Un marchand de dattes à Sousse

La reconquête touristique de la Tunisie

La révolution tunisienne de décembre 2010 a fait fuir les touristes qui craignaient les troubles sociaux et politiques. Trois ans plus tard, le pays veut reconquérir les voyageurs européens... et tente de séduire les Québécois.
Le principal défi de la Tunisie est de se façonner une image de marque. «La première chose à faire, c'est Branding Tunisia.» La nouvelle ministre du Tourisme tunisien, Amel Karboul, le répétera souvent en cours d'entrevue.
Assise dans le hall d'un chic hôtel récemment construit de La Marsa, elle en parle pour la première fois à la presse étrangère depuis sa nomination. C'était en février. La doctorante en coaching et mentoring est considérée comme une experte internationale dans son domaine. Une expérience dont elle aura bien besoin pour remplir sa délicate mission, qui vise notamment à créer un sentiment de sécurité pour les visiteurs.
«Malheureusement, les gens confondent. Si quelque chose se passe en Égypte, ils ne viennent pas en Tunisie, se désole Mme Karboul. C'est comme si vous disiez pour des Européens : "Il y a une bombe à Belfast en Irlande du Nord, alors on va pas faire des vacances en Italie." C'est totalement aberrant.»
À quel point le pays est-il sécuritaire? Les opinions peuvent diverger. Deux jours avant la rencontre, les forces antiterroristes tunisiennes tuaient sept membres d'un groupe armé barricadé dans une maison de la banlieue de Tunis, la capitale.
Malgré tout, Mourad Sakli, ministre de la Culture, persiste et signe. «Le pays est sécurisé à 99,99 %. Nous sommes un peuple pacifique. Pendant cette période transitoire, nous vivons normalement. C'est un pays qui peut être visité dans des conditions quasi normales.»
<p>Dans le souk de Kairouan, un marchand déroule un tapis. </p>
Il donne en exemple le fait que quatre ministres sur cinq se déplacent sans agent de sécurité. «Il n'y a pas de gardien chez moi. Mon adresse est dans l'annuaire. En toute honnêteté, il n'y a pas de problème. C'est un message fort à faire passer», clame-t-il.
À vrai dire, la transition démocratique se passe relativement bien en Tunisie, berceau du Printemps arabe, en comparaison avec des pays comme l'Égypte, pire la Syrie. Une nouvelle Constitution est entrée en vigueur le 10février. Le gouvernement provisoire actuel est composé de technocrates chargés de sortir la Tunisie de sa profonde crise politique et d'organiser des élections d'ici la fin 2014. Malheureusement, des groupes extrémistes tentent de faire dérailler le processus.
Prudence recommandée
Le gouvernement du Canada recommande une grande prudence aux visiteurs qui se rendent en Tunisie. Sur son site Internet, il mentionne les risques de troubles civils et la menace accrue que pose le terrorisme. Un seul avertissement est d'éviter tout voyage dans la région du parc national Mont-Chaambi, à l'ouest de Kasserine, en raison des tensions régionales, ainsi que dans le Grand Sud Tunisien, près des frontières avec l'Algérie et la Libye, et dans la zone de Goubellat-Dougga, dans le gouvernorat de Béja.
<p>Des touristes magasinent dans un souk de Tunis. </p>
Destination médicale
Berry Travel Services (BTS) se spécialise aussi dans le tourisme médical. Bien connue des Européens comme destination pour les soins de santé et esthétiques, la Tunisie veut s'ouvrir au marché canadien. BTS s'est d'ailleurs associé avec une toute nouvelle entreprise québécoise, aussi spécialisée dans le domaine, MedicMonde, de Lac-Beauport. Ce partenariat assure une prise en charge du client à partir du Québec jusqu'en Tunisie, assure le président de BTS, Houssam Berry.
Le pays compte 110 cliniques privées dont certaines à la fine pointe de la technologie. Une dizaine ont été retenues pour offrir les soins aux clients. «Que les meilleures», assurent, pour sa part, André Guillemette, propriétaire de MedicMonde : implants dentaires, ophtalmologie, chirurgies esthétiques, voire orthopédie et oncologie sont offerts.
L'offre est simple et avantageuse, explique M. Guillemette. Le patient qui se rend en Tunisie peut recevoir des soins à une fraction du prix qu'il devrait débourser au Québec. Il y a aussi l'avantage d'éviter les temps d'attente qui dépassent parfois un an chez nous.
Aussi, avec 60 centres de thalassothérapie, la Tunisie est considérée comme le second pays, après la France, qui en compte le plus au monde. La destination est courue par les Européens et les Russes. Certains s'y rendent pour des cures de quelques jours à plus d'une semaine.  Jean-François Néron
Repères
Langue : arabe (officielle), français (très répandu), anglais et italien
Devise: dinar tunisien 1 CAD = 1,43 DTN
Religion : islam
Situation géographique : nord-est de l'Afrique ouvert au nord sur la Méditerranée avec 1300 km de côtes et limitrophe de l'Algérie à l'ouest (1050 km) et de la Libye au sud (480 km).
Capitale : Tunis (2,5 millions d'habitants avec les banlieues)
Autres grandes villes : Sfax, Arianna, Sousse, Gabès, Bizerte
Population : 10 673 800 (novembre 2011)
Superficie : 163 610 km² (dont 25 000 km² de désert)
Source : Gouvernement du Canada
Sur Internet : www.medicmonde.com
Le voyage auquel a participé Le Soleil a été possible grâce à l'initiative de Tourisme Tunisien, réalisé en collaboration avec MédicMonde et financé par BTS.