Hybride de diner américain, de casse-croûte québécois et de resto de cuisine familiale, le Diner Saint-Sauveur prouve que des mets simples bien exécutés peuvent mettre du bonheur au ventre.

Diner Saint-Sauveur: les petits bonheurs

CRITIQUE / Avertissement : cette critique analyse des cornichons frits, un hot-dog et un Sloppy Joe. Élitistes gastronomiques s’abstenir. Les autres, ne boudez pas votre plaisir!

«C’est le genre de place où tu viens après être passé par la SQDC», me dit mon chum en mordant dans son chili cheese dog, impressionnant assemblage de saucisse et de chili dans un pain bretzel, arrosé d’une sauce Mornay bien fromagée.

Nous sommes cependant parfaitement sobres, ce qui ne nous a pas empêchés d’engouffrer avec appétit nos entrées, pigées sur l’ardoise, et qui illustrent à quel point le Diner Saint-Sauveur (prononcez Dail-neur) est plus raffiné qu’il le laisse croire. La salade de kale, roquette, chou-fleur et lentilles béluga, généreuse en aneth, était d’une vive fraîcheur, alors que les arancinis figuraient parmi les bons que j’ai mangés. Faites de risotto à la patate douce, mascarpone, parmesan et beurre noisette, ces deux boules offraient sous la dent une coque frite bien croustillante — mais, pour goûter la patate, il fallait y aller mollo sur la sauce tomate.

Bref, il n’y a pas ici que des burgers, de la poutine et autres acolytes de casse-croûte. On sert en fait beaucoup une cuisine familiale réconfortante à valeur ajoutée, notamment un pâté chinois bonifié de foie gras et de fromage en grains. Le chef copropriétaire, Éric Lemay, vient des fourneaux de Patente et Machin, et ça paraît : ses réinterprétations sont généreuses et gourmandes.

Allélu-gras

C’est tout de même dans la veine snack-bar que nous poursuivons notre repas avec, outre le décadent hot-dog susmentionné, un Sloppy Joe, des frites et des cornichons frits. Le premier me réjouit avec son effiloché de bœuf braisé, en remplacement de la traditionnelle viande hachée souvent trop tomatée. Une généreuse dose de cornichons et un peu de crème sure lui procurent acidité et onctuosité. C’est cochon et c’est bon. Par contre, le pain brioché est coriace; peut-être a-t-il trop cuit (le hot-dog avait le même défaut). Parlant de cornichons, ceux qui ont séjourné dans la friteuse élèvent les standards en la matière. Tranchés en fines lamelles, sur la longueur, ils ont à peine effleuré la panure, si bien qu’ils sont enrobés d’un très léger voile de friture. On en mangerait à l’infini, mais c’est salé, donc on se contrôle. Les frites, d’un beau brun, sont molles au cœur et craquantes à l’extérieur, du genre de celles qui s’acoquinent avec le vinaigre.

Damier noir et blanc, comptoir encapsulant des vinyles, tabourets de similicuir d’un vert vibrant : le côté rétro ajoute au plaisir.

Après tout ce gras, une pause s’impose, question de faire de la place pour le dessert. David et moi en profitons pour nous remémorer nos bons moments dans ce sympathique resto, que nous avons visité quelques fois depuis son ouverture, à l’été 2018. Me reviennent à l’esprit un pâté à la viande et un ragoût de pattes dans le temps des Fêtes, un poulet frit fort réussi ainsi que les beignes de la pâtissière Karine Jacques — qui, paraît-il, pourraient ressurgir avant longtemps. Je me promets aussi d’éventuellement déguster un mac’n’cheese au Caveau chapeauté de choux de Bruxelles frits. En fait, je pourrais le faire garnir de ce qui me chante puisque, comme le précise le menu, aucun extra ne sera refusé, tant que l’équipe a les ingrédients sous la main. Ils sont aussi très ouverts aux demandes incongrues : j’ai déjà vu un jeune homme se faire servir un grilled cheese pané! 

Bon, mais ces desserts? Il y en a deux, ça tombe bien. La crémeuse panna cotta café et cannelle mérite une mention honorable, mais se fait supplanter par le Peach’n’Cream, un sandwich à la crème glacée fait de biscuits maison style pattes d’ours et émaillé de gros morceaux de pêches, le même fruit étant décliné dans un sirop en garniture, avec des noix caramélisées.

Pendant qu’on vient à bout de cette copieuse portion, la salle continue de ne pas dérougir, les clients se succédant sur les banquettes rétro, certains passant chercher une commande. Un resto de quartier qui incarne parfaitement l’expression «beau, bon, pas cher», c’est rare. Et visiblement apprécié. À travers ce rush, serveurs et cuisinier gardent le sourire et échangent des blagues. L’ambiance comme les assiettes le prouvent : ces gens ne se prennent pas au sérieux, mais font les choses sérieusement.

AU MENU

Diner Saint-Sauveur
450, rue Saint-Vallier O.
581 741-4090
dinersaintsauveur.ca

> Ouvert tous les soirs jusqu’à très tard, le midi du mercredi au dimanche, brunchs la fin de semaine

Cuisine de type casse-croûte à valeur ajoutée et comfort food

Bouteilles de vin de 34 $ à 53 $
Entrées de 4,50 $ à 6 $
Plats de 4,50 $ à 17 $

> Coût de l’addition pour deux avant taxes, pourboire et alcool : 45 $ (pour deux entrées, deux plats, deux extras et deux desserts)

Bravo : pour la cohabitation de plats réconfort, de mets de casse-croûte amenés plus loin et de quelques propositions fraîcheur; la gentillesse du personnel; la déco rétro réussie.
Bof : les pains raides sous la dent.