Difficile de croire que pareil panorama montagnard est dans l’Est du pays, au Labrador.

Ski au Labrador: à la conquête du Far Est

Sur la photo, un imposant massif enneigé et de tout petits skieurs qui avancent en file. Un impressionnant panorama qui fait tout de suite penser à l’Alaska ou au Yukon. Pourtant, ce territoire de rêve pour les skieurs d’aventure est bien plus près du Québec qu’il n’en paraît. Bienvenue aux monts Mealy, Labrador, étonnants joyaux du Far Est canadien.

Adepte de ski de montagne et fondateur du collectif Estski.ca, Thomas Thiery avait les Mealy sur son radar depuis deux ans. Un terrain de jeu qui n’existait seulement que sur ses cartes topographiques et imagé par quelques rares photos dénichées sur Internet quand le Français d’origine s’y est intéressé. C’est finalement à la fin de l’été dernier que la grande aventure au Labrador a pris son élan.

Une nouvelle frontière à découvrir qui correspondait tout à fait à la mission que s’est donnée Estski, soit celle de mettre en valeur l’Est nord-américain comme territoire pour le ski. Si bien qu’en mars, après un hiver à se préparer et à planifier l’aventure, Thomas Thiery se retrouvait en route avec cinq compagnons.

Du voyage, les partenaires d’Estski Olivier Dion et Mathieu Martel, de même qu’Émile Dontigny et Charles Bernier, du collectif de skieurs The Loners, des créateurs de contenu en montagne. Pour compléter, le guide professionnel Jean-Philippe Poulin s’est joint au groupe à la dernière minute, après un désistement qui libérait une place. Un groupe aux talents diversifiés, basé un peu partout au Québec.

Dans l'ordre habituel, les membres d’Estski Thomas Thiery, Olivier Dion et Mathieu Martel, le guide de ski Jean-Philippe Poulin et les gars de The Loners, Émile Dontigny et Charles Bernier.

Une vingtaine d’heures de fourgonnette plus tard à partir de Montréal, la bande débarquait à Happy Valley-Goose Bay, village au cœur du Labrador, à plus de 1100  km au nord-est de Baie-Comeau. Il ne restait plus qu’à compléter le trajet en motoneige le long du grand lac Melville sur une centaine de kilomètres d’avant d’amorcer l’aventure à ski en direction du massif. Les choses sérieuses pouvaient commencer.

Difficile de croire que pareil panorama montagnard est dans l’Est du pays, au Labrador.

Éloignement, longues approches accidentées, caprices de la météo, risques d’avalanche et camping d’hiver étaient notamment au programme. Une grosse commande pour le groupe, qui de l’avis même de Thomas Thiery, «était un peu junior».

Principalement au niveau «expédition» et camping sous zéro, où l’expérience manquait pour ce genre d’aventure. Assez pour ajouter au défi de la bande de copains âgés entre 19 et 35 ans. «Mais pas un gros saut», précise Thomas Thiery. Il faut dire que les gars avaient fait leurs devoirs avant de partir, avec même une sortie d’entraînement de trois jours sous la tente, en ski au Parc national de la Jacques-Cartier, au nord de Québec, peu de temps avant de quitter pour le Labrador.

Camping d’hiver dans le Parc national de la Jacques-Cartier pendant une sortie d’entraînement peu de temps avant le départ pour le Labrador.

Car reste que malgré la relative proximité des Mealy, y aller l’hiver est une autre affaire qui ajoute à la difficulté. «Disons que ce n’est pas une place où tu veux te casser une jambe!» image dans un éclat de rire Thomas Thiery. Car même par communication satellite, les secours sont loin…

Intérêt grandissant

Ce secteur du Labrador encore rempli de mystère ne manque certainement pas d’intérêt. Au point où il commence à rayonner, alors que Parcs Canada y a établi en 2015 la Réserve de parc national Akami-Uapishk — KakKasuak — Monts Mealy.

Pour les six explorateurs à ski, le résultat de l’expédition pouvait être le jackpot… comme la faillite. «On a eu une double chance», raconte Thomas Thiery, de retour chez lui à Saint-Adolphe, dans les Laurentides. «Il y a eu une bordée neige de 30 cm et du beau temps.» Ce qui fait que les gars pouvaient naviguer à vue aisément et surtout, les sommets glaciaires arrondis étaient couverts de neige.

«Pas mal de la neige plaquée par le vent», décrit le skieur de 35 ans, se retenant cependant bien de se plaindre des conditions rencontrées. Il était d’ailleurs plutôt content de la stabilité du manteau neigeux. «On n’a pas vu de signe d’avalanche naturelle.»

Le massif des monts Mealy dans toute sa splendeur. À l'horizon derrière les sommets, l'imposant lac Melville.

Après une approche d’environ 25 km à ski, les aventuriers ont établi leur camp de base pour explorer les sommets avoisinants des Mealy, dont le point culminant atteint 1180 m. Dans ce que la bande décrit comme une série de premières, des descentes de 500 à 600 mètres de dénivelé ont été complétées sur d’impressionnantes pentes vierges.

«L’objectif, c’était vraiment l’exploration», résume le leader de l’expédition, au sujet de ces «trois beaux jours de ski» effectués dans un voyage qui aura duré au total 11 jours.

Les gars de l'expédition en pause après une descente.

Beaucoup de kilomètres pour profiter des plaisirs de la glisse, mais une aventure qui aura valu la peine amplement pour le groupe de skieurs qui ne ménage jamais les efforts dans sa quête de poudreuse dans l’Est. «J’ai de la difficulté à skier toujours les mêmes lignes…» justifie Thomas Thiery, insatiable sur les pentes.

Film en préparation

Un film et le récit de cette aventure sont en préparation pour l’automne prochain. Les skieurs commencent à peine à démêler les images de cette aventure au Labrador. Mais à voir ce qui a transparu jusqu’ici sur les réseaux sociaux de Estski et de The Loners, ça s’annonce prometteur.

Une collaboration entre les deux collectifs qui était incontournable pour Thomas Thiery. Il voulait profiter de la présence d’Émile Dontigny et de Charles Bernier pour documenter le périple. «C’est un échange là-dessus.» Estski apportait son expertise terrain, tandis que The Loners apportait le savoir-faire créatif à l’expédition.

La suite sera une belle façon d’amener les montagnes du Labrador jusqu’aux skieurs et aventuriers qui rêvent de nouveauté. Histoire de leur donner le goût de partir à leur tour à la conquête du Far Est canadien.

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Info : estski.ca et facebook.com/lesloners

Spectacle nocturne pour les skieurs, qui dormaient sous la tente — et les aurores boréales! — dans les montagnes.

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ESTSKI: UNE DÉROVANTE PASSION

Habité d’une passion dévorante pour le ski de montagne, Thomas Thiery s’est lancé dans l’aventure du collectif Estski.ca il y a trois ans. L’idée était de créer «un média de référence pour le ski hors-piste dans l’Est de l’Amérique du Nord».

Rapidement, Olivier Dion a embarqué, puis ensuite Pierre-Olivier Bédard et Philippe Bouchard. Aujourd’hui, le «bureau» compte aussi sur la contribution de Mathieu Martel. À ce noyau s’ajoutent des collaborateurs réguliers qui partagent la même affection pour la poudreuse vierge. Une façon de mettre en lumière «le côté obscur du ski dans l’Est», comme le décrit si bien le site Web du groupe. 

«Il y avait un petit trou au Québec pour ça», raconte Thomas Thiery, au sujet de ce vide qui a inspiré la création d’Estski. Une page Web, un blogue, une page Facebook et un compte Instagram font découvrir le meilleur du ski d’aventure dans l’Est. Une façon pour le groupe de copains de partager leur amour pour le sport et la montagne, tout en apprenant au fil de leurs aventures. 

Car étonnamment, Thomas Thiery l’admet sans complexe, ils n’étaient pas tous des experts de la discipline en partant. «On avait acheté plein de matériel qu’on ne savait pas utiliser…» rigole le développeur Web de métier. 

Mais les gars savent bien s’entourer, veulent apprendre continuellement et font le nécessaire pour progresser de saison en saison. Premiers soins en milieu éloigné, sécurité en avalanche ou encore cours de météo; les formations se sont succédé. Puis, il y a l’expérience des voyages — de Terre-Neuve à l’Ouest canadien, en passant par l’Argentine —, où le groupe profite des rencontres et des situations pour devenir de meilleurs montagnards et skieurs. 

Le tout en partageant leurs péripéties de belles façons.

Paysage de carte postale durant l'approche des monts Mealy, au Labrador.