En saison, le chai accueille une moyenne de 15 000 visiteurs par mois.

Vignoble Carpinteri : la Toscane... en Gaspésie

SAINT-ULRIC — Au bout de l’autoroute 20, à environ 40 km à l’est des portes de la région touristique de la Gaspésie, quittez la route 132 à Saint-Ulric pour rouler sur 2 km vers le sud. Au milieu de nulle part, vous serez plongé au cœur d’un étonnant microcosme italien où se dressent des plantations de vignes à perte de vue, un chai et une villa inspirés de l’architecture toscane. C’est le dépaysement, voire le choc culturel. «C’est la Toscane en Gaspésie», vous dira Tony Carpinteri, le propriétaire du vignoble le plus au nord du Canada.

Tony Carpinteri est un immigrant italien installé en Gaspésie depuis longtemps. Après un voyage en Toscane en 2004, le passionné de vin a décidé de réaliser son rêve : bâtir son vignoble. À l’automne de la même année, il a fait l’acquisition d’une fraisière à Saint-Ulric, une municipalité voisine de Matane, avec l’intention de faire pousser de la vigne. Un an plus tard, il a fait construire un chai et a procédé à la plantation des plants de vigne. Le Vignoble Carpinteri prenait ainsi forme.

Tony Carpinteri possède huit serres sur sa propriété de Saint-Ulric.

Mais, le rêve ne s’est pas arrêté là. En 2008, il a fait construire une somptueuse villa. Sa construction et l’acquisition de meubles du XIXe siècle ont été complétées en 2010. La Villa propose un forfait incluant une nuitée en chambre de luxe, la visite des caves ainsi que la dégustation des vins, de l’huile d’olive et des vinaigres balsamiques de la propriété, en plus d’un souper inspiré du mouvement slow food, accompagné de vins du vignoble. Le lendemain, les convives sont invités à déguster un copieux petit déjeuner. Lors de leur séjour, les clients peuvent se prélasser dans le sauna et le hammam. «Les six chambres de la villa sont réservées pour les deux prochaines années», prévient toutefois Tony Carpinteri.

La Villa Carpinteri offre un forfait en chambre de luxe avec visite des caves, dégustations, repas et vin.

En 2004, le viticulteur a débuté avec 4000 plants de vigne. «Au départ, avec des cépages hybrides, je ne faisais pas un vin à mon goût, explique-t-il. Je me demandais comment faire un vin pour les gens qui sont habitués de boire des bons vins d’Europe.» C’est là que lui est venue l’idée de la production en serre.

Aujourd’hui, M. Carpinteri cultive 13 000 plants de vigne extérieurs qui s’étendent sur sept hectares. Huit serres construites sur la propriété de Saint-Ulric et cinq autres situées à Sainte-Irène, dans la Matapédia, abritent un total de 8000 autres plants. Trois nouvelles serres s’ajouteront bientôt. Actuellement, le vignoble produit 10 000 livres de raisins pour 50 000 à 70 000 bouteilles de vin. «Je produis deux fois et demie plus de tonnage en serre que la production en plants extérieurs, se réjouit le vigneron. L’an prochain, on devrait atteindre 40 000 livres de production.» L’entreprise procure de l’emploi à une vingtaine de personnes.

Le Vignoble Carpinteri cultive 13 000 plants de vigne extérieurs qui s’étendent sur 7 hectares.

Le Vignoble Carpinteri produit trois vins rouges, trois blancs et un rosé. «Un muscadet plus sucré est dans les cartons», indique au passage le viticulteur. L’entreprise vient de lancer deux nouvelles productions : une grappa à 40 % d’alcool et un brandy. Tony Carpinteri espère éventuellement transformer la grappa en limoncello.

La cave à barils

Pontinello, le premier
Le Pontinello a été le premier vin produit en serre sur la propriété. Son appellation, qui signifie «petit pont» en italien, fait référence au pont couvert Pierre-Carrier, datant de 1918 et situé tout juste à côté du vignoble.

Comme la température en serre est beaucoup plus élevée, les vignes poussent plus rapidement que celles qui vivent à l’extérieur. Grâce à ses serres, le propriétaire du Vignoble Carpinteri réussit à produire des cépages de type «vitis vinifera». «Le vignoble de Saint-Ulric a pris une autre direction avec ses cépages d’Europe», confirme fièrement son propriétaire. Dans les rouges, on y trouve du cabernet-sauvignon, du sangiovese et du merlot. «Le sangiovese est typiquement toscan, précise M. Carpinteri. On est fiers de dire qu’on est le seul vignoble à produire ce vin au Québec!» Dans les blancs, il y pousse du riesling, du gewurztraminer et du pinot gris.

Avec ses dégustations et ses visites gratuites, le Vignoble Carpinteri est devenu une véritable attraction touristique. Le lieu est ouvert tous les jours du début mai à la mi-novembre. «On accueille parfois jusqu’à 750 visiteurs par jour, pour une moyenne de 15 000 par mois, estime le propriétaire du lieu. C’est un incontournable dans le tour de la Gaspésie!»

L’entrée de la somptueuse Villa Carpinteri, qui regorge de meubles du XIXe siècle.
Ce magnifique piano a été fabriqué en 1867 à New York.

Outre quelques restaurants de la région qui proposent des vins Carpinteri, comme le St-Hubert de Rimouski, les produits du vignoble sont vendus à la boutique du chai et en ligne (vignoblecarpinteri.com/boutique). La boutique regorge aussi de plusieurs produits importés d’Italie, dont certains sont fabriqués pour la marque Carpinteri. «Nos pâtes artisanales se vendent très bien», se réjouit l’homme d’affaires.

Le Vignoble Carpinteri est situé au 3141, chemin du Pont-Couvert, à Saint-Ulric.

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Tony Carpinteri, un bâtisseur dans l’âme

SAINT-ULRIC — Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le propriétaire et fondateur du Vignoble Carpinteri n’est pas originaire de Toscane, mais plutôt de la Sicile. Antonio Carpinteri est venu au monde en 1951 à Canicattina Bagni, dans la région de Syracuse. À l’aube de ses 19 ans, alors qu’il ne parle ni le français ni l’anglais, il rejoint l’un de ses frères installé à Montréal. 

En 1971, il est engagé comme aide-pizzaman au Restaurant chez Carlo à Montmagny. L’année suivante, il déménage à Maskinongé, en Mauricie, pour travailler à la Fromagerie Caillette qui était, à l’époque, la propriété de Lino Saputo. «Je vendais de la pizza à la pointe, se rappelle-t-il. Très vite, je suis devenu gérant.» 

Tony Carpinteri et sa femme, Renée Croisetière, débarquent à Matane en 1972 pour acquérir les équipements d’une pizzeria qui avait fermé ses portes. Ils ouvrent alors Italia Pizzeria, qui a toujours pignon sur rue au centre-ville de Matane. En 1975, le couple vend son restaurant et fait construire une usine dans le parc industriel de Matane pour fonder Italia Distribution. En 1981, l’entreprise change de vocation et devient Les Cuisines Gaspésiennes. L’usine produit des pizzas, des sous-marins et des cretons sous la marque Gaspésien. 

Quelques années plus tard, l’entreprise fabriquera du jambon, du pepperoni et du soc fumé. En 1994, le marché des États-Unis et de Puerto Rico s’ouvre aux Cuisines Gaspésiennes. Dix ans après, le fondateur cède son siège de président-directeur général à son fils Enrico, qui en assume encore aujourd’hui les fonctions. Tony Carpinteri se consacre à la construction de son vignoble. Outre sa passion pour les vins et la bonne chère, l’homme d’affaires adore voyager avec son épouse. Le couple a voyagé dans tous les continents.