À la Grande Place de Copán, la stèle représentant le roi Waxaklajuun Ub'aah K'awiil (surnommé «18-Lapins»).

Honduras: entre traditions et nature

Sous le vol des perroquets, les stèles mayas murmurent la dynastie de Copán. Au fond d'un tunnel qui perce la pyramide, un temple enfoui a conservé ses couleurs. À l'ombre des sommets brumeux de Celaque, le marché de Gracias la coloniale étale ses produits. Dans les vallées reculées, les indigènes Lencas tournent l'argile en poterie.
Le Honduras est le deuxième pays d'Amérique centrale en superficie (112 491 km2), bien niché entre le Guatemala, le Salvador et le Nicaragua, son grand voisin du sud. La mer des Caraïbes en borde plus de 750 km de côtes et de récifs coralliens. Une portion du territoire atteint le Pacifique par le golfe de Fonseca. Le relief du pays est parsemé de plusieurs zones montagneuses séparées par autant de vallées qui rendent les déplacements plus difficiles. Les forêts abritent une des plus grandes biodiversités d'Amérique centrale.
De nombreuses peuplades indigènes ont habité la région, dont les Mayas, les Tolupanes et les Miskitos. Christophe Colomb aurait nommé le pays Honduras en 1502 en raison des eaux profondes de la côte (honduras étant «profondeurs» en espagnol). La colonisation éradiqua la majorité des autochtones malgré la résistance héroïque du chef Lempira, aujourd'hui honoré par le nom de la devise monétaire hondurienne : le lempira. Le développement de riches classes sociales fut modeste pendant la colonie espagnole car les terres étaient moins fertiles que les sols volcaniques du Guatemala ou du Salvador. Le Honduras a donc été vulnérable à l'influence de ses voisins, des États-Unis et des compagnies bananières.
L'indépendance fut proclamée en 1821. Le Honduras connut une période glorieuse lors de son intégration à la Fédération des provinces unies de l'Amérique centrale entre 1824 et 1838. En effet, l'initiateur de ce grand projet était le hondurien et héros national Francisco Morazán, exécuté au Costa Rica en 1842. Il conclut dans son testament : «Mon amour pour l'Amérique centrale meurt avec moi.» Un précurseur important puisque encore aujourd'hui, l'idée de confédération régionale refait surface en Amérique centrale. À partir de 1838, l'histoire devint compliquée : anarchie, tyrannie, révolution, capitalisme, réformes, république bananière, contras, maras. Le coup d'État de 2009 a engendré une crise de confiance économique et de violence, accentuée en raison du trafic de drogue.
Malgré cette situation, le Honduras a des atouts incomparables : son peuple chaleureux en est la preuve. Les montagnes de l'ouest du pays offrent l'histoire, la nature et des villages vivants. Eli Gonzales, un guide touristique bien branché, me fait découvrir Gracias, La Campa, La Esperanza et Copán.
<p>Des habitants d'origine autochtone jouent des Mayas dans un spectacle à Copán Ruinas.</p>
Gracias la coloniale
Gracias fut baptisée ainsi par les premiers colons espagnols soulagés d'atteindre ce lieu en 1526. Elle fut même la capitale de toute l'Amérique centrale entre 1544 et 1548. Il y a encore plusieurs magnifiques édifices de l'époque coloniale. Les toits inclinés, les hautes portes cochères et les pavés inégaux de rues donnent ce cachet élégant qui me rappelle Trinidad à Cuba. Comme d'habitude, je vais au marché pour découvrir les habitants, les clients ou les marchands. Les étals concentrent la nature en couleurs : fruits, légumes, fleurs. Sans compter les odeurs des mets, des viandes et d'autres épices. Non loin, je me recueille devant le dépouillement de l'église blanche de la Merced, qui date de 1611. Du haut du clocher, je savoure un panorama de toits de tuiles et au loin les flancs du massif de Celaque, le sommet du pays. Pour la nuit, je me repose au confortable hôtel Real Camino Lenca. Mais avant, je vais souper à l'hôtel Guancascos qui possède une jolie terrasse avec vue sur la ville. La propriétaire, Fronica Miedema, originaire des Pays-Bas, travaille de concert avec la communauté et a obtenu une certification de tourisme durable avec Smart Voyager.
La Campa et La Esperanza des Lencas
Le lendemain, nous prenons une route de terre en direction de La Campa, une localité lenca, dernière population autochtone d'importance au Honduras. Cerné de montagnes, le village est traversé par des rues fleuries de bougainvilliers. J'y rencontre le maire qui explique les efforts pour accueillir le touriste. D'abord soutenir les ateliers fabriquant la poterie vraiment typée de la région, de couleur orange foncée avec motifs. Ensuite, interdire l'alcool dans la communauté. Enfin, une coopérative a été créée pour opérer des tyroliennes inoubliables. Au retour, en pleine campagne, le guide Eli nous fait arrêter devant une maison jouxtée d'un atelier de mécanique, carcasses de moteurs en décor. Une jeune femme ingénieuse, Ruth Rivera, nous étale des dizaines de minuscules objets de cuisine en acier galvanisé, destinés aux touristes. Voilà un étonnant chaînon manquant entre garage et tourisme!
Nous filons vers La Esperanza, une autre importante communauté lenca. Après une bonne route, le restaurant Opalaca est le bienvenu avec ses savoureuses et très chaudes grillades, parfaites pour les carnivores. Selon l'aveu de la ministre déléguée au tourisme Nelly Jerez, il aurait fallu faire la randonnée pour voir le Bosque Enano, une forêt d'arbres nains. Mais le temps manque. Nous allons dormir dans un établissement au décor digne de Gaudí, l'hôtel Cabanas Los Pinos, réalisation d'un Iranien tombé en amour avec cette contrée. Son charme me fait oublier la rusticité de la chambre. Je suis heureux de nager dans l'eau fraîche de la piscine, en écoutant le vent bruissant dans les pins.
Au matin, nous franchissons encore vaux et montagnes. Le spéléologue en moi est ravi d'arrêter pour une incursion à la grotte de Taulabe, une cavité aménagée sur plusieurs centaines de mètres, au gabarit respectable. Nous terminons l'escapade en longeant le majestueux lac Yojoa. Alors qu'un panorama lacustre nous coupe le souffle, une pittoresque muraille de cantines apparaît sur le bord de la route. Les restaurateurs se serrent les coudes pour nous faire déguster le tilapia, une spécialité locale que le Honduras développe en aquaculture.
<p>La petite église du village lenca de La Campa. Derrière s'ouvre un vaste canyon traversé de tyroliennes.</p>
Copán, cité maya
À quelques kilomètres de la frontière guatémaltèque se dressent les vestiges de Copán, une des plus importantes cités du monde maya. Le site est renommé pour ses stèles délicatement sculptées et recouvertes d'inscriptions glyphiques. Si certains qualifient gauchement Tikal comme le New York des cités mayas, alors je dirais que Copán en est le Paris. Ce fut un coup de coeur pour moi et j'ai déjà hâte d'y retourner.
Copán a frappé l'imaginaire public au XIXe siècle grâce aux dessins de l'explorateur Catherwood. Des premières fouilles professionnelles ont lieu de 1891 à 1894 par le musée Peabody et l'Université Harvard. En 1991, l'archéologue hondurien Ricardo Agurcia découvre le temple Rosalila en perçant un tunnel dans une des structures pyramidales. La dynastie copanèque régna de l'an 426 à l'an 822, successivement dirigée par 16 souverains dont le premier, K'inich Yax K'uk Mo', pourrait être originaire de Teotihuacán au Mexique. En 738, la mise à mort du roi Waxaklajuun Ub'aah K'awiil (surnommé «18-Lapins») par le souverain de la cité rivale de Quiriga, accéléra le déclin de la cité, déjà souffrante d'une déforestation majeure dans un rayon de 30 km. Petit à petit, la vallée fut abandonnée.
Des ruines fabuleuses
J'emprunte le large chemin d'accès dans la jungle, un couloir de végétation qui s'ouvre sur la Grande Place. Une dizaine de monolithes ou plutôt des stèles éveillent ma curiosité. Un personnage trapu, au regard noble me regarde, m'intimide du haut de ses quatre mètres. C'est un des 16 rois, portant de nombreux attributs tels que turban, sceptre, coquillages, pendentifs. Sur une autre stèle sculptée de reliefs délicats, je me fais expliquer que le souverain émerge de la gueule d'un monstre, évocation divine qui l'établissait comme médiateur entre les humains et les forces surnaturelles. Un rôle renforcé par des pratiques cérémonielles de sacrifice humain et d'autosacrifice, la guerre et la torture.
Au sud de la Grande Place, je m'émerveille de l'état de conservation du jeu de balle. Construit sous «18-Lapin», il est constitué de deux murs de pierre en pente de 29 mètres se faisant face et surmontés de trois têtes d'ara. La partie consistait à maintenir dans les airs une balle représentant le soleil. Si elle touchait le sol, cela symbolisait le coucher du soleil et aussi la mort. Rien ne dit s'il était plus glorieux d'être sacrifié en tant que gagnant ou perdant... À côté, je suis attiré par une grande tente protégeant un escalier couvert de 2200 glyphes qui constituent le plus long texte maya connu. Toutefois, une bonne partie des 63 marches n'auraient pas bien été replacées et le décryptage demeure un défi.
Un tunnel dans la pyramide
Je suis au pied de «l'Acropole». Les silhouettes de deux temples se découpent dans les arbres et le ciel. Un sentier et des escaliers montent au sommet, d'où s'étirent de grands arbres, déployant leurs racines dans les ruines. Je savoure une vue géniale sur la Grande Place au nord alors qu'au sud une pyramide s'élève au milieu de deux cours, cernées de plate-formes et de bâtiments moins hauts. Grandiose! En contrebas, des couloirs creusés par les archéologues sont accessibles. Je pénètre dans le tunnel de la Structure 16, au travers des couches des constructions plus récentes car à chaque règne, les mayas enterraient le temple précédent. Ces «forages» de taille humaine ont permis d'atteindre une fantastique construction en stuc datant du 10e souverain : la Rosalila. En creusant patiemment et stratégiquement, des bas-reliefs et des couleurs d'origine sont apparus. Devant mes yeux, les éclairages amplifient l'ambiance dramatique et l'excitation de cette découverte. Mon choc est plus vif lorsque je vois la spectaculaire réplique du temple Rosalila dans le musée, tout en couleurs vives. Il y a aussi l'Autel Q, un bloc de pierre où sont sculptés les 16 souverains de Copán, un incroyable témoignage résumant 400 années d'une cité où pouvait s'affairer jusqu'à 28 000 mayas.
<p>Une des six tyroliennes de plusieurs centaines de mètres à La Campa.</p>
Séjourner à Copán Ruinas
La petite ville touristique de Copán Ruinas est à quelques kilomètres du site archéologique de Copán. Sa convivialité, ses hôtels et ses restaurants variés en font une destination intéressante pour plusieurs jours. Outre la possibilité de visiter Copán pour une journée entière (ou plus), on peut aller au parc Macaw Mountain observer perroquets et autres volatiles exotiques, se glisser dans des eaux thermales, magasiner des objets de jade, visiter des plantations de café à cheval ou explorer un autre site maya : El Puente. Je suis resté à l'hôtel Camino Real, mignon, propre et abordable. Il y a aussi le Marina Copán qui offre plus de luxe. Allez boire une chope avec Thomas Wagner, un sympathique Allemand qui brasse sa bière au Sol de Copán, encore un autre immigrant énamouré du Honduras (je vous le dis, ce pays est très attrayant). Enfin, cherchez l'atelier de José Marcelino Valdez, un sculpteur qui a travaillé à la reconstitution de la Rosalila. Vous pourrez rapporter des petits moulages détaillés de stèles de Copán.
Les tyroliennes de La Campa
Je me porte volontaire sur-le-champ et monte dans la camionnette qui grimpe un sentier raide en lacets jusqu'à la plate-forme du départ. J'enfile mon casque et harnais, inspecte avec satisfaction les équipements avec l'oeil d'un professionnel en tourisme d'aventure verticale (oui, c'est moi). La rampe s'élance au-dessus d'un vaste canyon que je survolerai et franchirai en six tyroliennes, en zigzaguant pour redescendre vers le village. Une fille décolle avant moi en hurlant comme une guerrière. Le câble fait un cillement strident qui décroît longtemps. C'est à mon tour. J'ai l'impression que je vais sauter du haut d'une falaise. Allez! Je cours, je vole et je crie! Le vent et les gouttes de pluie turbinent sur moi. Sous mes pieds, la rivière serpente 300 mètres plus bas. La hauteur de la tour Eiffel. Je roule sur 600 mètres de câble. C'est la plus haute tyrolienne d'Amérique centrale. Très grisante!
Pratique
Décembre à avril sont recommandés. Accéder à Copán depuis le Guatemala vaut la peine si vous visitez également Tikal. Depuis Québec, des vols avec United Airlines vous mèneront à San Pedro Sula ou Tegucigalpa avec une escale de nuit probable à Houston.
Sécurité
Voyager au Honduras sécuritairement est possible avec discernement. Les statistiques sur le taux d'homicide sont surtout attribuables aux guerres de gang dans des zones urbaines à éviter. Je recommande de faire affaire avec un voyagiste local pour les déplacements et les visites.
Ce reportage a été réalisé grâce à l'invitation de l'Institut du tourisme du Honduras (www.honduras.travel). On peut aussi joindre le guide Eli Gonzales à tripshonduras@gmail.com