L'enceinte de la place forte de Montségur, dernier bastion des cathares

L'Ariège-Pyrénées: l'histoire au fil des montagnes

J'ai visité l'Ariège et il s'est ancré dans mon coeur. J'ai eu le souffle coupé devant les fresques préhistoriques de la grotte de Niaux. J'ai humé les saveurs du terroir dans le marché de la médiévale Mirepoix. J'ai entendu les murmures des derniers cathares qui se sont éteints sous la citadelle perchée de Montségur. J'ai dormi dans un refuge près des cimes enneigées. Inoubliable.
Le château de Foix, emblème de l'Ariège, a servi de prison aux XVIIIe et XIXe siècles.
Dans le sud-ouest de la France, juché contre les Pyrénées et l'Espagne, le département de l'Ariège présente une grande diversité de paysages dans un espace de 4890 km2. Il doit son nom au fleuve qui le traverse, depuis les pics qui frôlent les 3000 mètres d'altitude jusqu'aux plaines vallonneuses au sud de Toulouse. Le climat, plutôt humide, est assez doux dans les plaines et le piémont, mais devient plus contrasté et froid en altitude.
L'Ariège est attirant depuis la nuit des temps, car on y trouve de multiples traces d'occupation dès la fin du Paléolithique supérieur, une époque où l'homme moderne s'est établi en Europe, il y a plus de 10 000 ans.
Les Romains y sont passés et les vestiges gallo-romains sont nombreux à témoigner de l'implantation de villes organisées.
Le Moyen Âge est très bien représenté par plusieurs constructions remarquablement bien conservées et des ruines situées dans des sites spectaculaires. L'occupation du territoire étant limitée par la géographie accidentée, la nature est toujours à proximité. Les habitants, les Ariégeois, se sont adaptés au rythme du relief. Ils s'y sont accrochés pour mieux résister au passage des migrations et aux lointaines autorités, toujours fiers et accueillants pour faire découvrir leur pays.
Pour découvrir cette région formidable, il m'est venu l'idée d'effectuer un périple en trois actes, qui nous élève de plus en plus haut, dans l'histoire comme dans l'altitude. Des ténèbres vers la lumière.
D'abord la Préhistoire humaine, révélée sur les parois des grottes. Ensuite, le Moyen Âge rayonnant, exposé par ses trésors artistiques et remémoré dans un marché installé sous les couverts de bois d'une bastide médiévale.
Mais aussi le Moyen Âge des guerres de religion et des châteaux assiégés. Enfin, l'inévitable montagne: interprétée avant d'être gravie et admirée depuis un refuge à près de 2000 mètres d'altitude. Je vous invite à compléter votre lecture par le visionnement de mes vidéos qui vous feront vivre en images et entrevues ce qui ne peut être écrit (liens Web à la page suivante).
Il faut savoir que le trajet n'est pas linéaire sur la carte et il faudra l'adapter selon la durée du séjour et vos intérêts personnels. Vous trouverez des suggestions de haltes gastronomiques et certains lieux d'hébergement que j'ai vus ou essayés.
La citadelle de Montségur, juchée au sommet du pic rocheux. Il faut un bon 45 minutes d'ascension soutenue pour y arriver.
Impressions préhistoriques
Nous marchons dans les ténèbres depuis plusieurs minutes, sans mot dire. Les échos de nos pas se répercutent sur les parois des vastes galeries. Nos faibles éclairages conviennent pour notre déplacement, mais percent à peine l'obscurité qui règne en maître dans ce milieu frais et humide. C'est la deuxième fois que je reviens à la grotte de Niaux en 24 heures. J'ai obtenu l'autorisation vraiment exceptionnelle de filmer les peintures. Je suis excité et nerveux à la fois, car j'ai 20 minutes pour prendre les premières images vidéo haute définition de ces oeuvres qui ont 13 000 ans!
Les panneaux du Salon Noir de Niaux sont d'une richesse et d'une qualité d'exécution qui se comparent à l'art pariétal des grottes de Lascaux et d'Altamira. Toutefois, ces deux cavités sont fermées au public pour leur dégradation et on n'a accès qu'à des reproductions. À Niaux, le grand volume des galeries a permis d'éviter que la fréquentation des visiteurs ne cause des changements néfastes à l'atmosphère interne de la grotte. Il y a tout de même des mesures de protection: un quota maximum sur le nombre de visiteurs, un temps de visite rigoureusement limité et un suivi instrumenté de la climatologie souterraine. Le Salon Noir rappelle le choeur d'une église pour son volume et sa sonorité acoustique: une vingtaine de personnes peuvent bien suivre la présentation faite par le guide.
Je dois me concentrer pour faire des prises efficaces et laisser de côté mes émotions. Difficile d'être insensible à la vue de ces dessins qui semblent avoir été réalisés hier. Plusieurs en ont les larmes aux yeux alors que d'autres ressentent une présence magique ou spirituelle. Devant moi courent sur les murs bisons, bouquetins et chevaux du bestiaire magdalénien. Certains ont été touchés par des flèches ou des sagaies. Les artistes ont superposé des animaux pour évoquer des hordes ou utilisé le relief de la paroi pour souligner un mouvement. Merveilleux!
Je reviens au jour sous le porche gigantesque de l'entrée. Beaucoup de questions. La suite logique est d'aller au parc de la Préhistoire, un centre d'interprétation situé dans une vallée à l'ouest de Tarascon-sur-Ariège. D'autant plus qu'il y a un excellent restaurant, Le Bouquetin, où je reconstitue mes forces avec une «déclinaison autour du foie gras» suivie de ravioles de canard à la crème de morilles gratinées.
Le parc est consacré à l'interprétation de l'art et des hommes préhistoriques. D'une superficie de 13 hectares, entouré de belles montagnes, il comprend d'abord un musée à l'architecture audacieuse entouré d'un jardin aquatique rappelant les rivières souterraines. On y trouve différentes expositions, dont un squelette de mammouth ou encore la reconstitution d'une dune, protégée dans la grotte de Niaux, où des traces de pas humains furent préservées. Le complexe extérieur a été développé pour l'animation d'ateliers en plein air aux fins d'expérimenter le quotidien des Magdaléniens: taille du silex, allumage du feu, tir de lance avec un propulseur, etc. Une approche interactive et pédagogique bien appréciée même si j'ai appris que je suis un piètre chasseur...
 
RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
Toutes les saisons sont bonnes pour s'y rendre, mais il y a plus à faire en montagne de mai à octobre. Air Transat dessert Toulouse qui n'est pas très loin de l'Ariège.
Lieux visités dans ce reportage:
Refuge d'En Beys +33 05 61 64 24 24
Vidéos réalisées par l'auteur :
Ce reportage a été réalisé grâce à l'invitation de l'Agence de développement touristique d'Ariège-Pyrénées: www.ariegepyrenees.com