De passage à Québec la semaine dernière, les Français Isabelle et Bruno Frébourg parcourent le monde à vélo depuis 2006. Ils devraient être de retour dans leur Normandie natale en 2019.

En vélo, à la découverte du monde

Isabelle et Bruno Frébourg sont de ces gens qui ont décidé de vivre leurs rêves plutôt que de rêver leur vie. Le 8 avril 2006, le couple a enfourché ses vélos lourdement chargés et quitté sa Normandie natale pour partir à la rencontre des peuples de la planète. Si tout va comme prévu, les deux bourlingueurs seront de retour au bercail en 2019, après un périple d'une quinzaine d'années.
Forts de leurs multiples excursions antérieures en Europe et en Afrique du Nord, en moto et à pied, avec leur fille, maintenant âgée de 32 ans, nos deux intrépides quinquagénaires se sont lancés à l'assaut des routes d'une cinquantaine de pays jusqu'à maintenant, pas tant pour s'enivrer de paysages grandioses que pour découvrir leurs semblables. En cela, ils ont été servis à souhait. Partout, ils ont été reçus à bras ouverts par des habitants heureux de les héberger pour une nuit, voire davantage.
«Le plus bel endroit que nous avons vu? Là où nous avons été le mieux reçus...» glissent Bruno et sa compagne, de passage à Québec la semaine dernière, au début de leur périple dans les deux Amériques. «La gentillesse et la volonté de rendre service sont universelles. Ça va à l'encontre de tout ce qu'on voit à la télé ou lit dans les journaux. L'homme est bon de nature. Il est seulement limité par des interdits»,
En Chine, par exemple, poursuit Bruno, une personne a le droit d'héberger un étranger, mais elle doit auparavant en avertir la police qui, la plupart du temps, l'en décourage, prétextant que ce coup de pouce peut se retourner contre elle.
Il y a quelques jours, les deux voyageurs ont goûté à l'hospitalité québécoise. Croisé dans une boulangerie de Repentigny, un couple de Trois-Rivières leur a gracieusement offert les clés de sa maison pendant son absence. «Ils nous ont dit que le frigo était plein, que la piscine était disponible, indiqué où se trouvaient les bouteilles de vin, les serviettes...»
Pas trop de questions
Aux amoureux des voyages qui aimeraient rouler dans leur sillon, Isabelle et Bruno conseillent de ne pas paralyser devant la peur. «Il ne faut pas se poser trop de questions. Les solutions aux problèmes, on les trouve au fil des kilomètres. Si on se pose trop de questions, le négatif l'emporte sur le positif et on finit par ne rien faire. Bien entendu, on adapte nos déplacements à sa condition physique. À notre âge, on ne bourlingue pas comme des jeunes...»
Eux-mêmes ne se sont pas complus dans les réflexions existentielles avant de faire le grand saut. Même s'ils n'étaient pas des cyclistes aguerris et que le projet avait de quoi donner le tournis, ils sont allés de l'avant. Ils ont vendu leur petite entreprise de communications pour financer leur périple, laissant derrière eux plusieurs parents et amis perplexes devant leur projet atypique.
«On ne voulait pas attendre la retraite pour vivre notre rêve. On voulait le faire tout de suite plutôt que d'éprouver des regrets. Et puis, allez savoir si nous allions avoir la santé à 65 ans? Mais c'est possible de le faire à n'importe quel âge, suffit d'oser.»
Le couple avoue s'en tirer avec un budget annuel d'environ 6500 $US. Pas question de payer pour dormir, on couche sous la tente, chez l'habitant, dans les presbytères, les casernes de pompiers. À Québec, ils ont été hébergés par des familles mises au courant de leur passage par le consulat général de France.
Nos explorateurs sur deux roues financent également leur odyssée grâce à l'appui de sympathisants et de commanditaires. En échange d'une contribution annuelle de15 $, les internautes ont accès à leur carnet de route et photos de voyage (www.roueslibres.net).
Une partie de l'argent est réservée, bien entendu, aux réparations de leurs vélos, souvent mis à mal par les éléments et l'état déficient des routes. La première chose qui a étonné les Frébourg depuis leur arrivée aux États-Unis et au Québec est d'ailleurs le piètre état du réseau routier. Pas question pour eux de rouler tout en tombant en béatitude devant les paysages, «il faut être attentif à tous les instants».
Revenir pour repartir...
De Québec, le couple a mis le cap la semaine dernière sur la Gaspésie, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Une traversée à Terre-Neuve, peut-être à Saint-Pierre-et-Miquelon pour saluer les amis français, est également dans la mire.
Une fois l'automne venu, ce sera la descente vers la Floride avant de remonter, quelques mois plus tard, jusqu'en Californie. De là, le couple joindra l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, jusqu'à la Terre de Feu.
De retour au bercail, dans cinq ans, n'allez pas croire que Bruno et Isabelle vont rester enracinés à Bailleul. «On va repartir, peut-être pas à vélo, mais dans un minivan.»
Après tout, la terre est si grande, et le temps pour en faire le tour, si court...