À la vôtre

Chablis à tout prix!

CHRONIQUE / Après l’excursion de la semaine dernière dans le vignoble chablisien, la fièvre kimméridgienne se poursuit avec une sélection de chablis à vous mettre sous la dent!

*V = vignification vegan
*BIO = vin bio

PETIT CHABLIS

Domaine Besson 2016
23,75 $ • 13 771 891 • 12 % • 1,5 g/l • V

La relève est jeune et prometteuse chez ce domaine familial dirigé par Adrien, côté vignes, et par Camille, qui gère habilement la cave dans le respect des exigences du bio. Il se dégage du verre des notes de pierre à fusil et de cire ainsi qu’une droiture et une élégance distinctes de cette appellation. Un petit chablis digne du rang d’un chablis.

À LA vÔTRE

Chablis : l'exception bourguignonne

CHRONIQUE / C’est comme si la froideur montréalaise s’était sournoisement faufilée dans nos valises pour nous talonner jusqu’à Chablis. Malgré la température peu clémente qui coïncida avec notre arrivée, la bonne humeur régnait. Après deux millésimes éprouvants, les vignerons de Chablis célèbrent enfin une vendange prospère tant pour sa qualité que son volume.

Pour tout dire, Chablis l’avait eue dure depuis 2011. Didier Seguier, maître de chai chez William Fèvre, parle de 2018 comme d’une grosse année. Selon lui, bien que ce ne soit pas un millésime de collectionneur, il y a de la richesse et, surtout, de la fraîcheur.

Historiquement, les gelées printanières de Chablis ont toujours donné du fil à retordre aux vignerons. Tellement qu’ils sont passés maîtres dans l’art des procédés antigel. Pour protéger les précieux bourgeons d’un gel, ils ont mis au point : dispositifs d’aspersion (utiliser la glace comme isolant pour le bourgeon), bougies et chaufferettes. D’ailleurs, avec les récentes gelées dévastatrices de 2016 et 2017, l’INAO vient d’autoriser l’expérimentation de bâches.

Bien que Chablis fasse partie de la Bourgogne, elle partage avec elle très peu de points communs. « En fait, ses sols ressemblent davantage à ceux de la Champagne », raconte Isabelle Raveneau, du Domaine Raveneau. Effectivement, cette région de l’extrême nord de la Bourgogne est géographiquement et géologiquement parlant plus près de Troyes en Champagne que de la capitale viticole de la Côte de Beaune, Beaune ou même de Dijon.

Second facteur différenciateur non négligeable : le terroir de Chablis est beaucoup plus facile à déchiffrer que le reste de la Bourgogne. Primo, c’est du chardonnay à la grandeur. Mais attention, ce n’est pas parce que la région ne produit que du blanc en monocépage qu’elle est monochrome. La diversité est pour ainsi dire infinie au sein des 4 appellations et des 47 climats. Pour comprendre de quoi il en relève, mieux vaut mettre de côté le chardo tel que vous le connaissez. Il incarne ici un style inimitable, élégant, éclatant et dont le mot d’ordre est la minéralité. Oubliez les jus de planche à la vanille, puisque l’usage parcimonieux du bois (ou carrément absent, c’est selon) laisse place à des arômes de fleurs, d’agrumes, de miel, de pierre à fusil et à des notes salines.

Deuzio, c’est l’orientation, la pente et le type de sol qui décident du classement d’un lopin de terre dans l’une ou l’autre des 4 appellations. Le chablisien se dessine comme une succession de vallées aux multiples expositions — sur tous les points cardinaux, plutôt qu’un seul — le long de l’étroite rivière Serein. Sur les plateaux des collines, caractérisés par les calcaires blancs du portlandien, prend place l’appellation petit chablis. Le vent sifflant soufflant, combiné au soleil moins plombant que sur les coteaux, contribue à forger des vins blancs moins alcooleux, délicats et destinés à une consommation immédiate et conviviale. Mais attention à l’interprétation de « petit » qui ne veut surtout pas sous-entendre « simplet », mais plutôt « celui qu’on boit jeune ». Comme m’a lancé jovialement Eric Szablowski, formateur accrédité de l’École des Vins de Bourgogne : « On boit un verre de chablis, mais on boit une bouteille de petit chablis! »

Sur les pentes, on trouve le kimméridgien, un sous-sol composé de marnes et de calcaires riches en fossiles d’Exogyra virgula (de petites huîtres en forme de virgule). Puisqu’il renforce la fraîcheur et la minéralité des vins, c’est le sol de prédilection des appellations chablis, chablis premier cru et chablis grand cru. Sur le coteau le mieux exposé et le plus près du Serein s’élève fièrement le grand cru. D’ailleurs, il n’y a pas des grands crus, mais bien un seul qui se décline en 7 climats : Bougros, Preuses, Vaudésir, Grenouilles, Valmur, Les Clos et Blanchot. Sur l’ensemble des vallées, les vignes des versants les mieux exposés sont classées en chablis premier cru, tandis que les envers et les bas coteaux sont catalogués en chablis. Parmi les 40 climats classés premier cru, Montée de tonnerre est considéré comme la star de l’arène puisqu’il est géographiquement très près du grand cru et géologiquement installé sur du kimméridgien pur (mais offert à une fraction du prix!).

L’affluent divise le vignoble chablisien en deux, créant la dualité rive gauche-rive droite, comme à Bordeaux. Au contraire du Bordelais toutefois, la différence de caractère entre les deux rives ne relève pas de l’encépagement, ni du sol, mais de l’exposition. Chaque vigne à Chablis reçoit sa dose de soleil, mais à différents moments de la journée, ce qui marquera différemment les vins. Au matin, le soleil inonde d’abord la rive gauche. Cette exposition sud-est induit au chablis premier cru davantage de fraîcheur, de tension et d’élégance. Face à la commune de Chablis, sur la rive droite, le chablis grand cru et le chablis premier cru profitent pour leur part d’une exposition sud-ouest, de fin de journée, synonyme d’un profil plus enveloppé, puissant et exotique.

Tercio, Chablis, c’est réellement l’exception bourguignonne. C’est l’une des seules places en Bourgogne où il est encore possible de boire raisonnablement. On boit salin, mais la facture est beaucoup moins salée! Généralement, les bouteilles de chablis premier cru de la rive droite sont plus dispendieuses que celles de la rive gauche. Pour ma part, j’ai préféré dans l’ensemble le chablis premier cru au grand cru, avec une petit parti pris pour la rive gauche avec les climats Vau de Vey et Montmains. Il me semble avoir aussi perçu davantage de bois dans les grands crus dégustés. Mais évidemment ça reste une question de goût. Isabelle Raveneau nous a d’ailleurs confié, entre deux dégustations de 2017 sur fût, préférer acheter du premier cru puisqu’il est habituellement 30 à 40 % moins cher que le grand cru, qui lui n’est pas nécessairement 30 à 40 % meilleur.

Surveillez ma chronique de la semaine prochaine pour connaître mes vins coups de cœur sur les quatre appellations de Chablis!  

Caroline était l’invitée du Bureau interprofessionnel des Vins de Bourgogne.

À la vôtre

Quatre vins à ne pas manquer cet automne

CHRONIQUE / Les courges meublent le comptoir, un plat mijote tranquillement sur la cuisinière et des odeurs réconfortantes envahissent la maison, signe que le froid est confortablement installé dehors. L’heure est aux vins automnaux qui réchauffent les corps et les esprits. Il va sans dire que la palette proposée ci-dessous s’accompagne préférablement d’un bon plat chaud, mais le blanc grec et le rouge français peuvent aussi facilement se déguiser en apéro.

Karditsa 2017, Moi, je m’en fous!, Domaine Messenicolas
19 $ • 13 693 791 • 12,5 % • ‹ 1,2 g/l

Normalement, je préfère éviter d’accompagner mes soupes de vin. Du liquide sur du liquide, je trouve que ça en fait beaucoup. Toutefois, un potage à la citrouille, c’est habituellement suffisamment riche et consistant pour supporter un verre de vin. Dans ce cas, je suggère d’opter pour un blanc parfumé et frais.

Difficile de croire que le cépage malagousia a frôlé l’extinction au siècle dernier. Alors qu’il n’en restait que quelques plants en Grèce dans les années 1970, il s’est aujourd’hui hissé au rang des cépages emblématiques du pays. Cette variété donne des blancs flatteurs, moyennement acides, ronds et expressifs. Sous son étiquette libertine, la bouteille propose un vin espiègle, un vin de copains. C’est l’amie qu’on apporte à une soirée en sachant qu’elle s’intégrera en deux temps trois mouvements à toute la bande. La première impression est réussie, alors que le nez porte des arômes bien définis de poivre blanc et de miel. Sa fougue se manifeste tant dans sa persistance aromatique que dans sa rondeur, tout en évitant de tomber dans l’excès en étant bien sec et en poussant cette délicate touche saline en fin de bouche qui en fait redemander encore et encore.

Vin

Dégustation de vins privés pour les particuliers à Québec [VIDÉO]

À l’occasion de la 11e édition du Salon des vins d’importation privée, les amateurs de vin étaient invités à découvrir une grande variété de produits provenant de petits producteurs.

Une occasion intéressante pour les personnes souhaitant déguster des vins qu’ils ne pourront pas retrouver parmi les produits vendus à la SAQ.

«J’aimerais dire que l’importation privée c’est accessible autant pour le consommateur que le restaurateur, mais 85 % à 90 % des importations privées se retrouvent dans la restauration», explique Kim Dawson, directeur marketing chez Alternative Wines and Spirits. «L’importation privée permet de donner accès au marché québécois de certains vignerons qui n’ont pas les ressources nécessaires pour vendre leur produit à la SAQ», ajoute-t-il. 

Tenu dans le Vieux-Port de Québec, le Salon des vins d'importation privée a présenté les produits d’une vingtaine de pays, incluant la France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, l’Uruguay, l’Allemagne, l’Argentine et l’Afrique du Sud. 

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Insolite

En Espagne, du vin bleu chamboule les traditions

PORTUGALETE — Il y a cinq ans, cinq étudiants du Pays basque espagnol se sont lancé le défi de révolutionner un secteur et ont choisi celui du vin, considéré comme parmi les plus conservateurs, en créant un vin... bleu.

La trouvaille d’Imanol, Iñigo, Gorka, Aritz et Taig, qui a nécessité deux ans de recherche et développement avec l’aide de chimistes, est l’une des nombreuses innovations qui fleurissent dans un monde encore très traditionnel.

Leur entreprise Gik Live!, fondée en 2015 et qui compte désormais douze salariés, a vendu 30.000 bouteilles dès la première année et près de 500.000 en 2017. Elle compte aujourd’hui des clients dans 21 pays, son premier marché étant les États-Unis, et son deuxième... la France, haut-lieu du vin.

«Nous comprenons que pour beaucoup de gens, le vin, c’est quelque chose avec lequel on ne joue pas. Le vin, c’est sacré», raconte l’un des fondateurs de cette start-up, Taig Mac Carthy, mi-Irlandais, mi-Basque, au bar du siège de l’entreprise, à Portugalete, près de Bilbao.

«Mais nous, on aime changer les choses et on n’a pas peur d’essayer», dit-il, alors que dans la pièce d’à côté, où trônent une batterie et des guitares, des employés pianotent sur leurs ordinateurs.

À la vôtre!

Où déguster cet automne?

CHRONIQUE / Dans les semaines à venir, le vin, le gin et même le saké déferleront à grands flots sur Montréal et Québec. N’en manquez pas une goutte grâce à cette chronique qui revêt une allure d’agenda communautaire pour les besoins de la cause. De Montréal à Québec, l’offre est dangereusement excitante cette année.

Le Salon des vins d’importation privée (vin vegan)
27 et 28 octobre - Montréal et 30 octobre - Québec

Déguster des importations privées, c’est bien, mais pouvoir le faire en compagnie du vigneron, c’est mieux! Plus de 120 artisans des quatre coins du monde viennent présenter plus de 1000 produits non offerts à la SAQ. Attendez-vous à y découvrir des vins issus de vignobles de petites et moyennes tailles, en agriculture conventionnelle, bio et biodynamique. Ce sera aussi l’occasion de déguster les lauréats du Jugement de Montréal 2018 mettant en vedette des vins rouges natures. Notez que si vos papilles s’emballent, il sera possible de commander vos vins préférés sur place, à la caisse ou à la bouteille!

Prix : 25 $ en prévente (30 $ à la porte), incluant 15 $ en coupons de dégustation

La Grande Dégustation de Montréal
1, 2 et 3 novembre - Montréal

Vous rêvez de brunello di montalcino, de barolo, de supertoscans et de franciacorta? Arrêtez de faire votre valise parce que le plus grand rassemblement vinicole de l’est du pays célèbre l’Italie pour sa cuvée 2018. Les amateurs de gin seront heureux d’apprendre que le spiritueux tiendra une place centrale à la LGDM, au même titre que le pinot gris. Plus de 220 producteurs, 18 pays et 1300 produits, dont 800 en importation privée (disponibles en commande à l’unité!) et 500 en SAQ... une journée, c’est pas assez!

Prix : 15 $ en prévente (ou 18 $ à la porte) + 1 $ par coupon de dégustation

Raw Wine
1er novembre - Montréal

Grande nouveauté cette année, Montréal accueille pour la première fois le salon Raw Wine qui mettra de l’avant des vignerons produisant des vins biologiques, biodynamiques et natures. Ils seront une centaine, dont quelques-uns de chez nous (Négondos, Les Pervenches et Nival), à y présenter des jus peu manipulés en provenance de l’Autriche, de la Hongrie, de la Slovénie, de Grèce et d’ailleurs.

Prix : 45 $ tout inclus

Kampaï
25 octobre - Montréal

Vous ne comprenez rien au saké et vous n’avez toujours pas éclairci l’épineuse question à savoir s’il faut le servir chaud ou froid? Ne vous en faites pas, l’alcool de riz japonais dégage une aura de mystère pour nombre d’entre nous. Bonne nouvelle, un 1er festival de saké débarque au Québec cet automne avec une centaine de variétés de saké, dont une cinquantaine qui ne s’est jamais retrouvée en SAQ. Plus 4 restaurants sur place pour vous faire découvrir les délices de la gastronomie japonaise.

Prix : 50 $ en prévente (ou 70 $ à la porte)

Récits millésimés
22 au 25 octobre - Montréal

Échelonné sur 4 jours, Récits millésimés est une série d’événements mettant en vedette le grand collectionneur de vins Michel-Jack Chasseuil. Il y sera question, entre autres, d’anecdotes et de péripéties entourant sa caverne d’Ali Baba réunissant quelque 40 000 bouteilles de vins mythiques (avec Véronique Rivest), de vins du Québec (avec Nadia Fournier) et d’accords vins et desserts.

Prix : Entre 55 $ et 104 $

À LA VÔTRE

Des bulles de qualité supérieure

CHRONIQUE / Me voilà sur la route ondoyante qui relie la ville de Conegliano et le village de Valdobbiadene, dans la province de Trévise en Vénétie. La topographie évolue rapidement au fur et à mesure qu’on dévale la trentaine de kilomètres qui sépare les deux communes. De légèrement vallonné à Conegliano, le terrain devient fortement accidenté à Valdobbiadene. C’est ici, dans la contrée luxuriante des préalpes, où s’élèvent à perte de vue les vignes de glera, que l’élite du prosecco prend vie.

Pas étonnant que ce jardin d’Éden du nord-est de l’Italie soit candidat pour devenir un site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Si le jugement s’avère positif, il s’agira d’une seconde distinction déterminante en peu de temps pour cette région scénographique qui a été élevée au rang de DOCG (Dénomination d’origine contrôlée et garantie) en 2009, le plus haut niveau de qualité italien. Conegliano valdobbiadene prosecco superiore DOCG représente le cœur et l’origine du vin effervescent éponyme — une forteresse de quelque 7500 hectares au milieu de la vaste prosecco DOC (20 000 hectares) qui s’étend de la Vénétie au Frioul-Vénétie Julienne.  

150 ans de prosecco

L’effervescente histoire du prosecco commence il y a tout juste 150 ans, à la fondation de Carpenè Malvolti, premier et plus ancien établissement viticole dans les régions de Conegliano et Valdobbiadene. Après une escale en Champagne, Antonio Carpenè revient à Treviso avec l’intention de faire un mousseux italien. Mais pas question de planter du chardonnay ou du pinot noir, il tient mordicus à travailler avec le cépage indigène de la région, le glera, alors connu sous le nom de « prosecco ». Après des essais en méthode traditionnelle (comme en Champagne), force est d’admettre que ça ne fonctionne pas. La forte acidité et le caractère aromatique du glera s’avèrent incompatibles avec cette technique de vinification. Puis, au fil des recherches et perfectionnements de la méthode charmat (ou martinotti en Italie), Carpenè Malvolti est devenue la première maison italienne à produire un prosecco mousseux — avec deuxième fermentation en cuve close.

De 1968 à 2018, les cinq générations de Carpenè se sont révélées très impliquées dans le développement et le rayonnement de leur région viticole, en laissant d’ailleurs en héritage la toute première école œnologique du pays. Leur succès s’appuie aussi sur une étroite collaboration avec une centaine de familles, certaines avec lesquelles ils travaillent depuis cinq générations. Depuis ses débuts, la maison s’est engagée à respecter et à reconnaître l’expertise des vignerons locaux en achetant leurs raisins plutôt qu’en tentant d’acheter leurs vignes. « Ils produisent les meilleurs raisins, nous on se concentre à produire le meilleur vin! » lance Domenico Scimone, directeur des ventes et marketing.

Une DOCG de plus en plus verte

Sur la route vers Conegliano, l’œnologue en chef de Carpenè Malvolti me fait remarquer que « plus souvent qu’autrement, les vignerons ont planté à même leur propriété. Dans la cour arrière et devant la maison! » Il va sans dire qu’ils n’iront pas y mettre n’importe quoi. D’ailleurs, il y a un détail qui attire rapidement l’attention. Tout est si… vert. Depuis 10 ans, le consortium de la DOCG a mis sur pied une série de projets pour le développement d’une viticulture plus respectueuse de l’environnement et de ceux qui l’habitent. Au programme : valorisation de la biodiversité, transformation des déchets de taille et de marcs de raisins en énergies renouvelables et réduction des produits phytosanitaires. Justement, il y a cette odeur familière qui chatouille l’odorat en foulant des pieds une quelconque parcelle. Tiens, tiens, on vient d’épandre des résidus de raisins pressés dans les rangs enherbés, en guise d’engrais. C’est bon. Les bottines suivent les babines.

Conegliano Valdobbiadene Prosecco Superiore DOCG

Il n’y a que les Italiens pour faire des dénominations aussi longues. N’empêche qu’on leur pardonne puisqu’ils font là un sapristi de bon jus. Les raisins de la DOCG, vautrés entre la mer Adriatique et les Dolomites, qui apportent respectivement un souffle chaud de jour et un vent frais de nuit, développent une forte acidité grâce à l’écart thermique. Les rendements sont plus restreints que pour la DOC Prosecco, et les vins plus complexes. Ce qui va probablement à l’encontre de discours qualifiant le prosecco de « simple ».

Domenico parle du prosecco comme d’un « bon ami ». Il n’aurait pu mieux dire. C’est l’ami vers lequel on se tourne quand on veut passer un bon moment, peu importe l’occasion ou l’heure de la journée. Le copain énergique, un peu caméléon, qui sait se doser selon la compagnie, sur la table et autour. Ce sont les bulles avec lesquelles on s’autorise à faire pop! sans raison apparente. Qu’il fait bon festoyer sans avoir à y laisser sa chemise.

À la vôtre

Trinquer local pour la durabilité

CHRONIQUE / Dans les dernières semaines, les vins québécois ont fait verser beaucoup d’encre et déferler beaucoup de mots-clics. Vous êtes aussi nombreux à avoir fait aller votre limonadier sur votre bouteille du Québec le 12 septembre dernier. C’était beau à voir.

Il y a quelque chose dans l’air. Une frénésie de boire local, et de vivre local plus largement. Il suffit de feuilleter le tout nouveau hors-série du magazine Caribou sur les vins du Québec pour en saisir l’ampleur. Ou encore d’aller faire un tour sur le compte Instagram de @vinsduquebec (qui est en feu, c’est pas peu dire). Plusieurs d’entre vous ont même profité des vendanges pour partir à la rencontre de nos vignerons québécois. Est-ce les retombées de la loi 88? Est-ce l’impératif de prendre en main notre planète d’ici deux ans? Une chose est certaine, il y a un momentum, un éveil collectif. 

Non, cet article ne traitera pas de l’incroyable qualité de nos vins. Les éloges et les démonstrations ont été largement faites récemment. 

Pendant longtemps, avec l’abondance de vins provenant des quatre coins du monde, le peu de place donné aux vins d’ici en SAQ et la jeunesse de notre industrie viticole, l’ailleurs était souvent meilleur et plus accessible. Or, maintenant que nos vignerons ont gagné en expérience et en maturité et que la distribution y est, il est beaucoup plus facile et heureux de « boire local ». 

L’achat local s’inscrit dans la mouvance du développement durable, de la consommation responsable et de la protection de l’environnement. Selon Bernard Lavallée, nutritionniste et auteur, en moyenne, les aliments voyagent entre 3500 km et 5000 km avant d’arriver sur nos tables au Québec. En buvant un vin d’ici, on réduit donc inévitablement la distance parcourue par la bouteille jusqu’à notre verre. Moins de carburant dépensé, donc moins de GES attribuables au transport.

Selon notre ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, l’achat local favorise la réinjection des investissements dans la communauté et contribue au développement économique des municipalités, des régions, de la province. La MAPAQ ajoute même que si chaque consommateur achetait pour 30 $ de plus en produits québécois par année, on injecterait un milliard de dollars de plus dans l’économie québécoise en 5 ans. Plus de dollars dépensés ici, plus d’emplois, plus de richesse, plus d’impôts. Qui plus est, chaque bouteille du Québec achetée agit comme un levier pour notre industrie viticole. En supportant nos vignobles locaux, on leur donne le pouvoir économique de se développer, de perfectionner leurs installations, d’engager une main-d’œuvre compétente et d’affiner leurs produits. Au bout du compte, tout le monde est gagnant. 

Je ne dis pas qu’il faut arrêter de boire l’ailleurs. Simplement de boire plus souvent l’ici. Et j’encourage tous les pays et les provinces à le faire. Plusieurs le font d’ailleurs déjà très bien. On a tendance à l’oublier, mais acheter est un choix environnemental, économique, social et politique. En achetant notre vin localement nous avons le pouvoir de minimiser notre empreinte écologique, d’améliorer les conditions sociales et économiques de nos régions et de contribuer à la valorisation de notre vignoble québécois. Moi, je dis que ça vaut le coup.

Québec, Lot 100dix blanc, Domaine Cartier-Potelle

Alimentation

La Bourgogne attend un millésime «exceptionnel» pour son vin blanc

CHOREY-LES-BEAUNE — Pour la deuxième année consécutive, la région française de Bourgogne se félicite de ses vendanges : les professionnels du vin s’attendent à un millésime 2018 de qualité et, en particulier, à des vins blancs «exceptionnels».

«En blanc, je pense qu’on tient un millésime tout à fait exceptionnel, tant en quantité qu’en qualité», a affirmé François Labet, le président du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB), au cours d’une conférence de presse.

«En rouge, les rendements qu’on attendait relativement importants seront certainement moins importants» parce qu’il y a «moins de matière liquide que de matière solide dans nos raisins». Mais «on a une qualité absolument remarquable», a-t-il ajouté.

«L’équilibre est bien là. Couleur et extraction pour les rouges, minéralité et fraîcheur pour les blancs», promet le BIVB dans un communiqué, évoquant «une météo très clémente et une qualité sanitaire parfaite» ainsi qu’»une récolte qui a débuté tôt».

«On est dans la lignée des millésimes précédents, indéniablement, le réchauffement climatique nous est bénéfique à nous, région septentrionale. Le pinot et le chardonnay aiment ces conditions», estime M. Labet.

Après une récolte «historiquement basse» en 2016 en raison notamment du gel, la récolte de 2017, avec un peu plus d’1,5 million d’hectolitres, a relancé le marché des vins de Bourgogne.

La croissance à l’export est ainsi beaucoup plus marquée que l’an passé à la même période, selon le BIVB : +4% en volume pour les sept premiers mois de 2018 contre -2% en 2017, «essentiellement portée par l’Amérique du Nord et les marchés asiatiques».

«Si la récolte 2018 est aussi belle qu’envisagée, la Bourgogne peut espérer retrouver l’équilibre offre/demande nécessaire à son développement économique sur le long terme», souligne l’organisation.

À la vôtre

Porto : vins de générations

CHRONIQUE / Dans une autre vie, le Québec a abondamment flirté avec le porto. L’attraction était telle que le Douro considérait alors le Québec comme son eldorado. Les caisses s’écoulaient comme des petits vins nouveaux. Puis un bon matin, ils se sont perdus de vue.

Le porto me rappelle mon enfance. Chaque Noël, mon grand-père avait l’habitude de le servir dans de petites coupes en chocolat. Ô que j’avais hâte de bénéficier de ce privilège de grandes personnes! Puis enfin à l’âge adulte, l’attrait du porto avait perdu de son lustre — il semblait avoir resté dans le siècle dernier, avec la coupe en chocolat d’ailleurs. 

Les vins fortifiés, à l’instar des vins doux, n’ont pas la cote ces temps-ci. Loin de moi l’idée de casser du sucre sur le dos de quelle cause que ce soit, puisqu’elles sont aussi multiples que complexes. Je crois par contre que le « break » a assez duré et qu’il est temps de secouer le brasier de cette idylle en veilleuse afin de raviver la flamme pour ce qui s’avère être l’un des plus grands vin de garde au monde.

Après un été à la filer douce avec des vins secs, légers et délicats, je suis partie au début du mois faire un tour dans la vallée du Douro, patrimoine mondial de l’UNESCO portugais, histoire de me brasser la cage. Brasser la cage, comme dans cavaler en safari dans le Douro avec Jorge Rosas, PDG de Ramos Pinto, pour constater l’hostilité du terroir dans lequel les vignes prennent leur pied.