Sur la table des élèves, il y a 30 cartes à classer sur la ligne du temps dans le bon ordre.

Un bain dans l'histoire

L’histoire devient un prétexte à l’apprentissage de toutes les matières dans la classe de 4e année de Gérald Charron. Des spécialistes des arts, de la musique, de la bande dessinée, des échecs et même des chercheurs universitaires sur l’apprentissage vont et viennent selon les étapes pour amener leur grain de sel dans le programme scolaire.

Les 26 élèves sont capables de parler des grands moments de l’histoire du pays, de les classer sur la ligne du temps. Les cartes préparées par la professeure-chercheuse Catherine Duquette, accompagnée de la doctorante Laurie Pageau, sont illustrées avec des peintures, des dessins ou des photos selon les époques. Un texte décrit le moment historique. L’expérience est aussi effectuée dans une classe en Alberta.

L'histoire est au centre des apprentissage dans la classe de Gérald Charron.

Il y a 30 cartes sur la table. Il faut les classer dans un délai de 10 minutes environ. Benjamin et Louis ont réussi le défi en 6 minutes 30 secondes. «Nous avons battu le temps de la classe de 5e», annonce Benjamin en bombant le torse de fierté.

Plus encore, ils devaient choisir 10 cartes représentant 10 événements marquants parmi la trentaine devant eux en expliquant leur choix. Dans le lot, il y a l’arrivée de Jacques Cartier, «sinon, nous ne serions pas là», explique l’un.

Et il y a l’unification du Haut-Canada et du Bas-Canada, le droit de vote des femmes, la Première Guerre mondiale, la grande crise économique de 1929, l’universalité des soins de santé dans les années 60, le rapatriement de la Constitution canadienne, le référendum de 1995. Ève et Annalie ont classé leur carte en tenant compte de l’évolution et des conséquences des événements.

Mettre en perspective des moments historiques lorsqu’on a 10 ans relève de l’exploit. Être capable de distinguer les effets à long terme, le progrès ou le déclin, cela demande concentration, effort et analyse. «La technologie dira un élève, c’est un progrès, mais c’est aussi un déclin à cause de la pollution» que cela engendre avec les déchets des ordinateurs et des téléphones cellulaires pas toujours envoyés au recyclage.

Et tous les jeunes démontrent un grand sérieux et une détermination dans l’exercice. Ils sont motivés. Ils veulent savoir. Ils veulent aussi raconter les histoires.

Même les parties d'échec font partie de l'apprentissage.

Le thème de leur année, «Cap historique, visée tactique!» a d’abord été préparé par la lecture de bouquin de la collection Bonjour l’histoire. Tout le monde a lu celui sur Marie Rollet avant de choisir Champlain, Jeanne Mance, Marie de l’Incarnation, Étienne Brûlé ou le chef huron Kondiaronk.

Chacun racontera l’histoire aux autres en prenant la parole devant un groupe. Il faudra aussi l’illustrer dans une bande dessinée. Et pourquoi ne pas faire un portrait sur toile de ce personnage?

Il y a les parties d’échecs, un jeu vieux comme le monde, qui développe la stratégie, la patience, l’observation. Les enfants ont participé à la confection de leur costume, des combattants aux couleurs des Français ou des Anglais, qu’une artiste a dessiné. Car la partie d’échecs rappelle aussi la Conquête et les combats sur les plaines d’Abraham. Maxence lance qu’il ne faut pas jouer sa pièce trop rapidement. Plus loin, Zachary joue avec Émile. Zachary a eu la piqûre. Il participe à des tournois où il a gagné une médaille d’argent et une de bronze. Et il avoue qu’Émile l’a déjà vaincu... une fois!

Juste à la table d’à côté Élisabeth et Daphné sont en verve. Elles racontent tout ce qu’elles ont appris depuis le début de l’année scolaire, dont le cercle des lecteurs, les jeux de rôle, l’apprentissage de la gestion des conflits avec des phrases qui ouvrent au dialogue et qui expriment des émotions sans se fâcher. «C’est pas mal plus cool d’apprendre dans la classe de M. Gérald», lance Élisabeth tout en souriant.

Le plaisir n’est pas terminé, car avec les prix gagnés grâce aux projets de la classe, toute la bande ira à Montréal en autocar pour visiter le musée de Pointe-à-Callière et le Centre des sciences.

Avant, ils iront à la place Royale, à pied et par le traversier, pour arpenter les salles des expositions du Musée de la civilisation. À la fin de l’année, ils auront baigné dans l’histoire et ils feront partie de l’Histoire.