Vigneronne en herbe : le mot de la fin

CHRONIQUE / C’est un dénouement pour Vigneronne en herbe! Voici la 25e et dernière chronique de cette série abordant le travail et la passion que nos artisans d’ici déploient pour mettre dans nos verres des cuvées locales avec tout ce que notre climat nordique implique. Et, à boire cette semaine, deux rouge bio remarquables!

Chinon 2018, La Cuisine de ma mère, Grosbois
22,55 $ • 12 782 441
12,5 % • 2,1 g/l

Magnifique expression du cabernet franc sur l’appellation chinon, en Loire. Nicolas Grosbois travaille ses vignes en bio et parvient à façonner des cuvées parcellaires distinctives et fringantes. La Cuisine de ma Mère est un rouge vibrant et juteux aux notes de cassis et de poivre. Un cab franc aux tanins très souples et à l’acidité modérée qui a tout pour plaire. Mention à la texture veloutée à souhait. Un bon vin de plaisir!

Terre siciliane 2018, Frappato, COS
31,50 $ • 12461488
12 % • 1,8 g/l

C’est simple. S’il y avait davantage de frappato, notre monde se porterait fort probablement bien mieux. Si vous n’avez jamais croisé ce cépage, dites-vous qu’il a la souplesse et la buvabilité d’un gamay. À l’exception près qu’il prend pied en Sicile. COS est un incontournable de la viticulture bio en Sicile. Leur modus operandi : le respect du terroir et un minimum d’intervention à la cave.

Fermentation en cuve béton avec levures indigènes, suivi d’une légère filtration, avec zéro collage et légère addition de SO2 avant la mise en bouteille. C’est la délicatesse d’une fleur, mêlée à des notes de fraises sauvages et d’herbes fraîches. Avec une telle souplesse de tanins et une fraîcheur si persistante, ça se boit tout seul jusqu’à plus soif. Servir légèrement rafraîchi. 

Vigneronne en herbe : semaine 25

Vivez avec moi mes aventures d’apprentie vigneronne au Domaine Bergeville dans les Cantons-de-l’Est!

C’était en novembre dernier. Il y a un an, presque jour pour jour, que je proposais à Ève Rainville cette idée folle de vous raconter le millésime 2019. Entre les vacances et les élections, je ne sais pas à quel point vous avez pu suivre chacune des chroniques, mais j’espère que vous avez eu du plaisir à voir la saison se dérouler sous vos yeux. Voici quelques réflexions sur mon expérience au Domaine Bergeville.

En avril dernier, j’ai quitté le côté « endimanché » du monde du vin pour mettre la main à la pâte. De chroniqueuse vin qui débarque avec son calepin sur un vignoble, à ouvrière viticole. Deux mondes faisant partie du même univers, mais aux réalités parfois déconnectées. Commenter un vin, c’est facile, mais le faire, c’est y mettre son cœur, son corps et tout ce que l’on possède.

C’est ce qui m’a le plus surpris je crois : le dévouement des vignerons. Chaque jour, ils investissent tout ce qu’ils ont. Leur présent et leur futur. Ils sont complètement dédiés, tant et si bien que leur univers entier gravite autour de leur vignoble. C’est un contrat de couple et d’humain avec la nature, qui exige une solide passion, mais aussi une force mentale, une détermination et une capacité d’adaptation à toute épreuve. Combien de fois les ai-je vus se retourner sur un dix cents en raison d’une intempérie, d’un problème de logistique à la cave ou d’une menace fongique au champ? La pression est énorme, et les reins remarquablement solides. 

Faire du vin au Québec, c’est énormément de travail. Entre autres, à cause de la courte saison, mais aussi de l’hivernisation. Que cela passe par les toiles géotextiles ou le buttage, cette étape supplémentaire impose non seulement de travailler au froid, mais exige aussi un coût de main-d’œuvre et des équipements supplémentaires.

Les vignerons en biodynamie travaillent très fort. Ils sont de véritables artisans de la vigne et ils travaillent de concert avec la nature. Une philosophie qui demande beaucoup d’écoute et de réactivité. Si je suis à jamais marquée par les nombreuses sessions de désherbage manuel, dynamiser à 5 h 30 au crépuscule restera assurément l’une des expériences les plus marquantes de mon été! 

J’ai constaté qu’un bel élan de solidarité unissait les vignerons du Québec. Des alliés qui défrichent pour la postérité, plutôt que des compétiteurs. J’ai assisté à des missions sauvetage pendant les vendanges et à de nombreux partages de trucs et conseils. Inspirant et prometteur pour l’avenir de notre belle industrie!

Enfin, voyez-vous, c’est peut-être la fin pour les chroniques, mais qu’un début pour vigneronne en herbe. Certes, la taille et l’hivernisation restent à mener à terme, mais je serai également de retour dans les vignes au printemps prochain. Que voulez-vous? On s’attache à ces petites bêtes-là!