Samuel Blais, Marina Plamondon et Antonin Hallé se sont lancés dans l’aventure du Sinsemilla, un restaurant qui s’inspire de la légalisation du cannabis... à défaut de pouvoir en servir dans l’assiette.

Sinsemilla, un resto pour «célébrer la légalisation du cannabis» [VIDÉO]

Prévue en février, l’ouverture du Sinsemilla risque de faire jaser : c’est que le concept de ce nouveau restaurant du quartier Saint-Jean-Baptiste tourne autour du cannabis, dont l’établissement souhaite «célébrer la légalisation».

Précisons-le d’emblée, ce n’est pas demain la veille que le restaurant servira des mets contenant du cannabis. Les propriétaires entendent se conformer en tous points à la réglementation en vigueur au Québec et ailleurs au pays, qui interdit pour l’instant la vente de produits dérivés du cannabis.

À l’ouverture donc, les copropriétaires Antonin Hallé et Marina Plamondon, de même que son conjoint Samuel Blais qui est impliqué dans le projet, entendent avant tout miser sur l’utilisation du chanvre en cuisine. «On pense au lait, à l’huile ou aux graines de chanvre… C’est possible de l’intégrer de plein de façons [dans les mets], un peu comme c’est le cas avec le sésame», donne en exemple le chef Antonin Hallé, qui compte déjà une dizaine d’années d’expérience en restauration malgré son jeune âge.

Le menu évolutif, à l’ardoise, proposera des «plats recherchés, mais sans prétention» misant sur la cuisine végétarienne, les fruits de mer et «une touche de viande», indique Samuel Blais. Les mets servis en «format casse-dalle, comme on dit en France» — soit entre l’entrée et le plat principal — favoriseront le partage, à la manière d’une buvette gourmande, ajoute-t-il.  

Clins d’œil au pot

Au Sinsemilla, dont le nom réfère à une technique pour cultiver le cannabis, on fait plusieurs clins d’oeil à cette drogue désormais légale : des cadres posés un peu croche montrant des personnalités fumant un joint, des plantes qui ressemblent à s’y méprendre à des plants de cannabis — mais qui n’en sont pas —, des cocktails aux noms évocateurs tels le Bloody Marley ou le Cheech et Chong, du mobilier dépareillé… mais le cannabis lui-même y est absent.

C’est que la vente de produits dérivés du pot, incluant le cannabis comestible, n’est pas encore légale au pays. La vente de ces produits sera autorisée au plus tard le 17 octobre 2019, soit un an après la légalisation, stipule la Loi sur le cannabis (C-45). Au Québec toutefois, c’est la réglementation provinciale qui aura le dernier mot, comme le stipule la Loi 157 encadrant le cannabis : les produits comestibles, qu’ils soient approuvés ou non par le gouvernement fédéral, ne pourront être vendus au Québec sans que le gouvernement québécois ne l’autorise en adoptant un règlement le permettant. Et comme tous les produits déjà autorisés — cannabis frais et séché, huile —, il y a fort à parier que seule la Société québécoise du cannabis (SQDC) pourra les commercialiser.

Le trio songe tout de même à son offre future, si elle se concrétise. «On voudrait proposer nos plats cuisinés avec ou sans cannabis infusé, proposer plusieurs dosages selon le buzz recherché et l’aisance des consommateurs… tout en s’assurant de faire signer une décharge aux clients», histoire de s’éviter des problèmes si quelqu’un fait un bad trip ou encore ne ressent pas l’effet escompté, explique Samuel Blais. Il faut aussi penser à vérifier si les consommateurs auront bien 21 ans et plus, ajoute Marina Plamondon, si la Coalition avenir Québec fait passer son projet de loi en ce sens. 

Mais une chose à la fois. Le Sinsemilla prévoit d’abord ouvrir du jeudi au dimanche, en soirée, avant d’ouvrir toute la semaine à partir de mai. Le petit resto intime de quelque 35 places, à l’aspect presque clandestin, espère ainsi profiter d’un premier été sous le signe de la légalisation au pays, qui amènera un tourisme nouveau genre. 

Info: facebook.com/sinsemillarestaurant