Quelques tableaux, des plantes et de grandes fenêtres égaient la salle à manger du Torii Izakaya entièrement peinte en noir.
Quelques tableaux, des plantes et de grandes fenêtres égaient la salle à manger du Torii Izakaya entièrement peinte en noir.

Torii Izakaya: plaisirs partagés

CRITIQUE / Malgré son nom, ce resto est beaucoup plus qu’un izakaya, ou buvette japonaise. Certains des petits plats qu’on y sert rappellent la cuisine française par leur raffinement, en plus de mettre en valeur des produits québécois. Vive le métissage!

En général, les izakayas proposent dumplings, brochettes et diverses fritures, bref, des mets simples à partager, mais non moins délicieux lorsqu’ils sont faits avec amour. S’il y a beaucoup de ça au Torii, l’équipe pousse la recherche plus loin, s’inspirant des saveurs et ingrédients japonais pour les mettre à profit dans des plats que l’on pourrait qualifier de fusion si ce terme ne renvoyait pas tant aux années 80. Suffit de jeter son dévolu sur les assiettes en rotation sur l’ardoise pour constater à quel point Alexanne Grenier (impliquée dans Bols et Poké et Pow! Ramen et anciennement du Groupe La Tanière) et son cochef, Lucas Drapeau, ont du talent et du plaisir en cuisine.

Les bonheurs du moment

C’est justement vers trois créations provisoires que nous nous sommes tournées, Annie, Bénédicte et moi, en ce vendredi soir fort occupé de la fin février. Il faut dire que, depuis l’ouverture en juillet 2018, j’avais eu l’occasion de faire connaissance avec les plats à la carte, comme les excellentes nouilles soba de sarrasin et champignons sauvages ainsi que le crab cake façon arancini.

Pour débuter, une jolie mise en bouche de pétoncle grillé sur purée de chou-fleur, accompagné de mini-fleurons marinés du même légume qui apportent une belle acidité, et d’une bonne dose de caviar d’esturgeon. Nous sommes en territoire bistronomique, ici, et c’est fort agréable.

On poursuit avec un mets végé sur le thème de la betterave, déclinée en pavé, en chips et parfumant l’orgeotto (qui manque de sel), le tout agrémenté de fromage de chèvre coulant, soit le Grey Owl de la Fromagerie des Grondines. Réussi, mais le meilleur est à venir.

Une magnifique composition que cette assiette végé mettant la betterave en vedette.

C’est en effet le plat de morue qui remporte la palme grâce à ses mille et un détails qui, mis ensemble, composent une assiette réfléchie, savoureuse, en harmonie. Il y a là beaucoup de flaveurs vivifiantes, comme la citronnelle et la lime kaffir. La première se retrouve dans le bouillon façon dashi, tandis que les feuilles de la seconde ont été infusées à chaud dans l’huile d’olive qui mouille la rafraîchissante salade de cresson et rabioles. Sur la morue floconneuse, du poivre sancho fait un subtil rappel de saveur citronnée. Deux croquettes de polenta frite complètent cette merveilleuse assiette, dont le seul défaut est qu’elle se partage bien mal.

Le meilleur plat de l’ardoise goûté lors de notre visite : la morue, avec polenta frite, bouillon dashi et salade de cresson et rabioles rehaussée de lime kaffir.

Après ce fort beau départ, un temps mort s’étire. Personne ne semble vouloir savoir si nous souhaitons manger autre chose… Nous finissons donc nos mocktails en discutant, le mien (shrub de prune et lavande, soda) se buvant tout seul, contrairement au Bloody Yokai sans alcool, plus exigeant pour les papilles avec son jus de kimchi et son encre de seiche.

À la carte

Finalement, la serveuse aperçoit notre table vide et nous propose de nous renflouer. Comme je ne résiste jamais à du poulet frit, nous commandons le karaage, bien juteux et à la panure croustillante. Un trait de jus de citron, un petit plongeon dans la piquante mayonnaise au cayenne, miel, wasabi et paprika, et on sourit.

Un bel équilibre sucré-vinaigré caractérise le yaki yasai, un mélange de légumes grillés où le chou de Bruxelles éclipse ses partenaires. Qu’y a-t-il donc dans cette délicieuse vinaigrette? Sauce soya, vinaigre de xérès, huile de sésame et mirin. À retenir.

Le bun au porc se présente à la manière d’un gros taco, lui aussi difficile à partager. Le flanc de porc confit qu’il contient est bien gras et relevé de daikon mariné, d’une généreuse poignée de coriandre et de sauce kabayaki, autre modèle d’équilibre sucré-vinaigré qui réjouit le palais. Les pains gonflés des buns, eux, sont préparés à la main par La Boule-Miche, m’apprendra-t-on.

Le cake pistaches et miel est en parfait accord avec les saveurs de thé matcha et de yuzu de ses accompagnements.

Impossible de passer sous silence les deux desserts à l’ardoise ce soir-là. Le forêt-noire roulé avec griottes confites, crème fouettée au mélilot (notre «vanille boréale»), lichen déshydraté et crème glacée aux cerises est excellent, mais on est renversées par le cake pistaches et miel, avec glace au thé matcha, émulsion de yuzu et tuile de meringue. Divin, vraiment, surtout qu’on n’en attendait pas tant d’un simple cake. Ma devise se confirme encore une fois : la vie est pleine de surprises. Et ici, elles sont dans la catégorie des bonnes.

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AU MENU

Torii Izakaya
771, rue Saint-Joseph E.
581 981-8674
toriiizakaya.ca
Ouvert midi et soir la semaine, en soirée la fin de semaine

Bouteilles de vin de 46 $ à 68 $, sakés de 34 $ à 88 $
Plats à partager de 9 $ à 16 $
Coût de l’addition pour deux avant taxes, pourboire et boissons : 86 $ (pour une mise en bouche, quatre plats à partager, un accompagnement et deux desserts)

Bravo: pour la qualité des plats, particulièrement ceux figurant à l’ardoise, bien composés et finement travaillés; le service sympa­thique; la sélection de sakés et les délicieux desserts.
Bof: nous avions la malchance d’être assises collées sur la porte d’entrée, qui ne ferme jamais comme il faut. C’était le festival du courant d’air.