Bien que restreint, l'espace est calculé pour optimiser un séjour douillet et fonctionnel. Il n'y a pas de manuel de l'utilisateur et il est amusant de découvrir les aménagements qui divergent des lieux communs de l'hôtellerie nord-américaine.
Par exemple, un divan dépliable en lit queen par une simple commande électrique. Je suis dans un enrobage de mobilier blanc, de formes rectangulaires arrondies, de tubes chromés avec une vue imprenable sur Manhattan!
Le restaurant de l'hôtel est le DohYo, du nom de la plate-forme de la lutte sumo. Le décor est un univers techno avec des murales de style manga très coloré où des lutteurs de sumo se déchaînent contre des créatures mythiques ou robotisées (artiste Shinpei Naito).
Le bar est égayé par des 5 à 7 en prolongation et je m'y glisse pour attraper un caïpirinha aux bleuets et feuilles de shiso... recommandé! Le menu propose une fusion de saveurs latino-asiatiques en petites portions, conception du chef Richard Sandoval. Par exemple, le tiradito de boeuf wagyu est un carpaccio péruvien de boeuf tendre japonais.
Frick et Millesime: duo idéal du début
J'entreprends mon premier duo musée-resto dans l'ancienne résidence néoclassique du magnat de l'acier Henry Clay Frick. Ce petit palais, construit en 1913 au coût de cinq millions de dollars, est maintenant un des petits musées d'art américains exceptionnels, qui abrite peintures, sculptures et porcelaines : the Frick Collection. La configuration de certaines pièces n'a pas changé lors de la transformation en musée et cela en fait son charme puisqu'on a l'impression de faire une visite privilégiée chez un grand collectionneur d'art classique.
Par exemple, la West Gallery est construite dans le style des salons baroques européens. Je suis captivé par cette haute salle allongée où sont accrochées de vastes toiles telles que les ports de Dieppe et de Cologne, de William Turner, des oeuvres magistrales et lumineuses faisant contrepoint avec les austères portraits de Van Dyck ou l'autoportrait de Rembrandt.
Parmi les oeuvres exposées, j'ai eu un plaisir prononcé devant deux tableaux très typiques de Vermeer (personnages éclairés par la lumière d'une fenêtre) : La leçon de musique interrompue et L'officier et la jeune fille qui sourit. Également à voir : le Saint-François dans le désert de Bellini, un chef-d'oeuvre de l'école vénitienne en très bon état de conservation. Enfin, j'ai eu un coup de coeur pour la Pietà exécutée par un disciple de Konrad Witz, un tableau dramatique de personnages en détresse dans un décor de fin du monde. Découvrez vous-mêmes ces oeuvres en haute résolution grâce au zoom numérique du site http://www.frick.org/
Pour mon accord musée-restaurant, je choisis le Millesime. Je saute dans le métro vers le nord du quartier du Flatiron, à l'intersection de l'avenue Madison et la 29e rue. Le chef Laurent Manrique me reçoit avec la chaleur de sa Gascogne d'origine et est visiblement enthousiaste de discuter de son restaurant et de gastronomie globale. Aux États-Unis depuis 20 ans, le chef s'était mérité deux étoiles du guide Michelin pendant trois années consécutives à San Francisco, au restaurant Aqua. Laurent Manrique voulait démarrer un nouveau restaurant à New York et il a choisi cet espace néoclassique pour recréer l'ambiance d'une brasserie parisienne du début du XXe siècle, d'où le nom Millesime, une connotation bien plus historique que vinicole.
À table, je survole un menu en deux volets qui comporte beaucoup de noms de plats en français. Dans le fond, bien éclairée et animée de bruits de casseroles, la cuisine s'active. Je commande en entrée le fameux et très populaire tartare de thon berbère relevé par un mélange d'épices (cumin, cardamome, paprika), d'herbes fraîches (menthe, coriandre, basilic) de harissa et de dattes en purée. Mon palais est ravi du subtil assemblage des saveurs. Je poursuis avec le vivanneau grillé avec une sauce à l'estragon au beurre rouge. Le poisson fond en bouche : une cuisson parfaite! C'est ici un véritable point fort de l'établissement : préparer des grands classiques de manière optimale avec des ingrédients de qualité. Laurent Manrique explique : «La cuisine du Millesime est très simple, ce n'est pas complexe». Mais elle est parfaite et quoi de plus révélateur que l'épreuve de la crème brûlée pour le vérifier. Hé oui: excellente!
MAD et Robert: délices sensuels
Pour la deuxième journée, musée et restaurant font la paire au même lieu. J'émerge du métro à Colombus Circle, au coin sud-est du rectangle de Central Park. Perché sur une colonne, Christophe Colomb dirige la circulation des taxis jaunes. Je traverse le labyrinthe de feux piétonniers pour me diriger vers un édifice miroitant de verre foncé et de céramique dont la façade concave épouse la courbe du carrefour giratoire.
Le MAD (Museum of Arts and Design) est un musée de dimension modeste (5000 m2) qui comprend quatre niveaux d'exposition en plus de son auditorium, de trois studios d'artistes en résidence et d'un centre d'étude en joaillerie.
Le MAD se donne pour mission d'explorer les frontières entre l'art, le design et les métiers d'art. Quelques thématiques abordées: influences africaines dans le monde du design, oeuvres réalisées avec des cendres ou des matériaux d'origine organique, sculptures de verre en murano, etc.
J'ai l'occasion de visiter un espace exposant des colliers de la collection de joailleries du MAD, créée en 1956. Objet d'apparat porté au cou mettant en valeur le visage, le collier prend des formes aussi infinies que ses matériaux constituants. Le MAD est un bijou léger à visiter, ce qui permet d'y envisager une pause dîner à son adorable restaurant griffé, le Robert, logé au neuvième étage. De grandes fenêtres panoramiques donnent sur le va-et-vient de Colombus Circle et sur les cimes des arbres de Central Park.
Je me fais servir une crème de panais onctueuse suivie d'un plat de gnocchis rôtis à la poêle et justement assaisonnés de copeaux de parmesan, de prosciutto et de pistou. Mon dessert est le classique cheese-cake new-yorkais au design futuriste. Pour en rêver, la page www.robertnyc.com donne le ton en images et en musique.
Le MoMA et le Café Boulud: le grand art!
J'ai délibérément failli ne pas inclure le Museum of Modern Art (MoMA) dans mes suggestions de musées, mais je n'y étais pas retourné depuis son agrandissement en 2004. C'est le troisième musée le plus visité aux États-Unis, accueillant plus de 2,5 millions de visiteurs par année. L'architecte Yoshio Tanigushi a redessiné le musée pour doubler sa superficie d'exposition à 11 600 m2 répartis sur six niveaux. Je me sens happé par le hall qui se veut une prolongation de la rue, une sorte de large couloir transverse.
Le MoMA abrite une des plus impressionnantes collections d'art moderne au monde. Voici l'occasion rêvée de voir les oeuvres d'artistes célèbres qui ont dominé la scène artistique depuis la fin du XIXe siècle jusqu'aux années 60. Je cours voir des favorites. Les regards provocateurs de l'imposante et célèbre toile de Pablo Picasso : Les demoiselles d'Avignon. Les cinq danseuses sur fond bleu et vert de Danse (I) de Henri Matisse. Un petit tableau de Salvador Dali avec trois montres molles assoupies : La persistance de la mémoire. Miro, Mondrian, Calder, Giacometti, Warhol, Pollock : juste quelques noms pour vous convaincre de planifier plusieurs heures en ces lieux. Plusieurs galeries sont consacrées à la photographie (toujours saisissante), au design et à l'architecture. À savoir : l'audioguide est inclus dans le prix d'entrée et c'est le seul musée important ouvert les lundis. Réservez-vous du temps pour les deux boutiques.
Le Café Boulud est situé dans le Museum Mile, ce quadrilatère qui regroupe la majorité des musées de Manhattan. La salle à manger est juste élégante, pas très grande ni extravagante. Et pourtant, me confie-t-on, je suis dans un lieu fréquenté par tout le who's who politique, artistique et économique de New York, qui aime la discrétion des lieux et surtout qui vient se faire gâter par les créations culinaires du chef Daniel Boulud. Le menu est simple et se décline en quatre thèmes chers au chef : la tradition, la saison, le potager et le voyage.
On me recommande le boeuf braisé (lentement) qui est décrit comme étant accompagné de pommes rösti, de minibetteraves glacées, de raifort et avec une sauce bordelaise. Le montage du plat sur une ardoise grise est une oeuvre d'art en soi et symbolise bien la thématique «musée d'art et gastronomie». Ce serait trop facile d'écrire que le boeuf fond dans la bouche. En fait, il s'y liquéfie ou même, s'y sublime! Les vins sont délectables : un bourgogne Gevrey-Chambertin 2009 de Joseph Drouhin pour côtoyer des pelures de truffes noires et un sauternes pour arroser le dessert chocolaté (La Tour Blanche, 1er cru 2003). Je discute et goûte vin avec le sommelier Blue Pilkington qui me fait descendre dans son antre : une cave à vin aux dimensions modestes «en raison de la rareté de l'espace à New York», soupire-t-il. Il m'exhibe un de ses vins préférés : Domaine de la Romanée Conti, Romanée St-Vivant, 1990. Une bouteille qui va chercher dans les quatre chiffres, mais rassurez-vous: le Café Boulud propose de belles dégustations à bon prix comme ces trois verres de pinot noir pour 35 $.
Ma rencontre avec Daniel Boulud se fera au coeur de son quartier général, au restaurant Daniel. Je suis accueilli en coulisse dans son sky box, une cabine boisée et vitrée qui surplombe les ateliers animés de la vaste cuisine. Verre de blanc en main, je m'installe en face d'un souriant et sympathique Français originaire de Lyon, un amant de la cuisine né à la ferme. Il évoque ses premières armes en France avec de grands noms tels que Roger Vergé, Georges Blanc et Michel Guérard.
Il a récolté plusieurs prix culinaires prestigieux et a même été décoré chevalier de la Légion d'honneur en 2006. Fils du terroir, il se réjouit de l'évolution grandissante de l'authenticité et de la qualité des produits (comme le fromage) aux États-Unis. Je vous invite à en découvrir plus sur le chef Daniel Boulud dans mon entrevue vidéo. Le chef ouvre un nouveau restaurant à Montréal le 1er juin, au Ritz-Carlton : la Maison Boulud.
Pour y aller efficacement
De Québec, on peut voler avec Porter via Toronto ou United directement à Newark. Air Canada et WestJet offrent des vols quotidiens via Toronto.
Lieux visités dans ce reportage
Liens de vidéos réalisées par Marc Tremblay
Ce reportage a été réalisé grâce à l'invitation de la compagnie d'information touristique de la Ville de New York: www.nycgo.com