Survivalisme: réflexes ancestraux

La fin du monde est à 7 heures, chante Leloup. Et si votre quotidien faisait boum! Avez-vous établi un plan d’action? En cette ère d’incer­titude climatique, démographique, politique, Le Soleil se penche sur le survivalisme. Loin de la caricature.

Quand il parle de survivalisme, le Québécois Mathieu Hébert voit parfois poindre un sourire. Mais dès qu’il approfondit sa pensée, les gens retrouvent leur sérieux. «Nos arrières-grands-parents étaient survivalistes et personne ne riait d’eux d’emmagasiner des légumes pour l’hiver.»

Se préparer à un cataclysme ou à une crise majeure ne se limite pas à «des bunkers et des guns». L’instructeur en survie prêche aussi un retour aux sources, aux gestes de nos ancêtres, à l’autonomie par la nature.

L’instructeur en survie Mathieu Hébert

Parmi ses plus grandes inquiétudes, il nomme les pandémies, pour lesquelles nous sommes moins bien préparés. Mais aussi notre perte de savoir-faire, dans une société où l’expertise est tellement compartimentée.

En donnant des ateliers sur le terrain, il le voit bien. Les jeunes comme les adultes ne savent plus allumer un feu, reconnaître les plantes comestibles, pêcher ou chasser. «La nature devient quelque chose d’extraterrestre.» Il ne condamne personne, c’est un simple constat.

Les jeunes comme les adultes ne savent plus allumer un feu, reconnaître les plantes comestibles, pêcher ou chasser, constate Mathieu Hébert.

Et si tout arrête de fonctionner, beaucoup de gens vont en mourir, croit-il. Faire des pièges à poissons, construire un abri pour se protéger du froid, comprendre un peu comment se déroule un accouchement, comme dans les villages autrefois, pourraient s’avérer utiles en cas de chaos.

Ni dans la peur ni dans le déni

Mathieu Hébert s’est toujours intéressé aux risques, aux guerres, à l’histoire. Il a embrassé le mouvement survivaliste en 1998-1999, «avant que ce soit cool» et qu’on fasse des séries télé à la Walking Dead.

Un ami avec qui il faisait des arts martiaux lui a un jour demandé : «S’il arrivait quelque chose, que ferais-tu?» Une question qu’il a beaucoup murie.

«Il y a un aspect du survivalisme que je n’aimais pas, vivre dans la peur, dans le futur. Mais je déteste vivre dans le déni et je suis à l’affût de ce qui se passe.» Selon lui, la fin du monde arrive tous les jours pour certaines personnes, à cause de la maladie, d’une perte d’emploi ou d’une catastrophe.

Il a trouvé sa voie aux États-Unis, à la Tracker School, qui ramène au savoir-faire et à la débrouillardise de nos ancêtres. Aujourd’hui, il donne des formations de survie en nature et de survie urbaine avec Les Primitifs et Korvux, deux entreprises qu’il a cofondées. Il sillonne la province et visite différentes forêts, du Nunavik au New Jersey.

Sur le terrain, il met ses élèves à l’épreuve, sans gadget ni technologie. Histoire de les préparer et de faire resurgir l’instinct.

Il y a 11 ans, Mathieu Hébert a créé Les Primitifs, son premier projet pour que M. et Mme Tout-le-Monde et les enfants aient accès à des cours de survie en français.

Image romantique

Devant la peur de l’apocalypse, certains ont le réflexe d’accumuler des vivres pour 20 ans. Que se passera-t-il ensuite?

«Je n’ai pas une mentalité de stockage, même si je la respecte.» Mathieu Hébert évoque le risque de ne pas pouvoir se rendre à la réserve. Même réticence pour les trousses et les sacs de survie, qu’il faut avoir l’endurance de transporter.

«Les gens ont une image très romantique de la survie et j’aime bien péter leur bulle.» On ne devient pas un bon survivaliste en jouant à des jeux vidéo et en lisant sur le sujet, prévient l’instructeur. Mais il faut survivre à 5 km de course.

Sa fille de 14 ans fait de la survie avec lui depuis toujours. Elle connaît les vertus et les dangers du feu. «Ce n’est pas virtuel.»

Aux jeunes à qui il donne des ateliers, Mathieu Hébert dit «les vraies choses», parle des dangers, des risques de mourir. «Je ne les épargne pas.»

Il se demande pourquoi il n’y a pas de cours de premiers soins dans les écoles. «Il n’y aurait pas moyen de mettre au moins deux jours par année, avec évaluation, pas en activité parascolaire, pour que dans 20 ans, notre population ait les bons réflexes?»

MATHIEU HÉBERT SUR...

Le sommet du G7

«Toute l’actualité quotidienne me sert à rester en alerte. Que ce soit une éruption solaire, des tensions géopolitiques, une tempête de neige ou encore des situations comme le G7.»

 Les armes

«Si on est sérieux en terme de survivaliste, les armes doivent être vues comme un outil. Elles peuvent assurer la sécurité de plein de façons, comme aller chercher du gibier ou se protéger.»

Mathieu Hébert en possède, mais ce n’est ni une passion ni un passe-temps. Selon lui, il faut les comprendre, les démystifier, et il suggère un cours canadien de sécurité dans le maniement des armes pour se familiariser.

En cas de crise majeure, il ajoute que les armes avec munitions deviennent une monnaie d’échange, au même titre que la nourriture ou les médicaments. «Vous me permettez de rester sur votre ferme et moi, je peux la protéger.» Mais avoir tout un arsenal sans pouvoir le transporter ne servira à rien, nuance-t-il.

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72 d’heures d’autonomie

Inondation, nouvelle crise du verglas… Une famille devrait pouvoir faire face aux premières 72 heures d’une situation d’urgence, selon la Sécurité publique. Les équipes de secours ne peuvent pas toujours prêter main-forte sur le champ.

S’il y a un point de départ pour se préparer au pire, l’instructeur en survie Mathieu Hébert recommande les listes d’urgence des gouvernements. «En ayant ce qu’il faut pour être autonomes, les gens n’alourdiront pas le système.»

Parmi les articles de base à garder chez soi : eau potable (prévoir deux litres par personne par jour, pour au moins trois jours), aliments non périssables, ouvre-boîte manuel, lampe de poche et radio à manivelle ou à piles, trousse de premiers soins, briquet ou allumettes et chandelles, médicaments, argent comptant… 

Il existe plusieurs trousses d’urgence en vente sur le marché, dont celles de la Croix-Rouge canadienne, à partir de 75 $.

L'une des trousses de la Croix-Rouge canadienne

Être prévoyant déborde du cadre de la maison. Dans votre voiture, avez-vous un câble de démarrage et une couverture de laine pour réchauffer les enfants? Mathieu Hébert a en plus une trousse de premiers soins «très avancée», de la nourriture «facile» pour 72 heures et du matériel de base qu’il adapte en fonction de la météo et de l’endroit où il va.

Si un problème survient au chalet, qu’il n’y a pas de voisin ni de signal sur le cellulaire, les choses peuvent s’envenimer. «Il faut se poser des questions. Quels sont les risques pour la famille?»

Trop de gens prennent pour acquis qu’ils pourront s’appeler par cellulaires. Ce n’est pas une garantie dans les heures de panique et de chaos qui suivent une attaque ou une catastrophe, prévient l’instructeur. Et se chercher sans communication n’est pas facile.

D’où l’importance d’établir un plan d’action, de se fixer des points de rendez-vous dans la ville ou dans notre secteur avec la famille étendue. «Quoi faire avec l’enfant à la garderie, l’autre à l’école, grand-maman? Qui fait quoi? Dans une famille reconstituée, il faut aussi tenir compte de la réalité des ex-conjoints.» 

Avec le savoir-faire de sa «gang», Mathieu Hébert est convaincu de bien s’adapter. «Tant qu’on est sur nos deux pieds et qu’on a toute notre tête.»  

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