Marc Allard
Le Soleil
Marc Allard
Quand on aide quelqu’un à apprendre quelque chose, on en bénéficie autant que lui, parfois plus.
Quand on aide quelqu’un à apprendre quelque chose, on en bénéficie autant que lui, parfois plus.

Un coach dans le miroir

CHRONIQUE / À l’école, il y a deux types de bolés : ceux qui se complaisent en haut de la pyramide et ceux qui aident les autres à monter.

Le premier tire un surplus de fierté de la comparaison. Il est content quand ses camarades se plantent — ça le fait briller encore plus. 

Alors, il ne comprend pas pourquoi le deuxième donne un coup de main à ceux qui ont de la misère. 

Il ne comprend pas pourquoi il gaspille de l’énergie à décortiquer les nouvelles notions avec les plus faibles, fait des petits schémas pour leur expliquer, les aide à trouver la réponse à la maudite question 3b où plusieurs élèves ont troué la feuille à force d’effacer et de recommencer.

Mais ce que le premier ignore aussi, c’est que son nombrilisme le désavantage. Son gros bon sens lui suggère que les conseils qu’il prodiguerait ne profiteraient qu’aux autres. Or quand on aide quelqu’un à apprendre quelque chose, on en bénéficie autant que lui, parfois plus.

Ce phénomène a récemment été débroussaillé par la chercheuse en psychologie Lauren Eskreis-Winkler, professeure à l’Université Wharton, en Pennsylvanie, aux États-Unis. 

Dans une expérience à grande échelle, Eskreis-Winkler et son équipe ont assigné au hasard 1982 jeunes du secondaire qui faisaient partie soit d’un groupe «traitement» où les élèves donnaient des conseils de motivation (par exemple, comment cesser de procrastiner) à des étudiants plus jeunes, soit d’un groupe «contrôle» où ils faisaient comme d’habitude. 

Au terme de l’expérience, les élèves qui donnaient des conseils ont obtenu des notes plus élevées à la fois dans le cours de mathématiques et dans un autre cours au choix. 

Étonnant, non? Encore plus quand on sait que l’activité de conseil en question ne durait que huit minutes. Plus précisément, les participants ont répondu à 14 questions ouvertes et à choix multiples dans lesquelles ils ont donné des conseils sur le meilleur endroit où étudier et les meilleures stratégies pour apprendre. Les participants ont aussi écrit une lettre de motivation à un jeune étudiant anonyme qui «espérait faire mieux à l’école».

Eskreis-Winkler et ses collègues entrevoient plusieurs raisons qui pourraient expliquer des résultats aussi surprenants pour une activité de huit minutes. Ils citent d’autres études en laboratoire qui montrent que donner des conseils accroit davantage la confiance qu’en recevoir. Ils notent aussi qu’offrir des conseils incite les conseillers à faire eux-mêmes des plans concrets pour adopter les comportements recommandés. 

Enfin, ils ajoutent que les gens ressentent un grand inconfort psychologique quand ils disent une chose et font son contraire, un phénomène appelé la «dissonance cognitive». Si, par exemple, un élève conseille à un autre de commencer à étudier plusieurs semaines avant un examen, il risque moins de se bourrer le crâne à la dernière minute. 

En aidant quelqu’un à apprendre, on s’aide aussi. Les sages s’en doutent depuis longtemps. Dans l’Antiquité, le philosophe stoïcien Sénèque a écrit que «quand on enseigne, on apprend». 

Je vous conseille de vous en souvenir...