Pas trop piquante, la sauce des enchiladas verde rend ce plat accessible même aux palais frileux.

Señor Sombrero: ¡Qué calor, Beauport!

CRITIQUE / En décembre, on cherche la chaleur. Et on en trouve amplement au Señor Sombrero, autant dans la salle que dans l’assiette.

Trêve de buvettes et de nouvelles adresses branchées: pour cette avant-dernière critique de 2019, j’avais envie de sortir des quartiers centraux (enfin, direz-vous). Mais surtout de visiter un resto établi depuis longtemps, reconnu pour sa constance, et loin du buzz du moment. En allant chez mon optométriste récemment, je suis passée pour une énième fois devant la maison canadienne ancestrale qui abrite le Señor Sombrero, un peu en retrait de l’avenue Royale. Pourquoi donc n’y avais-je jamais mis les pieds, moi qui ne suis pas du genre à dédaigner un taco? J’avais trouvé ma prochaine destination.

Ouvert depuis 2006, mais appartenant depuis 2011 à Hugo Rosas — qui y fut d’abord employé —, ce resto semble une place propice au party, comme je l’ai constaté en furetant sur sa page Facebook, où une vidéo filmée en novembre montre un claviériste installé dans un coin, chantant Aline avec les clients qui s’époumonent, ravis de se charger des chœurs.

Le mercredi soir où je m’y suis rendue avec David, c’était plus tranquille; pas de musicien ni de salle pleine à craquer, ce qui faisait notre affaire puisque nous n’étions pas tellement d’humeur festive. Ça arrive.

L’ambiance n’en était pas moins chaleureuse, grâce à la déco colorée et aux guirlandes lumineuses accrochées un peu partout. Une musique latine apportait son lot de soleil, tout comme le sourire d’Hugo, qui assure un service très efficace. Lorsqu’il avait deux minutes, le proprio allait rejoindre sa famille attablée près de l’entrée, pour rigoler des explorations de la petite dernière et discuter un peu. Dans ce cocon bienveillant, nous avons vite retrouvé notre bonne humeur.

Le chili con carne et les délicieux totopos maison

Enchiladas, totopos et churros

Comme souvent dans les restos mexicains, le corpulent menu m’a donné le tournis. Tant de subtiles variantes entre chaque mets — tortilla croustillante ou molle, roulée ou pas, nappée de sauce ou non, etc.

Nous avons finalement commencé avec un petit chili et une tostada. Le premier était bien épicé, juste assez épais, riche en tomates mais pas acide pour autant. La seconde est vite disparue: cette tortilla croustillante garnie de poulet effiloché bien tendre, de pico de gallo (tomate, oignon, coriandre), de fromage frais et de crème sure n’avait que des qualités. Idem pour les totopos maison: ces chips de maïs craquantes, sans l’ombre d’une trace huileuse, ont tout pour nous faire renier les Tostitos pour l’éternité — si ce n’est déjà fait.

Le repas s’est poursuivi avec une costaude assiette d’enchiladas verde au poulet, avec fromage frais et fromage fondu, oignon, coriandre et crème sure. Rien à redire de la sauce verte, au piquant bien équilibré. Puis, un plat typique que je ne connaissais pas: des tlacoyos, version végé. Il s’agit d’une pâte de maïs plus épaisse qu’une tortilla qui enserre des frijoles (purée de haricots noirs, un peu sèche d’ailleurs), le tout garni de lanières de cactus marinées (nopales, qui rappellent le goût du haricot vert), de féta, de pico de gallo et de crème sure. En complément, une sauce rouge qui enflammait juste assez les joues et un riz à la mexicaine contenant pois verts et grains de maïs. Très bon, malgré un abus de crème sure dans ces deux plats.

Nous avons aussi bu en mode mexicain avec, d’abord, une Michelada, un cocktail à base de bière, jus de lime et sauce piquante très populaire au Mexique (ici, ils le font avec trois sauces — Maggi, Tabasco et Worcestershire). Ensuite est venue une divine margarita granitée, généreuse en téquila — pour 7$, c’est le cocktail au meilleur rapport qualité-prix que j’ai bu depuis longtemps. David a aussi pris une téquila Espolon Reposado, servie avec un shooter de sangrita (jus d’orange, jus de lime, Clamato, sauce Maggi, ketchup, sel et poivre).

Éclectique, la carte des desserts comptait notamment un tiramisu (!). Préférant nous en tenir à un classique du pays, nous avons choisi les churros… et nous en sommes félicités. Aussi bons que ceux que nous avons mangés à Mexico il y a quelques années, ils avaient été plongés dans une huile à la température parfaite, comme en témoignaient leur croûte hyper croustillante et leur intérieur encore très tendre. Un peu de cannelle et de sucre, une sauce au caramel, et c’était la felicidad total.

Señor Sombrero

AU MENU

Señor Sombrero
732, av. Royale
418 666-5555
senorsombrero.com

Ouvert le soir du mardi au dimanche et le midi du mardi au vendredi

Bouteilles de vin de 31 $ à 46 $
Plats de 13 $ à 23 $

Coût de l’addition pour deux avant taxes, pourboire et alcool: 50,63 $ (pour deux entrées, deux plats et un dessert)

Bravo: pour l’ambiance chaleureuse et familia­le, les cocktails abordables, les plats savoureux et, par-dessus tout, les churros!
Bof: nos totopos ont disparu de la table alors que nous ne les avions pas terminés, attendant qu’arrive notre extra guacamole pour les y tremper. Desservir rapidement, c’est bien, mais il faut s’assurer que les clients ont fini…