Quand ils partent à l'aventure, Maryse Doyer et André Belzile le font pour six mois, rien de moins. Ces six dernières années, ils ont visité le Brésil (photo), la Thaïlande deux fois et le Pérou.

Jeunes voyageurs... à la retraite

Partir des mois avec son sac à dos avec peu de sous et encore moins de planification, plusieurs l'ont vécu. «Les voyages forment la jeunesse», dit-on. Et c'est précisément ce que font Maryse Doyer et André Belzile.
Je les ai joints alors qu'ils étaient au Nicaragua, sur l'île l'Ometepe. Ils y seront jusqu'en mai ou peut-être que ce sera le Costa Rica, ce n'est pas encore décidé. Ces six dernières années, ils ont visité le Brésil, la Thaïlande deux fois et le Pérou. Six mois chaque fois, s'il vous plaît. Sauf que Maryse et André ne sont pas étudiants. Ce serait plutôt le contraire, on pourrait dire. Ils ont respectivement 66 et 71 ans.
À la retraite, le couple de consultants en informatique qui a vécu en alternance entre Québec et Montréal a pris une grande décision : ils allaient s'installer définitivement dans le sud! Pour toutes sortes de raisons liées aux pensions, aux finances et à la santé, valait mieux revenir périodiquement au Québec. Toujours est-il qu'ils ont tout vendu ou donné : maison, voiture, meubles, tout! «On n'était pas attaché à tout ça», dit Maryse. Une chance! La raison derrière cette décision est d'un pragmatisme... extrême : «Les inquiétudes concernant ces possessions accompagnent le voyage et ajoutent du stress. [...] Calculez le prix pour les conserver et c'est autant que vous enlevez à votre voyage», écrit-elle.
Le plus étonnant dans leur histoire, c'est que leur mode de vie autour du monde leur coûte moins cher que s'ils demeuraient au Québec! Suffit de vivre modestement. «On ne cherche pas les attractions ou les activités bien compliquées. On n'a pas de sous», explique Maryse. «On essaie de vivre à 2000 $ par mois» et jusqu'à maintenant, ils ont toujours réussi à le faire. «Tant qu'on va être capable de trouver des pays qui coûtent pas cher, on n'aura pas besoin de piger dans nos REER.» Seuls les billets d'avion les obligent à piger dans leurs économies.
Entre deux escapades, ils reviennent à Québec chez la famille ou ils louent un appartement meublé. Près des services.
En voyage, «il est évident que nous ne nous logeons pas dans les gros hôtels, nous ne visitons que rarement les sites payants et nous mangeons avec les locaux la nourriture du pays. Lorsque nous sommes sur place, généralement un village près d'une plage - car nous n'aimons pas les villes -, nous cherchons un endroit sécuritaire avec les services pas très loin et allons négocier le prix pour un mois. Souvent, le prix est coupé de moitié», écrit Maryse dans un courriel. Et le mois suivant, ils prennent l'autobus et recommencent.
En Thaïlande, ils ont déniché un bungalow sur le bord de la plage à 400 $ par mois. «Comme la dame tient un resto, décrit Maryse, et fait de la bonne cuisine, nous avons tout sur place avec des fruits et jus de fruits comme on en rêvait chez nous.»
Ils ont aussi vécu chez des amis rencontrés sur place au Nicaragua. «Nous avons vécu dans cette famille pour 120 $ par semaine logés, nourris. [...] Nous avons évidemment participé à améliorer l'ordinaire en achetant de la viande, et quelques douceurs. On leur a fait découvrir le ragoût de boulettes et le pouding chômeur.» Ils ont passé les Fêtes avec eux.
Ils font évidemment des visites touristiques de temps à autre, mais typiquement, ils mènent «une petite vie tranquille, une p'tite vie de pépère», rigole Maryse au bout du fil. Ils prennent de longues marches au lever du soleil, ils lisent des romans, les journaux locaux et du Québec, rédigent un blogue (goo.gl/57xlW3), apprennent l'espagnol, jouent au Scrabble et prennent encore une longue marche en fin de journée.
Ensemble 24 heures sur 24
Ils s'entendent bien sur les activités qu'ils aiment faire et se supportent bien même s'ils sont ensemble 24 heures sur 24 et qu'ils vivent dans une petite chambre. Ce sont là deux conditions obligatoires pour arriver à vivre comme ils le font, selon Maryse.
«Nous pouvons marcher deux heures sans nous parler, admirant le paysage, écoutant le son des vagues et observant les oiseaux marins. [...] On peut ajouter que Maryse n'a pas besoin de cuisiner, la bouffe est bonne, surtout le poisson frais, ni André de faire la vaisselle ou collaborer au ménage. Le tout pour moins cher que chez nous!» écrit le couple dans un courriel. Comme ils changent d'endroit chaque mois, tout est toujours nouveau. «Partir à l'aventure, explorer», voilà une facette de ce mode de vie qui plaît particulièrement à André.
Ils admettent vivre un peu de stress lorsqu'ils changent d'endroit. Comme ils ont l'habitude de réserver trois jours d'hôtel pour faire leurs recherches, «au troisième jour, on est un peu plus nerveux quand on n'a pas trouvé» d'hébergement pour le mois, confie Maryse. «Mais le pire, ce sont les renouvellements de visas», lorsqu'ils sont obligés de sortir d'un pays pour y revenir, histoire d'obtenir un autre droit de séjour (de 90 jours généralement).
Oui, ils s'ennuient parfois de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Mais André tient à rappeler une évidence que vivent plusieurs familles actives : «Quand on est à Québec, on se rend compte qu'on ne les voit pratiquement pas, les enfants! Quand on les revoit après le voyage, on est content de les voir!» Et il y a Internet qui les rapproche beaucoup.
Leur but est de continuer comme ça tant qu'ils auront la santé pour le faire. Quel est le plan lorsqu'il faudra rentrer? C'est encore un peu flou. «On n'est pas trop pressé d'y penser», répond Maryse. C'est drôle, je n'ai pas été trop étonné de la réponse! Souhaitons-leur que ça dure encore longtemps!