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Déchiquetage, tour à vent et dégorgement

CHRONIQUE / Une fois de plus, les rebondissements furent nombreux au vignoble. Disons que la routine n’était pas au programme cette semaine!

Vigneronne en herbe : Semaine 3

Tout l’été, vivez avec moi mes aventures d’apprentie vigneronne au Domaine Bergeville dans les Cantons-de-l’Est.

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Taille et courbatures

CHRONIQUE / Tout comme vous, je ne savais aucunement à quoi m’attendre pour cette première semaine au vignoble. Puisque l’ouverture de la saison a été particulièrement chargée, je lui dédie aujourd’hui entièrement la chronique.

Vigneronne en herbe : semaine 1

Tout l’été, vivez avec moi mes aventures d’apprentie vigneronne au Domaine Bergeville dans les Cantons-de-l’Est!

Mon corps agite le drapeau blanc. Beaucoup de courbatures et déjà quelques livres en moins à force de m’accroupir, de me pencher et de forcer. Clairement, un vigneron n’a pas besoin d’un abonnement au gym, à la condition qu’il n’abuse pas trop des bonnes choses.

Cette première semaine n’a pas été de tout repos. Se prendre un coup de soleil sur la tronche, puis se geler le corps jusqu’aux os le lendemain, c’était pour le moins initiatique. En dépit des sautes d’humeur de Dame Nature, l’essentiel, c’est que les vignes sont enfin sorties de leur long sommeil hivernal! La plupart d’entre elles ont d’ailleurs commencé à pleurer — autrement dit, les premières douceurs printanières ont fait remonter la sève dans les sarments. 

L’épais tapis blanc recouvrant le vignoble ayant fondu comme neige au soleil, la première étape a consisté à déshabiller les vignes de leurs toiles isolantes — des géotextiles en feutrines similaires à ceux utilisés par les pépiniéristes. Du beau trouble à enlever qui garantit un écart de 15 °C sous le capot pendant tout l’hiver. 

Toutes les vignes n’ont toutefois pu bénéficier d’une telle protection. J’ai constaté que celles non couvertes par les toiles se sont fait passer sur le corps par le premier gel de novembre comme par un bulldozer. Nus comme des vers, certains cépages, comme le radisson, ont vu jusqu’à 100 % de leurs bourgeons affectés. Il va sans dire que les vignerons pensent sérieusement à leur passer la toile dessus cet automne.

Deuxième mandat de la semaine : la taille. De par sa nature de plante liane, la vigne cherche à s’étendre le plus possible. Elle rampe, elle s’agrippe, elle grimpe. Et elle sera d’autant plus vigoureuse si elle est dans sa crise d’adolescence! Pas question de lui laisser faire ce qu’elle veut, sinon ça devient vite une forêt vierge, comme le raconte Marc Théberge, le vigneron. 

La taille entamée la semaine dernière avait justement pour objectif de lui couper l’enthousiasme. Mais aussi de gérer sa productivité, car une vigne à l’état sauvage produit du fruit une année sur deux. C’est simple, elle sort du fruit comme s’il n’y avait pas de lendemain, puis elle doit passer un an à ne faire que des feuilles pour se refaire des forces. En la taillant, on s’assure d’obtenir du fruit tous les ans. Quelques coups de sécateurs par-ci, quelques coups de sécateurs par-là, afin de conserver un nombre limité de bourgeons par pied.

La semaine prochaine, l’attachage, le déchiquetage et la taille, encore la taille!

Bordeaux Supérieur, Château du Grand Bern 16,45 $ • 13576615 • 13,5 % • 2 g/l

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Tout beau, tout bio!

CHRONIQUE/ Plus tôt cette semaine, la Terre célébrait son anniversaire. Comme un « bonne fête en retard » vaut mieux que rien du tout, voilà des vins écoresponsables à souffler pour manifester votre amour pour notre terre et supporter des vignerons adoptant une approche respectueuse du vivant.

Touraine 2017, Cuvée Cendrillon, Domaine de la Garrelière
10211397 • 27,40 $

• 14 % • 2,3 g/l •

Le vigneron François Plouzeau décrit la biodynamie comme le moyen d’assurer l’équilibre entre la terre, la plante et l’environnement. C’est davantage guidé par les lois de Dame Nature que celles de l’Homme qu’il élabore des vins bios dans la vallée de la Loire. Ce sauvignon blanc de Touraine est issu d’une fermentation aux levures indigènes. Il en résulte un blanc expressif aux arômes envoûtants de papaye et de citron. Le sauvignon est à peine reconnaissable (surtout si vous êtes habitué aux cuvées du « Nouveau Monde »); mûr et bien élevé. En bouche, sa puissance se mêle à une matière profonde et hypnotique. L’appellation Touraine à son meilleur!

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Vins de coco

CHRONIQUE / Que vous célébriez Pâques, la fin de semaine de trois jours ou la fin du carême, toutes les raisons sont bonnes pour trinquer de bons jus!

Vin du Québec 2018, William, Vignoble Rivière du Chêne
15,25 $ • 744169 • 12 % • 5,6 g/l

C’est officiel! Les premières bouteilles arborant fièrement le nouveau sceau d’indication géographique protégée « Vin du Québec » sont fraîchement débarquées. Les vins du Vignoble Rivière du Chêne, à Saint-Eustache, dans les Basses-Laurentides, ne sont pas bios, mais ont le mérite d’être travaillés en culture raisonnée. La cuvée William (qui tient son nom du fils du vigneron) réunit les cépages seyval blanc, frontenac blanc, vidal, acadie et vandal-cliche. C’est franchement réussi ce 2018. Le nez explose sur des notes invitantes d’agrumes. La bouche est vive, juteuse et ultra fruitée. Chouette avec des tapas! À ce prix, l’affaire est belle.

Astuce : dimanche, servez un verre de William — en prenant soin de cacher la bouteille — à l’oncle qui a perdu toute foi dans les vins québécois (ça pourrait aussi être une femme, mais l’idée c’est d’égaliser la blague sexiste du vin suivant). Il y a fort à parier que la réconciliation sera fougueuse et instantanée.

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Patagonie : les vins de la fin du monde

CHRONIQUE / Terre continentale la plus au sud du monde, la Patagonie fait non seulement voyager les aventuriers rêvant de glaciers et de sommets enneigés, mais aussi les amateurs de vins à la recherche de vins frais et de caractère.

Pourtant, en mettant les pieds dans le vignoble patagonien, ça tombe plutôt à plat. Devant la vallée de San Patricio del Chañar, à 50 km au nord de Neuquén, la scène est vaste et parcourue par les nombreuses tentacules de la Rio Neuquén. Il faudra survoler quelques centaines de km vers le sud pour apercevoir des paysages dignes des grandes expéditions.

Située au sud du 36e parallèle, la Patagonie est non seulement la région viticole la plus méridionale de l’Argentine, mais aussi celle qui abrite les vignobles les plus au sud du monde. Elle s’étend ainsi jusqu’au 45e parallèle sud, qui équivaut à la latitude de la Bourgogne et de l’Oregon dans l’hémisphère nord. 

Tandis qu’elle tire les ficelles du terroir à Mendoza et à Salta, l’altitude prend un rôle de seconde importance dans les provinces de Neuquén, Rio Negro, La Pampa et Chubut. Mais la vigne n’en est pas moins confrontée à des conditions climatiques extrêmes. Soumises au souffle incessant des vents dominants — pouvant dépasser les 100 km/h! — les baies développent une peau plus épaisse. Les anthocyanes se trouvant dans la pellicule des raisins, les vins sont alors plus pigmentés et possèdent ultimement plus de corps.

Latitude faisant, le soleil brille plus longtemps ici qu’à Mendoza, pendant la saison estivale — jusqu’à 45 minutes de plus par jour. Comme la réflexion du soleil est intense et que les nuages sont rares, les plants sont taillés plus haut pour ne pas subir trop la réflexion du soleil. Ajoutez à cela une faible pluviométrie (moins de 200 mm/an), une température inférieure aux zones du nord et de fortes amplitudes thermiques — 20 °C de différence entre le jour et la nuit! — et vous avez là un cocktail climatique qui contribue à forger des raisins à la couenne dure et des vins structurés et frais.

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À quelle heure l’apéro?

CHRONIQUE / Je rêve d’un Québec où on fait plus l’apéro. Vous savez, ce rituel où on prend un temps d’arrêt pour se réunir et siroter un verre — sur une terrasse, à la maison ou au parc — avec les copains, histoire d’entrelacer les esprits sous l’élan d’une douce ivresse?

Un moment de pure convivialité allègrement pratiqué en vacances, mais trop peu répété chez soi. Pourtant, on a tout sous la main pour le réaliser (hormis peut-être le climat). Heureusement, les beaux jours approchant, les opportunités de dégainer de beaux vins de soif, rafraîchissants et légers, se multiplieront.

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Place aux cidres artisanaux

CHRONIQUE / De nouveaux styles de cidres émergent au Québec. Des cidres artisanaux, fermiers et moins travaillés. À l’autre bout du spectre de leurs homologues sucrés qui dominent actuellement le marché, ils sont secs, acidulés, surs, parfois non filtrés et parfois marqués par la brett — cette levure qui confère des arômes rappelant la ferme et le foin. Des cidres audacieux et créatifs pour consommateurs avertis!

En 2017, lorsque Eve et Emile, de la Cidrerie Le Somnambule, présentent pour la première fois leur cidre en fermentation spontanée, au Mondial des cidres SAQ, l’engouement du public est patent. Dès lors, il était clair qu’ils se lançaient dans ce créneau.

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Les futures régions viticoles du Québec

CHRONIQUE / En novembre dernier, les vignerons du Québec obtenaient enfin leur Indication Géographique Protégée. Ne s’assoyant pas sur leurs sarments, ils procèdent déjà à l’identification de leurs régions viticoles. Ils sont loin d’être nés pour un petit vin, ces vignerons!

Nadia Fournier, auteure du Guide du Vin, mène ce projet depuis un an avec l’appui d’un géologue, d’une pédologue, ainsi que d’une agronome et du MAPAQ. Ils travaillent à définir des régions viticoles, à l’intérieur de l’IGP, qui seront appelées à évoluer et à se multiplier au rythme du développement du vignoble québécois.

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Retour aux sources avec Jaboulet

CHRONIQUE / Le Domaine Paul Jaboulet Aîné occupe une place privilégiée dans mon cœur. Les abonnés de cette chronique se rappelleront que j’y ai été stagiaire le temps d’un été, l’un des plus caniculaires que la vallée du Rhône septentrionale ait connue (et moi donc!). J’avais envie de jouer du sécateur, d’acquérir le langage du terrain et de comprendre les aléas de la vie de vigneron. C’est ainsi qu’en 2015, Caroline Frey et son équipe ont eu la grande générosité de m’accueillir avec pour seules qualifications — aussi modestes soient-elles — mes connaissances théoriques en viticulture, mes mains pleines de pouces et une expérience horticole peu reluisante à mon actif (feu mon cactus décédé).

Il va de soi que le passage d’Adrien Laurent, à Montréal la semaine dernière, s’annonçait comme un rendez-vous certain. Le directeur des opérations chez Jaboulet en a alors profité pour présenter quelques vins et la philosophie verte de cette maison fondée en 1834, puis reprise par la famille Frey en 2006, aussi propriétaire à Bordeaux (Château La Lagune), en Bourgogne (Château Corton C) et en Champagne. Dès lors, Caroline Frey, propriétaire et œnologue, a mené un combat de tous les jours pour redonner ses lettres de noblesse au domaine, dans le respect de ses convictions environnementales et écologiques. Des efforts qui ont porté fruits, puisque le vignoble détient aujourd’hui les certifications HVE (Haute Valeur Environnementale) et bio — sans oublier les vignes d’hermitage et de crozes-hermitage qui s’affranchissent et s’épanouissent sous les soins respectant les principes de la biodynamie.

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L’essor du Roussillon

CHRONIQUE / Quand je faisais mon ASP en sommellerie, il y avait des régions viticoles qui soulevaient les passions plus que d’autres. Tempête, pas tempête, la classe était bien remplie quand Bordeaux, la Bourgogne ou la Toscane étaient au programme. L’idée d’avoir loupé l’occasion de déguster un vin classé, un grand cru ou une bouteille qu’un salaire d’élève ne permettait d’acheter devenait une puissante motivation pour vaincre nos bas instincts d’étudiants.

Je me rappelle aussi qu’entre l’étude du Sud-Ouest et de la Vallée du Rhône, l’incursion dans le Roussillon m’avait laissée pantoise devant les vins doux naturels — des vins mutés aussi fougueux qu’un chocolat noir 90 %. Pourtant, ce n’est que quelques années plus tard, en passant par Perpignan — capitale du Roussillon sacrée ville européenne du vin pour 2019 — que j’ai véritablement constaté tout le potentiel de cette région qui n’a rien de modeste. Un véritable paradis agronomique, une région viticole bénie des dieux, qui fait dans la plus grande discrétion des vins secs à donner le vertige.

Inondée par le soleil et balayée par le vent, la région est ni plus ni moins que le numéro 1 de la viticulture propre en France. Dans cette région du sud, un peu plus de 55 % des vignobles y sont certifiés bio, biodynamique ou HVE (Haute Valeur Environnementale). Sans parler des domaines qui sont bio, mais qui ne le revendiquent pas. Le respect du vivant y occupe une grande place et il y a une grande transparence vis-à-vis le terroir. Qu’il s’agisse de l’une des régions les plus ensoleillées de France, n’est surtout pas un prétexte pour produire des vins surmuris. De la gourmandise, certes il y a, mais jamais au détriment de la buvabilité comme en témoignent ces 4 cuvées éblouissantes.