Tourner le dos à l’alcool: la parole aux lecteurs

Le 8 juin, Le Soleil demandait s’il était dans l’air du temps de tourner le dos à l’alcool. Les témoignages de sobriété de quelques personnalités, le chef Danny St Pierre, le chroniqueur et animateur Fred Savard, le chanteur Dumas et la fondatrice de Trois fois par jour Marilou, nous avaient mis la puce à l’oreille. Nous vous avons aussi posé la question: en quoi votre décision d’arrêter de boire a eu un impact dans votre vie? Trois lecteurs ont osé partager leur expérience à cœur ouvert, avec sagesse et fierté.

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Une bonne influence

«Moi, je ne suis pas très originale. J’ai cessé de boire après quelques années de réflexion. Le plus difficile a été de prendre la décision. Depuis, je profite de belles soirées avec des amis, sans l’effet du sommeil, les brumes et la soif constante d’un autre verre. J’ai constaté que depuis ce temps, leur consommation a diminué en ma présence et pourtant, je n’en parle jamais. On m’en glisse un mot de temps en temps, par curiosité, mais c’est tout. Je leur réponds toujours que j’ai bu ce que j’avais à boire dans ma vie. Et ça ne me manque pas du tout. Quelques fois, je suis fière d’être conductrice désignée.»

Rosanne Nadeau, Québec

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Miser sur le chiffre 13

«J’ai décidé d’arrêter l’alcool pour 13 mois le 13 août 2018. J’expliquerai plus loin la raison du chiffre 13, qui me mène au 13 septembre 2019. J’en ai discuté avec une de mes sœurs et elle m’a offert le livre La sobriété volontaire : une année sans alcool, de Danièle Archambault. Elle a vu un reportage sur cette auteure à l’émission Banc public, animée par Guylaine Tremblay. Ce livre est présenté sous forme de bande dessinée.

Donc le 13 août, j’ai vécu ma première journée sans alcool. Tout va bien, je tombe sur un reportage de Fred Savard et son arrêt à consommer de l’alcool, un signe encourageant pour moi. Plus tard, à l’émission Y’a du monde à messe, Dumas, qui a aussi cessé de boire, parle de son bien-être. Et de deux inspirations pour moi. Puis il y a quelques mois, Danny St Pierre avoue avoir cessé de prendre de l’alcool il y a plus de quatre ans. Et il y a à peine quelques jours, Pierre-Yves Lord dit avoir lui aussi diminué sa consommation à Deux hommes en or.

Je suis tellement encouragée que j’ai souligné mes 10 mois sans alcool le 13 juin et je n’ai vraiment pas l’intention d’en reprendre. Surtout que j’ai perdu 32 livres à ce jour. Danièle Archambault a souligné dans son livre en avoir pris 15, alors j’ai décidé de faire très attention au sucre et de faire une diète qui fonctionne assez bien.

Vive la sobriété volontaire! Je bois de la Beck’s sans alcool ou de l’eau citronnée, je n’ai récolté que des bienfaits.     

Mon choix de rester sobre jusqu’au 13 septembre est significatif. C’est la date d’anniversaire de mon père, de ma belle-mère et d’un ami, tous décédés, et la date de décès de mon beau-père. Je leur ai lancé une demande d’aide et le résultat est là!»          

Suzanne Nadeau, Québec

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Sobriété à maturité

«Ça va faire maintenant 18 ans le 24 juin que je ne bois plus du tout. J’avais tendance à faire des conneries et j’ai eu quelques problèmes à cause de ma consommation d’alcool trop élevée, mais rien de grave. J’ai arrêté en allant en  thérapie. Une thérapie de six mois, mais j’ai fait cinq mois, car je considérais que le reste n’était pas pour moi. Ça m’a grandement aidé dans mes finances et dans mes amours. 

Je me sens mieux dans ma peau, je suis toujours apte à conduire, j’ai toujours les idées claires si quelque chose arrive et que je dois réagir rapidement. L’an passé, on m’a appelé pour le suicide d’une belle-sœur, et probablement qu’avant, sous l’effet de l’alcool, je n’aurais pas pu y aller. Mais sobre, j’ai pu aider un de mes frères à passer à travers cette épreuve.

Je profite mieux de la vie et j’ai autant de plaisir qu’avant dans une soirée. Même plus, car je vois la fin et je ne me demande pas le lendemain si j’ai fait une connerie pendant la fête.»

Michel, Varennes

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Éclairage scientifique

Notre dossier a aussi fait réagir Catherine Paradis, analyste principale, recherche et politiques au Centre canadien sur les dépendances et l’usage des substances. Bien qu’aucune étude ne demande «spécifiquement» aux répondants s’ils ont arrêté de boire, Mme Paradis renvoie aux données de l’Enquête canadienne sur le tabac, l’alcool et les drogues de 2017. Alors que 93,7 % des Québécois ont répondu avoir consommé de l’alcool au cours de leur vie, 84,2 % disaient en avoir consommé au cours des 12 derniers mois. «Cela indique que près de 10 % des Québécois qui ont bu au cours de leur vie n’ont pas consommé d’alcool au cours de la dernière année, ce qui n’est peut-être pas si négligeable.» Par ailleurs, l’analyste ajoute que le maintien des ventes à la SAQ n’est pas un indicateur du maintien de la consommation dans la population. Ces données pourraient plutôt révéler qu’un moins grand nombre de Québécois consomment une plus grande quantité d’alcool. 

Info: bit.ly/2Lctydd