Des parcs à neige pour tous

Si ça fait un moment que vous n'avez pas glissé dans un parc à neige, il serait peut-être temps d'y retourner. De plus en plus, les stations laissent tomber les gros modules pour faire place à de plus petites installations qui plaisent aux débutants comme à ceux qui maîtrisent le double flip désaxé.  
Stoneham est la seule station qui fabrique encore une demi-lune.
Geneviève Pilotto est la cinquième femme à avoir obtenu son niveau 4 d'enseignement en planche à neige, en mars. Pour obtenir une place dans l'histoire, l'athlétique brunette a fréquenté des parcs à neige à la tonne.
Elle remarque, depuis quelques années, que les stations continuent à investir dans leurs parcs à neige, mais en s'adaptant mieux à leur clientèle. Les gros rails et les gros sauts font maintenant place à des installations plus modestes, ce qui réjouit la planchiste.
«Ça ne sert à rien de construire de gros trucs à moins d'avoir un bassin de population comme celui du mont Avila (aujourd'hui appelé Sommet Saint-Sauveur Versant Avila). Pour les autres centres, au lieu d'arrêter de construire des parcs, ils doivent vraiment s'adapter à leur clientèle et miser sur des modules plus accessibles. C'est vers ça que les stations doivent aller», affirme la coordonnatrice pour la formation des moniteurs de l'Association canadienne des moniteurs de snowboard.
Le plus beau parc à neige que Geneviève Pilotto a visité se trouve à Sun Peaks, en Colombie--Britannique. Ce qu'elle a le plus aimé de cet endroit, ce sont les «lignes progressives», c'est-à-dire les lignes de modules allant du niveau débutant à celui d'expert.
En fait, les modules de petite taille sont aussi importants, sinon plus, que les gros, déclare Geneviève. «Pendant la saison, je n'ai pas envie de me blesser. Quand l'hiver commence, je ne fais pas les mêmes sauts qu'à la fin de la saison. Je vais me réchauffer sur des petits appareils, je vais progresser vers des moyens et mon plus gros saut, je vais le faire quand je vais être au plus fort de ma saison.»
Félix Dallaire, lui, participe à (et remporte!) des Banked Slalom depuis trois ans. Ces courses, qui comportent de larges virages et de nombreux obstacles comme des sauts et des rails, sont de plus en plus populaires, ici comme ailleurs.
Le surfeur des neiges constate lui aussi que les jeunes planchistes ont apporté un vent de renouveau dans les parcs à neige. «Je vois vraiment le clash entre la nouvelle école et les plus vieux. Les jeunes, ils apprécient plus les rails et les box. Ils ne vont pas nécessairement faire les gros sauts. En fait, les petits sauts sur les bords de piste vont les satisfaire amplement», raconte-t-il.
Lui qui se tient dans les secteurs hors-piste et dans les parcs à neige ne voit pas du tout ces changements d'un mauvais oeil. Au contraire! Il croit que les parcs à neige devraient avoir des modules de toutes les grosseurs, du tout petit au plus grand.
«On aime ça, les gros modules, mais il faut commencer quelque part. Quand ta journée débute et que tu vises le gros saut, tu vas quand même commencer par celui qui est petit. Une fois que tu as atteint ta zone de confort, tu vas t'enligner vers le gros saut, celui qui va te donner la sensation ultime. Mais avant ça, je pense que tout le monde va avoir du fun avec le petit saut.»
«Essayer des manoeuvres»
Selon Sébastien Desmarais, entraîneur en planche à neige pour le programme de sport-études d'une école secondaire des Laurentides, la station Vallée du Parc, à Shawinigan, gère le plus beau parc à neige du Québec.
L'aire de jeux commence tout en haut de la montagne et se termine en bas des pistes. Elle est l'une des rares stations, sinon la seule, à appliquer de la cire sur ses installations. Et au lendemain d'une journée de pluie, les modules ne sont jamais glacés, énumère Sébastien.
«Les modules s'enchaînent vraiment bien les uns après les autres. En plus, ils ne sont pas trop hauts, ce qui fait en sorte que c'est beaucoup moins risqué de tenter des manoeuvres. Quand tu embarques sur un rail, on s'entend qu'il y a des chances que tu tombes à côté. Mais juste le fait que le rail soit à deux pieds de hauteur, ça te donne envie d'essayer des trucs.»
Comme quoi les parcs à neige de la nouvelle ère ne sont plus réservés aux pires des casse-cous.
Le parc à neige de la Vallée du Parc compte plusieurs lignes pour les débutants aux plus avancés.
Les choix de trois experts
Geneviève Pilotto
Le parc à neige qu'elle préfère: «Ce que je préfère dans un parc à neige, c'est une demi-lune, et Stoneham est la seule station qui en a une. Le parc du Relais est aussi amusant parce qu'il offre plusieurs possibilités et qu'il est quand même assez progressif. Il y a beaucoup de modules, et il est bien entretenu. J'aime aussi Tremblant parce qu'il y a trois possibilités de parc. Donc, que je sois dans la peau de l'enseignante ou dans celle de la fille qui a le goût de rider, j'ai plusieurs choix.»
Le parc à neige qu'elle aime moins: «Je ne connais pas toutes les stations, donc c'est difficile de nommer la meilleure et la pire. Par contre, Mont-Sainte-Anne mise un peu trop sur les rails et il devrait avoir un peu plus de sauts, à mon avis. Mais ça reste une superbe station pour le hors-piste.»
Sébastien Desmarais
Le parc à neige qu'il préfère: «De tous les parcs à neige, mon préféré est celui de la Vallée du Parc parce qu'il est vraiment bien conçu. Dans les Laurentides, c'est Avila qui est le plus varié. Cependant, c'est un parc à accès restreint qui nécessite une passe spéciale qui coûte 20 $. Dans les Laurentides, le meilleur parc qui n'est pas à accès restreint, c'est à Belle Neige. La station se démarque surtout grâce à l'entretien.»
Le parc à neige qu'il aime moins: «Tremblant. Ce sont les mêmes rails qu'il y a 10 ans, elles sont toutes à quatre pieds de hauteur et c'est tout le temps glacé.»
Félix Dallaire
Le parc à neige qu'il préfère: «J'aime bien Vallée du Parc, mais comme Sébastien l'a déjà nommé, je vais répondre Mont-Saint-Bruno. Comme la montagne est petite, tu ne vas pas là pour les sous-bois, mais pour le parc à neige. Je trouve que les tuyaux sont de la bonne grosseur. Ils ne sont pas trop gros. Et depuis récemment, il y a deux sauts à la fin du parc. Quand tu prends le premier, tu sais que tu vas arriver au deuxième à la bonne vitesse et dans la bonne ligne. Ça, c'est vraiment cool parce que ça minimise les risques de blessure.»
Le parc à neige qu'il aime moins: «Je ne veux pas paraître trop critique, mais le Massif de Charlevoix est, selon moi, l'une des plus belles stations du Québec. Par contre, tout ce qui leur manque, c'est un beau parc à neige. Ce n'est pourtant pas le terrain qui manque.»
Le parc à neige rêvé
Voici trois tendances que nos experts aimeraient voir émerger.
Des modules naturels
La tendance du moment, c'est le hors-piste. Autant les skieurs que les planchistes recherchent de la poudreuse. Ce n'est pas pour rien que l'auberge Chic-Chac est si populaire, affirme Geneviève Pilotto. Ce gîte de Murdochville a aménagé des modules avec des troncs d'arbre en plein mont York. «Ils ont construit des rails sur des billots de bois et des plates-formes avec des troncs. Ces modules naturels, ça manque dans les parcs à neige. Les stations auraient pourtant avantage à construire des pistes avec des modules un peu plus inspirés de la nature puisque ça ne coûte pas si cher. Mais peut-être qu'elles ne peuvent pas se le permettre à cause des assurances», suppose-t-elle.
Un retour de la demi-lune
Depuis quelques hivers, seule la station Stoneham investit dans une demi-lune. «Celle à Stoneham fait 22 pieds de haut, dit Sébastien Desmarais, et il n'y a pas grand monde qui aime ça. C'est beaucoup trop gros. En fait, ça serait le fun si les stations pouvaient recommencer à faire des demi-lunes, mais de 14 pieds de hauteur. Ça serait plus accessible, et il y aurait moins de risque de blessures. Une demi-lune, c'est très rassembleur, c'est familial parce que tout le monde remonte à pied. Quelqu'un de moins habile peut monter 3 ou 4 pieds tandis que quelqu'un de très habile pourrait s'en sortir à 10 pieds de hauteur.»
Des zones d'apprentissage modulées
Geneviève Pilotto affirme que toute station intelligente devrait avoir une zone d'apprentissage modulée. Ces espaces, parfois appelés Riglet Park, sont aménagés sur un terrain plat et ils sont clôturés. Dès l'âge de 2 ans, les enfants peuvent expérimenter des petites boîtes (box), des petits rainbows, des petits rouleaux et des petites lunes. En fait, c'est un parc à neige en format miniature. «À mon avis, il manque de ce type d'espace pour les enfants et même pour les adultes. Il n'y a pas assez de terrains progressifs et pourtant, les stations devraient miser sur les débutants. Ça aiderait à développer plus de riders