Myriam Bouchard
Le Quotidien
Myriam Bouchard

La vulve jugée trop sévèrement

CHRONIQUE / Couvrez cette vulve que je ne saurais voir...

Combien de femmes évitent leur vulve, la fuient du regard, l’ont en dédain ? En 2017, j’écrivais une chronique intitulée « Jolie vulve », sur les complexes s’y rattachant. Trop bouffie, trop mauve, avec de petites lèvres trop longues, trop frisottées, trop mollassonnes... Les perceptions sont-elles encore aussi sévères cinq ans plus tard ? Voyons-y.

Les chirurgies ont la cote

Les temps ne semblent pas avoir changés tant que ça, puisque les chirurgies liées à la vulve ont encore la cote, et plus que jamais. Ces interventions au souci esthétique concernent principalement la forme et le volume des petites ou grandes lèvres, mais existent aussi des chirurgies de reconstruction du clitoris ou de l’hymen.

Les femmes qui y ont recours cherchent un look plus normatif, un coup de fouet au vieillissement, une palliation à une grossesse, une perte pondérale dans la région du bas-ventre et de la petite culotte, un meilleur accès au vagin ou une solution à des problèmes d’infection, d’hygiène ou d’irritation. Voilà autant de raisons avancées pour une vulve retapée.

Entre tendance et unicité

Dans leur volume Le guide complet de votre vagin de A à Z, la Dre Alyssa Dweck et son acolyte Robin Westen décrivent la quête d’une vulve dite parfaite par l’expression « vulve tendance ».

Les femmes chercheraient donc à répondre aux dictats d’une mode qui promet une meilleure harmonie avec son corps, une estime personnelle retrouvée et une vie sexuelle quintuplée de bonheur, en tentant le tout pour le tout avec la chirurgie. Du moins, selon les auteures.

Sachez que toutes les vulves sont uniques et se caractérisent par autant de morphologies différentes que celles attribuées aux yeux, oreilles, orteils, genoux ou pénis. Il n’y en a pas deux pareilles. Ni la vôtre, ni la sienne, ni la mienne !

Au diable, donc, cette tendance à ne se concentrer que sur l’aspect visuel. C’est plutôt dans sa globalité que l’appareil génital devrait être observé. Riche en fonctionnalités et capable du meilleur, la communion entre la tête, le coeur et le corps, cet appareil génital est nécessaire pour s’épanouir en termes de sexualité. Tout n’est pas qu’apparence physique ; c’est d’un tout dont il est question.

Nombreuses sont ces dames, jeunes ou moins jeunes, qui vivent de l’insatisfaction sexuelle, voire de la dysfonction sexuelle, et qui partagent ce désamour du corps ou, du moins, d’une partie spécifique. Les complexes physiques sont parfois la pointe de l’iceberg de divers problèmes plus grands.

Un lourd passé

Il n’y a pas si longtemps, la vulve était encore considérée comme une zone sale, source de péchés et indigne d’être regardée, touchée ou apprivoisée. Il n’est donc pas surprenant qu’à l’aube de 2021, plusieurs portent toujours ce stigmate. La relation amour-haine avec celle-ci amène à déboulonner l’empreinte judéo-chrétienne encore ancrée dans les croyances.

« Lorsque je me touche, j’ai l’impression de faire quelque chose de mal. » « Examiner ma vulve avec un miroir ? Jamais de la vie ! » « Juste le mot me rend mal à l’aise… » « Mon ou ma partenaire ne peut pas regarder là et encore moins m’embrasser là. »

L’heure est plutôt à la réconciliation ! Je vous invite toutes à voir votre vulve autrement. Aussi digne que les dix doigts de la main, il y a lieu de l’aimer ou, minimalement, de l’accepter.