Un magazine pour vivre «Lentement»

Andréann Lune vit comme elle écrit. Simplicité volontaire, minimalisme, éducation alternative : son magazine «Lentement», édité à Limoilou, fait l’éloge du «slow living», un quotidien qu’elle a choisi. La publication remet en question la société de consommation bien ancrée dans le mode de vie occidental.

Andréann Lune a eu un parcours scolaire assez classique, mais à 16 ans, elle fait une grosse dépression. Elle termine son secondaire dans un centre d’éducation des adultes en deux mois, à son rythme.

«Je suis tombée enceinte assez tôt, dit-elle. Je ne voulais pas envoyer mes enfants à l’école et jouer à la roulette russe, à savoir s’ils allaient être performants ou non dans un parcours scolaire traditionnel.» Ses trois enfants bénéficient d’un enseignement à la maison, donc. Ils apprennent à leur rythme, selon leurs compétences, dans un horaire plus souple. 

En avril 2017, elle mène une campagne de sociofinancement pour soutenir la première impression du magazine. Elle récolte un montant au-delà de celui espéré, dit-elle. Ce sont 300 copies de la première édition de Lentement qui seront imprimées.

Le magazine deuxième vague s’inspire des Taproot, Kinfolk ou Beside, des publications dans lesquelles la photographie et l’illustration ont une place prépondérante.

Entre récits, entrevues, poèmes, photoreportages ou essais, les thèmes abordés sont assez larges, mais toujours enracinés dans le slow living. Comme le chemin qu’elle a choisi d’emprunter, Lentement expose des parcours alternatifs. «Dans le dernier numéro, on parle de grossophobie et de non-reconstruction après le cancer du sein», illustre Andréann Lune. 

«Les gens sont prêts à entendre ces histoires plus marginales, poursuit-elle. Et plus on en parle, plus ces modes de vie alternatifs seront socialement acceptés.» 

Le magazine Lentement s’inspire des Taproot, Kinfolk ou Beside, des publications dans lesquelles la photographie et l’illustration ont une place prépondérante.

Slow comme Lentement

Le Slow Movement a débuté au milieu des années 80, initié par le Slow Food. Le mouvement prend racine en Italie, en 1986. Un groupe d’amis œnologues, historiens et sociologues se réunissent autour des valeurs de simplicité. L’association est alors nommée Arcigola, et élit Carlo Petrini comme président. Les militants protesteront la même année contre l’ouverture d’un restaurant McDonald’s à Rome. 

Le mouvement s’est globalisé en réaction à l’émergence du mode de consommation effréné. Il est reconnu par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation de l’agriculture (FAO) et possède son siège à Bra, au sud de Turin, en Italie.

Ses adeptes prônent le ralentissement du rythme de vie, du travail et de la famille. Ils s’opposent à la surconsommation et vivent en simplicité volontaire. En cuisine, ils privilégient les aliments locaux. Leur mode de vie est frugal et alternatif, donc, parce que Slow est aussi un acronyme : sustainable (durable), local, organic (biologique) et whole (entier, non transformé).

Les 64 pages de Lentement sont éditées dans le quartier Limoilou, à Québec, imprimées sur du papier postconsommation de Breakeyville et vendues à La récolte, La folle fourchette, Ô Village, Article 721, L’inventaire et Accro cuisine et dépendances. «Il n’y a pas plus local que ça», laisse tomber Andréann Lune. 

Le magazine, qui était auparavant publié quatre fois par année, le sera désormais deux fois par année, puisque l’entrepreneure est seule derrière le projet. La plus récente édition est vendue au coût de 16 $, tandis que les précédentes sont à 8 $.

Pour info : lentement.co