Des costumes flamboyants et des masques carnavalesques sont portés pour une danse traditionnelle qui a pu être observée dans la cour intérieure d'un atelier de fabrication de masques.

Marché de Chichicastenango: coeur commercial et spirituel maya

Je n'étais même pas encore parti pour le Guatemala qu'un ami, qui avait parcouru l'Amérique latine dans un long voyage de cinq mois, m'avait parlé du marché de Chichicastenango («lieu des orties», au coeur du pays des Quichés mayas) comme étant le plus impressionnant de son périple.
Certains prétendent qu'il est trop touristique, mais il y a pourtant une grande quantité d'Indiens y convergeant tous les jeudis et dimanches. Notre guide Cathy nous mène dans la pénombre et les échos d'une grande salle intérieu­re. Nous grimpons aux galeries du deuxième étage pour avoir une vue surplombante sur une foule animée de vendeurs, de marchandi­ses agroalimentai­res et d'acheteurs multicolores. Ensuite, on descend vers les rues surchargées d'étals de tissus, de vêtements, de sculptures et d'artisanat très diversifié. Le climat est pres­que festif, les vendeurs ne sont pas insistants et accepteront souvent de marchander les prix.
Nous pénétrons dans une cour intérieure pour assister à une danse traditionnelle surprenante. Des per­sonnages costumés de couleurs flamboyantes exécutent une sorte de sarabande burlesque. Ils portent des masques carnavalesques représentant des visages européens aux traits exagérés. Ils effectuent une parodie des conquistadors espagnols dans un simulacre de corrida, une manière originale de faire un pied de nez au passé colonialiste. Cette animation fait partie du Musée des masques, attenant à un atelier de production de ces oeuvres en bois, sculptées et peintes avec détail.
Non loin de là, je m'approche du parvis de l'église de Santo Tomás, dont la façade blanche domine le marché. Je monte un escalier couvert de pétales de fleurs où s'entassent des dizaines d'Indiens quichés, absorbés dans toutes sortes d'occupations. Le temple maya qui s'éle­vait ici jadis s'est réincarné dans cette église catholique qui est maintenant vénérée par les Mayas contemporains. L'intérieur de la nef est envahi par un brouillard d'encens, alors qu'on entend les murmures des chamans concentrés dans leurs rituels syncréti­ques, un mélange des religions ma­ya et chrétienne. «C'est ici qu'a été découvert le texte original du Popol Vuh», me chuchote Cathy.
Comme une petite ville
La suite logique se trouve de l'autre côté du marché : le cimetière. Les monuments polychro­mes évoquent une petite ville construite sur une colline. Des cérémonies mayas ont lieu à plusieurs endroits. Près du centre, une chamane a enflam­mé une grande quantité de chandelles disposées en cercle et psalmodie des incantations. Elena m'indique un monument atypique, en forme de pyramide, dédié à tous les indigènes qui ont perdu la vie dans la guerre civile encore récente. On y lit : «Ils ont coupé nos fruits. Ils ont coupé nos branches. Mais ils n'ont pas arraché nos racines.» Une épitaphe révélatrice de la détermination d'un peuple.
Le plus beau lac du monde...
Antoine de Saint-Exupéry s'est écrasé au Guatemala en 1937 et durant sa convalescence, il aurait été inspiré par le lac Atitlán pour l'écriture du Petit Prince. Ce vaste plan d'eau, d'une superficie de 120 km2, loge dans une caldeira, sorte de cratère géant.
Déjà, la route par laquelle nous descendons vers le port de Panajachel nous offre quelques panoramas époustouflants sur le lac gardé par ses trois sentinelles volcaniques. La petite ville est un point de départ idéal pour découvrir la région grâce à de petites navettes rapides qui relient les 12 communautés du pourtour du lac.
San­tiago Atitlán est un village prisé. En grimpant dans les rues, on passe devant de nombreux étals proposant de l'artisanat pour tous les budgets. Des boutiques exposent des toiles de style naïf, production d'artistes réputés. L'église de Santiago Apóstol est un autre bel exemple de syncrétisme religieux. Des statues aux vêtements très colorés décorent les deux murs de la nef et trônent dans le choeur.
En retournant, j'ai l'impression de naviguer sur le lac de Côme. J'apprendrai par la suite que l'écri­vain Aldous Huxley, auteur du roman Le meilleur des mon­des, s'y croyait aussi.