Parfait pour l’apéro, mais aussi pour un repas en bonne et due forme, le resto Sardines mise sur la fraîcheur dans l’assiette et sur la variété dans le verre.

Sardines: plats frais et chaleur humaine

CRITIQUE / Comme son aînée la Buvette Scott, le tout récent Sardines gâte nos papilles, mais nous fait surtout l’honneur de nous recevoir avec égards et chaleur.

Que faut-il pour qu’un repas au restaurant soit réussi sur toute la ligne? Selon moi, trois éléments: bonne bouffe, ambiance agréable, service sympathique et informé. Les adresses qui accomplissent ce tour du chapeau? Elles sont rares. Principalement en raison du troisième critère. Il n’y a pas grand-chose qui me déplaît plus, quand je sors manger dans un endroit «à la mode», que d’être reçue par un serveur (voire un coproprio) qui me donne l’impression qu’il me fait presque une faveur de m’accueillir, moi qui n’appartiens pas à la catégorie de clients jeunes et cool qu’il espère voir affluer.

Ce genre d’irritant ne risque pas d’arriver chez Sardines, sympathique petit établissement tenu par la même équipe que la Buvette Scott, bonifiée de deux nouveaux joueurs. À ces deux adresses du quartier Saint-Jean-Baptiste, une constante : on se sent reçu comme chez un ami. Même que si c’est Dave, l’un des cinq associés, qui vous accueille, il le fera avec une vigoureuse poignée de main, en vous appelant par votre petit nom, s’il vous a déjà vu quelques fois.

Cet enthousiasme authentique me ravit. L’équipe paraît contente qu’on l’ait choisie, et nous le rend bien. Souriants, avenants, ses membres prennent le temps de discuter, s’informent de nos goûts, y vont de suggestions pertinentes et détaillées. Dans ces circonstances, la nourriture pourrait être ordinaire que ça ne gâcherait presque pas l’expérience.

Sauf que, sur ce plan aussi, la gang de Sardines excelle, au fil d’une carte courte (six plats petit format), mais bien garnie en réussites. En prime, on peut commander des huîtres, des olives, des fromages, des charcuteries ainsi que des sardines en conserve (du commerce, pour l’instant, mais un projet maison est sur les rails).

Bonheurs de saison

Assis sur la banquette moutarde qui apporte du punch à la déco style méditerranéen recyclé de ce joli local d’environ 25 places, David et moi passons un moment comme je les aime, dans une ambiance relax, aiguillés avec ferveur par Samuel (lui aussi un associé) dans les options liquides. Il y a ici de bien bonnes bières, et des surprises, comme cet inusité robinet tchèque qui génère une mousse onctueuse. Servie en version mlíko (qui signifie «lait»), la lager Bingo Pivo (Les Grands Bois, Saint-Casimir) revêt une forme inédite, légère et délicieuse, proche du milk shake.

Le service compte pour beaucoup dans l’ambiance accueillante de Sardines, mais la déco apporte aussi son grain de sel, avec ses couleurs rappelant le Portugal et ses matériaux savamment récupérés.

Après un plaisir simple, soit le fameux pain (miche et ciabatta) du chef Étienne McKinnon, dont la réputation dépasse les limites de la capitale, nous partageons une assiette de fines tranches de porchetta maison, chapeautées d’une salade de kale et aneth mouillée d’une vinaigrette à la lie de vin et au jus de viande, d’une belle acidité. À travers tout ça, des bourgots bien tendres, qui s’entendent comme larrons en foire avec mon Sollazzo 2017 Villa Calicantus, un rosé frizzante nature qui étire agréablement l’été.

Le meilleur reste à venir avec un plat aussi magnifique à l’œil qu’au palais: entouré de tomates et de courgettes fondantes, un calmar farci de mortadelle, jambon serrano et n’duja (une saucisse épicée concoctée par le charcutier montréalais Philippe Viens). Le mélange viandeux est juste assez relevé, si bien que le mollusque a la latitude nécessaire pour exprimer toute sa saveur, non content d’offrir en plus une texture impeccable. En complément, ses tentacules ont été sautés au balsamique. Splendide.

Le souvenir du bouilli de nos mères surgit illico lorsque les arômes de la dernière assiette nous parviennent: dans une feuille de chou, on a logé une onctueuse purée de rutabaga, avec champignons lobsters et haricots jaunes, le tout baignant dans un bouillon au jambon d’Ibérie et garni de croquante salicorne. À la fois frais et réconfortant. Et de saison, bien sûr.

Tout est bien qui finit bien avec un excellent affogato, une glace maison au miel arrosée d’espresso qu’on se dépêche de savourer avant qu’elle fonde complètement, et un concentré estival sous forme de sorbet aux fraises de l’île d’Orléans. Des au revoir bien sentis et une invitation à revenir bientôt concluent cette visite sur la même charmante note, celle de la générosité et de la gentillesse.


AU MENU

Sardines
1, rue Saint-Jean
581 300-9449

> Ouvert du mardi au samedi de 16h à 23h

Cuisine du marché

Bouteilles de vin de 50 $ à 72 $
Bières (dont certaines de 750 ml) de 4,50 $ à 110 $
Plats de 8 $ à 16 $

> Coût de l’addition pour deux avant taxes, pourboire et alcool : 56 $ (pour trois petits plats à partager, une généreuse corbeille de pain et deux desserts)

Bravo: pour le service chaleureux au possible; les plats inventifs et impeccablement exécutés à partir d’ingrédients de qualité; l’ambiance conviviale; les bières et vins soigneusement sélectionnés.
Bof: on a hâte d’essayer les sardines maison, plutôt que celles du commerce présentement offertes.