Aux abords de la 132, la plage du Coin-du-Banc de Barachois, est considérée comme l’un des plus beaux sites de la péninsule de la Gaspésie.
Aux abords de la 132, la plage du Coin-du-Banc de Barachois, est considérée comme l’un des plus beaux sites de la péninsule de la Gaspésie.

Gaspésie à vélo : rangez les sacoches. Prêt ? Pédalez !

Maxime Bilodeau
Vélo Mag
La Gaspésie à vélo n’est pas réservée qu’aux amateurs de cyclotourisme, tant s’en faut ! Dans les chemins de traverse, sur route ou sur les plages, cette région a de quoi plaire à tous les types de cyclistes, y a constaté Vélo Mag.

La Matanie : paradis du vélo de gravelle ?

Qu’est-ce que je regrette de ne pas avoir emporté mon vélo de garnotte ! À peine ai-je pédalé quelques kilomètres sur les routes 100 % asphaltées d’une boucle d’environ 110 km reliant Matane, Sayabec et Baie-des-Sables que je constate mon erreur. C’est que dans La Matanie et la vallée de la Matapédia, les chemins graveleux ou cahoteux sont rois. Dès mon départ sur la route 195 en direction de Sayabec (prononcer « sé-bec »), j’en croise un certain nombre qui mènent droit à de paisibles hameaux de quelques centaines d’habitants. L’escapade en sera ponctuée tout du long.

Dans La Matanie et la vallée de la Matapédia, les chemins graveleux ou cahoteux sont rois

Heureusement, d’autres ont déjà flairé l’énorme potentiel de la région au regard de ce que l’Office québécois de la langue française appelle le « vélo de route tout-terrain ». C’est le cas de Guy Bouchard, propriétaire de la boutique Vélo Spécialité, à Matane, qui propose sur son site Internet des parcours sur routes de gravier dans son coin de pays. D’aussi peu que 20 km à plus de 80 km, les itinéraires qu’ils suggèrent sont commentés, cartographiés et même classifiés selon leur niveau de difficulté. Une petite mine d’or.

Mon prix de consolation : un circuit routier costaud comportant moult bonnes bosses à ascensionner, dont celle du chemin de la Coulée-Carrier, sur lequel je m’engage à partir de la 195. Longue de 5 km, cette montée irrégulière qui serpente en pleine forêt gaspésienne représente un beau défi. Ce n’est pas pour rien que le Grand Prix cycliste de La Matapédia – une course cycliste ayant lieu autour d’Amqui depuis 2012 – y dessine chaque année une partie de son tracé.

Après l’ascension m’attend une longue descente apparentée aux montagnes russes, qui me dépose à Sainte-Paule. C’est ici, en septembre 1970, qu’est née devant 3000 personnes réunies à l’église du village la première des trois Opérations Dignité, un mouvement populaire dont l’objectif était d’empêcher la fermeture de 65 villages de l’est du Québec. Onze d’entre eux, dans l’arrière-pays gaspésien, n’ont pas survécu. Les routes (majoritairement en gravier) y conduisant existent encore, cependant...

Le reste de la randonnée emprunte les routes 132, 297 et à nouveau 132 afin de revenir au point de départ. Chemin faisant, le cycliste profite tour à tour de paysages forestiers, agricoles et côtiers. Un éloge à la diversité des panoramas gaspésiens.

***

La Pointe : à rouler au moins une fois dans sa vie

Ai-je trouvé la quintessence du vélo de route au Québec ? Alors que je me bute à un des interminables murs parsemant la route entre les villages de Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine et Grande-Vallée, je me pose sérieusement la question. Crainte par les cyclistes à sacoches, qui en détestent le relief accidenté, le littoral nord de la péninsule gaspésienne est néanmoins un véritable paradis pour les cyclosportifs « sérieux ».

Dans le secteur de Percé, attaquez-vous à la route des Failles, une route secondaire qui traverse un <em>hinterland</em> montagneux et sauvage qu’on jurerait situé dans les Pyrénées, en Europe. Le trajet de 5,7 km le plus épique de votre vie.

En outre de présenter un généreux dénivelé – il n’est pas rare de grimper de plusieurs centaines de mètres en seulement quelques kilomètres –, les routes sinueuses accrochées à flanc de montagne promettent maints points de vue vertigineux entre falaises et océan. Les descentes, rapides mais peu dangereuses étant donné le faible achalandage sur la 132 à cette hauteur (oui, sérieusement), catapultent les cyclistes d’une localité de bord de mer à l’autre. Le temps de les traverser, le vent, constamment présent dans cette étendue de pays, se met de la partie. Le manège se répète sur des dizaines de kilomètres jusqu’au village de Rivière-au-Renard. Ou jusqu’à plus soif.

À partir de la « capitale des pêches » du Québec, la circulation se densifie toutefois un brin. Nous sommes quand même à proximité du parc national de Forillon ! L’exploration des environs de ce joyau des parcs nationaux canadiens vaut réellement la peine. Commencez par vous rendre au phare de Cap-des-Rosiers, le plus haut au Canada. Puis enfilez la montée Laurencelle, qui divise le parc en deux, en prenant bien soin de faire un crochet par le cap Bon Ami. En cours de route, vous gravirez la côte à la Mélasse (ne prononcez pas le é), qui doit son nom à son fort pourcentage, lequel assure de coller au beau milieu. Avant de poursuivre votre tour de Forillon par la route 197, saisissez l’occasion de pédaler l’aller-retour panoramique jusqu’à L’Anse-aux-Amérindiens. Le mythique festival Musique du Bout du Monde se tient à un jet de pierre.

Une visite dans ce coin de la Gaspésie ne saurait être complète sans un léger détour par la (trop) touristique Percé. Rangez votre portefeuille et remettez à plus tard l’achat d’une quelconque babiole dans un attrape-touristes de la place ; attaquez-vous plutôt à la route des Failles, une route secondaire qui traverse un hinterland montagneux et sauvage qu’on jurerait situé dans les Pyrénées, en Europe. Le trajet de 5,7 km le plus épique de votre vie. À découvrir, absolument.

***

Plage du Coin-du-Banc de Barachois : rocher Percé côté jardin

Jean-François Tapp n’est pas uniquement un hyperactif organisateur d’événements sportifs à saveur gaspésienne : il est également depuis peu l’heureux propriétaire d’une emblématique auberge bicentenaire ayant pignon sur rue entre mers et montagnes près de Percé. Celui à qui on doit la série de Courses Gaspesia (Gaspesia 100, Gran Fondo Forillon, etc.) a acheté en août dernier l’auberge Le Coin du Banc directement de l’ancienne propriétaire, Lise DeGuire, veuve de Sidney Maloney, un exproprié de l’île Bonaventure d’ascendance irlandaise.

Avec ce « secret d’alcôve aux pignons verts irlandais », comme l’a déjà écrit Le Devoir, Jean-François Tapp souhaite établir à l’intention des sportifs un camp de base à partir duquel différentes activités de plein air et d’aventure seront offertes – dont du vélo, bien sûr. La preuve : c’est du futur Camp de Base Coin-du-Banc que nous nous élançons pour une sortie en fat bike d’environ 15 km sur la plage du Coin-du-Banc de Barachois, un banc de sable aux abords de la 132 considéré comme l’un des plus beaux sites de la péninsule de la Gaspésie. Vérification faite, c’est bien vrai.


Le spectacle qui se déroule sur cette étendue de sable saura stimuler vos cinq sens, à commencer par l’ouïe.

Aucune difficulté majeure ne ponctue cette promenade, la rendant accessible à tout genre de mollets, affûtés ou non. Peur de vous ennuyer ? N’ayez crainte : le spectacle qui se déroule sur cette étendue de sable saura stimuler vos cinq sens, à commencer par l’ouïe. Alors que nos bécanes dodues font joyeusement crisser la roche sédimentaire sous nos crampons, la valse des vagues s’échouant sur les berges se mélange au concert des mouettes rieuses, créant une symphonie polyphonique aussi subtile que poignante. Ajoutez à cela l’odeur iodée du varech, la caresse furtive du vent de bord de mer ainsi que le côté jardin du rocher Percé bien visible au loin, et vous obtenez une aventure à haut facteur wow.

Après ça, il est impossible de poser pied à terre en n’étant pas entièrement zen. La preuve : je suis reposé, du casque jusqu’au bout des cales.

***

REPÈRES

Marie 4 poches

L’extérieur ne paie pas de mine. Pourtant, dès qu’on met les pieds dans cette pâtisserie-boulangerie aménagée à même un ancien atelier de vélo – et dont elle a su garder le cachet –, on ne peut qu’être séduit. À essayer : le sandwich végétarien (excellent accompagné du kombucha gaspésien) ainsi que le café infusé à froid pendant plusieurs heures.

111, boulevard Sainte-Anne Ouest, Sainte-Anne-des-Monts

Hôtel-motel Grande-Vallée des Monts

Quoi de plus reposant que de se réveiller ou s’endormir au son des vagues ? Dans ce trois étoiles très abordable, c’est tout à fait possible. Situé en bordure de l’anse de la Rivière de la Grande Vallée, il offre une perspective incroyable sur la municipalité d’un millier d’habitants ainsi que sur son église, qui a bien fière allure du haut de son promontoire rocheux. Tranquillité, quand tu nous tiens !

37, rue du Quai, Grande-Vallée

Biseak

La Gaspésie regorge de plages de sable et de galets – un livre les répertoriant, Les plages et les grèves de la Gaspésie (Josée Kaltenback, chez Fides), a même été écrit. Clément Vallée, 18 ans, l’a bien compris et propose depuis deux ans la location de fat bikes qui permettent de découvrir celles à proximité de Sainte-Anne-des-Monts, où il habite. Les clients de son entreprise, Biseak, sont invités à rouler sur des vélos Moose.

236, 1re Avenue Ouest, Sainte-Anne-des-Monts

___

Découvrez plus de contenu pratique sur le site web de VéloMag