Grâce à la collaboration de généreux propriétaires terriens du coin, les cyclistes de montagne peuvent parcourir la campagne de Portneuf pour en apprécier la beauté.

Vélo de montagne: Saint-Raymond roule en grand

SAINT-RAYMOND — Un moment nous étions dans l’effervescence des bureaux de l’administration de la Vallée Bras-du-Nord, l’instant d’après nous roulions dans le calme de Portneuf, en direction du mont Laura et des sentiers de vélo de mon­tagne avoisinants. Le temps de cette bouffée d’air, Frédéric Asselin ne pouvait que constater combien la municipalité respire le vélo, bien au-delà des rêves les plus fous…

Une évasion régulière pour le directeur général de la Vallée, qui profite aussi souvent que possible du terrain de jeu que son organisation a su mettre en place à Saint-Raymond. Car si depuis environ 10 ans le vélo de montagne a sérieusement laissé sa marque au cœur de la Vallée Bras-du-Nord dans le secteur Shannahan, celui de Saint-Raymond poursuit aussi son développement de belles façons.

Nouveaux sentiers, nouveaux services… et nouveaux cyclistes. S’il a depuis les débuts de grandes ambitions pour le vélo de montagne, Frédéric Asselin affiche tout de même encore un certain étonnement quant à l’ampleur de ce qu’est devenue la Vallée Bras-du-Nord et son impact sur Saint-Raymond.

Au-delà de l’attrait touristique, ce coin de Portneuf se présente comme un petit paradis cycliste où les locaux ont embarqué dans l’aventure et pédalent en famille. L’hôpital bénéficierait même des services de deux médecins débarqués en ville… pour le plaisir de rider aussi souvent que possible!

«Nous estimons autour de 1000 résidents [sur environ 10 000 habitants] le nombre de pratiquants du vélo de montagne seulement à Saint-Raymond. En excluant les personnes âgées et les villégiateurs, c’est un sacré pourcentage!» s’enthousiasme Frédéric Asselin.

«Ça dépasse le nombre de pratiquants pour le soccer [environ 350 inscriptions] et on chauffe aussi le hockey qui a autour de 800 inscriptions, plus les pratiquants libres. Le bike de montagne dans la communauté est en ébullition!» constate le dg. «Ça, c’est très cool pour nous qui avons bâti ce réseau. On a réussi à devenir une vélo-ville», explique-t-il, faisant référence à cette vision que la coopérative Vallée Bras-du-Nord poursuit depuis 10 ans.

Des effets qui se font sentir sur l’économie locale. Les deux boutiques de vélo de Saint-Raymond roulent particulièrement bien. Les offres pour la restauration et l’hébergement se bonifient avec l’achalandage qui croît, que l’on pense notamment au Roquemont qui est devenu un camp de base pour les cyclistes à pneus à crampons.

Et ce n’est pas fini côté croissance. Pour l’horizon 2018-2022, la coopérative prévoit investir 971 000 $ pour la création de nouveaux sentiers en tous genres et pour améliorer les infrastructures d’accueil.  

«Ce million en sentier vient s’intégrer à notre plan de développement de 5 millions $ juste pour les investissements de la coop. Le montant sera doublé avec les investissements des partenaires qui se joignent à notre développement récréotouristique», précise Frédéric Asselin.

Frédéric Asselin, directeur général de la Vallée Bras-du-Nord, à son «bureau» en plein air, dans Tablerone, un classique champêtre du secteur Saint-Raymond.

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Il suffit d’enfourcher un vélo de montagne à partir de Saint-Raymond pour réaliser tout l’attrait d’avoir à proximité pareils circuits à explorer. En partance du Roquemont, où la coopérative offre la location de montures, il ne faut que quelques minutes pour se retrouver à l’assaut du mont Laura, le petit centre de ski du coin. Du terrain de grande qualité, d’intermédiaire à avancé en sentier étroit (singletrack), est alors à portée de guidon.

Dessinés, aménagés et entretenus avec soin, les sentiers présentent un dosage parfait entre montées et descentes. La plupart du temps, au moment où vos jambes demanderont un répit, le relief vous l’offrira comme par magie. Ce qui fait qu’au bout d’une heure ou deux à vélo, l’effort sera tout sauf monotone.

«C’est plus notre secteur “parc”», illustre Frédéric Asselin au sujet des sentiers à Saint-Raymond. Un endroit parfait pour venir s’amuser quand le temps est compté. Entre zones forestières, clairières et champs où les vaches ruminent, le dépaysement est total. Le plaisir aussi, alors que les portions avec virages inclinés (bank) se succèdent à bon rythme, quand ce n’est pas l’occasion de faire (ou non!) des sauts sur des bosses ou encore d’emprunter des ponts de bois aériens, comme sur La Tablerone, un sentier tout ce qu’il y a de plus moderne.

À proximité de ce qui est surnommé la «montagne du Suisse», en l’honneur de l’un des généreux propriétaires terriens qui autorisent l’accès aux sportifs sur leurs terres, une toute nouvelle zone de sentiers vient d’être ouverte. Environ 6  km de plus sont accessibles depuis quelques jours, ce qui porte à 35 km le total pour le secteur de Saint-Raymond, pour plus d’une centaine dans l’ensemble de l’offre de la Vallée Bras-du-Nord.

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Attablé à la terrasse du Roquemont, Frédéric Asselin partage entre deux bouchées d’un burger végé les grandes lignes du plan de développement que son équipe et lui ont comme boussole pour les prochaines années. Visiblement, les projets ne manquent pas et avec l’intérêt et la collaboration de la communauté, la coopérative et Saint-Raymond n’ont pas fini de nous surprendre...

Puis, ne perdant pas un instant, le dg file en cette fin d’après-midi pour une autre réunion à l’agenda. Le temps de se rafraîchir à son bureau juste à côté, il passe de ses vêtements de vélo à ceux de ville. Le parfait exemple de la conciliation plaisir-travail!

Une réalité qui s’apprécie de plus en plus dans la petite municipalité de Portneuf, où après le boulot, le vélo de montagne n’est jamais bien loin.

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«TRICHER» EN SENTIER AVEC L'ASSISTANCE ÉLECTRIQUE

SAINT-RAYMOND — C’est un autre sport… C’est ce qu’il faut admettre dès les premiers instants après avoir enfourché un vélo de montagne à assistance électrique.

Malgré des allures passablement normales, le e-vélo est véritablement une bête à part. Une fois l’assistance engagée, de Eco (+ 30 %) à Turbo (+ 300 %) dans le cas de mon essai, chaque coup de pédale est décuplé par le petit moteur intégré. Plus on pédale vite, plus on avance rapidement. Jusqu’à 25 km/h sans réel effort! L’effet est étonnant. La puissance ressentie est grisante, mais reste naturelle et le fonctionnement est instinctif et silencieux dans le cas du vélo Moustache Samedi 27 Race testé.

Malgré des allures passablement normales, 
le vélo de montagne à assistance électrique est véritablement une bête à part. Chaque coup de pédale est décuplé par le petit moteur intégré. Jusqu’à 25 km/h sans réel effort!

Le vélo à double suspension est certes plus lourd qu’un équivalent sans moteur, mais l’avantage est certain. Ceux qui l’essayent ne peuvent d’ailleurs que s’interroger sur cette «tricherie» dans les sentiers. Un plaisir coupable qui devra nécessairement être encadré au fur et à mesure que la popularité de l’assistance électrique prendra de l’importance. Pour Frédéric Asselin, directeur général de la Vallée Bras-du-Nord, il y a une réflexion à avoir.

S’il voit du bon dans l’électrique pour notamment donner accès au plaisir de rouler en sentier à une population vieillissante, il se questionne sur l’acceptabilité au sein de la communauté des adeptes de vélo de montagne. Comment sera vécue la cohabitation entre les «à mollets» et les «à moteur» quand les deux se croiseront sur le sentier?

Puis il y a une question de sécurité. Avec l’assistance électrique, il est possible d’aller vite et loin. Si jamais il y a bris ou panne de moteur, le retour pourrait devenir laborieux… Et que dire d’un cycliste qui n’a pas l’expérience pour piloter pareil engin en terrain accidenté? Quant à la vitesse plus élevée possible, les risques de chutes et les conséquences de celles-ci ne sont pas à prendre à la légère.

Usure des sentiers

Devant l’arrivée de cette nouvelle expérience pour les cyclistes, Frédéric Asselin, comme gestionnaire, est particulièrement préoccupé par l’usure des sentiers. Car les adeptes de e-vélo de montagne ont la capacité de s’offrir plus de passages sur les parcours, enfilant les montées avec facilité pour s’en donner à cœur joie dans les descentes.

Alors qu’un sportif en forme fera peut-être une boucle ou deux dans une sortie donnée, le cycliste avec assistance électrique en fera probablement le double, sinon plus. L’entretien des pistes en sera d’autant accéléré. Une tarification en conséquence pourrait être une avenue à envisager, croit le directeur. En attendant, il se promet bien de tester davantage le nouveau type de monture dans son royaume de Portneuf, pour en comprendre tous les impacts.

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FAIRE FRONT COMMUN POUR ÊTRE NUMÉRO UN

Choyés les amateurs de vélo de montagne de la grande région de Québec? Et comment! Question de le faire savoir sans retenue au plus grand nombre, Québec vélo de montagne, un regroupement qui inclut la Vallée Bras-du-Nord, le Mont-Sainte-Anne, les Sentiers du Moulin à Lac-Beauport et Empire 47 à Lac-Delage et Stoneham a été mis en place il y a trois ans. 

Preuve du sérieux de l’opération conjointe, un coordonnateur a même été nommé plus récemment pour orchestrer cet effort de marketing commun. «La variété, c’est notre force», résume Gabriel Gakwaya, au sujet des quatre grands pôles dédiés au vélo de montagne dans la région de Québec. 

«À la base, ce sont des compétiteurs, mais c’est la ville qui va attirer les cyclistes», précise le coordonnateur qui travaille de concert avec l’Office du tourisme de Québec. L’idée est donc de faire connaître l’offre pour le vélo de montagne dans sa totalité. 

Gakwaya et ses collaborateurs cherchent ainsi à attirer et retenir plus longtemps les visiteurs d’ailleurs au Québec, mais aussi du reste du pays et de l’étranger. Un soin particulier est actuellement apporté à l’image de la région, notamment en utilisant les réseaux sociaux, histoire de mettre en valeur tous les styles d’expériences qui s’offrent aux cyclistes à pneus à crampons. 

Forfaits et services spécialisés seront aussi développés dans un horizon rapproché. «On veut créer des produits typiques de la région.» À cet égard, l’épreuve par étapes Québec Singletrack Expérience (quebecsingletrack.com), qui se tiendra sur les sentiers des quatre partenaires, revient  cet été pour une deuxième présentation, du 4 au 10 août.