La chapelle, au sommet de l’Hermitage.

Retour aux sources avec Jaboulet

CHRONIQUE / Le Domaine Paul Jaboulet Aîné occupe une place privilégiée dans mon cœur. Les abonnés de cette chronique se rappelleront que j’y ai été stagiaire le temps d’un été, l’un des plus caniculaires que la vallée du Rhône septentrionale ait connue (et moi donc!). J’avais envie de jouer du sécateur, d’acquérir le langage du terrain et de comprendre les aléas de la vie de vigneron. C’est ainsi qu’en 2015, Caroline Frey et son équipe ont eu la grande générosité de m’accueillir avec pour seules qualifications — aussi modestes soient-elles — mes connaissances théoriques en viticulture, mes mains pleines de pouces et une expérience horticole peu reluisante à mon actif (feu mon cactus décédé).

Il va de soi que le passage d’Adrien Laurent, à Montréal la semaine dernière, s’annonçait comme un rendez-vous certain. Le directeur des opérations chez Jaboulet en a alors profité pour présenter quelques vins et la philosophie verte de cette maison fondée en 1834, puis reprise par la famille Frey en 2006, aussi propriétaire à Bordeaux (Château La Lagune), en Bourgogne (Château Corton C) et en Champagne. Dès lors, Caroline Frey, propriétaire et œnologue, a mené un combat de tous les jours pour redonner ses lettres de noblesse au domaine, dans le respect de ses convictions environnementales et écologiques. Des efforts qui ont porté fruits, puisque le vignoble détient aujourd’hui les certifications HVE (Haute Valeur Environnementale) et bio — sans oublier les vignes d’hermitage et de crozes-hermitage qui s’affranchissent et s’épanouissent sous les soins respectant les principes de la biodynamie.

Un été inoubliable, disais-je donc, à arpenter les vignes de syrah, de marsanne, de roussanne et de viognier, d’Ampuis à Cornas. J’ai alors été témoin de la viticulture douce portée à la vigne et des efforts prodigués pour maintenir la biodiversité. Le respect du vivant s’étendait même jusqu’aux insectes et aux oiseaux, pour lesquels trois refuges reliés par des couloirs de circulation ont été aménagés sur le domaine. Parallèlement, l’équipe déployait beaucoup d’énergie à essayer de comprendre les tenants et aboutissants des cultures bio et biodynamiques, en étudiant la conduite de rangs tantôt menés en bio, tantôt menés en biodynamie, sur une même parcelle.

Historiquement spécialisé en croze-hermitage, Paul Jaboulet Aîné possède 125 hectares de vignes le long du Rhône, particulièrement dans le nord de la vallée. Des parcelles situées sur les meilleures appellations que sont côte rôtie, condrieu, cornas et saint-joseph — mais aussi sur l’Hermitage, colline mythique surplombant la commune de Tain-l’Hermitage et couronnée de la chapelle Saint Christophe, jadis occupée par des ermites. Un grand terroir d’où Caroline tire deux crus dont l’éponyme « La Chapelle » et « La Maison Bleue », nommé d’après la maison aux volets bleus érigée sur la parcelle et qui remplace désormais « La Petite Chapelle ». Cette dénomination reflétant mieux les origines de cette cuvée qui n’était pas exactement un deuxième vin, mais qui reste tout de même un hermitage se livrant plus rapidement.

Pause collation pour ce cheval au labour.

Ce nouvel élan donné à PJA par Caroline est manifeste. Quantifiable, puisqu’elle a fait, entre autres, diminuer la production de La Chapelle de 90 000 à 30 000 bouteilles. Palpable à la dégustation, comme en témoignent le crozes Les Jalets (27,85 $ • 13 390 597), le Domaine de Thalabert (47,50 $ • 12 746 571 • BIO), grand crozes de garde, et cette jeune Chapelle 2010 à l’élégance et à l’équilibre impeccables.

Côtes du rhône 2016, Parallèle 45,
Paul Jaboulet Aîné 16,05 $
• 332 304 • 14 % • 2,9 g/l •

Le prix demeure inchangé pour ce premier millésime bio du Parallèle 45, devenant du même coup le côtes du rhône bio le plus abordable à la SAQ. La trame fruitée de ce GSM explose au nez avec des notes de cerises noires et de violettes. La bouche pousse une jolie matière fruitée soutenue par une générosité et une structure bien portantes. Un classique offert à bon rapport qualité-prix!

Péninsule de Setubal 2018, Vale da Judia,
Pegoes 10,10 $
• 10 513 184 • 12 % • 1,9 g/l

Pour ces apéros d’après-ski de printemps où l’on a besoin de se désaltérer à gorge bien déployée autour d’un petit feu de camp. Nul besoin de mettre des gants blancs ni de sortir la belle verrerie. Les mitaines et tout récipient digne de ce nom conviennent à ce blanc portugais simple, léger et à l’acidité modérée. Le moscatel de setubal ici présent porte de doux parfums de muscat et de fleurs. Servir ce blanc sec bien froid, température banc de neige.