Les paysages nus et érodés se succèdent lors d'une randonnée (prévoir un jour entier) autour de l'île de Quarry, une île facilement accessible àpartir de Havre-Saint-Pierre etqui offre un bon résumé de ceque peut offrir le parc nationaldes Îles-de-Mingan.

La Minganie: le dépaysement au bout de la 138

Qu'il est possible de voyager sans se ruiner en restant au Québec, ça, on le savait. Mais qu'on puisse vivre chez soi un vrai dépaysement, ça, je ne le savais pas avant de visiter la Minganie.
<p>Le coquet hameau de Magpie, véritable carte postale</p>
La région a vécu des moments difficiles l'an dernier après les importants incendies de forêt qui ont détruit au moins deux pourvoiries près de Baie-Johan-Beetz. Alors, c'est l'occasion de découvrir une région magnifique tout en donnant un coup de pouce!
La Minganie, c'est 360 kilomètres de côtes le long du Saint-Laurent et de la route 138, qui aboutissent au patelin de Gilles Vigneault, Natashquan. Au centre se trouvent Havre-Saint-Pierre et l'archipel des Îles-de-Mingan, un parc national incontournable. Outre la chasse et la pêche, on visite la Minganie pour s'emplir les poumons d'air salin, se muscler les mollets en randonnée en forêt comme sur la plage, admirer la flore et la faune boréales, se délecter des produits locaux et des fruits de mer frais et contempler toute une variété de paysages nordiques et colorés.
En attendant que le projet de traversier Rivière-au-Renard-Anticosti-Havre-Saint-Pierre se concrétise, il faut faire le chemin par la rive nord. Les portes de la Minganie s'ouvrent à une quarantaine de kilomètres à l'est de Sept-Îles, après 700 kilomètres de (belle) route à partir de Québec. Le littoral, les falaises et les plages qu'on y aperçoit aussitôt offrent un bel avant-goût de ce qui nous attend.
Le premier arrêt est à Rivière-au-Tonnerre, un coquet village avec une superbe église de style normand. Il faut absolument passer à la Maison de la chicoutai, qui se consacre à ce fruit sauvage nordique, ressemblant à une framboise orange et qui goûte un peu la mangue. Beurre, confiture, coulis, c'est délicieux. Un arrêt s'impose aussi à la chute Manitou : une agréable randonnée assez facile avec une belle récompense au bout. On découvre alors la forêt boréale, passablement différente de celle au sud du Québec. L'absence d'arbres feuillus, et donc de feuilles au sol, laisse toute la place aux mousses et aux lichens.
Plus loin, à Magpie, il y a un petit belvédère qu'il ne faut pas manquer. Un hameau de maisons colorées, une baie d'eau bleu clair avec des bateaux de pêche... une vraie carte postale!
Havre-Saint-Pierre
Plus que quelques kilomètres, et on arrive à Havre-Saint-Pierre, principale ville de Minganie avec ses 3200 âmes. Ici, le dépaysement n'est pas dans les briques ou les planches. Il est dans les mots et dans le ciel : le drapeau qui flotte ici de même que la langue sont acadiens. Cayens, pour être plus précis. Et ceux-ci nous le rappellent chaque fois qu'ils parlent avec leur bel accent d'une couleur acadienne, mais sans mélange avec l'anglais. On ne les entendra jamais prononcer le son «r», complètement banni leur leur parler pour protester contre la royauté, responsable de leur déportation.
Aux restaurants La Promenade et Chez Julie, vous commanderez une assiette de pétoncles, de crabe, de homard et de morue dont vous donnerez des nouvelles! Côté hébergement, on trouve en ville plusieurs gîtes très coquets. Au gîte La maré, Marcelle et Réjean vous prépareront un savoureux déjeuner chaque matin. «Tout est fait maison», s'enorgueillissent nos hôtes avec raison. Les cretons sont particulièrement divins.
<p>Les monolithes de l'île de Niapiskau, dans le parc de l'Archipel des îles de Mingan.</p>
<p>Un macareux moine près de l'île aux Perroquets</p>
L'Archipel-de-Mingan
Havre-Saint-Pierre est une excellente base pour explorer la région, et particulièrement le parc de l'Archipel-de-Mingan. Le parc national fédéral est composé d'une trentaine d'îles de calcaire qui abritent une biodiversité étonnante et des paysages aussi uniques que spectaculaires. De la ville, on peut facilement se faire transporter en Zodiac pour des excursions d'une journée, ou encore partir avec sa tente pour y passer une ou plusieurs nuits (voir l'encadré).
Le parc est célèbre pour ses monolithes, ces fières colonnes de calcaire sculptées par les éléments qui prennent de drôles de formes. Les plus impressionnants sont ceux de l'île Niapiskau, probablement la plus accessible et la plus visitée. Une autre activité mémorable consiste à prendre un Zodiac à Longue-Pointe-de-Mingan pour aller à la rencontre des autres beautés des îles : les macareux. On les appelle souvent perroquets des mers en raison de leurs yeux en triangle, leur gros bec orange et noir et leur faciès de clown. Ils logent entre autres à l'île aux Perroquets, qui abrite, tout en haut de ses falaises, un superbe phare et un ensemble de bâtiments blanc et rouge. La photo parfaite! Au retour, après avoir croisé des phoques et des baleines, on accoste à l'île Nue pour admirer d'autres monolithes.
Plus près de Havre-Saint-Pierre, l'île Quarry offre un peu de tout. L'idéal est d'y passer la nuit pour avoir le temps de faire le tour en deux randonnées. Le littoral de cette île réserve de belles surprises : fleurs sauvages, monolithes et autres éléments de calcaire formant des paysages nus et érodés des plus surprenants. Un peu partout sur les îles, les guides de Parcs Canada offrent un service d'interprétation allant de simplement pertinent à tout à fait passionné.
On reprend la route d'Havre-Saint-Pierre. Mais avant, passez au bureau touristique pour louer le CD qui vous servira d'audioguide jusqu'à Natashquan. Prochain arrêt : Baie-Johan-Beetz. Ce hameau de moins de 100 habitants a été nommé ainsi en l'honneur de cet aristocrate belge qui y a passé 50 ans au début du XXe siècle. On peut visiter son manoir, classé au répertoire du patrimoine culturel du Québec.
La mythique Natashquan
Enfin, on arrive à la mythique Natashquan. C'est un beau village avec des gens souriants et des maisons colorées. Au loin sur la presqu'île, on voit Les Galets, un baraquement de pêche vieux de 150 ans. Douze cabanes rouges et blanches avec la plage et la Grande-Bleue en toile de fond. Douze cabanes pas banales classées au patrimoine du Québec.
Cinquante kilomètres plus loin, à Kegaska, c'est «138 fin». Avant de partir, pensez à apporter un marqueur permanent pour écrire votre nom sur le panneau. On fait ensuite demi-tour, notre esprit marqué par les paysages et les joues rougies par la brise fraîche de la mer, avec deux nouvelles certitudes : c'est donc bien grand, le Québec, et c'est donc bien beau!
<p>Un paysage de l'île de Quarry, dans le parc de l'Archipel des îles de Mingan</p>
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Du camping de luxe au milieu du golfe
Dormir quasiment seul sur une île au milieu du golfe Saint-Laurent a quelque chose de surréaliste. On peut le faire entre autres sur l'île de Quarry, dans le parc des Îles-de-Mingan. Bien sûr, les inconditionnels trimballeront leur tente et leur équipement en canot pneumatique, mais pour ceux qui, autrement, seraient retournés coucher à Havre-Saint-Pierre, il y a maintenant les tentes oTENTiks. C'est le même concept que les huttopias de la SEPAQ : un «prêt-à-camper», entre la tente et le chalet, qui inclut des vrais lits, une table et des chaises, un ensemble de cuisine complet, un barbecue et, Dieu merci, une chaufferette. Parce que la Minganie, c'est pas chaud, chaud. Ne reste qu'à apporter sa nourriture, ses bidons d'eau et son sac de couchage. La solution est idéale si le temps manque, si la météo est incertaine ou pour ceux qui n'ont simplement pas envie de perdre du temps à s'organiser. Il faut cependant y mettre le prix : 120 $ la nuit. À six (c'est sa capacité), ça va; à deux, c'est cher.