À LA VÔTRE

Pascal Marchand: un Québécois en Bourgogne

CHRONIQUE / Jeune, il se croyait destiné à l’écriture. Ce qui devait être une simple vendange en Bourgogne est rapidement devenue le projet de toute une vie. Pascal Marchand, vigneron mondialement reconnu, est l’un des précurseurs de la biodynamie en Bourgogne.

Le documentaire Grand Cru, réalisé par David Eng, relate le parcours professionnel de Pascal Marchand, un Québécois amoureux des mots qui s’est finalement entiché de la vigne en France. C’est à l’aube de sa vingtaine, alors âgé de 21 ans, que l’aspirant poète de Montréal part en Bourgogne faire les vendanges en 1983. Un peu plus d’un an plus tard, le comte Armand perçoit son potentiel et le met aux commandes du Clos des Épeneaux à Pommard. Sa carrière est lancée!

Lorsqu’il met les pieds en Bourgogne pour la première fois, il remarque que les vignes sont intoxiquées, aspergées de produits chimiques, tandis que les sols apparaissent compactés et appauvris. Alors que les vignerons bourguignons perpétuent les traditions familiales, Pascal arrive avec un regard nouveau et n’hésite pas à douter de l’ordre établi. Avec trois de ses compatriotes de classe de l’Institut de viticulture et d’œnologie de Beaune, il adhère à une philosophie qui s’inscrit dans une vision plus globale de la nature : la biodynamie.

« Je n’étais pas du tout à l’aise de manipuler les produits chimiques pour traiter la vigne. Je cherchais une autre relation avec la nature », affirme Pascal Marchand. Les résultats sont sans équivoque : plants plus vigoureux, vignes plus résistantes aux maladies et plus de biodiversité dans les vignobles. Il réintroduit au passage le labour avec cheval, une technique qui évite le compactage des sols par les tracteurs. Il est également l’un des premiers à se réintéresser à la plantation en foule, une tradition pratiquée par les moines cisterciens aux origines de la viticulture en Bourgogne. Jamais la biodynamie n’a été illustrée plus simplement que dans ce documentaire. « La biodynamie, c’est comprendre les forces de la nature et travailler avec les rythmes de la nature », explique le vigneron.

Il est aujourd’hui négociant et propriétaire de quelques parcelles avec sa société Marchand-Tawse. Pascal appose son nom sur les étiquettes de dizaines d’appellations dont les réputées vosne-romanée, chassagne-montrachet et corton-charlemagne. S’il devait en choisir qu’une seule, ce serait Musigny, sa plus récente acquisition. Un tout petit morceau de terre, de 1/10e d’acre, acheté à une somme équivalant à la valeur de 65 acres au Canada!

Il va sans dire que le millésime du tournage aura fortement teinté le scénario du documentaire. Qualifier 2016 de difficile en Bourgogne serait un euphémisme. La violence qui s’est abattue sur la région est historique — faisant de ce millésime le pire que la Bourgogne ait connu. Le gel, la grêle et la maladie ont si fortement endommagé les vignes que les pertes au printemps atteignaient déjà les 60 à 70 %. Le stress est à son paroxysme pour les vignerons, tellement que plusieurs petits producteurs ont vu fondre leur mince marge de manœuvre — pour certains, 2016 aura été leur dernière vendange. David Eng a ainsi pu capter la triste réalité des changements climatiques, si bien qu’on se sent sur la corde raide tout au long du documentaire.

Personne n’y a échappé. Les plus gros ont aussi eu leur lot de *%!?#*. Même avec la plus grande volonté du monde, quand la vie semble s’acharner sur son cas, la tentation est grande de prendre un petit raccourci. Mais Pascal n’y déroge pas. Sa résilience est à toute épreuve, aucun produit chimique ne touchera ses vignes, même si c’est bien plus difficile à gérer qu’il y a 20 ans.

Grand cru est une immersion en quatre saisons dans les aléas de la vie d’un vigneron philosophe et encore poète à ses heures. Un documentaire terre à terre, non moralisateur, qui dépeint avec brio la grandeur de l’homme et sa quête d’une culture artisanale et biodynamique. Un film que tout amateur de vin devrait voir.

À la vôtre

5 vins à moins de 20 $

CHRONIQUE / Chères lectrices et chers lecteurs qui n’osent s’aventurer dans l’espace cellier,

Cette chronique est pour vous. J’aimerais démocratiser ces quelques pieds carrés de la SAQ qui peuvent parfois sembler être l’apanage d’une élite au portefeuille bien garni. Et pourtant, si vous saviez combien cette caverne d’Ali Baba regorge de petits joyaux à petits prix n’attendant que d’être découverts. Pour preuve, je vous offre sur un plateau d’argent 5 excellents vins entre 15 et 19 $ — 5 spécialités à moins de 20 $ pour vous faire plaisir à prix doux.

À la vôtre

Taillé dans le rock

CHRONIQUE / Le vin est humain. Derrière chaque bouteille, il y a des femmes et des hommes passionnés. En dégustant leur vin, on boit leur philosophie, leur dévouement, leurs valeurs, leur passé. Si certaines bouteilles nous charment plus que d’autres, il en va de même avec les vignerons. Récit d’une rencontre marquante et inspirante avec un producteur anticonformiste.

Dans une autre vie, Charles Smith était un agent de groupes rock. J’ai d’ailleurs parlé de ce vigneron à plusieurs reprises dans cette chronique. Je savais que le personnage n’avait rien de conventionnel. À mon arrivée à la Maison Boulud, le restaurant du Ritz à Montréal, il se présente avec des cheveux afro, vêtu tout de noir et de baskets, sans veston, bien sûr. Vous pouvez sortir le gars du rock, mais pas le rock du gars. J’ai eu autant de plaisir à découvrir les vins de la maison que le vigneron bon vivant, généreux et coloré, duquel émane une profonde humilité. Un esprit à contre-courant et assumé dans une industrie un tantinet hétérogène et solennelle.

Né en banlieue de Sacramento, en Californie, Charles Smith a connu une enfance modeste et plutôt difficile. Plus tard, il partira en Europe vivre au rythme de la musique pendant près d’une décennie, à diriger des groupes tels que The Raveonettes, avant de revenir aux États-Unis. Vigneron autodidacte, Charles Smith n’a jamais étudié le vin lorsqu’il s’installe à Walla Walla, Washington, pour traire la vigne. C’est sa passion brute pour le jus de la grappe qui l’y a conduit. En 1999, son rêve était de faire du vin — dix-neuf ans plus tard, le même rêve l’habite encore.

Ses vins reflètent la typicité du cépage et du vignoble puisqu’il n’ajoute rien d’autre que des levures naturelles au cours du processus. Charles a une façon bien à lui d’appréhender la vinification. La plupart des vignerons qui élèvent leurs vins en fûts de chêne effectuent d’abord la fermentation alcoolique en cuve inox, puis transvasent le vin dans les fûts afin de le débarrasser de ses dépôts. Fidèle à son tempérament marginal, Charles Smith enclenche la plupart du temps (pour les vins boisés) la fermentation alcoolique directement dans les fûts en y versant le jus fraîchement pressé ou encore les baies entières tout juste vendangées. Enfin, ses vins ne sont ni collés ni filtrés avant l’embouteillage. « Dirty in the bottle! », comme il se plaît à dire. Des vins à l’image de l’homme : francs, pleins de caractère et accessibles.

À la SAQ, ses bouteilles au design brut et moderne, en noir et blanc, sont facilement repérables. Parmi ses quelques gammes, toutes plus créatives les unes que les autres et toutes élaborées avec des raisins cultivés dans l’État de Washington, mentionnons : K Vitners, dédiée aux cépages rhodaniens (syrah, grenache, viognier); Vino CasaSmith, consacrée à des cépages italiens classiques (barbera, sangiovese, pinot grigio, primitivo, moscato); Sixto, entièrement vouée au chardonnay et inspirée du musicien Sixto Rodriguez; Substance, des vins intègres à prix abordables. Quant à Kung Fu Girl riesling, Eve chardonnay, Boom Boom syrah, Velvet Devil merlot and Chateau Smith cabernet sauvignon, Charles a vendu la collection au géant Constellation Brands en 2016 afin de rendre accessibles au monde entier ces vins qui rencontraient un énorme succès.

Une chose est sûre, il carbure au vin et à l’innovation. Plusieurs projets trippants sont d’ailleurs en gestation… il n’a pas terminé de nous surprendre!

Vous avez des questions ou des commentaires? Écrivez-moi à caroline.chagnon@gcmedias.ca.

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Qu'est-ce qu'un vin en primeur?

CHRONIQUE / « En primeur » vient de « vin primeur », un terme qui désigne un vin commercialisé alors qu’il est encore très jeune. Aujourd’hui, on parle davantage de vin nouveau, mais il s’agit là de synonymes. Le plus connu d’entre eux est certainement le beaujolais nouveau, lequel est prêt à être consommé à peine quelques semaines après la vendange, soit dès la fin novembre.

À Bordeaux toutefois, « en primeur » revêt une tout autre signification. Chaque année en avril, Bordeaux devient le théâtre de la semaine des primeurs. Entre 5000 et 6000 professionnels de la distribution, producteurs, négociants et journalistes sont alors conviés à venir déguster le vin de la plus récente vendange. Le vin alors tout jeune, âgé d’à peine six mois, est loin d’être prêt. Il est en gestation, encore en barrique, et ne sera commercialisé que dans deux ans. L’heure est à la spéculation. Les hôtes goûtent des centaines de pinards. Venus des quatre coins du monde, les professionnels du vin viennent juger le potentiel du millésime —
à la manière d’une famille dessinant le futur d’un nouveau-né depuis la vitrine de la pouponnière. Les impressions de la presse spécialisée sont attendues fébrilement par les châteaux puisque leur appréciation teintera le prix des vins.

Une fois les prix fixés, la place de Bordeaux s’ouvre enfin. Les ventes sont alors sollicitées par l’entremise de courtiers, puis de négociants. Monsieur et madame Tout-le-monde ne sont pas autorisés à acheter ici. Les acquéreurs paient la somme due, mais repartent les mains vides. Les vins reposent encore en barrique. Ce n’est que deux ans plus tard qu’il recevront les caisses.

Il s’agit d’un pari qui comporte sa part de risque, surtout que le vin est encore adolescent au moment de l’achat. Reste que lors des grands millésimes, la marge d’erreur est pratiquement nulle.

Les 2015 de Moueix

Pourquoi parler des primeurs? Parce que le mois dernier, Christian Navarre, directeur général des Entreprises Jean-Pierre Moueix, négociants-propriétaires importants à Bordeaux, a fait découvrir les vins primeurs du millésime 2015 à une poignée de chroniqueurs vin lors de son passage à Montréal. Sur la rive droite, où ils se spécialisent en grands vins de pomerol et de saint-émilion, 2015 s’est révélé le plus grand millésime depuis l’exceptionnel 2010. Le fruit est au rendez-vous, la finesse aussi.

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Jolis chablis

Les blancs de Chablis prennent forme dans un terroir unique, tout au nord de la Bourgogne.

À Chablis, comme à peu près partout en Bourgogne, le cépage blanc utilisé, c’est le chardonnay. C’est simple, il est sur toutes les lèvres, dans toutes les bouteilles et recouvre tout le vignoble. Les vignes de chardo poussent sur un sol formé il y a 150 millions d’années, alors qu’une mer recouvrait l’entièreté du vignoble. Le sous-sol, appelé le Kimméridgien, est alors composé de fossiles de petites huîtres en forme de virgule ayant pour nom Exogyra virgula. C’est dans ce sous-sol singulier que les vins de Chablis tirent leur fraîcheur, leur pureté, leur finesse et leur minéralité.

À vue de nez, ça a tout l’air du scénario idéal pour produire de grands blancs. Et pourtant, il y a bien un pépin à l’horizon. Installée au nord de la Bourgogne, tout près de la Champagne, Chablis est située dans un climat semi-continental. En d’autres mots, elle est aux prises avec des hivers costauds et des étés chauds. Comme les gelées de printemps menacent fréquemment les bourgeons, les chaufferettes et l’aspersion sont souvent appelées en renfort. La menace de la grêle guette aussi. Mis bout à bout, comme en 2016, ces événements peuvent être très éprouvants et lourds de pertes pour les vignerons.

Il y a 4 paliers de chablis — 4 appellations : petit chablis, chablis, chablis premier cru et chablis grand cru. Plus on monte dans la « hiérarchie », plus les vins se révèlent complexes et aptes au vieillissement.
Leur profil organoleptique n’a rien à voir avec certains chardo beurrés et boisés auxquels nous a habitué la Californie. D’abord, la robe de faible intensité des petits chablis et chablis présente des reflets verdâtres, un contraste notable avec les robes intensément dorées des américains. Le nez jongle avec des arômes délicats de fleurs et de fruits (citron, pamplemousse, pomme verte), toujours avec cette minéralité en trame de fond.

Si vous cherchez plus d’intensité, tournez-vous alors vers les chablis premier cru et chablis grand cru. La seconde appellation représente que 2 % de la production totale de Chablis, mais aussi les blancs les plus puissants et les plus complexes de la région. L’équilibre entre gras et fraîcheur est tout simplement remarquable, tout autant que les arômes intenses de pierre à fusil, de miel et d’amande.

Et ça ne s’arrête pas là. Les appellations sont découpées en climats — des parcelles délimitées à l’intérieur des appellations elles-mêmes. Ces lopins de terre se distinguent par leurs conditions géologiques et climatiques spécifiques ainsi que par le savoir-faire des hommes. « Climat » est un terme typiquement bourguignon répandu dans toute la Bourgogne. Chablis en possède une quarantaine, dont la majorité est en chablis premier cru, tandis que la Bourgogne en compte des milliers.

Suggestions de la semaine

Petit chablis 2016, Louis Moreau (SAQ : 11 035 479 - 23,45 $)

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À la découverte du Piémont

CHRONIQUE / Royaume de la truffe, terre sacrée du nebbiolo et berceau du barolo, le Piémont est une région prestigieuse à faire rêver les gourmands de tous acabits!

Situé au nord-ouest de l’Italie, le Piémont viticole est recouvert de cépages tels que le nebbiolo, la barbera, le dolcetto, le cortese et le moscato. À une ère où les cépages locaux effectuent un retour en grande pompe un peu partout, les vignerons piémontais peuvent se targuer de ne les avoir jamais délaissés au profit de variétés plus tendances.

Suivant cette tradition, la maison piémontaise Michele Chiarlo s’évertue à révéler une expression authentique desdits cépages dans leurs appellations respectives, en adoptant, entre autres, un style épuré où aucune barrique neuve n’est impliquée. Vous connaissez d’ailleurs probablement ce vignoble sans le savoir. Le Nivole, c’est eux. Ce moscato d’asti a très certainement été l’un des premiers vins à me charmer à mes débuts dans le vin. J’étais alors loin de me douter que la maison piémontaise était aussi l’auteure de grands barolos et barbarescos.

S’il a la notoriété plus discrète que son confrère le barolo, le barbaresco n’en demeure pas moins un grand vin d’une indiscutable élégance. Alberto Chiarlo, fils de Michele Chiarlo, le décrit même comme « un vin de connaisseur ».

En ce qui a trait au barolo, est-ce que la dualité entre moderne et traditionnel a toujours sa raison d’être? Selon Alberto, dans 90 % des cas, il est aujourd’hui impossible de trancher entre les deux puisque les modernistes tendent vers le traditionalisme et vice versa.

Tous les vins de la maison portent le label V.I.V.A. Il s’agit d’un programme qui évalue la durabilité d’un vignoble et de ses vins selon quatre indicateurs : air, eau, territoire et vignoble. En scannant le code QR accolé au label, vous pourrez consulter les performances du vin quant au volume d’eau utilisé et les gaz à effet de serre générés pendant la production d’une bouteille de vin.

Vous avez des questions ou des commentaires? Écrivez-moi à caroline.chagnon@gcmedias.ca.

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Les monopoles français

CHRONIQUE / Ne prenez vos jambes à votre cou — je vous rassure, ceci n’est pas une lettre d’opinion sur la privatisation ou non de la SAQ. La certitude d’être l’unique fabricant et vendeur d’un produit est le scénario rêvé de toute entreprise. L’exclusivité, autrement dit. Un monopole, en d’autres mots. Un privilège très rare accordé pourtant à une poignée de vignerons en France.

Ces producteurs sont propriétaires d’un domaine possédant la totalité de la superficie d’une appellation d’origine contrôlée (AOC) ou d’un grand cru. Alors que certains vignerons disposent du statut de monopole depuis toujours, d’autres l’ont acquis au fil du temps en démontrant la singularité de leur terroir auprès de l’INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité).

Clos de la Coulée de Serrant : AOC Coulée de serrant
Superficie : 7 hectares
Production annuelle : 20 000 à 25 000 bouteilles

Reconnue comme AOC à part entière depuis 2015 (auparavant lieu-dit de l’AOC savennières), la coulée de serrant produit l’un des plus grands vins de la Vallée de la Loire, voire de la France. Le domaine éponyme, biodynamique depuis 1981, est dirigé d’une main de maître par Nicolas Joly, figure emblématique de la biodynamie, et sa fille, Virginie. Fait intéressant, le chenin y est vendangé en 5 fois sur 3 à 4 semaines, laissant ainsi le temps au botrytis de bien marquer les raisins. Il en ressort un vin blanc, le plus souvent sec, à la robe jaune doré, aux parfums intenses de coings, abricots et fruits secs et à la bouche riche, grasse et minérale.

Château Grillet : AOC Château-grillet
Superficie : 3,5 hectares
Production annuelle : 5000 bouteilles

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Peut-on marier végé et vin?

CHRONIQUE / Embêtants les accords mets végé et vins? Pas du tout!

On pense à tort que les légumes sont difficiles à accorder. Pourtant, ils sont nombreux à se prêter naturellement au jeu — qu’ils soient crus, sautés, braisés, frits, etc. Certes, comme dans n’importe quelle bande, il y en a toujours quelques-uns qui en font baver, et c’est ceux-là qui font le plus jaser. 

Heureusement qu’il y a moyen de tous les amadouer quand on connaît leur point faible.  

Or, la cuisine végétarienne ou végétalienne, ce n’est pas que des légumes. C’est aussi des fruits, des céréales, des légumineuses, des noix, des herbes, des épices et des « ingrédients magiques », comme la fumée liquide et la levure alimentaire, qui donnent un goût du tonnerre — respectivement de viande fumée et de fromage.

Peu importe le type de cuisine, les règles de base de l’harmonie entre un mets et un vin restent les mêmes. Elles reposent essentiellement sur la réciprocité entre les deux parties en matière d’intensité, de qualité et de nature des sensations. La cuisson, les parfums, la sauce et la texture influencent tout autant le choix du vin.

Certaines recettes végétaliennes parviennent à répliquer, à quelques différences près, les arômes, les saveurs et les textures de plats incontournables, comme la lasagne, le pâté chinois et le pad thaï — en excluant tous produits d’origine animale. Pour ces cas-là, on ne se casse pas la tête. Le vin qui aurait été bon avec la recette traditionnelle, avec viande, le sera forcément avec la version végé.

Le fait qu’il n’y ait pas de viande ou de poisson n’est surtout pas un frein à la créativité en matière d’accords mets et vins. Les plats végé peuvent être aussi musclés, gourmands, décadents ou gastronomiques que n’importe quel gros plat de viande qui vous vient à l’esprit. Il y en a donc pour tous les goûts et tous les vins!

Fauxmage de noix de macadam

Avec ce « fauxmage », un végé-pâté, du hummus et quelques noix, vous voilà prêt pour participer à n’importe quelle dégustation vins et fromages. Et en la matière, les mousseux autorisent de très belles harmonies.

Le crémant de limoux, c’est fait selon la méthode traditionnelle (comme en Champagne), mais avec les cépages chardonnay, chenin, mauzac et pinot noir. La maison Antech produit cette jolie cuvée à la bulle crémeuse et persistante. Dans le verre, c’est intense et rafraîchissant à la fois. Très bien fait, et en culture raisonnée en plus!

À la vôtre

Les certifications du vin

Certaines contre-étiquettes sont plus bavardes que d’autres. Certaines racontent de jolies histoires et d’autres sont muettes comme une tombe. Chacun sa stratégie. D’autres encore troquent les mots pour l’image, nous permettant en un coup d’œil d’en savoir beaucoup sur la technique d’élaboration du vin et la philosophie du vigneron. Survol des certifications les plus souvent rencontrées sur les bouteilles.

Récemment, l’Agence France-Presse nous apprenait que le label AB gagnait du terrain en Champagne. AB pour Agriculture Biologique. Deux lettres qui demandent beaucoup de travail et une grande prise de risques. Seuls les vignerons qui réussissent à passer l’examen de l’Agence Bio se mériteront au final un collant AB sur leurs bouteilles.

Si une image vaut mille mots, encore faut-il savoir ce qu’elle signifie. Voici donc une liste non exhaustive de certifications que vous êtes susceptibles de rencontrer à la SAQ.

AGRICULTURE RAISONNÉE

Terra Vitis

Cette certification française garantit que le vin est issu d’une agriculture raisonnée. Ce n’est pas bio, mais basé sur les principes du développement durable : environnement, social et économie. Le vigneron attentif à sa vigne effectue un traitement qu’en ultime recours, lorsqu’il n’y a pas d’autres solutions pour garantir la récolte.

BIOLOGIQUE

AB

La certification AB désigne un vin provenant d’agriculture biologique. Le soufre et le cuivre, entre autres, remplacent ici les herbicides et pesticides chimiques dans les vignes.

Vin biologique

Logo biologique de l’Union Européenne certifiant que le vin est issu d’agriculture biologique (AB) et de vinification biologique. Cette certification existe depuis 2012.

Nature & Progrès

Une fédération de consommateurs et de professionnels bio. Pour en faire partie, un vigneron doit au préalable avoir obtenu sa certification d’agriculture biologique, puis suivre le cahier des charges en vinification bio de Nature & Progrès.

Biologique Canada

Logo attestant que le produit d’origine canadienne est issu d’agriculture et de vinification biologique.

BIODYNAMIE

Demeter

Demeter est la marque internationale de certification de l’agriculture biodynamique. Ce mode de culture reprend les pratiques agronomiques utilisées en bio et les complète en vivifiant le sol avec des préparations à base de plantes médicinales. Il utilise aussi les rythmes naturels solaires, lunaires et planétaires. Les cahiers des charges de la vigne et de la vinification sont plus stricts que ceux du bio puisqu’ils autorisent moins d’intrants. Ce logo certifie que les raisins et le vin sont biodynamiques. Le vigneron a aussi la possibilité de certifier uniquement sa vigne. Il pourra alors afficher la mention « vin issu de raisins Demeter ».

Biodyvin

Ce syndicat international des vignerons en culture biodynamique regroupe une centaine de vignerons en France, mais aussi en Allemagne, Italie, Portugal et Suisse.

ORGANISME DE CONTRÔLE ET DE CERTIFICATION

Ecocert

La certification de produits exige indépendance et impartialité. Pour ce faire, un organisme tiers est chargé de contrôler sur le terrain le respect des exigences définies dans les cahiers des charges des certifications (Demeter, Biodyvin, Biologique Canada, etc.). Il existe plusieurs autres organismes de certification, mais Ecocert est une référence mondiale dans la certification bio.

Notez que certains producteurs travaillant en bio et biodynamie n’affichent pas leurs couleurs sur leur étiquette.

Suggestions de la semaine

Salento 2015, Emporium Appassimento, Enoitalia (SAQ : 13 358 221 — 16,80 $)

À la vôtre

Trois résolutions vin pour 2018

CHRONIQUE / Avec 2018, un nouveau chapitre du vin s’amorce. Une autre année qu’on se souhaite riche en extraction de bouchons, dégustations et apprentissages. Parce que votre passion n’a d’égal que votre soif (de connaissances, bien sûr!), voici trois résolutions pour parfaire votre culture vitivinicole en 2018.

Avec 2018, un nouveau chapitre du vin s’amorce. Une autre année qu’on se souhaite riche en extraction de bouchons, dégustations et apprentissages. Parce que votre passion n’a d’égal que votre soif (de connaissances, bien sûr!), voici trois résolutions pour parfaire votre culture vitivinicole en 2018.

Sortir des sentiers battus

Vous avez l’impression de tourner en rond depuis un certain moment? C’est sûr qu’à opter toujours pour la même pastille (encore là, ce n’est pas si mal), le même cépage, la même région ou les mêmes producteurs, ça finit par sentir le réchauffé. 

La SAQ offre un répertoire s’approchant du cap des 10 000 vins. Vous avez là une chance inouïe de découvrir des cépages originaux et des régions productrices étonnantes. Vous croyez que le chardonnay vous a livré tous ses secrets? Il est peut-être temps d’essayer son frangin le chardonnay musqué. Amateur des rouges frais et légers du Beaujolais et de la Bourgogne? Mettez la main sur un frappato de la Sicile. Ce sont plutôt les rouges aromatiques et généreux qui vous branchent? Aller simple pour la Grèce et le Liban dans ce cas.

Sortir de votre zone de confort ça commence par une balade dans l’Espace cellier. Vous serez surpris d’y faire des découvertes chouettes à prix abordables. Ne vous laissez pas intimider par l’absence de pastilles de goût. Au contraire, profitez-en pour faire plus ample connaissance avec les délicieux conseils de l’expert du cellier.

Cesser les généralisations hâtives

J’entends parfois des allégations graves telles que « Le vin blanc, ça ne goûte rien », « Le vin bio, c’est pas bon » ou « Le beaujolais, c’est du vin de messe ». Il arrive de ne pas aimer un vin ou qu’un vin vous paraisse un peu fade — rien de plus normal. L’erreur toutefois est de généraliser.

Un sauvignon blanc de Nouvelle-Zélande n’a rien à voir avec celui de la Vallée de la Loire. Selon le sol, le climat et la vigne, dame nature donnera une matière première que le vigneron se chargera ensuite d’interpréter. Même si le producteur est souvent contraint à un cahier des charges, il teintera aussi le vin de son savoir-faire, de sa vision, de sa philosophie. Il y a donc autant d’interprétations du sauvignon blanc qu’il existe de vignerons dédiés à faire chanter ladite vigne dans le monde.

De plus, nos goûts évoluant tout au long de notre vie, il n’est pas impossible que le style détesté aujourd’hui devienne votre préféré de demain, et vice versa. Plus important encore, le monde du vin est lui aussi en constante évolution. Si un jugement négatif se fonde sur un vin dégusté il y a 20 ans, il serait bon d’ajouter un peu d’objectivité dans son vin en revisitant ladite catégorie.  

Être plus curieux

Chaque vin a une histoire à raconter — certaines plus inspirantes que d’autres. Des vignobles font des innovations géniales sur le plan environnemental et humain. S’intéresser plus aux valeurs et aux actions qui ont façonné le vin pour mieux le choisir, le comprendre et l’apprécier!

Santé à 2018!

Suggestions de la semaine

Bordeaux supérieur 2015,
Cuvée Julien, Château L’Escart
(SAQ : 896 282 - 19,35 $)