Myriam Bouchard
Le Quotidien
Myriam Bouchard

Des costumes... pour la chambre à coucher

CHRONIQUE / Pompier bien musclé, écolière en jambières, infirmière particulière, policier déjanté, cowboy aux allures de gogo-boy. Bien que célébrée autrement cette année, l’Halloween – et ses costumes – est là pour rester!

Qui parle de cette fête de la veille de la Toussaint parle du fameux fantasme de l’uniforme. Serez-vous de ceux qui joindront l’utile au supposément agréable en arborant un déguisement ne laissant que peu de place à l’imagination? C’est à voir!

Hypersexualisation

Concept à bien comprendre, l’hypersexualisation, ou la sexualisation dans l’espace public, est définie par le gouvernement du Québec comme un phénomène donnant un caractère sexuel à un produit ou à un comportement qui n’a rien de sexuel.

Beaucoup de personnages énoncés précédemment sont d’abord des professionnels marquants de notre société pour leurs rôles et responsabilités. Sexuels pour autant? Aucunement!

Je n’ai rien remarqué de coquin chez cet homme qui m’a collé une contravention de vitesse ou chez cette femme qui m’a fait une prise de sang. L’étiquette « sexy » est donc plus que questionnable.

Et qu’en est-il de cette biche effarouchée, de cette chatte hormonée et de cette abeille prête à piquer? Au tour maintenant des animaux d’être hypersexués!

Bien que semblant souvent banale et invoquant l’appel au divertissement, l’hypersexualisation est loin d’être sans conséquence sur l’adulte, mais encore plus chez l’adolescent et l’enfant. Ceux-ci boivent et codent les messages négatifs, aussi subtils soient-ils, et ce, même le soir de l’Halloween!

On rapporte évidemment comme effet principal la banalisation de la sexualité. Un peu comme s’il s’agit d’une bagatelle, voire d’une insignifiance, il paraît presque normal qu’un professionnel, un animal, une princesse ou un homme préhistorique respirent le sexe à la puissance mille.

Les stéréotypes ne sont pas en reste en termes de contrecoups. Les diktats suggèrent que les hommes affichent encore leurs attributs de mâles alpha énergiques, dominants, aventureux et forts à souhait. Les femmes, quant à elles, se contentent d’afficher leur vulnérabilité, en plus de leur craque de seins, de leurs fesses en pomme et de leurs longues jambes. Du délire que ce message constant!

Désensibilisation

Faire un crochet au magasin, histoire de « zieuter » les costumes en famille, voilà un loisir qui en occupe plusieurs les jours d’octobre. Mais combien d’entre eux ressentent-ils un malaise devant ces accessoires dignes d’une boutique érotique et qui côtoient les tenues d’Halloween des plus petits?

Mine de rien, une désensibilisation s’instaure et laisse libre cours aux messages hypersexués, stéréotypés, sexistes, misogynes... La belle affaire!

Privé ou public?

Servante écourtichée ou marin exalté dans la chambre à coucher, pourquoi pas? Dans les rues de mon quartier, non merci! Le gouvernement du Québec distingue bien l’importance de séparer l’espace privé et public afin de contrer les ravages de l’hypersexualisation. Parce qu’il y a des déguisements pour toutes les occasions, il ne reste qu’à les sélectionner!

Bien que cette veillée de l’Halloween ne représente qu’une seule case du calendrier, cette fête, plus une autre, plus la télévision, plus les médias sociaux, plus la publicité, plus les vidéos, plus ci et plus ça cumulent des exemples de sexualisation qui n’ont pas lieu d’être.

Il y a lieu, en tant qu’adultes, de faire des choix et de contrôler un tant soit peu les messages que reçoit la génération future. Pensons-y et mettons la peur, les fantômes et les monstres à l’honneur!