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Mention aux plats de légumes des Botanistes, superbement apprêtés.
Mention aux plats de légumes des Botanistes, superbement apprêtés.

Stop ou encore

Sophie Marcotte
Sophie Marcotte
Le Soleil
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RETOUR SUR 2020 / Qualité essentielle dans le métier, la flexibilité des restaurateurs a été mise à rude épreuve en 2020. Si cette année pandémique les a ébranlés à maintes reprises, ils sont nombreux à avoir usé d’ingéniosité pour garder la tête hors de l’eau. Grâce à eux, nous avons malgré tout vécu de savoureux moments en 2020, le plus souvent à la maison…

› Les coups durs

Difficile de commencer ce texte autrement qu’en mentionnant ce qui a chamboulé l’univers de la restauration en 2020 : les deux vagues de fermeture en raison de la pandémie. Si mes calculs sont bons, les salles à manger des restos de Québec ont été closes 84 jours au printemps et 92 jours à l’automne. Total : 176 jours. Elles sont donc à 7 jours près d’avoir été vides la moitié de l’année. On imagine à quel point la baisse de revenus est désastreuse, sans compter les investissements en équipement pour respecter les mesures sanitaires et les casse-têtes logistiques imposés par les dates de réouverture incertaines. Le documentaire Chef en pandémie, mettant en vedette Charles-Antoine Crête, donne d’ailleurs un bon aperçu de la pression qui maintient à des sommets le taux de cortisol des propriétaires de restaurants.

Vous l’avez sans doute vécu l’été dernier : se faire servir sur une terrasse par un employé portant masque et visière à 30 degrés à l’ombre avait quelque chose de tristement surréel, et le personnel, en cuisine comme en salle, a assurément enduré son lot de supplices.

Malgré l’aide financière offerte par le gouvernement, on s’attend à une petite hécatombe au chapitre des fermetures. Parmi les établissements de la capitale qui ont définitivement éteint leurs fours en 2020, on compte iX pour bistro, une succursale du Tomas Tam, les Cosmos de Lévis et Grande Allée, deux Jaja, ainsi que la Buvette Laurentienne et Éléphant (remplacés par le Kundah Hôtel).

J’ai un succulent souvenir d’une polenta rôtie au parmesan et cheddar sur une salade tiède de pleurotes, bette à carde, maïs et quinoa avec sauce tomate, mangée au Hobbit.

› Système D

La nécessité est mère de l’invention. Malgré le découragement, plusieurs restaurateurs qui n’avaient jamais offert de plats pour emporter se sont tournés vers cette option. Des fish & chips jusqu’aux menus cinq services, du prêt-à-manger aux mets à réchauffer, la palette est large. Certains ont même ajouté un volet épicerie, comme Rioux & Pettigrew ou le Diner Saint-Sauveur avec sa Supérette. Pour l’instant, c’est la meilleure façon de soutenir ces artisans. Et la réponse des clients semble excellente. 

Bien sûr, c’est un succédané incomplet de l’expérience en salle. Mais j’ai été étonnée de la qualité des plats pour emporter — et j’en ai goûté plus souvent qu’à mon tour : en 2020, j’ai écrit plus de critiques de take-out que de critiques restos!

Parmi les autres tendances fortes, on note que l’engouement pour la bouffe végé se maintient — j’ai d’ailleurs un succulent souvenir d’une polenta rôtie au parmesan et cheddar sur une salade tiède de pleurotes, bette à carde, maïs et quinoa avec sauce tomate, mangée au Hobbit. Les aliments écoresponsables et locaux ont toujours la cote, tout comme les poké bols, les petits plats à partager, les speakeasys et les vins d’importation privée propices à la découverte.

La morue du Torii Izakaya, dans un bouillon façon dashi avec citronnelle et feuilles de lime kaffir

› Les ouvertures

Verre Pickl’, Alphonse, Le Chêne et le Roseau, Julio Taqueria, Chéri Coco, Tonton Café, Tonino (ancienne Perla), Bulle bistro d’altitude, GAO comptoir vietnamien, Bleu Marine (ancien Moine Échanson), Terroir – Vins et compagnie : la pandémie n’a pas freiné les ardeurs de passionnés qui ont ouvert un établissement envers et contre tout. On les salue bien bas!

Verre Pickl' a ouvert en mai sur l'avenue Maguire.
Ouvert en juillet, Alphonse s'est établi dans une ancienne caisse Desjardins du Vieux-Québec.

› Mes coups de cœur

Moi qui aime manger varié en un seul repas, j’ai adoré mon expérience à la rivière à sushis de Nicky Sushi, dans Limoilou. C’était délicieux, original et convivial malgré la distanciation — j’y retournerai quand on pourra se coller au comptoir et discuter avec nos voisins de tabouret.

Preuve qu’il faut confronter nos préjugés : je craignais de subir une ambiance de centre jardin aux Botanistes, alors que ce resto m’a servi l’un de mes meilleurs repas des dernières années. Mention aux plats de légumes, superbement apprêtés.

Côté mets pour emporter, j’avoue un faible pour le Bati Cantine que j’ai découvert en juin, et où je commande encore fréquemment, entretenant une intense liaison avec les boulettes de maïs et l’enflammé Pad Singapour.

Et très récemment, comme vous le savez, j’ai été renversée par le menu des Fêtes du Saint-Amour, impeccable sur toute la ligne.

J’ai adoré mon expérience à la rivière à sushis de Nicky Sushi, dans Limoilou.
Preuve qu’il faut confronter nos préjugés : je craignais de subir une ambiance de centre jardin aux Botanistes, alors que ce resto m’a servi l’un de mes meilleurs repas des dernières années.

› Le mauvais sort

Je ne semblais pas due pour critiquer le Bistro B cette année. J’y suis allée le 7 mars pour un texte devant paraître le 21 mars, mais qui a été abandonné en raison de la fermeture des salles à manger. J’y suis retournée le 11 septembre pour un papier qui a été publié le 26… quatre jours avant le deuxième confinement. Décidément.

Le gâteau aux carottes sauce caramel-whisky-tabac du Biceps BBQ
Les agnolottis au veau du Matto

› Les plats mémorables

Pour des descriptions détaillées, il vous faudra retracer les textes complets, mais voici, en vrac, les mets qui ont marqué mes papilles en 2020 : la lasagne végétarienne du Pizzazorg; la salade de chou au tobiko et vinaigrette au yuzu du Honō Izakaya; le double cheeseburger du Casse-croûte de Neuville; le cassoulet du Fin Gourmet; le sandwich Brisket du Verre Pickl’; les beignets de pieuvre et le poulet karaage du Tora-Ya Ramen; les agnolottis au veau du Matto; les ribs coréens et le gâteau aux carottes sauce caramel-whisky-tabac du Biceps BBQ; les moules en escabèche du Cendrillon; la pieuvre grillée du Mezzé; la morue du Torii Izakaya, dans un bouillon façon dashi avec citronnelle et feuilles de lime kaffir; les desserts du Hobbit; la mousse aux cerises et amaretto Avril dans une coque de chocolat blanc de Tanière3.

Grâce aux restaurateurs, 2020 est loin de m’avoir laissé uniquement un goût amer. En espérant qu’eux pourront en dire autant de 2021.

Le cassoulet du Fin Gourmet
Le poulet karaage du Tora-Ya Ramen