Le marché central de Castries, la capitale, regorge de centaines de kiosques où il fait bon flâner.

Au coeur de Sainte-Lucie

Il y a 12 ans, Pierre Deland et sa conjointe Josée Meunier en ont eu assez de s'esquinter à faire rouler leur commerce Les Bergeries de L'Acadie, à Saint-Jean-sur-Richelieu. Un restaurant de 200 places, un troupeau de 300 moutons, presque autant de poules, un long chemin à déneiger trois ou quatre fois l'hiver, les jours de grande bordée, autant de choses qui tenaient le couple occupé plus d'une centaine d'heures par semaine.
Pierre Deland et Josée Meunier, Québécois propriétaires de la villa La Pomme d'amour, à Marigot Bay.
Un jour, en vacances à Sainte-Lucie, c'est le coup de foudre. Le couple tombe en amour avec cette île des Caraïbes. «On commençait à penser à la retraite, mais on ne savait pas où aller. On est revenus deux trois fois. En quelques mois, tout était vendu. On ne l'a jamais regretté», explique M. Deland, 72 ans, devenu propriétaire de la villa Pomme d'amour, à Marigot Bay. Le couple a maintenant fait sien la devise du pays, «La Terre, le Peuple, la Lumière».
Succomber aux charmes de Sainte-Lucie, comme Pierre et Josée, est chose facile pour quiconque prend le temps d'en découvrir les mille et un attraits. Paysages fascinants, forêts luxuriantes, plages et criques sablonneuses, cascades et jardins, cette île à la physionomie contrastée a beaucoup à offrir pour les amateurs de nature et de plein air.
Une résidence colorée, rue Broglie, à Castries
Pendant deux siècles, Sainte-Lucie a été l'objet de sanglants conflits entre Anglais et Français qui en ont revendiqué la possession à tour de rôle, les sources d'eau douce, rares dans les Caraïbes, attisant la convoitise. C'est d'ici qu'est native l'impératrice Joséphine, qui allait devenir la conjointe de Bonaparte.
Même si l'île a obtenu son indépendance en 1979, le touriste aura tôt fait de remarquer l'héritage de cette double colonisation. L'anglais est la langue principale du pays et les voitures circulent à gauche, dans la plus pure tradition britannique. En revanche, plusieurs noms de lieux - Soufrière, Vieux Fort, Anse L'Ivrogne... - renvoient à un passé francophone. Les Saint-Luciens parlent aussi un patois créole d'origine française.
Emblématiques Pitons
C'est sur la côte ouest que Sainte-Lucie offre ses attraits les plus spectaculaires. Au premier rang, le village de Soufrière, blotti près des deux symboles de l'île, Petit Piton et Gros Piton, immenses pics d'origine volcanique qui s'élancent à plus de 740 m d'altitude. Les deux rochers, inscrits au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2004, sont un peu à Sainte-Lucie ce qu'est le Pain de sucre à Rio de Janeiro. Tellement emblématiques, les deux Pitons, qu'ils ont donné leur nom à la bière locale, une blonde qui s'intègrera rapidement au quotidien de tout visiteur désireux d'étancher sa soif.
Sur place, une visite au Diamond Mineral Baths & Botanical Garden s'impose également. Il fait bon flâner dans cette ancienne plantation de cacao et d'agrumes, à la découverte de fleurs et de plantes indigènes. Tout au fond, ne manquez pas cette magnifique cascade qui coule sur une paroi rocheuse offrant des teintes multicolores en raison de la présence de minéraux dans l'eau.
L'un des endroits les plus paisibles et bucoliques se trouve à Marigot Bay, petite enclave qui séduit à coup sûr par son panorama. Les riches plaisanciers en ont fait leur point d'ancrage privilégié, à deux pas d'une plage de poche (Labas Beach). Au resto Doolittle's, le propriétaire se fera un plaisir de vous raconter quelques anecdotes sur la comédie Docteur Doolittle, avec Rex Harrison, tournée ici en 1967.
Une fois de retour sur la route principale, roulez vers le sud pendant quelques minutes pour faire un arrêt à la distillerie de rhum de Sainte-Lucie, la seule encore en activité dans l'île. La visite guidée, à travers les cuves et les alambics, dure environ une heure avec, à la clé, une dégustation «open bar» de différentes variétés de rhums. Attention, le plaisir croît avec l'usage...
Une fresque de rue croquée dans le village d'Anse La Raye, sur la côte ouest de Sainte-Lucie
Grouillante capitale
L'activité touristique de Sainte-Lucie (presque la moitié du produit intérieur brut) est concentrée au nord, dans la capitale, Castries, et dans le secteur de Rodney Bay - Gros Islet. Hôtels de luxe, restaurants, casinos, magasins, boîtes de nuit, marinas, terrain de golf, tout a été mis en place à ce dernier endroit pour recréer une vie à l'occidentale. À la recherche de dépaysement, passez votre tour...
Avec 70 000 habitants, soit le tiers de la population de Sainte-Lucie, Castries voit chaque jour débarquer des centaines de croisiéristes qui, pour la plupart, se contentent de magasiner aux «hors taxe», plutôt que de se perdre dans les rues de la ville, impressionnantes il est vrai au premier coup d'oeil.
Au marché central et dans les environs, l'effervescence règne en maître. À travers des dizaines d'échoppes, le visiteur a l'embarras du choix dans sa recherche d'un souvenir ou pour goûter un plat typiquement créole. L'idéal demeure toujours de siffler une Piton, attablé à un boui-boui, tout en se régalant du théâtre de la rue, jamais ennuyant.
Quelques minutes de marche et une oasis de calme s'offre au visiteur, le Derek Walcott Square, du nom du poète et romancier saint-lucien, lauréat du Prix Nobel de littérature en 1992. Son buste monte la garde dans cet îlot de verdure, encadré de charmantes résidences colorées, à l'ombre d'un imposant «arbre à pluie», vieux dit-on de 400 ans.
Dans un lieu qui compte peu d'édifices historiques, la cathédrale de l'Immaculée-Conception, à un jet de pierre, est évidemment l'un des plus courus. Bâti en 1879, le temple religieux séduit par ses nombreux vitraux et fresques réalisés par l'artiste local Dunstan St Omer, où apparaissent des personnages bibliques noirs.
L'est sauvage 
Il est conseillé de rouler une demi-heure vers le nord pour découvrir les charmes du Pigeon Island National Landmark, une presqu'île reliée à la terre ferme par une digue construite dans les années 70. Loin du brouhaha de Rodney Bay, l'endroit séduit par ses 18 hectares de verdure, ses petites plages et ses vestiges de fortifications érigées par les Anglais. L'endroit a servi de base américaine pendant la Seconde Guerre mondiale. 
Envie d'une autre p'tite Piton après avoir escaladé la colline Signal Hill, haute de 110 m? La terrasse de la paillote Jambe de bois, à deux pas de la plage, vous attend...
Le visage caché de Sainte-Lucie se trouve sur la côte est, où la nature se fait plus sauvage, avec des rives rocailleuses où viennent mourir les vagues de l'Atlantique. Les touristes sont peu nombreux dans cette partie du pays, ce qui ajoute à son authenticité. Il fait bon flâner dans le petit village de pêcheurs de Dennery. Si la journée est chaude, La Tille Waterfalls, avec ses cascades au milieu d'une abondante végétation tropicale, vous attend. Quiétude garantie.
Trois suggestions de sortie
Difficile de trouver décor plus paradisiaque que celui de Sugar Beach, planté entre les deux monuments de Sainte-Lucie, Gros et Petit Piton.
Un restaurant
Martha's Tables est un petit resto sans prétention, situé dans un secteur tranquille de Soufrière, qui vaut le détour pour ses plats copieux à prix raisonnable. On ne saurait trop vous recommander le poulet ou le poisson à la sauce créole. Tout simplement exquis. Martha, la mère, est aux fourneaux, tandis que ses deux filles (Lisa lors de notre passage, sympathique à souhait) assurent le service sous une véranda aux couleurs chatoyantes. À noter que l'endroit est ouvert seulement sur l'heure du dîner, de 11h à 15h.
Une plage
Difficile de trouver décor plus paradisiaque que celui de Sugar Beach, planté entre les deux monuments de Sainte-Lucie, Gros et Petit Piton. L'endroit est également très prisé pour la plongée en apnée et pour l'observation de poissons multicolores et coraux. Féérique. Il vous faudra toutefois laisser votre véhicule à un stationnement, avant de descendre à pied jusqu'au Viceroy Luxury Resort, l'un des hôtels les plus cossus de l'île. Prévoyez qu'il vous faudra ensuite remonter la longue côte, assez pentue. N'empêche, l'effort en vaut joliment la chandelle.
Une randonnée
La Tet Paul Trail, à Soufrière. Une petite balade accessible à tous, peinarde (à peine 45 minutes), sur un sentier qui permet de découvrir quelques plantes indigènes de Sainte-Lucie. À mi-chemin du parcours, un belvédère permet de jouir d'un panorama incroyable sur Petit Piton et Gros Piton. Pour des photos mémorables, c'est «ze» spot.
Les fumeroes de Soufrière
Les marmites des Sulphur Springs, à Soufrière, d'où s'échappent des vapeurs chargées de soufre. La dernière éruption volcanique s'est produite il y a 40 ans.
Soufrière, fondée en 1746 par les Français, tire son nom des sources sulfureuses qui font flotter sur les environs une légère odeur d'oeuf pourri. Aussi devine-t-on la proximité de ce village de pêcheurs par l'odorat avant de le découvrir de nos yeux...
Au fil des ans, les sources d'eau chaude dégageant des fumeroles de soufre se sont imposées comme un aimant à touristes. Sur place, des guides créoles rappellent, souvent avec une intonation théâtrale, un incident tragique survenu il y a une vingtaine d'années, alors qu'un jeune homme, aujourd'hui pêcheur, a été brûlé au second degré après une chute dans l'un des trous bouillonnants de ce phénomène géologique.
On ne peut quitter l'endroit sans un détour par les bains de boue volcanique, sur un site spécialement aménagé, où trône un bassin alimenté par une eau - vraiment très - chaude venue des entrailles de la terre. Le corps peinturluré en gris, avec ici et là des traces de mains faites de boue noire, vous donnera l'allure d'un aborigène sorti tout droit d'une peuplade primitive. On vous le confirme, le traitement laisse la peau douce comme celle d'un bébé...
La fièvre du vendredi soir
Le petit village de Dennery, sur la côte est de Sainte-Lucie. À l'arrière, l'église Saint-Pierre, dédiée aux pêcheurs.
C'est la fête, tous les vendredis soirs, dans quelques villages de Sainte-Lucie. On ferme une rue, on sort des tables et on installe une grosse caisse de son qui crache du calypso et du reggae pour faire danser touristes et résidents. On en profite aussi pour vendre de la nourriture locale. Le rassemblement de Gros Islet (le Friday Night Jump Up), dans le nord de l'île, est le plus couru et le plus festif, les touristes étant plus nombreux dans cette partie de l'île. Celui du petit village d'Anse La Raye l'est un peu moins. Les touristes s'y présentent assez tôt pour déguster une assiette de poisson, mais il faut attendre 22h pour voir la soirée s'animer avec la participation des habitants du village. Il faut toutefois surmonter une certaine gêne pour manger son repas en face de taudis, avec les résidents qui vous observent du coin de l'oeil. On ne saurait trop vous recommander la plus grande prudence, l'endroit offrant un aspect un peu glauque. Le village de Dennery, sur la côte est, tient aussi une «seafood fiesta» de façon occasionnelle, mais, éloignement oblige, l'activité attire bien peu de touristes.
Conduire à Sainte-Lucie : un sport extrême
Dans ses conseils aux voyageurs, le gouvernement canadien recommande de faire preuve «d'une grande prudence» lorsqu'on prend le volant à Sainte-Lucie en raison «des conditions routières généralement difficiles». Parlons ici d'un euphémisme. Conduire là-bas relève du sport extrême. D'abord, passé britannique de l'île oblige, il faut s'habituer à rouler à gauche (avec le volant à droite, comme il se doit), ce qui n'est pas de la tarte pour le néophyte, du moins dans les premiers jours, le temps qu'il trouve ses repères - et qu'il cesse de confondre le bras de signalisation avec celui actionnant les essuie-glaces... Les routes étroites de Sainte-Lucie, particulièrement celles de la côte ouest, ne sont que lacets et virages en épingle. Tourne d'un bord, tourne de l'autre, ça n'arrête pas. Tout cela alors qu'il faut garder à l'oeil les piétons, les chiens qui se reposent en plein milieu de la route et, surtout, le profond caniveau, en bordure gauche de la route, qui nécessitera à coup sûr l'intervention de la remorqueuse si vous avez la malchance d'y mettre les roues. Dans les circonstances, à vitesse forcément réduite, franchir une vingtaine de kilomètres peut prendre jusqu'à une heure et demie. C'est sans compter les nids-de-poule, omniprésents lors de notre passage, en janvier, entre Castries et Soufrière. La palme de la route la plus amochée revient certainement à celle conduisant à la baie d'Anse Chastanet. L'endroit idéal pour tourner une pub de 4 X 4 «capable d'en prendre». Et, at last but not least, il faut composer avec la façon intrépide et casse-gueule de conduire des Saint-Luciens. Tassez-vous de là, ça passe et ça dépasse comme si demain ne devait jamais arriver et qu'il fallait se dépêcher à aller prendre un dernier verre de rhum. Quelque 350 km plus tard, nous avons survécu, alléluia...