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L’auberge Le Mange-Grenouille est une véritable institution dans l’Est-du-Québec, installée dans un bâtiment datant de 1843.
L’auberge Le Mange-Grenouille est une véritable institution dans l’Est-du-Québec, installée dans un bâtiment datant de 1843.

Une nouvelle brise souffle sur Le Mange-Grenouille

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
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Si «certains matins ont une fraîcheur de grenouille», selon le romancier et poète Francis Dannemark, on peut aussi dire qu’un certain printemps apporte une brise de fraîcheur sur Le Mange-Grenouille. Depuis le début mai, deux nouveaux propriétaires assurent la continuité de cette institution réputée du Bic, à Rimouski.

Pour Mélissa Gagné et Mathieu Deschênes, tout tourne autour de coups de foudre. Véritables amoureux de l’hôtellerie, c’est d’abord au Château Frontenac qu’ils ont chacun succombé au charme de l’autre. Les deux travaillaient au service des banquets. L’homme et la femme caressaient un même rêve : acquérir leur propre entreprise.

C’est alors vers l’emblématique établissement peint tout de rouge datant de 1843 que leur cœur s’est tourné. Pour les deux trentenaires, l’achat de cette place d’affaires devenait aussi l’occasion rêvée de pouvoir revenir dans leur région natale; Mélissa est native de Sainte-Félicité, en Matanie, tandis que Mathieu est originaire de Rivière-du-Loup.

Après plusieurs années de services au Château Frontenac, Mathieu Deschênes a été directeur de la restauration du Château Montebello, toujours pour la chaîne Fairmont. Pendant ce temps, son amoureuse était directrice de compte pour la compagnie Indeed. Le début de la pandémie, en mars 2020, a été prétexte à réflexion pour l’homme et la femme, tous deux âgés de 35 ans. «J’ai vu que Le Mange-Grenouille était à vendre, raconte Mélissa. J’ai appelé. Ç'a pris presque un an de négociations.»

Les nouveaux propriétaires du Mange-Grenouille, Mathieu Deschênes et Mélissa Gagné.

Les anciens propriétaires, Carole Faucher et Jean Rossignol, cherchaient depuis 2015 à se départir du lieu mythique qu’ils avaient créé de toutes pièces dans l’ancien magasin général désaffecté. Cependant, il n’était pas question, pour le couple de comédiens, de laisser Le Mange-Grenouille à n’importe qui! En un an, les deux couples ont eu le temps d’apprendre à se connaître. «On s’est attaché à eux et ils se sont attachés à nous, confirme Mélissa. Le Mange-Grenouille, c’était leur bébé. Mais, ils savaient qu’on allait continuer à le faire rayonner et à le faire vivre.»

Il faut être audacieux pour acheter une entreprise dans cette période de crise sanitaire, direz-vous? «Peut-être, mais aussi opportunistes, répond Mathieu Deschênes. On ne s’est jamais dit que c’était risqué d’acheter en pleine pandémie. On ne part pas de rien! On lui donne juste un petit coup de jeunesse.»

L’homme d’affaires a vu juste. Les réservations pour la période estivale ont commencé à entrer en janvier. «Depuis deux à trois semaines, c’est au-delà de nos attentes», s’étonne Mélissa. Les clients peuvent maintenant réserver leur chambre à partir du site Web de l’auberge, ce qui n’était pas possible auparavant.

Des changements sur trois ans

Le fameux coup de jeunesse ne signifie pas de transformer le lieu de fond en comble. «Quelques changements seulement et épurer le décor, résume M. Deschênes. Ce sera plus éclectique et moins théâtral.»

Déjà, cette touche de commedia dell'arte et d’évocations lyriques dont les lieux étaient chargés a été évacuée. Le retrait des mannequins et des fleurs de soie redonne de la valeur aux boiseries d’origine et l’imposante cheminée retrouve sa splendeur. «Ça va se faire dans les trois prochaines années pour redonner les lettres de noblesse à l’édifice et à l’architecture de la place, précise Mme Gagné. Ça va se faire graduellement, par respect pour les habitués de la place.»

L’une des 22 chambres de l’auberge du Mange-Grenouille avec balcon donnant sur les îles du Bic.

Pour les nouveaux aubergistes, pas question de faire des rénovations dans un style moderne. «On veut garder le côté patrimonial, continue Mélissa Gagné. C’est une bâtisse ancestrale qui a une âme en soi.»

Les jeunes entrepreneurs ont confié le contrat à DécorHom de L’Isle-Verte pour confectionner les nappes de la salle à manger de 70 places et les couettes des 22 chambres. Pour Mélissa, c’est une question d’uniformité. «On veut que chaque chambre ait le même confort», ajoute Mathieu.

Les aubergistes ont aussi développé un partenariat d’affaires avec Pure, une entreprise de Saint-Alexandre-de-Kamouraska, qui fournira tous les produits nettoyants et d’hygiène en vrac. Les gels douche, les shampoings et les savons fabriqués à base d’huiles essentielles sont biodégradables. Toutes les petites bouteilles individuelles seront remplacées par des contenants remplissables. «Ce sera plus écologique et il y aura moins de déchets», souligne Mme Gagné. «Ça fait partie de nos valeurs», renchérit son conjoint et associé.

Nnouveau chef cherche brigade

Depuis un mois, un nouveau chef est aux fourneaux. Natif de Rimouski, Antoine Landry fait lui aussi un retour dans sa région après avoir développé son art aux côtés de chefs de renom tels Pierre Joubaud du restaurant Les Botanistes, Arnaud Marchand de Chez Boulay, Jean-Luc Boulay du Saint-Amour et Johanne Vigneau de La Table des Roy. «Ce sera une cuisine excessivement locale, plus savoureuse, avec de beaux produits du Bas-Saint-Laurent», promet le copropriétaire qui recherche activement des gens qui ont de l’expérience en cuisine pour se joindre à la brigade.

L’ancien chef du Mange-Grenouille en fait partie. Tout en étant responsable de la préparation des petits-déjeuners, Richard Duchesneau porte le chapeau de chef pâtissier.

Beau coin pour admirer le paysage…

Sur la trentaine de travailleurs que requiert l’organisation, une quinzaine d’anciens employés demeurent fidèles au Mange-Grenouille. «On a trouvé presque tous nos employés, sauf à la cuisine, indique Mme Gagné. C’est notre talon d’Achille.» Donc, avis aux intéressés!

Le sommelier Martin Saucier est de ceux qui ont décidé de poursuivre l’aventure auprès de la nouvelle administration. «J’ai une formation en sommellerie, raconte Mathieu Deschênes. Quand j’ai vu la carte des vins, je me suis dit que je ne pourrais pas faire mieux!»

Le copropriétaire ne lésine d’ailleurs pas sur l’importance du mariage des vins en fonction des plats choisis par les clients. «Il y a des gens qui vont venir ici pour leur sortie de l’année!»

La terrasse offre une vue sur les paysages du fleuve Saint-Laurent du secteur du Bic.