Myriam Bouchard
Le Quotidien
Myriam Bouchard

L’asexualité, une orientation tout aussi valable

CHRONIQUE / Vivre une sexualité saine avec l’asexualité, est-ce possible ? Pourquoi pas ?

C’est du moins ce qu’a expliqué l’Alliance Arc-en-ciel de Québec, en concertation avec Asexuels Québec, à l’occasion d’une soirée de formation de Laurence Desjardins, sexologue, qui a démystifié cette orientation sexuelle.

L’asexualité est un concept méconnu, associé à tort à des célibataires endurcis sans libido. Les fausses croyances et les préjugés persistent. Pourtant, à la base d’un large spectre, cette orientation sexuelle gagne à être reconnue et colle à la réalité de plus d’un.

Par hasard, sans nécessairement le savoir, est-ce que le chapeau de l’asexualité vous correspond ? Voyons-y.

Mme Desjardins s’est associée au site www.asexualité.org pour définir l’asexualité comme étant l’absence d’un besoin ou d’un désir de s’engager dans une relation sexuelle, à divers degrés. Certains individus peuvent avoir une attirance sexuelle pour quelqu’un avec qui ils ont un lien émotionnel fort et établi, alors que d’autres ne ressentiront une attirance que dans quelques circonstances particulières. Nous parlons alors de personnes demisexuelles ou graysexuelles.

Non à la normalité

Dans un monde où l’on suppose que l’attirance et le désir sexuel sont une normalité, voire une obligation, il n’est pas étonnant de se sentir tel un extraterrestre lorsqu’ils ne se manifestent pas ou, du moins, qu’en intensité faible ou dans des conditions spécifiques.

La sexologue Laurence Desjardins note que dans ce monde où l’hypersexualité est omniprésente, diverses personnes asexuelles remettent en doute les fondements de leur sexualité. La honte et la culpabilité peuvent s’en suivre, de même que le jugement d’autrui, les attitudes hostiles et les fameuses questions intrusives.

Au diable les réels besoins ! L’imposition d’une sexualité active est souvent un mécanisme que s’infligent ces derniers, histoire d’entrer dans le moule.

La sexologue reste bien claire : « L’asexualité n’est pas synonyme de refus de relation affective et d’intimité ! »

À qui le souhaite, la romance reste toujours de mise, de même que la vie conjugale.

Il se voit même possible que l’asexualité rime avec sexualité, en fonction de l’attitude, mais aussi de l’autoaffirmation de la personne concernée.

Certains se montreront positifs ou neutres quant à cette dernière et pourront se voir enclins à l’intégrer dans leurs relations intimes avec positivisme ou indifférence.

D’autres, cependant, percevront cette dernière de façon négative et la refuseront carrément. À chacun sa configuration !

La vie à deux

Il peut sembler complexe d’unir une personne asexuelle et une personne sexuelle dans une vie de couple, mais pas tant que ça ! En fait, vous seriez surpris de voir le nombre d’individus réussissant cette communion sans même le savoir. Est-ce votre cas ?

Bien que nécessitant souvent des ajustements, l’affection et le romantisme suffisent pour plusieurs à entretenir la vitalité du couple. Les défis rapportés par Laurence Desjardins débutent certainement par la négociation de la sexualité. Quelle place et quelle importance lui donner ?

Revoir l’expérience d’une sexualité active versus l’expérience de l’intimité sous toutes ses formes, en voilà une avenue à explorer pour ces amoureux. Quel est l’objectif ?

Voir au bonheur des deux parties demeure une nécessité à ne pas négliger. Quelles sont les attentes et les limites de chacun ? Y a-t-il place à certains compromis ? Quelles sont les stratégies pour favoriser la santé sexuelle optimale des deux partenaires ?

Communiquer selon les règles de l’art, pour des échanges harmonieux et compréhensifs, reste une règle de base.

Il n’est pas question de dysfonction ; l’asexualité a aussi sa place dans ce monde hypersexué.