Les Pouilles: voyage dans le talon aiguille de l'Italie

L'histoire a commencé ici avant la Grande Rome, là où se termine le talon de la péninsule italienne, en mer Adriatique, en face de l'Albanie. Une pointe de terre au carrefour des grandes migrations des civilisations maritimes. Un creuset culturel riche en trésors artistiques. Des paysages maritimes aux eaux turquoise invitantes dans l'intense chaleur estivale. Un terroir qui nourrit une vigne nommée primitivo. Un pays constellé de trulli, curieuses maisons de pierres coniques.
Si on compare l'Italie à une botte féminine, les Pouilles (Puglia) correspondent au talon aiguille et à son prolongement dans l'arrière du mollet.
En partant de la pointe sud, la péninsule est bordée par le golfe de Taranto à l'ouest et par la mer Adriatique à l'est (le Salento). Plus au nord, le territoire est limité à l'ouest par les contreforts montagneux des Apennins et est toujours bordé à l'est par les eaux de l'Adriatique (le Gargano).
En tout, une bande de terre d'environ 400 km de longueur sur à peu près 50 km de largeur. Précisément 19 350 km2.
En raison de sa position géographique, la région a été fréquentée par de nombreux peuples. Les Messapes habitaient le territoire au moins un millénaire avant Jésus-Christ et luttèrent avec les Grecs avant l'arrivée des Romains.
Après la chute de l'Empire romain d'Occident, les Ostrogoths, les Lombards, les Byzantins et les Sarrasins s'imposèrent les uns après les autres. En 1071, les Normands s'établirent pour quelques décennies et furent suivis par les Souabes (dynastie germanique, Frédéric II, 1220-1250). Ce fut un âge d'or et de prospérité pour les Pouilles.
L'histoire suivit son cours avec son lot d'alliances, d'héritages, d'annexions, de massacres avec des acteurs tels qu'Angevins, Aragonais, Turcs, Habsbourg, Bourbons et Français. Ce n'est qu'en 1860 que les Pouilles furent annexées au Royaume d'Italie.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, la région a pris un essor véritable en agriculture et, plus récemment, en tourisme.
Les Pouilles sont méconnues du touriste québécois, à qui la côte amalfitaine ou la Sicile est plus familière. Il y a tant à voir que je dois me concentrer sur le Salento, la pointe du «talon».
Mon itinéraire débute par la ville de Lecce, puis au sud pour admirer les trésors de deux églises incontournables à Galatina et à Otrante. Ensuite, j'effectue une remontée vers le nord-ouest afin de déguster le vin à Manduria et de découvrir les céramiques de Grottaglie.
Puis, je recoupe la péninsule pour m'évader dans la ville blanche d'Ostuni, contempler le site archéologique d'Egnazia et terminer mon séjour à Alberobello, au coeur des trulli. Un voyage initiatique différent en Italie du Sud.
Lecce : ville baroque aux nuages roses
À l'origine nommée Lupiae, Lecce est la Florence du Sud, parée de cette belle pierre calcaire aux teintes dorées, ornée dans la légèreté et la frivolité de son style baroque un peu rococo, caractérisé par ses animaux, ses fruits, ses chérubins, etc. Même les nuages sont roses en plein jour, car le sirocco (un vent du sud) transporte les poussières du sable depuis le Sahara!
L'âme de la ville reflète l'exubérance, et je me suis plu à longer ses rues pour y découvrir ses habitants, toujours avenants et souriants. Un conseil : l'été est chaud dans les Pouilles.
Le milieu de la journée est donc propice au farniente, aux visites intérieures et au gelato. En soirée, les Lecciens réapparaissent dans les rues et la lumière est très belle pour les photos.
Je suggère de commencer l'exploration de Lecce à la Piazza Santo Oronzo, le patron de la cité, dont la statue (cadeau de la ville de Brindisi) trône au sommet de piliers récupérés des colonnes romaines du terminus sud de la Via Traiana.
Les Romains ont également construit un grand amphithéâtre dont les vestiges ont été dégagés dans le coin de la place. La dépression s'ouvre sur une partie des gradins inférieurs et de l'arène, de nouveau exposés au chaud soleil des Pouilles. À peu de distance se trouve la remarquable façade de la basilique Santa Croce, qui affiche un style baroque triomphant grâce au célèbre architecte de Lecce Guiseppe Zimbalo.
Lecce est un endroit de séjour agréable pour rayonner tout autour dans le Salento. Je suis hébergé par l'Arthotel & Park Lecce, un établissement contemporain qui met en vedette la pierre calcaire de Lecce. Les repas du soir proposent une gastronomie régionale et revisitée, arrosée des vins du Salento, sous de sobres voûtes de pierre en ogive étoilée.
Alberobello et la région des trulli
Icône des Pouilles, le trullo est une maison de pierres au toit conique. Ce bâtiment fut construit jusqu'au début du XXe siècle grâce à un matériau économique et abondant : la pierre calcaire. Le bâtiment voué à l'usage agricole se transforma en habitation pour les familles paysannes cultivant la vigne et l'olivier.
Le principe de construction est simple : sur un épais mur circulaire, on édifie un toit de strates calcaires empilées, coiffé par un pinacle. Le résultat est un espace habitable limité et plutôt sombre, garantissant toutefois une certaine fraîcheur en été.
Si vous êtes pressé, allez seulement à Alberobello, qui est un secteur inscrit dans le Patrimoine mondial de l'UNESCO. Les rues étroites et parfois encore recouvertes de pavés sont bordées de trulli aussi loin que le regard porte. Des toits pointus qui arborent des symboles chrétiens peints au lait de chaux, en blanc sur le gris de la pierre.
Il est facile de visiter quelques boutiques tassées dans ces pièces exiguës aux murs recouverts de chaux. Avec de la chance, on trouve un escalier escarpé pour parvenir à un paysage de centaines de cônes en pierre grise, dressés vers le ciel bleu, décor d'un monde fantastique habité de fées.
Sinon, suivez les conseils d'Antonio : sillonnez les routes de campagne pour découvrir les trulli isolés qui abondent tout autour. Ici, une belle propriété restaurée où des trulli en paires sont incorporés à une construction moderne. Là, une ferme abandonnée par des paysans d'une époque révolue.
Je grimpe dans un étroit escalier en colimaçon qui s'enroule autour du toit conique jusqu'au pinacle. Je suis entouré de l'authentique paysage des Pouilles auquel il faut rêver : des trulli dispersés dans les collines et vallons tapissés de vertes vignes et d'oliviers, la scène éclairée sous un chaud soleil méditerranéen.
Les pavements de la cathédrale d'Otrante
Je poursuis au sud vers Otrante, «la porte de l'Orient», dans un paysage côtier ensoleillé où la mer dévoile ses bleus et ses turquoises. La vieille cité s'entasse sous le château aragonais qui surplombe le port. La cathédrale est plutôt discrète dans l'architecture pierreuse et rectangulaire de l'ensemble.
Elle a été construite après que les Normands ont expulsé les Byzantins en 1068. À l'intérieur, je suis accueilli par le guide Elio Paiano, qui nous pointe le plancher où, curieusement, il n'y a pas de bancs. La splendeur de l'oeuvre d'art s'étale sous nos pieds!
Toute la superficie de la nef est une gigantesque mosaïque médiévale, réalisée par le moine Pantaleone entre 1163 et 1165.
L'oeuvre s'articule autour des branches de l'Arbre de la Vie : c'est l'histoire du monde. On retrouve des tableaux de l'Ancien Testament (Adam et Ève, l'Arche de Noé), de la mythologie (Diane la chasseresse, Atlas soutenant le monde, le roi Arthur), de l'histoire (Alexandre le Grand).
D'autres médaillons représentent les mois et le Zodiaque. Il est toujours fascinant de voir ces milliers de petits morceaux assemblés composer ces images chargées de symbolisme.
À l'arrière du choeur, nous découvrons des centaines de crânes disposés dans des vitrines étroites formant un hémicycle.
Cet ossuaire témoigne d'un événement tragique survenu en 1480 lorsque les Turcs ont saccagé la ville et décapité 800 chrétiens devenus martyrs. Ensuite, un escalier mène à la plus ancienne crypte des Pouilles, où une forêt multicolore de colonnes et de chapiteaux éclectiques supporte la fondation du plancher. Les pièces sont sculptées dans des marbres et granits de couleurs variées, cadeaux de marchands de contrées éloignées.
Après ces émotions artistiques et historiques, je vais me rafraîchir dans la mer, à environ 10 km au sud d'Otranto. La route traverse un paysage d'une beauté pastorale avec ses champs ondoyant au-dessus du profil de la côte ciselée.
Au détour d'une courbe, il y a un fabuleux panorama où s'élève la tour isolée de Sant'Emiliano. Je poursuis vers Porto Badisco et rejoins une plage invitante, au fond d'une baie étroite.
Les vagues clapotent et réfractent les rayons de soleil dans un jeu de teintes aigue-marine et azurées. Natation sublime.
>> CONSEILS PRATIQUES
Quand et comment y aller?
Il faut éviter le milieu de l'été, qui sera trop chaud et trop bondé. Avril et mai seront par exemple très agréables. On peut trouver de bonnes aubaines de vols aller-retour à partir de Montréal pour atterrir à Bari. C'était le cas avec British Airways, mais je surveillerais aussi Alitalia ou Air France. Sinon, Easyjet offrira des vols économiques Londres-Bari à partir du 12 juin 2012.
Langue
L'éloignement des grands centres urbains favorise le charme pastoral des Pouilles, mais rend plus difficile la rencontre d'anglophones ou de francophones. J'ai eu de très bons échanges en français dans certains lieux touristiques. Des notions d'italien multiplieront les plaisirs de votre séjour.
Lieux visités dans ce reportage
Liens de vidéos réalisées par Marc Tremblay
Information
Ce reportage a été réalisé grâce à l'invitation de l'Agence de la promotion touristique de Lecce.