Du sommet du phare de la Madeleine, on contemple l'horizon infini ainsi que les montagnes, la mer et le barachois, à l'embouchure de la rivière. Le hangar de corne de brume fait office de musée.

Des phares témoins de notre histoire

En 1711, lors d'une violente tempête, des bateaux de la flotte de guerre britannique en route pour assiéger Québec firent naufrage sur les récifs de l'île aux oeufs, sur la Côte-Nord, tuant du coup 900 hommes et mettant fin à l'expédition de l'amiral britannique Walker. La Côte-Nord du Saint-Laurent fut particulièrement meurtrière pour les marins, apprend-on au Centre national des naufrages de Baie-Trinité, petite localité située entre Baie-Comeau et Sept-Îles.
Environ 80 naufrages se seraient produits en effet au large de Baie-Trinité. Et depuis les débuts de la colonie, y apprend-on, pas moins de 12 000 naufrages auraient eu lieu dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent, faisant plus de 100 000 naufragés. Il devenait donc impérieux d'y construire des phares pour guider les marins et les navigateurs.
C'est en 1809, à l'île Verte, dans le Bas-Saint-Laurent, qu'a été cons­truit le premier phare sur le Saint-Laurent. Pendant les décennies suivantes, une soixantaine de phares ont été érigés tout le long du littoral et sur les îles du Saint-Laurent, servant ainsi d'aide à la navigation.
Durant les années 60, la majorité des phares furent automatisés, faisant disparaître non seulement le métier de gardien de phare, mais aussi bon nombre de ces bâtiments.
«Plusieurs ont été laissés à l'abandon, détruits, brûlés et d'autres remplacés par de nouveaux», note Serge Guay, membre de la Corporation des gestionnaires des phares de l'estuaire et du golfe Saint-Laurent, un organisme voué à la conservation et à la mise en valeur des phares.
Aujourd'hui, il reste 43 phares, postés le long du littoral du Bas-Saint-Laurent et de la péninsule gaspésienne, de la Côte-Nord ainsi que sur les Îles-de-la-Madeleine et l'île d'Anticosti. Cinq phares sont classés monuments historiques. Une vingtaine de ces phares ont retrouvé une deuxième vie : ils ont été transformés en auberges, musées ou centres d'interprétation.
Chaque été, ils accueillent des milliers de visiteurs, qui viennent découvrir ces témoins de l'histoire maritime et admirer des paysages exceptionnels.
Du Bas-Saint-Laurent jusqu'à Gaspé
Au quai de Rivière-du-Loup, on rejoint par bateau l'archipel des îles du Pot à l'Eau-de-Vie, formé de trois îlots. L'un d'eux, le Pot du Phare, est surmonté d'un magnifique phare rouge et blanc. Sauvé de la destruction par la Société Duvetnor, un organisme voué à la sauvegarde et à la protection des milieux marins, le phare a été superbement restauré et transformé en auberge. Aujourd'hui, il est classé bâtiment fédéral historique. Le phare possède trois chambres coquettes au charme d'antan.
L'îlot qui l'abrite est balisé de sentiers pour l'observation des oiseaux. Des guides bien documentés partagent avec les visiteurs l'histoire maritime de ce petit archipel, ses tempêtes, ses naufrages, ses récits de contrebandiers...
L'Île Verte
Seule île de l'estuaire habitée en permanence depuis la fin du XVIIIe siècle, l'île Verte possède le plus vieux phare du Saint-Laurent, également classé monument historique. Ce dernier, fermé en 1972, a vu défiler quatre générations de la famille Lindsay au poste de gardien de phare.
Aujourd'hui, le visiteur vient au phare pour se familiariser avec ce métier disparu, voir l'évolution des signaux sonores et lumineux et découvrir des histoires de naufrages. Il peut monter au sommet de la tour de 17 mètres pour observer l'ensemble de l'île, les paysages de la Côte-Nord et peut-être aussi des baleines.
Les maisons du gardien et de son assistant servent de gîte touristique. Huit chambres sont à la disposition des visiteurs. L'île Verte est un havre de tranquillité pour ceux qui rêvent d'échapper au rythme des villes. On y accède par bateau à marée haute.
Pointe-au-Père
S'avançant en pointe dans la mer, le site de Pointe-au-Père a été l'un des plus importants centres d'aide à la navigation au Canada. On y a opéré une station de pilotage à partir de 1859. Le grand phare de forme octogonale qui s'y trouve aujourd'hui est le quatrième à avoir été construit sur le site, en 1909. Avec ses 128 marches, il est l'un des plus hauts phares au Canada.
Un musée retrace l'histoire des 150 ans de pilotage sur le Saint-Laurent, celle des phares précédents ainsi que l'évolution des systèmes d'éclairage. On y trouve aussi l'étonnant Musée de la mer, qui fait revivre l'histoire de la plus grande tragédie maritime du Canada, survenue non loin de là, le 29 mai 1914, lorsque l'Empress of Ireland est entré en collision avec le charbonnier Storstad, faisant 1012 victimes.
On peut y entendre des témoignages, voir différents objets récupérés de l'épave, de vieilles photos, et visionner un film en trois dimensions sur le naufrage. Pas très loin, on peut voir un monument érigé aux victimes. Le phare de Pointe-au-Père est situé à l'endroit où le fleuve devient officiellement l'estuaire du Saint-Laurent.
Matane et Cap-Chat
Au sommet du phare de Matane, le visiteur aperçoit au nord la mer qui s'ouvre sur l'immensité, et au sud-ouest, le parc éolien de Saint-Ulric de Matane, avec ses 57 éoliennes aux ailes blanches, ainsi que les monts Chic-Chocs. La dernière maison du gardien, habitée par la famille McKinnon, a été restaurée et sert de bureau d'information touristique.
Juché sur un cap dont la forme évoque celle d'un chat assis, le phare de Cap-Chat est entouré de sentiers fleuris menant à la mer. Des panneaux d'interprétation permettent de découvrir l'histoire des phares de Cap-Chat. La maison du gardien offre quatre chambres en location.
La Martre et la péninsule
La côte nord de la péninsule gaspésienne est plutôt spectaculaire. La montagne se fait colossale à mesure que la voiture avale les kilomètres. Tout le long de la côte s'égrène une enfilade de villages aux noms poétiques : Marsoui, Mont-Louis, Anse-Pleureuse, Gros-Morne, Manche d'Épée, Pointe-à-la-Frégate, Cloridorme...
Le long du littoral se dressent de beaux phares, dont plusieurs sont accessibles au public. Le phare La Martre, peint de couleur rouge vif, est posté en plein coeur du petit village de La Martre. Construit en 1906 et pimpant comme un neuf, le phare a une structure de bois unique et il est toujours en opération avec le système d'horlogerie d'origine. Il est aussi l'unique phare à posséder un escalier droit avec une rampe, alors que les autres ont des escaliers en colimaçon. Tout en montant les 67 marches, le visiteur peut s'arrêter à chaque palier pour voir une exposition portant sur l'histoire des phares.
Dans le hangar de la corne de brume, une autre exposition retrace l'évolution des systèmes d'éclairage, cornes de brume et belles lanternes.
Cap Madeleine
À Sainte-Madeleine-de-la-Riviè­re-Madeleine, petit village de bord de mer, le phare se dresse fièrement à l'embouchure de la rivière. Du sommet du phare, on contemple l'horizon infini ainsi que les montagnes, la mer et le barachois, à l'embouchure de la rivière. Le hangar de corne de brume fait office de musée : une exposition y raconte l'histoire du moulin à papier qui occupait le site autrefois.
On profite d'une visite au phare pour marcher le long du barachois au sable fin, le temps d'admirer les fous de Bassan, les baleines et de contempler les couchers de soleil.
Pointe-à-la-Renommée
Situé sur un promontoire offrant une vue d'une beauté exceptionnelle, le phare de Pointe-à-la-Renommée, à l'Anse-à-Valleau, a aussi une histoire exceptionnelle. Après le départ du dernier gardien, en 1975, le phare a été la proie de vandales et exproprié à Québec.
Après 22 ans d'exil passés au pied du Château Frontenac, dans le port de Québec, il est revenu à son port d'attache, en 1997, grâce à un petit groupe de citoyens de l'Anse-à-Valleau décidés à rapatrier ce bien patrimonial sur son site d'origine.
Pointe-à-la-Renommée fut un centre stratégique de communication avant tout. C'est à cet endroit que Marconi installa en 1904 la première station radio maritime en Amérique du Nord. Une exposition fort intéressante nous permet de faire connaissance avec ce physicien italien, inventeur de télégraphie sans fil.
Une autre exposition dans le bâtiment d'à côté fait découvrir aux visiteurs la vie des gardiens de phares.
Sur la côte-nord
Le phare de Cap-de-Bon-Désir à Bergeronnes, sur la Côte-Nord, est un excellent site pour l'observation des baleines et un lieu de découvertes du parc marin du Saguenay-Lac-Saint-Jean. On y trouve une exposition portant sur les instruments d'aide à la navigation.
Le phare de Pointe-des-Monts, à 4 kilomètres à l'ouest de Baie-Trinité, offre une exposition sur la vie des gardiens de ce phare, de 1830 à 1964, et sur les gens qui ont habité les lieux. La maison du gardien offre quatre chambres en location. Au rez-de-chaussée, on trouve une salle à manger qui offre un repas de fine cuisine dédiée aux produits de la mer.
Enfin, on peut faire de petites croisières dans l'archipel des îles de Mingan et se rendre au phare de l'île aux Perroquets, la plus à l'ouest de l'archipel de Mingan et sûrement la plus poétique.
Le guide vous raconte l'histoire du phare et de ses gardiens (on prend le bateau depuis Longue- Pointe-de-Mingan ou de Mingan).
Aussi, à partir de la marina de Havre-Saint-Pierre, on accède au phare de la petite île au Marteau, où on peut faire une randonnée animée permettant de revivre l'époque de la vie des gardiens de phares. Ce phare, semble-t-il, a évité bien des naufrages.
Un dépliant sur la route des phares est disponible dans les bureaux d'information touristique. Il est possible également de se procurer un passeport au coût de 30 $, qui donne accès à sept phares du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie.
Cap-des-Rosiers
Cap-des-Rosiers, à l'entrée du parc Forillon, est un point de démarcation entre le fleuve et le golfe Saint-Laurent. De nombreux naufrages se sont produits à cet endroit. C'est la raison pour laquelle s'y trouve aujourd'hui le plus haut phare au Canada. Construit en 1858 sur une hauteur de 34 mètres, le phare est toujours en opération. Un guide accompagne le visiteur au sommet et raconte l'histoire de ce phare, classé monument historique en 1977.
Corporation des gestionnaires des phares de l'estuaire et du golfe Saint-Laurent : 418 724-6214