Pour cette première critique post-confinement, on se rend sur l’avenue Cartier, au restaurant Petits Creux Corsica Origina.
Pour cette première critique post-confinement, on se rend sur l’avenue Cartier, au restaurant Petits Creux Corsica Origina.

Petits Creux Corsica Origina: le goût de l’île

CRITIQUE / Pour cette première critique post-confinement campée dans un été qui s’annonce sédentaire, direction la Corse, avec une escale sur l’avenue Cartier.

Commenciez-vous à en avoir soupé de mes photos de plats pour emporter, prises avec mon iPhone sur le retour d’âge? Moi aussi. Mais j’avais surtout extrêmement hâte de retrouver la vibration d’une salle à manger animée, les échanges avec le personnel, le brouhaha des conversations, la vaisselle qui tinte, les mets qui embaument, et le bonheur de me laisser porter par le plaisir des sens. Voyager par les papilles me semblait aussi un critère important pour cette première visite déconfinée. J’ai donc jeté mon dévolu sur le sympathique bistro et bar à vins Petits Creux qui, chaque fois que j’y vais, me rappelle de merveilleux souvenirs de mon séjour en Corse, fort justement surnommée l’île de Beauté.

J’y suis allée en 2013, l’année même où Kim Colonna et sa conjointe Marie-Pierre Tomasi ouvraient ce resto sur l’avenue Cartier pour faire découvrir aux Québécois les trésors parfumés de leur patrie. Charcuteries (dont la coppa et le lonzu), fromages, poissons et fruits de mer frais, gibier, ainsi que quelques plats ayant une parenté avec l’Italie toute proche : la cuisine réconfortante du pays m’avait conquise.

Ce plat a un je-ne-sais-quoi

C’est justement le coproprio qui nous sert, visiblement ravi de pouvoir accueillir de nouveau des clients dans sa charmante salle, rénovée fin 2018 dans des teintes claires et chaudes, plus invitantes que le noir qui prévalait autrefois — et quels magnifiques abat-jour géants en vannerie! Je m’étonne qu’il ne porte pas de masque, puis je remarque que seuls les serveurs qui officient sur la terrasse ont des visières — comme il fait environ 36 degrés au soleil, nous nous sommes installés à l’intérieur. La distanciation entre les clients est cependant respectée, et plusieurs bouteilles de désinfectant sont à portée de main.

Beaucoup plus claire et chaleureuse qu’auparavant, la salle à manger de Petits Creux invite à étirer l’apéro bien après le coucher du soleil.

Toujours aussi charismatique, celui qu’on surnomme «la légende de l’apéro» nous annonce en rigolant qu’ici, on boit d’abord, et on mange ensuite, peut-être. Je ne me ferai pas prier, surtout que sa fluctuante et volumineuse carte des vins — il est aussi sommelier — est composée de bons jus biologiques, biodynamiques ou nature d’importation privée. Je commence avec un rosé corse, le Semper Fidelis (Enclos des Anges, 2018), entre minéral et végétal. David écluse vite une Colomba, une bière blanche aux herbes du maquis — végétation méditerranéenne où pousse entre autres du thym, du myrte et de la népita. Délicieuse, rafraîchissante : elle donne faim!

Une planche se chargera de régler ce problème — c’est une spécialité, ici. Pour nous : la poissonnière. Appétissante par ses couleurs, elle compte un acra de morue tout en délicatesse (avec une mayo au paprika qu’on croirait au safran vu son orangé dominant), deux morceaux dodus de maquereau en escabèche, des crevettes nordiques croustillantes (un peu sèches), du gravlax de truite parsemé de câpres frites et d’hallucinants calmars confits à basse température dans l’huile d’olive avec des condiments corses qui leur procurent un petit goût qui ne ressemble à rien de connu. J’en aurais fait tout un repas!

La planche poissonnière compte de belles surprises, particulièrement l’acra de morue et sa mayo au paprika, le maquereau en escabèche et les inoubliables calmars confits.

Mais j’aurais alors manqué les polpettes de bœuf, quatre boulettes fondantes cuites dans une sauce tomates elle aussi assaisonnée d’un ingrédient magique : des herbes sauvages importées de Corse. Je n’aurais pas goûté non plus au popcorn de ris de veau dans une sauce au Cap Corse (une sorte de vermouth), des morceaux tendres et délicieux même s’ils étaient moins croustillants que d’habitude en raison d’un problème d’approvisionnement en semoule de maïs. Oh, et j’aurais aussi raté la caponata, un mélange de légumes (aubergine, tomate, céleri, oignon, câpres, olives, noix de pin) cuits dans l’huile d’olive avec du vinaigre balsamique, servi froid et chapeauté d’une tomme de brebis corse. Je l’aurais bien regretté.

Puisque je ne saute jamais le dessert ici, je commande le trio : panna cotta à la confiture de fraise, gâteau à la farine de châtaigne glacé au chocolat, et le roi des rois, le fiadone, un gâteau léger à la fois moelleux et grumeleux à base de brocciu (un fromage de petit-lait qui se rapproche de la ricotta) et de citron, garni d’écorces de citron confit. Ça aurait été impeccable avec une liqueur de cédrat (un agrume qui rappelle le citron), mais j’y ai pensé une fois la dernière bouchée avalée. La prochaine fois.

Info :
Petits Creux Corsica Origina
1125, av. Cartier
581 742-5050, petitscreux.corsica
Ouvert tous les soirs dès 15h
Bouteilles de vin de 39 $ à 195 $ ; Tapas et planches de 8 $ à 39 $
Coût de l’addition pour deux avant taxes, pourboire et alcool: 69 $ (pour une petite planche, trois tapas et un trio de desserts)

Bravo: pour la cuisine authentique qui met la Corse en valeur, le service engageant, la carte des vins et des alcools, la terrasse plein soleil.
Bof: le fait que certains employés ne portent pas de couvre-visage pourrait rebuter certains clients, mais après discussion avec le coproprio, il m’a assuré que si quelqu’un manifestait la moindre crainte, l’équipe s’adapterait en conséquence.